Le journal étudiant de l'Université du Québec à Chicoutimi
No 135
Jeudi 14 mars 2019
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Éditorial
Jeudi 14 mars 2019 No 135 Le Griffonnier
Motivé.es à militer Photo : Cole Keister
Émilie Morin
Rédactrice en chef Pour cette parution 135, les collaborateur.trice.s du Griffonnier vous offrentdes textes à propos de sujets qui leur tiennent à cœur ou d’initiatives défendant une cause chère à leurs yeux. Ainsi, vous en apprendrez davantage au sujet de certains projets qui ont été mis en œuvre au sein même de l’UQAC, comme les campagnes « Est-ce normal? » et « La pelle t’appelle! », respectivement mises de l’avant par Élise Pilote et Marie-Ève Larrivée. Des chroniques à propos du militantisme, du féminisme, de l’écriture inclusive ou de la désinformation vous permettront également de commencer ou d’approfondir une réflexion par rapport à ces sujets.
Inégalité chez les diplômés Le mois dernier, l’UQAC soulignait la persévérance scolaire lors de trois journées thématiques, du 11 au 15 février. Ainsi, vous pouviez lire dans Le Griffonnier un article abordant la problématique du décrochage au niveau universitaire, surtout en ce qui a trait aux études supérieures. On y mentionnait que le taux de diplômés de 2e et 3e cycles était très bas dans la région. L’une des causes probables du décrochage qui étaient mentionnées était l’agressivité des employeurs... Puisque ceux-ci étaient de plus
en plus entreprenants, allant même chercher les étudiants sur les bancs d’école, il devenait très difficile de convaincre ces derniers de poursuivre leurs études aux cycles supérieurs. C’est donc à se demander pourquoi l’UQAC a décidé d’organiser son traditionnel Salon de l’emploi, en plein 13 février, au milieu des Journées de la persévérance scolaire. Non seulement le Salon de l’emploi est-il le meilleur moyen de mettre sur le marché du travail des étudiants qui auraient peut-être poursuivi leurs études à la maîtrise ou au doctorat, mais en plus, c’est l’occasion idéalede nier l’existence d’une bonnepartie de la communauté étudiante. Où étaient les employeurs des domaines de la littérature, de la linguistique, des arts plastiquesou des sciences politiques? Plein air? Histoire? C’est à croire qu’il n’y a pas de musées, de journaux, de maisons d’édition ou de galeries d’art dans la région...
À ce que je sache, nos frais de scolarité sont les mêmes. Même que, ayant complété deux baccalauréats, j’ai été très, très lucrative pour l’UQAC, malgré mon domaine « atypique ». La poursuite de ce qui nous passionne, ne serait-ce pas là un excellent remède au décrochage scolaire? Quoi de mieux pour choisir de poursuivre aux études supérieures que de s’inscrire dans un domaine qui nous passionne. Et quoi de mieux pour motiver un
tel choix que de voir, lors d’un salon de l’emploi, qu’il y a bel et bien des emplois qui existentdans notre domaine?
Militer pour l’égalité L’égalité, on en entend parler partout. Égalité des sexes, des genres, des races... Et si on ajoutait à ceci l’égalité des passions, des intérêts, des domaines d’emploi ou d’études? Il n’y a
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pas si longtemps, on disait aux geeks que leur passion ne leur amènerait rien dans la vie. Or, la conception de jeux vidéo est probablement l’un des emplois les plus en vogue ces dernières années. Comment se fait-il qu’on milite pour l’égalité entre femmes et hommes, mais qu’on continue de laisser passer l’inégalité entre sciences humaines et sciences fondamentales? La voilà, ma cause à moi.
PREVENTION SUICIDE 1 866 APPELLE (277-3553)
Les enfants pauvres de l’UQAC C’est bien connu dans la communauté étudiante, l’UQAC est une université d’administration, de génie et d’enseignement. Mais pouvons-nous aspirer à donner quelque chose à ces étudiants qui choisissent autre chose qu’un emploi chez Desjardins ou dans une commission scolaire? Est-ce que, parce que je fais des études littéraires, je dois absolument passer après un étudiant en administration?
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Jeudi 14 mars 2019 No 135 Le Griffonnier
L’UQAC marche elle aussi pour la planète Stéphane Boivin Journaliste
En assemblée générale spéciale le mercredi 27 février, le Mouvement général des associations étudiantes (MAGE-UQAC) a voté à 80% en faveur d’une journée de grève pour la lutte contre les changements climatiques le 15 mars prochain. La communauté étudiante de l’UQAC rejoint ainsi le mouvement national La Planète s’invite à l’Université et, plus largement, plusieurs initiatives internationales issues notamment des milieux étudiants. Les cégeps de Chicoutimi et de Jonquière sont aussi de la partie. À une semaine de la grève du 15 mars, on estimait à près à 60 000 le nombre de personnes engagées dans le mouvement à l’échelle québécoise. Des assemblées visant à obtenir un mandat de grève se tiennent encore au moment d’écrire ces lignes. Au niveau planétaire, certaines sources parlent de 300 villes et de 50 pays qui ont jusqu’ici été gagnés par le mouvement. Que la planète s’invite à l’université, au cégep ou au parlement, toutes les appellations mènent à une démonstration mondiale de l’inquiétude des populations quant à l’urgence d’agir. Roxanne Paquet, chargée des communications de l’Association générale des étudiant.e.s du Cégep de Jonquière (AGEECJ), en explique les origines : « Le mouvement a commencé avec Greta Thunberg, une Suédoise de 16 ans. Elle est allée à la COP 24 pour porter des revendications parce qu’elle considérait que les gouvernements, quels qu’ils soient, n’en faisaient pas assez, malgré bien des promesses en l’air. Présentement en Suède, ils ne vont plus à
l’école les vendredis, ils font la grève. » À travers ce mouvement et ses déclinaisons nationales, une idée semble se dégager, une idée que tente de synthétiser Roxanne Choquet : « Pour les jeunes, l’environnement c’est le futur. Il y en a plusieurs qui se demandent à quoi bon aller à l’école, à quoi bon faire des études, si on n’a plus d’avenir? »
institutionnel afin de pouvoir cibler les plus grandes sources d’émission de GES en vue de les réduire. »
Assemblée spéciale de grève L’assemblée spéciale du 27 février a connu une belle affluence si on la compare à celles des dernières années. Elle s’est également déroulée
Keven Desgagné, président de l’association, a déclaré par voie de communiqué que ses membres sont fier.e.s « […] de joindre le mouvement québécois initié par La Planète s’invite à l’Université, et plus largement [le] mouvement mondial, pour inciter les différents paliers de gouvernement à en faire davantage pour contrer les changements climatiques. Nous joignons aujourd’hui notre voix à plu-
Ce sentiment se traduira donc dans les rues du centreville de Chicoutimi le 15 mars, alors que les étudiant.e.s des cégeps du Saguenay et ceux de l’UQAC défileront. Les associations lancent par ailleurs un appel à la population en général afin que celle-ci se joigne à elles.
