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Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty Le roman par
Dante_Sparda_62
Sommaire : - Informations importantes ------------ page 2 - Le Tanker ------------------------------- page 3 > Chapitre du Tanker
- La Big Shell ---------------------------- page 24 > Chapitre I : Raiden ------------------------------------- page 24 > Chapitre II : Le démineur ---------------------------- page 41 > Chapitre III : Du vin et des bombes ---------------- page 49 > Chapitre IV : Le noyau de la Shell 1 --------------- page 63 > Chapitre V : Les Fils de la Liberté ------------------ page 76 > Chapitre VI : Les Patriotes --------------------------- page 87 > Chapitre VII : Réunion de famille ------------------ page 99 > Chapitre VIII : GW ------------------------------------- page 110 > Chapitre IX : Le plan S3 ------------------------------- page 124 > Chapitre X : Le Federal Hall ------------------------- page 139 > Chapitre XI : Comprendre Metal Gear Solid 2--- page 150
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- Dans les ténèbres de Shadow Moses ------------------------ page xxx - Remerciements ----------------------- page xxx Informations importantes. Ce livre, tiré de l’œuvre vidéo ludique Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty (et j’insiste sur le mot « œuvre »), a pour but de vous faire pénétrer dans un monde où la manipulation est maîtresse. Où la liberté est une illusion. Un monde créé par Hideo Kojima, qui vous amènera à vous poser nombre de questions. « Et si c’était vrai ? » Tout d’abord, sachez qu’il existe deux manières d’aborder ce roman. Vous trouverez deux parties distinctes, ayant pour nom « Tanker » et « Big Shell ». Si vous n’êtes à l’aise question scénario avec Metal Gear Solid premier du nom, il est préférable de commencer par la partie « Big Shell ». En revanche, si vous le connaissez suffisamment, je vous invite à démarrer votre lecture par le « Tanker », c’est-à-dire dans l’ordre chronologique des évènements. Ceci est tout simplement une manière, intelligemment trouvée par le créateur du jeu, de rentrer plus aisément dans l’histoire quelles que soient vos prédispositions. Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty devait à la base s’appeler Metal Gear Solid III. Perturbant, n’est-ce pas ? C’était en effet le but. Les « III » représentaient ainsi les trois plus hauts gratte-ciels de Manhattan. Mais l’idée a été abandonnée, pour la bonne et simple raison qu’après les funestes évènements du 11 septembre 2001, il ne resta plus qu’un des trois bâtiments évoqués, à savoir l’Empire State Building. Vous trouverez à la suite de ce roman un texte recopié à partir du jeu par mon ami Nemesis-8-sin, que je remercie infiniment pour son travail titanesque, nommé « Dans les ténèbres de Shadow Moses ». Il rapporte les évènements de Metal Gear Solid premier du nom, deux ans et quatre ans après les évènements de ce roman, avec le recul d’une personne ayant participé de loin à la mission. Il s’agit de Nastacha Romanenko. L’auteur russe a voulu, en publiant ce roman, faire éclater la vérité au grand jour. Je ne puis que vous conseiller de lire ce texte ma foi fort intéressant et original de par le recul qu’il procure sur les évènements. Autre élément-clé : afin de faciliter la compréhension finale, à savoir le « pourquoi MGS2 ? », je vous demanderai d’imaginer tout au long du roman que c’est un joueur qui joue au jeu. Qui fait s’infiltrer le personnage. Qui « combat les méchants ». Je le rappellerai de temps à autres afin de bien différencier SES actions de celles du personnage. Je vous souhaite une très bonne lecture, et rappelez-vous de ne pas vous fier aux apparences… « C’est un jeu. Ce n’est qu’un jeu, comme d’habitude. »
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Le Tanker.
Nous étions en 2007. Les voitures circulaient sur le pont George Washington... Une forte pluie accompagnée de vents violents faisait rage depuis quelques heures. Il était plus ou moins minuit. Un individu, encapuchonné dans un châle noir, marchait lentement près du bord de l'énorme liaison qui joignait deux parties de New York, cigarette en bouche. L´homme semblait attendre quelque chose... Les automobilistes lui jetaient des regards, intrigués par ce curieux personnage. Il était maintenant à trente mètres à peine du centre exact du pont, et c’est alors qu’il s’arrêta. Il porta d’un geste las sa main droite à la bouche, attrapa sa cigarette entre le pouce et l’index, et la jeta à terre. Il se mit alors à courir, d’abord doucement, puis de plus en plus rapidement. Le vent emporta son châle qui s’envola, et à ce moment le
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personnage disparut totalement. Son « ombre » continuait à courir à toute vitesse et alors qu’un pétrolier, passait sous le pont, elle se plaça juste au-dessus et sauta. Majestueusement. Souplement. Ayant l’habileté d’attacher un crochet prolongé d’une corde à la rambarde en plein plongeon. Il s’agissait d’un élastique. Ce dernier se tendit, puis atteignant le maximum de son élasticité, fit décoller d’un coup sec l’homme qui devint visible l’espace d’un instant. Ce dernier retomba, et une fois qu’il fut aussi proche que possible du navire, il rompit d’un coup de couteau la corde derrière lui, chutant alors. Il se rétablit et atterrit accroupis à l’arrière de l’énorme plate-forme. De l´électricité sembla émaner de son corps et il apparut une fois pour toutes, le camouflage optique n’ayant visiblement pas supporté la chute. Au même moment, un hélicoptère, trop loin pour que Solid Snake qui venait d’achever avec succès son infiltration à l’arrière du Tanker ne puisse l´entendre, tournait autour du