Revendications Trois revendications sont portées par le mouvement québécois. D’abord, on demande au gouvernement de se pencher sur la création d’un programme d’éducation à l’écologie et de sensibilisation à la crise climatique. L’étudiante en travail social impliquée dans la mobilisation, Marie-Hélène Pelletier, commente : « Il n’y a pas de demande précise quant au niveau pour lequel ces programmes seraient destinés, mais l’objectif est de sensibiliser les générations futures à des actions concrètes individuelles ou collectives. » La deuxième revendication exige l’adoption de lois climatiques forçant l’atteinte des cibles recommandées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré Celsius. Enfin, le mouvement demande « aux institutions d’enseignement une plus grande transparence concernant leurs investissements, le retrait des investissements dans les énergies fossiles et la tenue d’un bilan carbone
Photo : La planète s'invite à l'université
dans la convivialité, plusieurs intervenants soulignant la qualité des débats. Ceux-ci ont permis d’aborder la nature des rapports démocratiques ou encore les portées symboliques et concrètes des moyens de pression, dans le cadre d’une plénière d’une heure pendant laquelle de nombreuses personnes ont pu s’exprimer. On peut estimer la participation à environ 200 étudiant.e.s. À la sortie d’un vote secret, 130 voies ont été enregistrées en faveur de la grève contre 33 s’y opposant. Six abstentions ont également été enregistrées.
sieurs milliers d’étudiant.e.s des quatre coins du Québec, et nous encourageons ceux et celles qui ne l’ont pas encore fait à rejoindre ce mouvement. »
Levée de cours confirmée L’administration de l’UQAC a confirmé la levée des cours pour l’après-midi du 15 mars, par voie de communiqué le 12 mars. Les cours du matin et du soir seront toutefois maintenus. « L’université ne tolérera aucun geste de violence ou d’obstruction qui pourrait compromettre ses activités ou la sécurité des membres de la
communauté universitaire sur le campus. Suite au vote positif, le MAGE-UQAC a adopté une résolution voulant que « le MAGE-UQAC prenne part à la manifestation du 15 mars organisée par le Cercle environnemental et appelle la société civile à faire de même ». Les modalités de la journée du 15 mars sont négociées avec les partenaires de l’institution et le Service de police de Saguenay, notamment en ce qui concerne le trajet de la marche. Les accommodements possibles seront également discutés avec l’UQAC et les syndicats des professeurs et des chargé.e.s de cours. » Keven Desgagné a affirmé sa sensibilité aux inquiétudes exprimées en assemblée, notamment de la part d’étudiants en génie. Ces inquiétudes concernaient la difficulté de reprendre des cours et des examens prévus le 15 mars : « Sachez que le MAGE-UQAC fera tout en son pouvoir afin que l’administration s’assure que les parcours scolaires de tous et toutes soient respectés. »
Manifestation du 15 mars Le point de rassemblement pour la manifestation sera l’esplanade du côté Est de l’université à 13 h. Le trajet traversera le centre-ville jusqu’à la Place du Citoyen. Des allocutions de départ et d’arrivée sont prévues pour une durée évaluée à 1 h 30. Le comité organisateur a prévu une marche familiale et sécuritaire.
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Actualités
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La pelle t'appelle Marie-Ève Larrivée Collaboratrice
Depuis déjà plus d’un mois, l’équipe de « La pelle t’appelle » a mis à la disposition de la communauté universitaire des pelles à neige afin de permettre un meilleur accès aux différents trajets entre les stationnementset les divers bâtiments du campus. Ce projet visait non seulement rendre l’université plus accessible aux individus en situation de handicap, mais également à tous ceux qui doivent accéder aux divers établissements.
Depuis le 23 janvier 2019, des pelles sont disposées aux portes des pavillons principal (portes est et ouest) et Alphonse-Desjardins, ainsi qu’au Grand Séminaire. Ces pelles permettent non seulement de rendre le déneigement des entrées plus facile, mais également de diminuer les frustrations rencontrées lors d’accumulations rapides et excessives de neige. Tout individu ayant emprunté les divers chemins d’accès aux entrées sait que la neige s’y accumule facilement et rapidement. La glace vient parfois s’ajouter de la partie, ce qui rend difficile l’accès à l’Université. Pour
les individus à mobilité réduite, cette réalité est particulièrement problématique. Grâce à la collaboration du Centre de réadaptation en déficience physique de Jonquière, les coordonnateurs du projet ont pu réaliser certaines activités de sensibilisation. Cellesci ont permis aux membres de la communauté universitaire d’expérimenter les déplacements en fauteuil roulant, de l’entrée est du Pavillon principal au stationnement, afin de mieux comprendre certaines difficultés vécues par les individus à mobilité réduite pendant l’hiver. Tout ceci n’aurait pu être réalisé
sans le soutien des équipes du Service des immeubles et équipements, de l’Association régionale de loisirs pour personnes handicapées et des Services aux étudiants. Les commentaires des participants ont été sans équivoque : même s’il n’y a pas beaucoup de neige, il est difficile de se déplacer à l’extérieur. Ces retours ont mené les coordonnateurs et les collaborateurs à statuer sur la nécessité d’offrir un accès à des pelles à la communauté universitaire, c’est pourquoi celles-ci demeureront accessibles jusqu’à la fin de l’hiver et qu’elles seront de retour l’année prochaine.
Ce projet pilote aura ouvert plusieurs portes pour ce qui touche aux services de l’UQAC, et les pelles se sont rapidement imposées comme une nécessité. Après plusieurs réflexions collectives, de nombreuses pistes de solutions connexes ont été apportées lors d’une rencontre visant à établir un bilan, et les coordonnateurs comptent bien les mettre en branle dès l’hiver prochain. Éventuellement, l’équipe entrevoit la possibilité de récompenser la bienveillance des bénévoles qui s’impliquent fréquemment. D’ici là, la pelle t’appelle!
Photo : Pixabay
Les propos contenus dans chaque article n’engagent que leurs auteurs. - Dépôt légalBibliothèque Nationale du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Le Griffonnier est publié par les Communications étudiantes universitaires de Chicoutimi (CEUC).
Nous joindre Rédactrice en chef : Émilie Morin
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Graphiste : Ysé Raoux
Stéphane Boivin Élise Pilote Marjolaine Larive Frédérique Laroche Olivia Brassard
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Courriel : ceuc@uqac.ca Téléphone : 418 545-5011 #2011 Télécopieur : 418 545-5400 /ceuc.ca
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Marie-Ève Larrivée Émilie Morin Jessica Normandin Emmanuel Trotobas Pauline Caiado
Couverture : Ysé Raoux
CEUC remercie ses partenaires :
Prochaine parution : Jeudi 11 avril 2019 Tombée des textes : Vendredi 29 mars 2019, 17 h Tombée publicitaire : Lundi 1er avril 2019, 17 h Impression : Imprimerie Le Progrès du Saguenay Tirage : 3 000 exemplaires
Société
Jeudi 14 mars 2019 No 135 Le Griffonnier
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Le français au féminin Pauline Caiado Collaboratrice
Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin! Depuis déjà quelques années, nous entendons de plus en plus les termes « écriture inclusive » ou « langage épicène », mais de quoi s’agit-il réellement, et à quoi servent-ils? Selon l’agence Mots-Clés, une agence de communication d’influence, « l’écriture inclusive désigne l'ensemble des attentions graphiques et syntaxiques permettant d'assurer une égalité des représentations entre
les femmes et les hommes ». C’est « une méthode de rédaction qui s’appuie sur un langage dit "non sexiste", ou "dégenré". » (Agence MotsClés) Il s’agit en fait de démasculiniser la langue et, ici plus particulièrement, le français.
Mais comment écrire en écriture inclusive? Et bien, c’est simple! L’agence Mots-Clés nous propose quatre règles fondamentales : Règle n°1 : mentionner par ordre alphabétique les termes au féminin et au masculin*.Dans l’écriture inclusive, on précise le genre dans le sujet par ordre alphabétique, donc en commençant par le féminin. Exemple d’écriture non
inclusive : « Ils vont au cinéma ». Exemple d’écriture inclusive: « Elles et ils vont au cinéma ». Règle n°2 : utiliser un point milieu, pas une parenthèse, pour marquer le genre des mots. La parenthèse exclut le genre qui y est enfermé. Exemple : « lesétudiant·e·s » Règle n°3 : ne plus utiliser les majuscules de prestige à Femme ou Homme. L’objectif est de mettre en avant les deux genres. « La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen» se traduit donc en écriture inclusive par « la Déclaration des droits de la personne et du·de la citoyen·ne ».
pas, que l’on se réfère à un nom féminin ou masculin. Exemples de termes épicènes: « Cadre, membre,artiste... ».
L’écriture inclusive entre la France et le Québec En France, le langage épicène fait débat et n’est pas au goût de tous. En2017, lepremier manuel scolaire d’écriture inclusive est publié par Hatieret ne fait pas l’unanimité auprès de l’Académie française, très conservatrice en ce qui concerne
les nouvelles réformes orthographiques ou grammaticales du français. Encore aujourd’hui, l’écriture inclusive n’est pas acceptée par l’Académie française, qui la caractérise de « péril mortel » pour la langue. Au Québec, la pratique de l’écriture inclusive est plus courante. En effet, depuis les années 1980, l’Office québécois de la langue française promeut la rédaction épicène ainsi que la féminisation lexicale dans sa langue. Il y a fort à espérer que la France prendra exemple sur le Québec dans les années à venir.
Règle n°4 : favoriser des termes épicènes qui ne varient
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Déculpabiliser à coups de statuettes dorées Émilie Morin
Rédactrice en chef Le 25 février dernier avaient lieu les Academy Awards. Comme d’habitude, bon nombre d’excellents films y ont été récompensés. Comme c’en est maintenant devenu l’habitude, la pression était forte pour savoir si le racisme et le sexisme qui sont de mises à Hollywood transparaîtraient lors de ce prestigieux évènement. Bien qu’ils essayent à tout prix de l’éviter, les Oscars rimeront toujours avec controverse. Après avoir fait parler d’eux en long et en large suite à leur décision de remettre certains prix pendant les annonces publicitaires, les membres de l’Academy ont tout fait pour éviter la cri-
tique par rapport aux gagnants des fameuses statuettes dorées. Ainsi, plusieurs films mettant en vedette des femmes ou des personnes de race noire étaient sélectionnés. Ce que l’histoire ne dit pas, et qui n’est pas soulignée par le grand public, c’est que ça aussi, c’est problématique. Remettre des prix pour faire une cérémonie égalitaire ne résout en rien le problème du sexisme ou du racisme à Hollywood. Tout d’abord, les Oscars ne servent pas à ça. Les Oscars servent à récompenser les meilleurs films qui ont été faits pendant l’année, point final. Ensuite, le problème, ce n’est pas, au fond, de récompenser un homme blanc comme réalisateur de l’année. Le problème, c’est que les hommes blancs sont surreprésentés à Hollywood, ce qui leur permet de gagner des Oscars année après année.
Nécessairement, moins il y a de minorités raciales à Hollywood, moins elles auront de chances d’être nominées et, évidemment, de gagner. Nous assistons donc à une soirée qui dévie complètement de son but premier afin de se déculpabiliser. Les Oscars ne se contentent plus de récompenser les meilleurs films. Ils tiennent maintenant à récompenser les films de sorte qu’on voit l’Academy comme l’institution progressiste et égalitaire qu’elle n’est pas. Ces prix sont en train de devenir une soirée politique où Hollywood dit au public « Regardez comme l’égalité est importante pour nous! » alors qu’on sait qu’il n’en est rien. Même si les Academy Awards désignaient cinq actrices noires en lice pour obtenir le prix de la meilleure actrice,
s’il s’agit des cinq seules actrices noires ayant réussi à obtenir un rôle à Hollywood, le problème est encore là. Et c’est précisément ce que les Oscars font en ce moment. Ils détournent l’attention du grand public vers de « beaux gestes » afin de pouvoir continuer à distribuer des rôles de façon sexiste et raciste. En récompensant juste assez de minorités, l’industrie du cinéma évite de se pencher sur le vrai problème, soit celui de ne pas engager suffisamment des dites minorités pour remplir les différents rôles disponibles sur un plateau de tournage. Ce n’est pas en nominant chaque année Octavia Spencer ou Mahershala Ali qu’on résoudra la problématique de l’inégalité raciale et sexuelle à Hollywood; c’est simplement en offrant de plus en plus de rôles aux minorités. Par ailleurs, la stratégie déculpabi-
lisante des Academy Awards fonctionne comme un couteau à double tranchant : d’une part, on entre dans le jeu et on se réjouit qu’il y ait plus de minorités représentées lors d’une cérémonie de remise de prix. D’autre part, nous assistons à l’attitude désobligeante de certains, qui sousentendent que la mise en lice de personnes provenant de minorités repose sur une sorte de « privilège » (quelle ironie!) visant à atteindre l’égalité à tout prix. Si Hollywood veut vraiment être progressiste, elle acceptera de provoquer une réelle discussion autour des inégalités de son milieu en engageant plus de personnes racisées. Récompenser les trois mêmes personnes de race année après année, ce n’est pas ça, l’égalité.
Tous les nominées des Oscars 2019 sont réunis autour d'un grand modèle de la statuette. Photo : Todd Wawrychuk
CEUC, gestionnaire des médias étudiants de l’UQAC recrute de nouveaux membres pour son conseil d’administration - Tu es étudiant.e? - Tu souhaites partager ton expérience et accroître tes compétences? - Tu veux t’impliquer activement pour la vitalité et la diversité au sein du campus? Passe nous voir au local P0-3100 ou écris-nous au ceuc@uqac.ca pour nous faire part de ton intérêt.
Trois postes étudiants sont à pourvoir. La participation au conseil d’administration représente une rencontre mensuelle de moins de deux heures, tenue sur le campus, à raison de huit rencontres annuellement.
Cinéma
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Avant qu'on explose : la peur de ne pas avoir assez de temps Jessica Normandin Critique
Le 28 février 2018 sortait en salle Avant qu’on explose, un film québécois réalisé par Rémi St-Michel. Le long métrage raconte l’histoire de Pier-Luc, un adolescent originaire de Baie-St-Paul qui, à l’approche d’une Troisième Guerre mondiale imminente, vit avec l’angoisse de mourir sans avoir eu le temps de vivre sa première relation sexuelle. Aidé de ses deux meilleurs amis, motivé par cette peur, il tentera par tous les moyens de trouver une fille avec qui il pourra enfin perdre sa virginité.
Avant qu’on explose montre un protagoniste vivant dans l’angoisse perpétuelle de ne pas pouvoir atteindre son ultime but avant de mourir. Le comportement de Pier-Luc est presque obsessionnel; il enchaîne les situations humiliantes et les plans foireux dans l’espoir de parvenir à ses fins. Les diverses machinations qu’il imagine, même si elles sont parfois condamnables, sont toujours faites naïvement et sans malice, comme si PierLuc ne voyait pas (ou ne voulait pas voir) les répercussions que pourraient avoir ses actes. En parallèle avec l’histoire vécue par le protagoniste, nous avons droit à des scènes
mettant en vedette des personnages d’un peu partout dans le monde. Ces derniers, tout comme Pier-Luc, sont obsédés par l’angoisse de ne pas pouvoir réaliser leurs rêves avant que la Troisième Guerre mondiale ne les emporte. Le film étant une comédie dont l’écriture est assez crue, le scénariste Éric K. Boulianne ne cache pas s’être quelque peu inspiré de la série hollywoodienne American Pie. Toutefois, contrairement à celle-ci, Boulianne ne voulait pas user de ce genre d’humour pour tomber gratuitement dans la « niaiserie », mais plutôt peindre un portrait réaliste de l’adolescence, cette période où l’on n’a pas de filtre et où l’on dit tout ce qui nous passe par la tête sans se soucier des répercussions. Malgré son humour très vulgaire, Avant qu’on explose sait se montrer sérieux par moment et expose ses personnages à un conflit géopolitique bien présent au sein de l’ambiance du film, conflit sur lequel ils n’ont aucun contrôle. Malheureusement pour le long métrage, bien que l’adolescence y soit montrée avec justesse et qu’il soit sans doute possible pour les jeunes de s’y reconnaître, l’humour qui y est employé peut être un point noir pour certains : soit on aime, soit on déteste.
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Bien comprendre votre dossier, cote ou pointage de crédit De nombreuses raisons peuvent vous inciter à recourir au crédit : payer des dépenses imprévues, acheter des biens, payer vos études, faire des placements, ou autre. Par contre, il faut utiliser cet outil avec discernement et modération pour s’assurer un dossier de crédit exemplaire.
1. En quoi consiste un dossier de crédit Dès le moment où vous obtenez un contrat pour un téléphone cellulaire, une première carte de crédit ou un emprunt, un dossier de crédit sera ouvert. Par la suite, chaque fois que vous ferez une demande de crédit, les institutions financières et commerçants concernés font parvenir aux agences de crédit des détails de transactions effectuées entre vous et eux. Ainsi, votre dossier de crédit indique si vous avez accusé des retards dans vos paiements et combien vous avez emprunté afin de déterminer votre capacité à rembourser vos dettes. Les agences d’évaluation du crédit transmettent vos informations de crédit seulement avec les personnes ou les organismes que vous autorisez. Plus précisément, votre dossier de crédit comprend : • votre nom, adresse et date de naissance; • votre expérience de travail • votre situation de crédit : retards, dettes non réglées, crédit disponible, faillite, jugement rendu contre vous; • la liste des organismes ou des individus qui ont demandé des renseignements sur votre solvabilité.
2. Qu’est-ce qu’une cote de crédit? La cote de crédit est une note que vous accordent les agences d’évaluation du crédit en fonction de vos habitudes de remboursement. Lorsqu’on débute notre vie financière, une erreur a un grand impact puisqu’on n’a pas encore beaucoup d’expérience. Nous pouvons comparer cela avec le bulletin de notes, si vous obtenez de mauvaises notes à la première session, il sera difficile de remonter votre moyenne ou votre cote par la suite. Il est donc très important d’entreprendre votre vie financière du bon pied afin de ne pas retarder vos projets. Plus vous remboursez vos emprunts à temps et dans les délais, meilleure sera votre cote de crédit. Une bonne cote de crédit, c’est avoir une bonne réputation auprès des institutions financières et un gage de confiance. Lorsque vient le temps d’emprunter de gros montants, cela devient un net avantage. Il permettra d’avoir un emprunt plus facilement et possiblement avec de meilleurs taux. À l’inverse, se voir attribuer une mauvaise cote de crédit peut nuire dans bien des domaines. Si tel est le cas, un prêteur peut refuser de vous accorder un prêt ou vous imposer un taux d’intérêt plus élevé. Une mauvaise cote de crédit peut aussi diminuer vos chances d’obtenir un emploi puisqu’il est parfois vérifié avant une embauche.
3. Ce qu’il faut s’efforcer de faire Il essentiel de payer vos factures le plus rapidement possible et de vous assurer de payer le solde complet de votre carte de crédit tous les mois, dans les délais prévus. Il faut aussi utiliser sa carte de crédit comme un outil transactionnel et il est fortement recommandé de ne pas dépasser 60 à 70% d’utilisation de votre limite de crédit. Il faut finalement rembourser vos prêts à temps et le plus vite possible. Vous obtiendrez ainsi une bonne cote de crédit, en plus d’économiser des intérêts.
4. Ce qu’il faut éviter de faire Les retards ou défauts de remboursement ne sont pas les seuls éléments qui nuisent à votre réputation financière actuelle et future. Demander plusieurs fois au cours d’une année une augmentation de votre limite de crédit peut avoir un impact négatif. Il faut également éviter de faire plusieurs demandes de crédit à différents organismes dans un court laps de temps. Même des retards dans le paiement d’amendes liées au retour de livres à la bibliothèque ou d’une contravention de stationnement peuvent être notés à votre dossier. De plus, assurez-vous de toujours avoir les fonds disponibles lorsqu’un prélèvement automatique passe dans votre compte, tel que les assurances auto. De telles erreurs seront associées à une mauvaise utilisation du crédit en plus de vous coûter des frais. Il faut savoir que les informations sur le bureau de crédit y restent pendant 6-7 ans, une erreur de parcours peut donc nous suivre pendant longtemps.
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Le septième art au service du militantisme Marjolaine Larive Collaboratrice « Rapidement on a compris que nos films n’allaient pas transformer le monde, mais c’était important qu’ils racontent ce que le cinéma et la télévision ne racontaient pas », souligne Éric Pittard dans un entretien accordé à Romain Lecler en 2007. Le réalisateur et figure du cinéma engagé insiste ici sur le rôle de témoin que peut endosser le cinéma militant. Le militantisme a toujours été très prégnant dans le milieu de l’Art, et le cinéma n’échappe pas à la règle. Véritable genre cinématographique depuis les bouleversements sociaux de mai 68 en France, le cinéma militant ou cinéma engagé fait naître plusieurs films qui traitent d’enjeux majeurs de société. De La Chinoise (1967), de Jean Luc Godard, film considéré comme prophétique de la lutte de 1968, à Dupont Lajoie, de Yves Boisset (1975), qui traite du racisme ordinaire, ces films ou documentaires apportent un souffle nouveau,
une nouvelle dimension à la lutte et permettent de mettre en exergue des individus ou groupes jusque-là effacés : ouvriers, paysans, femmes, immigrés et tant d’autres. Le cinéma militant permet de dénoncer, de s’exprimer sur des sujets jusque-là évités voire censurés par l’ORTF (Lecler, 2013).
tant, le septième art s’accompagne de tout un ensemble de protagonistes dont l’influence n’est plus à prouver. Depuis ses débuts, réalisateurs, acteurs, scénaristes et autres s’emparent de problèmes de sociétés pour les faire remonter à la vue de tous et les dénoncer. Rares sont les cérémonies officielles - Oscars, César, Festival de Cannes, Festival Support militant, reven- de Toronto, Golden Globes, la dicatif, révélateur ou même Berlinale, la Mostra de Venise dénonciateur, le cinéma mili- - où ces sujets de société ne tant est, à cette époque, la sont pas abordés lors de disbête noire des critiques. Si cours de remerciements. Aux la plupart en font fi, le genre BET Awards 2016, Jesse Wilse développe tout de même liams, acteur phare de la série de manière exponentielle et Grey’s Anatomy s’indigne des s’attaque aux « combats de conditions de vie des Afrola décennie » (Lecler, 2013). Américains dans l’Amérique Racisme, sexisme, enjeux envi- d’aujourd’hui, et particulièreronnementaux et sociétaux : ment des violences policières des affrontement entre mani- envers la communauté noire. festants et forces de l’ordre Après l’énumération des vicaux luttes pour les droits de times de ces dernières années la femme, tous les sujets sont - dont Tamir Rice, jeune gartraités, décortiqués, dénoncés. çon de 12 ans abattu alors qu’il jouait avec un pistolet en plastique - l’acteur déclare : « Nous Impact en avons marre d’attendre Mais le cinéma peut-il pendant que cette invention, avoir un impact sur l’engage- que l’on appelle blancheur, ment? Outre le cinéma mili- use et abuse de nous. » (Huffpost, 2016)
En ce qui concerne l’égalité hommes-femmes, c’est Patricia Arquette qui, tout juste oscarisée pour son second rôle dans Boyhood, s’attaque aux inégalités salariales : « À toutes les femmes qui donnent la vie, à toutes les contribuables et citoyennes de ce pays, nous nous sommes battues pour l’égalité des droits de tout le monde, il est temps d’obtenir l’égalité des salaires et des droits civiques pour les femmes américaines! » En 2016, c’est l’écologie qui anime le discours de Léonardo DiCaprio, lorsqu’il reçoit enfin, et avec beaucoup de mérite, le Saint Oscar. Il rappelle que « le Revenant parle de la relation d'un homme avec la nature, une nature qui a connu l'année la plus chaude de son histoire en 2015. [...] Le réchauffement climatique est bien réel. Il a lieu en ce moment même. Il représente la menace la plus urgente pesant sur notre espèce et nous devons y travailler tous ensemble. » La 90e cérémonie des Oscars est, quant à elle, marquée par l’affaire Weinstein, le
phénomène MeToo et la libération de la parole des femmes, ainsi que par le mouvement Time’s Up, lancé par un panel de célébrités d’Hollywood. Au festival de Cannes de 2016, Me, Daniel Blake de Ken Loach reçoit la Palme d’or. Le réalisateur britannique profite de son discours pour alerter sur la montée de l’extrême droite dans certains pays d’Europe et déplore : « Nous approchons de périodes de désespoir. Et le désespoir c’est l’extrême-droite qui en profite. Et certains d’entre nous, qui sommes âgés, se rappelons ce que cette extrêmedroite a pu faire. Il faut, dans cette période de désespoir, rapporter l’espoir, dire qu’un autre monde est possible et même nécessaire. »(Allociné, 2016) Bien au-delà de son rôle d’œuvre artistique, le cinéma rassemble, dénonce et revendique. Il porte la voix des plus silencieux et témoigne à la vue des plus indifférents. C’est sa portée médiatique qui en fait un support majeur des luttes sociétales et environnementales contemporaines.
Pour aller plus loin, quelques films ou documentaires engagés : 120 battements par minute (2017), Robin 120 battements minute (2017), Robin Campillo, Campillo, sur lesparmilitants d’Act-Up qui luttent sur les militants d’Act-Up qui luttent contre l’indiffécontre l’indifférence envers la propagation du rence envers la propagation du Sida. Sida.
120 battements par minute (2017), Robin Sea Sorrowsur (Douleur de la mer), Vanessaqui Redgrave. Campillo, les militants d’Act-Up luttent Documentaire dédié au réfugiés et à la crise migracontre l’indifférence envers la propagation du toire. Sida.
120 battements par minute (2017), Robin Le redoutable (2017), Micheld’Act-Up Hazanavicius, qui se Campillo, sur les militants qui luttent déroulel’indifférence dans le contexte de maila 68.propagation du contre envers
120 battements par minute (2017), Robin 120 battements par minute (2017), Robin La fille de sur Brestles (2016), de Emmanuelle Bercot, déBowling For dede Michael Moore, qui traite militants d’Act-Up qui luttent Bowling forColumbine, columbine, Michael Moore, qui Campillo, nonce les dérives de l’industrie pharmaceutique. du lobby des armes à feu aux États-Unis. traite du lobby des armes à feu aux États-Unis. contre l’indifférence envers la propagation du
120 battements par minute (2017), Robin Demain (2015), de Mélanie Campillo, sur lesdocumentaire militants d’Act-Up quiLaurent luttent et Cyril Dion, dans lequel les réalisateurs parcourent contre l’indifférence envers la propagation du le globe à la recherche de solutions face aux enjeux Sida.
120 battements par minute (2017), Robin Ele- 120 battements par minute (2017), Robin Grâce à Dieu de François Ozon, traite comElephant , deGus Gus Van Van Sant. sur(2018), les militants d’Act-Up quidu luttent phant, de Sant. -Unis. pagation du Campillo, bat mené par les victimes d’abuslasexuels sur mineurs contre l’indifférence envers propagation du au sein de l’Église. 120 battements par minute (2017), Robin Sida. American History (1999), ded’Act-Up Tony Kaye, quiluttent tente Campillo, sur les Xmilitants qui d’expliquer la naissance du racisme et de l'extrécontre l’indifférence envers la propagation du 120 battements par minute (2017), Robin misme au États Unis. Sida. Cheval Indien de Stephen Campanelli, traite Campillo, sur (2018), les militants d’Act-Up qui luttent des pensionnats autochtones sévi au Canada contre l’indifférence enversquilaont propagation du de la fin du 19e siècle à 1996. 120 battements par minute (2017), Robin Sida. The Hate Usur Give de George Tillman traite Campillo, les(2018), militants d’Act-Up quiJr.,luttent des violences policières à l’encontre de la population contre l’indifférence envers la propagation du afro-américaine. Sida.
écologiques et sociétaux du monde contemporain.
120 battements par minute (2017), Robin Merci Patron! François Ruffin,d’Act-Up satire de qui la lutte des Campillo, sur, les militants luttent classes. contre l’indifférence envers la propagation du
120 battements par minute (2017), Robin The True Cost de Andrew Morgan,qui documenCampillo, sur(2015), les militants d’Act-Up luttent taire dédié à l’industrie textile et aux tenants et aboucontre l’indifférence envers la propagation du tissants de la consommation bon marché. Sida.
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Société
Jeudi 14 mars 2019 No 135 Le Griffonnier
L’idée de militer, de se prétendre militant, d’être activiste Emmanuel Trotobas
Entre la suffisance de certains et le contentement de quelques autres, le monde s’active. Il est fort probable qu’on ne se lève pas un matin en se disant qu’aujourd’hui, on prétendra être militant.
je me demande comment nous pouvons évoluer dans un vivre ensemble sur cette planète. Au fond, il s’agit bien en effet de relations humaines, même si nous parlons de la nature. C’est dans le cadre de la nature que la culture s’est implantée. Et les milieux militants sont assez exigeants, en matière de relation aux autres.
Le monde est en changement perpétuel. Concernant la part du changement que l’homme peut apporter, Gandhi disait qu’il faut apporter celui que l’on veut voir dans le monde. Dan Millman, quant à lui, nous dit ceci : « Le secret du changement consiste à concentrer son énergie pour créer du nouveau, et non pas pour se battre contre l’ancien. » Là est l’essence même du militantisme. Par rapport au mouvement militant… les historiens apportent leur éclairage dans la recherche de vérité, pour rappeler les faits. Les géographes font de même, nous ramenant aussi vers les faits, puisqu’ils étudient ce qui a rapport à l’espace terrestre et à la façon dont on l’occupe. Ainsi en est-il de bien des professionnels, notamment ceux des sciences humaines, puisque notre culture fait face à la nature. Moi, avec d’autres,
Une guerre pour la planète
sés en son honneur, n’est pas employé à bon escient, si l’on songe un instant au déséquilibre entre ce qui est fait et ce qui devrait être fait pour rendre nos sociétés plus vivables. Il faut savoir que la part budgétaire allouée à l’environnement ne dépasse en général pas les 1%. Je crois qu’on a raison de s’indigner. Pour la vie, pour le vivant, pour ce qui a de la valeur à nos yeux.
« C’est un effort de guerre qu’il faut fournir », déclamait Nicolas Hulot l’automne dernier, en faisant référence aux problématiques environnementales. Cependant, lorsque l’on est moindrement intéressé par l’actualité mondiale environnementale et militante, on constate, malgré les efforts de quelques pays, que les plus actifs seraient ceux-ci : les militants, les activistes. Ne sont-ils pas les résistants qui viennent tenter de remettre les pendules à l’heure? En effet, les gouvernements des pays les plus pollueurs semblent traîner de la patte et ne pas suivre les recommandations des scientifiques du GIEC, par exemple. J’en reviens à l’effort de guerre. L’effort de guerre, quand on pense aux milliards dépen-
Lorsqu’une cause se révèle importante pour nous, on ne s’engage pas dans un train-train de réunions. Prendre une cause à cœur, et de venir militant, c’est participer à des manifestations contre le racisme, la destruction d’un quartier ou encore l’assèchement d’un marais. On peut constater des clans, des tensions. Des positions s’affirment. Les dialogues ne sont pas toujours faciles. Il faut faire preuve de tact. On en revient à la question des relations humaines sur le territoire. Même si l’on veut être tranquille, on fait face à un paradoxe : militer pour la paix. Militer. Même le verbe, plus jeune, me paraissait drôle, paradoxal. Militer pour la paix...
Collaborateur
Au cœur du militantisme
Assumer une posture militaire pour adopter un changement en vue d’une paix. On dit qu’il faut choisir ses combats, mais on n’a pas toujours le choix. Les combats s’imposent, parce qu’on ne peut pas tout accepter. En se limitant à la région, on peut s’intéresser à certaines causes particulières. Par ailleurs, on le dit haut et fort : la philosophie de vie d’un individu guidera ses pas dans ses engagements de tous les jours. Ainsi, il est possible d’être actif dans l’évolution du monde sans être un militant ou un activiste. C’est le cas de certains universitaires ou professionnels de la santé...
Le climat comme bataille de choix
Une fois de plus, je parlerai du climat, car même si la « gang des climatosceptiques » avait moindrement raison (un point que je ne veux pas leur donner), au-delà des dérèglements climatiques se cachent d’autres phénomènes qui intéressent notre survie, notre santé et celles des autres espèces cohabitant avec nous sur cette planète. Même s’il y avait d’autres planètes viables à des milliards de kilomètres d’ici, il est important selon moi de prendre soin de la vie
(donc de manger sainement, de se passer de plastiques, de pesticides, etc.), de déplorer l’état de notre environnement (naturel et social) et de réagir, en agissant de façon cohérente avec nos constatations. À la mi-mars auront eu lieu de nombreuses manifestations dans le monde pour la lutte aux changements climatiques, et ce, malgré les politiques diverses au Brésil ou au Canada. Au cours de différentes lectures sur le sujet, on se rend compte que le problème auquel on veut s’attaquer ici en cache un autre, de différente ampleur, dans une autre catégorie. Avec la Coalition pour l’intégrité du Fjord du Saguenay par exemple, la problématique fait référence au paysage, à l’émission des GES, à la sauvegarde des bélugas, à l’écotourisme en danger. Se plonger dans tels dossiers peut être passionnant et fastidieux. Le militantisme ne se limite donc pas à la manifestation dans la rue. Être militant, c’est un « travail » qui exige beaucoup, et qui dit travail, dit aussi repos. Il faut savoir se reposer, prendre des pauses, malgré le peu de temps qu’il semble rester.
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Jeudi 14 mars 2019 No 135 Le Griffonnier
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Un premier livre pour Damien Hallegatte Stéphane Boivin Journaliste Damien Hallegatte fait paraître Le piège de société de consommation , un ouvrage où le professeur de l’UQAC spécialisé en comportement du consommateur s’amuse à disséquer les conséquences des stratégies marketing sur nos rapports aux autres et aux choses. Suite logique du blogue Libre de consommer que l’auteur alimente depuis 2013, le premier livre de Damien Hallegatte n’est en rien un ouvrage scientifique. On y rit beaucoup, souvent jaune. On s’y reconnaît, on y voit son entourage. Mais surtout, grâce à une plume trempée dans l’autocritique et teintée de sarcasme, l’auteur engendre chez le lecteur une réflexion dans la bonne humeur qui ne cherche jamais à culpabiliser ou à infantiliser. « C’est un livre grand public qui s’adresse à tout le monde », assure Damien
Hallegatte en entrevue à CEUCRadio. « Je m’adresse à l’intelligence des gens : voici des éléments de réflexion, je partage mes connaissances, faites-en ce que vous voulez. Je ne suis pas dans une posture où je donnerais des conseils, ni dans une posture militante. » La thèse d’Hallegatte repose sur l’intuition que la consommation comprend des dynamiques beaucoup plus subtiles que les pointes d’iceberg que sont le marketing ou la publicité. Quand les consommateurs injectent eux-mêmes une valeur symbolique ou morale à leurs achats, Damien Hallegatte perçoit une efficacité marketing redoutable dont les publicitaires ne peuvent que rêver. En ce sens, l’ouvrage tient bien davantage de la sociologie, voire de la psychologie, que des sciences économiques. « Oui la publicité est efficace, il n’y a aucun doute, il y a des centaines d’études qui
en démontrent l’efficacité. La publicité influence, mais pour moi ce qui nous influence le plus, ce qui nous fait consommer toujours et toujours, c’est les gens autour de nous. C’est en voyant ce qu’ils achètent, ce qu’ils obtiennent, les effets apparents que ça a sur leur qualité de vie, leur bonheur, leur plaisir, qui va nous donner envie d’acheter. »
processus souvent indépendant des campagnes publicitaires traditionnelles.
Le piège de la société de consommation s’ouvre sur un chapitre passionnant où Hallegatte pose les bases de sa réflexion. Celle-ci se décline ensuite en prenant comme point de départ des articles scientifiques sur des cas particulièrement évocateurs.
Cette approche de l’auteur fait penser d’emblée au « voisin gonflable », à une sorte de compétition de possession. Mais selon Damien Hallegatte, les mécanismes sont souvent plus souterrains. Le discours que nous portons sur nos achats et ceux des autres sert bien souvent à justifier l’achat à posteriori . Un achat dont l’étincelle n’est pas toujours un besoin matériel et dont la véritable raison d‘être nous échappe souvent.
Ainsi, l’auteur s’attardera à observer les chemins de la consommation à travers des objets comme les utilitaires sports Humvee , la conquête de l’Everest, les paradoxes du surf, la relation entre une coiffeuse et sa cliente ou encore les conseils d’un blogue de décoration. Ces « analyses » généralement brillantes ne sont pas sans rappeler les Mythologies de Roland Barthes.
C’est dans ce discours que les consommateurs peuvent greffer des valeurs morales et symboliques qui influencent les comportements de consommation des autres. Un
À travers Le piège de la société de consommation , Damien Hallegatte ne cache pas une certaine irritation face à l’omniprésence de la publicité. « Le marketing, c’est
Photo : Courtoisie
de concevoir des produits et des services qui répondent au besoin des gens. La publicité c’est la fin du processus. On pourrait imaginer du très bon marketing, de très bons produits et services, sans stimulation de la demande. Dans un monde idéal, on aurait de l’information sur les produits par le bouche à oreille et il n’y aurait pas de publicité. » Imaginer une industrie qui répond aux besoins au lieu d’en créer? C’est le genre de réflexion stimulante qu’offre, l’espace de quelques 120 pages, le très sympathique premier ouvrage de Damien Hallegatte.
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Jeudi 14 mars 2019 No 135 Le Griffonnier
Être féministe, plus nécessaire en 2019 ? Olivia Brassard Collaboratrice
Ce mois-ci, je replonge dans mon parcours d'activiste féministe pour vous parler de cette cause qui me tient toujours à cœur. Lorsque j'étais active sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes, surtout des hommes, me disaient que les femmes pouvaient travailler, voter et se faire avorter, et donc que la cause féministe n'avait plus sa raison d'être. Vraiment? Voici quelques raisons de continuer la bataille.
Prise au sérieux Les femmes ont plus de difficulté à être considérées dans de nombreux aspects de la vie. On renvoie souvent leurs ressentis à leur cycle menstruel. Le mot hystérie, par exemple, est profondément misogyne, puisqu'on disait autrefois que les états d'âme des femmes provenaient de leur utérus. En ce qui a trait aux violences qu'elles subissent, les autori-
tés ont tendance à ne pas les croire et à ne pas leur apporter l'aide dont elles ont besoin. Le meurtre de Daphné Huard-Boudreault en est un bon exemple, un seul parmi tant d’autres : elle avait porté plainte à plusieurs reprises contre son ex-conjoint qui la harcelait et rien n'a été fait. Il l'a assassinée en 2017.
Les femmes racisées L'intersectionnalité est importante pour moi. Les femmes racisées sont aux prises avec le racisme en plus du patriarcat. Les femmes noires utilisent des produits chimiques dans leurs cheveux, puisqu'on leur fait croire que leurs cheveux naturels ne sont pas professionnels. Les femmes musulmanes font face à l'islamophobie du white feminism en se faisant dire de retirer leur voile ou d’assumer leur statut de femmes non libérées. Si elles l'ont choisi, ce voile, à quoi bon s'en mêler? Les femmes autochtones, pendant ce temps, dis-
paraissent et se font assassiner dans la plus grande indifférence. D'ailleurs, petit clin d'oeil au monde de la montagne : un ami sherpa m'a dit que ce peuple autochtone n'a obtenu ses droits et sa citoyenneté… qu’une fois que Tenzing Norgay a mené Edmund Hillary, un Néo-Zélandais, au sommet de l'Everest, en 1953. Si les hommes sherpas peuvent se réaliser à la montagne, les possibilités sont nettement plus faibles pour les femmes sherpas, qui sont encore victimes de discrimination et de violences sexuelles.
Le choix de ne pas devenir mère Bien que l'avortement soit légalisé, le corps des femmes demeure un champ de bataille. L'accès à la stérilisation est très compliqué, et la pilule est souvent prescrite systématiquement, bien que ses effets peuvent être fort néfastes pour la santé. De plus en plus de femmes expriment leur choix
de ne pas avoir d'enfants. Certaines demandent à être stérilisées. On leur dit souvent qu'elles sont trop jeunes ou immatures. Ce choix demeure profondément tabou. Pour celle qui n'a jamais voulu d'enfants, à qui les contraceptions amènent des problèmes de santé, tout comme le font les menstruations, la stérilisation est une option très sensée. Pourquoi alors faudrait-il faire souffrir ces femmes pendant des années? Le patriarcat influence nos vies jusque dans notre intimité et nos choix reproductifs.
#MeToo Les dénonciations d'agressions sexuelles ont certes fait réfléchir, mais elles ont aussi mené à des réactions sordides face aux témoignages des victimes. D'un côté, on incite celles-ci à dénoncer, mais de l’autre, on ne les croit pas lorsqu'elles prennent la parole face à ce qu'elles ont vécu. On les fustige d'avoir attendu des années pour le faire. Je tiens à rappeler qu’il est aussi possible
de réaliser plusieurs années plus tard qu'on a été agressé.e. Par ailleurs, les réactions au documentaire sur Michael Jackson (qui a mené à son exclusion de certaines stations de radio), ne donnent aucunement envie aux victimes de dénoncer leur agresseur. D'ailleurs, devenir activiste féministe, ça implique de recevoir des messages agressifs d'hommes se sentant attaqués. J'en ai personnellement assez de devoir préciser que le féminisme n'est pas une attaque contre les hommes, mais contre le patriarcat, qui leur nuit aussi. Tout ça, c'est sans compter le victim blaming et la culture du viol dans lesquels notre société baigne encore... Voilà quelques raisons d'adhérer au mouvement féministe, et je ne suis pas passée par la discrimination basée sur l'apparence physique, la grossophobie, la transphobie, l'économie ou le harcèlement sexuel. Il y a tant de raisons d'être féministe, encore aujourd'hui. Battons-nous pour que chaque personne puisse exister en paix.
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Jeudi 14 mars 2019 No 135 Le Griffonnier
« Est-ce normal? » Élise Pilote
Collaboratrice J’ai découvert « Est-ce normal? » lors de mon initiation universitaire en psychologie. Nous devions prendre un selfie avec une des affiches de la campagne. À ce moment, je ne savais pas de quoi il s’agissait réellement. C’est plus tard que j’ai découvert la mission d’« Est-ce normal? », en m’impliquant dans la REPSY-UQAC. J’ai tout de suite été fascinée par la mission de la campagne et je crois que celle-ci, avec un dynamisme constant, peut devenir une campagne inspirante pour toutes les universités du Québec. « Est-ce normal? », c’est une campagne créée par et pour les étudiants. Elle fut créée par Clémentine Pagès et David Choquette, deux étudiants en psychologie. La campagne sensibilise les étudiants universitaires à la santé mentale et valorise le bien-être dans les habitudes de vie. Elle a été créée en collaboration avec le module de psychologie et les Services aux étudiants suite à une réflexion de ces deux étudiants, impliqués dans la REPSY-UQAC, à
propos de la santé psychologique. Ils ont ensuite constaté qu’il y avait un besoin et qu’ils pouvaient y apporter leur aide de manière concrète. La campagne comprend deux volets : le service de pairs-aidant et les campagnes de sensibilisation à la santé mentale dans le contexte universitaire. Le service de pairs-aidant est exceptionnel. Il offre un milieu de stage à des étudiants en psychologie en plus de répondre au besoin de détresse psychologique chez bon nombre d’étudiants universitaires. En effet, près de 31% des étudiants vivent de la détresse pendant leurs études universitaires. Le principe du service de pairs-aidant fonctionne sans rendez-vous. Si vous éprouvez de la détresse ou du stress, que vous avez besoin de conseils, que vous voulez vous faire orienter vers des ressources à l’extérieur de l’université, le service de pairs-aidant vous reçoit dans une plage horaire qui comprend trois jours par semaine, dans le Cube (local offert par les SAE). C’est super simple et cela peut être, d’une certaine manière, une façon de vous choisir et de réussir vos études dans un climat de calme.
Les campagnes de sensibilisation à la santé mentale étudiante peuvent être de toutes sortes. À la session d’automne 2018, une séance de yoga a été organisée dans le but d’offrir un moment de détente aux étudiants. De plus, pendant cette session, les étudiants en physiothérapie et ceux de la campagne « Est-ce normal? » ont organisé une activité de relaxation avec des chiens MIRA pour aider à calmer les étudiants pendant leur semaine d’examens. Cette activité fut un grand succès. L’impact des chiens a été tout de suite ressenti : les élèves paraissaient plus détendus. Aussi, la campagne est très impliquée dans la promotion de l’enquête provinciale « Qu’est-ce qui se cache sous ta façade? », en ligne directe avec la santé psychologique des étudiants. Pour la journée « Bell cause pour la cause », la CUP (Clinique universitaire de psychologie) , « Est-ce normal? » et son service de pairs-aidants ont organisé une activité où les étudiants pouvaient écrire ce qu’ils voyaient comme une bonne santé psychologique. Le succès fut encore là fulgurant, et les réponses se trouvent maintenant dans le couloir du pavillon principal où se situe le Cube. Plus récemment, la jour-
née de la St-Valentin a été soulignée en grand, conjointement à la semaine de la persévérance scolaire. Les étudiants étaient invités à donner des cœurs en papiers où était écrite une raison de persévérer dans ses études. De plus, un petit cœur en chocolat leur était remis en même temps. Certaines personnes ont été très réceptives à l’idée, ce qui porte à croire que la mission a été réussie. La campagne promeut que la santé psychologique ne doit pas être taboue. Elle doit être autant entretenue que la santé physique, surtout dans le contexte extrêmement difficile du milieu universitaire. Prendre soin de soi n’est pas mal ; c’est seulement un besoin viscéral de l’être humain. La campagne montre que la différence est normale et que chacun doit vivre avec un cerveau qui est câblé différemment, donc les solutions qui lui sont utiles le sont aussi. En somme, « Est-ce normal? » promeut la santé psychologique selon une perspective individuelle. Pourquoi « Est-ce normal ? » est un de mes bijoux? Parce qu’il me permet de changer les choses et d’offrir une aide que
j’ai eue moi aussi. Je dois vous avouer en toute franchise que je sais ce que c’est que de se sentir sans but, en détresse psychologique, couchée en boule dans son lit toute la journée. Je l’ai vécu. J’en suis devenue malade, malade d’épuisement scolaire! Nous ne devons pas attendre d’être au bout du rouleau pour nous choisir. C’est là qu’il est trop tard, c’est là qu’on est au fond du gouffre! Cette campagne me permet d’aider mon prochain comme j’ai été aidée pendant que j’étais malade d’épuisement. Quand on se sent bien psychologiquement, la réalité est plus facile à assumer et nous sommes capables de mettre en place des stratégies pour nous aider à faire face à l’adversité et à nous adapter. Vous comprenez maintenant pourquoi « Est-ce normal ? » est pour moi une révélation!
N’oubliez pas que le service de pairs-aidant est toujours là en cas de besoin. Toutes les semaines, trois jours par semaine, soit les mardis et mercredis de 10h à 15h et les jeudis de 13h à 16h au P1-4020-10 ou par texto au 418-820-5879, vous trouverez une oreille pour vous écouter.
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Jeudi 14 mars 2019 No 135 Le Griffonnier
Athlétisme : Les INUK finissent en grand Stéphane Boivin Journaliste
C’est pendant la fin de semaine des 21-22 février que l’équipe d’athlétisme des INUK a conclu sa saison 20182019 dans les installations de l’Université McGill. La fin d’une année particulièrement mémorable pendant laquelle l’équipe a confirmé sa progression constante. Anne-Marie Fortin complète ainsi sa troisième année à titre d’entraîneur-chef des équipes de cross-country et d’athlétisme, deux disciplines qui se partagent de nombreux athlètes. Selon Charles-Olivier Huapaya-Proulx, fondeur vétéran, étudiant en médecine expérimentale, qui connaîtra sa dernière année avec les INUK en 2019-2020, une culture d’équipe s’installe chez les INUK. Celleci laisse voir de belles choses pour l’avenir. L’athlète constate que les membres des INUK sont tissés serrés et ce même hors-compétition. À travers les propos de Huapaya-Proulx, on comprend que celui-ci anticipe déjà la saison prochaine avec enthousiasme.
Records La compétition de février a été le décor de la chute de plusieurs records d’équipe et individuels. Trois membres ont terminé leur saison au pied du podium avec une quatrième place. C’est le cas de Sarah-Ève Boily et d’Alexandre Goulard au lancer du poids, et de Bertrand
Photos : Nicholas Raymond
Naon qui s’est illustré au triple saut avec un résultat de 12.72m. En plus des records d’équipe au lancer du poids, quatre autres records d’équipe ont été établis. Laurence Normandin au 1000m et au 1500m, Mozelle Théoret au 3000m et l’équipe masculine au relais 4x400m ont ainsi marqué l’histoire des INUK. Petit velours : à McGill, l’UQAC a su devancer les adversaires de taille que sont les universités Carleton et Concordia. La compétition était la dernière sous les couleurs des INUK pour le vétéran de cinq saisons Bastien Gadoury. Membre de l’équipe du relais 4X400m, celuici a pu battre le record d’équipe qui avait lui-même collaboré à établir à ses débuts. Personnage important de l’équipe, Gadoury devrait rester dans son entourage l’an prochain, selon Anne-Marie Fortin.
Maradon Les INUK ont connu d’autres types de records avec une édition marquante de leur Maradon, une activité de financement annuelle essentielle au fonctionnement du sport universitaire. Pour sa septième édition, l’événement a rassemblé 320 coureuses et coureurs qui ont contribué à amasser la somme de 23 000$. Le nombre de participant.es tout comme la somme récoltée représentent à ce jour la meilleure édition du Maradon des INUK.
Création littéraire
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présente... Frédérique Laroche est étudiante à la maîtrise en lettres, où elle rédige un mémoire de création centré sur l’écriture de séquences descriptives. Elle s’est jointe au Griffonnier afin de présenter ses œuvres aux autres étudiants.
Déserter le monde Frédérique Laroche Collaboratrice
Les chaussures usées d’Aïcha traînent dans la poussière alors qu’elle s’efforce de continuer à avancer. Sasha, sa petite sœur, a encore plus de mal qu’elle à marcher, ce qui commence à l’inquiéter. Si elles ne trouvent pas rapidement un point d’eau... Mais elles vont trouver. Une journée entière à chercher, sans succès. Elles ont besoin de repos et doivent faire un feu avant que la nuit glaciale, qui contraste avec la chaleur étouffante du jour, s’installe. Le lendemain. Un village, érigé à partir des ruines d’une ville. Une trentaine de personnes y habitent. Ce n’est pas le premier qu’elles croisent.On a souvent pitié d’elles, à cause de Sasha. Cette fois, on leur donne de l’eau, un peu de nourriture. C’est généreux, on en trouve presque plus, de ces boîtes de conserve. On les invite à rester, mais Aïcha refuse. Elle veut retrouver leurs parents; c’est leur dernière motivation à continuer. Elle sait qu’ils sont là, quelque part. Ils ne peuvent pas... Non, elles vont les trouver. Elles repartent dans la chaleur étouffante, avec une petite réserve d’eau et l’estomac qui fait moins mal. Aïcha essaie de se rappeler comment elles ont
perdu leurs parents, mais ses souvenirs sont flous. Ça fait trop longtemps. Elle se souvient de la peur. Du soulagement d’avoir retrouvé Sasha, croyant qu’elle s’était perdue, elle aussi. Quand Sasha est vraiment trop épuisée, elle doit la porter sur son dos. Elle ne veut pas arrêter. Si elle arrête, elle ne sera pas capable de continuer, elle le sait. Une autre nuit, un autre jour. Combien, elle ne sait pas. Elle ne sait plus. Il y a longtemps qu’elle ne compte plus.Les villages aussi, elle a arrêté de les compter. Elles ont tellement marché. Plus d’eau, encore. Il faut recommencer à en chercher. Tout autour n’est que chaleur et poussière. Sasha pèse lourd sur le dos d’Aïcha. Le soleil est encore haut dans le ciel, mais elle arrête de marcher. Elle la dépose au sol et s’y assoit. Juste une minute. Elle va se reposer juste une minute.La minute s’étire. Ses jambes veulent rester au sol. Le soleil tape fort sur sa tête. Elle voudrait de l’eau. Juste une goutte d’eau. « Vous êtes seules? » Elle lève les yeux. Une silhouette se détache de l’aveuglement du soleil. La voix est celle d’un homme. Elle n’aime pas les hommes, ils lui font peur. « Non. »
Tu aimerais qu’on publie l’une de tes nouvelles?
L’homme s’approche. Il a une gourde et elle ne peut en détacher les yeux. Il le remarque. «J’ai de l’eau.» Il lui tend ce qui contient le précieux liquide et elle le lui arrache presque des mains. Elle fait boire Sasha en premier.L’eau coule ensuite dans sa gorge. Ses jambes lui font un peu moins mal. Elle va pouvoir continuer. « Merci. » Elle se lève, se remet à marcher. Sasha lui tient la main. Elle aussi, l’eau lui a faitdu bien. Mais l’homme les suit. Aïcha n’aime pas ça. Elles n’ont pas besoin de lui. « Vous allez où? » Aïcha l’ignore. Elle ne veut pas le lui dire. «Il y a un village pas loin d’ici.» L’homme insiste. Les filles se mettent à marcher plus vite. «Nos attendent.»
parents
nous
Aïcha ne veut pas l’écouter. Elle fait comme si elle n’avait pas entendu et oublie bien vite ce qu’il lui a dit. Même qu’elle finit par l’oublier, lui, comme tout le reste. Tout le reste, sauf ses parents. Mais ils ressemblent à quoi? Ça non plus, elle ne le sait
plus. Ce n’est pas grave, eux, ils reconnaîtront leurs filles. Chaque jour est plus difficile que le précédent. Les jambes sont plus lourdes, la gorge est plus sèche, l’estomac fait plus mal. Pourtant, Aïcha continue de marcher inlassablement. De plus en plus, elle doit porter Sasha. Sasha qui semble aller de plus en plus mal... Mais bientôt, ellesseront avec leurs parents. Elle ira mieux. Les petits bras de Sasha sont de plus en plus faibles autour de son cou. Elle ne sait pas combien de temps encore elle pourra tenir. Au prochain village, elles s’arrêteront. Peutêtre un jour ou deux. Le temps que Sasha aille mieux. Il n’y a pas de village. Il n’y a pas d’eau. Il n’y a personne. Il n’y a qu’Aïcha et Sasha, assoiffées. Elles ont besoin d’eau. Aïcha aimerait que quelqu’un la porte sur son dos, elle aussi. Elle aimerait que ce soit Sasha la grande sœur. Juste une journée.
dans ses bras, la console. La fait manger. Aïcha accepte, mais pour une journée. Après,elles doivent continuer. Elles doivent trouver les parents. Quand elles repartent, Sasha semble mieux. Pourtant, elle est petite et tellement frêle. Aïcha a l’impression qu’un coup de vent pourrait lui enlever sa petite sœur. Heureusement, il n’y a que le soleil étouffant, pas de vent.Sasha est un poids, maintenant. Elle ne tient plus le cou d’Aïcha. Aïcha s’obstine à continuer, à la traîner de toutes ses forces. De toutes les forces qui lui restent. Elle doit trouver les parents. Elle ne veut pas être seule. Elle doit continuer, jusqu’à ce qu’elle les trouve. Elle va les trouver. Elle va... Continuer. Parce que qu’est-ce qu’elle ferait, si elle ne cherchait pas?Elle ne trouvera pas, mais elle doit chercher.
Un village, enfin. Elles s’y arrêtent. De l’eau. On leur donne de l’eau, parce que Sasha est petite. Parce que Sasha manque de force. Si Aïcha était seule, on ne lui en donnerait pas, elle le sait. Les gens ont pitié de Sasha. Elle, elle est juste un embarras. Un gaspillage de ressources. Encore une fois, on les invite à rester. Une femme aime beaucoup Sasha. Elle la prend
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