pétrolier. A son bord, un vieil homme, Revolver Ocelot, observait Snake avec des jumelles qu’il tenait de la main droite, tout en faisant tournoyer son colt Single Action Army de sa main gauche. « Notre pote est pile à l´heure… Il saura bientôt ce qui l´attend... » se dit-il alors. Solid se releva et regarda rapidement autour de lui, caché derrière l'un des énormes rouleaux de tirage de l'arrière du navire. La pluie torrentielle troublait son champ de vision. Le sol carrelé de grandes dalles couleur pétrole était extrêmement glissant. Snake pouvait apercevoir le cœur du Tanker face à lui. C’était un bâtiment dont la périphérie du toit formait une passerelle se trouvant à six mètres de haut, au centre de laquelle se trouvait une salle d'importance : la cabine de pilotage. Un peu plus loin derrière cette dernière, Solid pouvait voir s'élever deux énormes cheminées d’environ vingt cinq mètres, et entre deux une sorte de dispositif radar moitié plus petit, qui tournait continuellement sur lui-même. Plusieurs projecteurs étaient installés à l'extérieur, et il était préférable ne pas trop s'y exposer. La passerelle supérieure était accessible par le biais d’escaliers à gauche et à droite, où deux gardes patrouillaient. Près des escaliers de gauche, Solid aperçut la lueur d´une lampe, ce qui signifiait que ce passage était également surveillé. Toujours à l’abris des regards, mais pas du vent venant de sa gauche qui lui fouettait le visage, Snake, ses cheveux bruns maintenus par son habituel bandana bleu lui arrivant à l’épaule, sa barbe mal rasée, sa combinaison de la même couleur gris pétrole que le sol, avec les gants et bottes assortis, contacta la fréquence 141.12 sur son Codec. - Ici Snake ! Tu me reçois, Otacon ? - Cinq sur cinq, Snake, répondit l´équipier de ce dernier. Hal Emmerich portait comme à son habitude ses lunettes et une blouse de scientifique blanche. Ses cheveux mal coiffés étaient toujours assez longs et on lui retrouvait cet air négligé de l’homme de Shadow Moses. - Je me suis fait attendre, hein ? s’inquiéta le clandestin. Je suis au point d´infiltration. - Tout se passe bien ? demanda Otacon. - Le camouflage optique est mort à l´atterrissage. - On a dû trop l´utiliser. Désolé, mais tu vas devoir faire sans... Tu n´es plus dans l´armée. - Bien... de toute façon je ne comptais pas trop me servir de ce gadget. - Le secteur privé c´est pas si mal, pas vrai ? Intimité garantie ! - Tant qu´on ne me donne plus de cadeaux dont je ne veux pas, rien à redire ! - Tu penses à Naomi ? - Je suis heureux de ne plus avoir à supporter les jacasseries de la mémé, répondit Snake.
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- Mei Ling n´est pas si épouvantable ! Ça me fait penser que je dois la contacter au sujet des nouveaux dispositifs Natik. - Elle dévie encore les jouets du CSSAA (Centre des systèmes des soldats de l´armée américaine) ? Transmets-lui ce message : un jour viendra où quelqu´un découvrira le pot aux roses. Elle devrait savoir que ce jour est proche et arrêter rapidement avant qu´il ne soit trop tard. - Entièrement d´accord ! répondit Otacon. Ok, Snake, mettons-nous au boulot. Tu sais que
les données contenant les caractéristiques techniques de Metal Gear ont été vendues au marché noir après Shadow Moses ? - Grâce à Ocelot... répondit amèrement Snake repensant au moment où le bourreau lui avait pris le disque optique après l’avoir violemment torturé par électrocution. - Exactement. Et maintenant chaque état, groupe, ou site internet possède sa version de Metal Gear. - Les secrets de cette arme ne sont pas ignorés des puissances nucléaires actuelles, ajouta Snake. - Ce nouveau modèle semble avoir été conçu pour réduire en miette toutes les autres versions. Selon la seule description logique que j´aie, cet engin serait un véhicule amphibie anti-Metal Gear... - Ça explique pourquoi il est sous le contrôle des Marines. L´objectif de la mission était de confirmer que le Tanker transportait bien ce nouveau Metal Gear et d´en rapporter des preuves photographiques. Mais avant cela, Otacon voulait que son équipier aille sur le pont de pilotage au niveau le plus haut de l´infrastructure. Il fallait qu’ils sachent où allait ce Tanker. Hal ajouta qu’il y avait trop de choses qu’ils ignoraient à propos de ce prototype. Ils ne savaient rien de ses capacités ni de son mode de déploiement; ils ignoraient jusqu´à son stade de développement. S’ils parvenaient à découvrir où auraient lieu les essais, le scientifique y verrait déjà bien plus clair. Solid acquiesça. Son ami lui rappela d’éviter les confrontations directes. Il valait mieux en effet quitter le navire sans attirer l’attention. - T´inquiète pas ! Je connais le chanson : « nous ne sommes pas des terroristes ! » - Très bien. N´oublie pas que tu fais maintenant partie de "Philanthropie", l´organisation AntiMetal Gear officiellement reconnue par l’ONU. - Reconnue, certes ! mais en marge ! Snake avait pour seule arme un tranquillisant, modèle spécial créé à partir d´un Beretta M92F modifié. Son porteur, qui venait de le découvrir dans son équipement, fut fort déçu du peu de générosité de son partenaire. C’était un engin un peu complexe : il devait être rechargé après chaque tir à cause du système de rotation du barillet. Mais après tout, cela était préférable au fait de se procurer l’équipement sur les lieux de la mission. La charge paralysante agirait au bout de quelques secondes, et son effet durerait des heures. Il pouvait assommer un éléphant avec ce jouet. Solid sortit ensuite un appareil photo numérique et… un paquet de cigarettes.
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- C'est une sorte de porte-bonheur, répondit Snake à la remarque d’Otacon. - Tu n'as pas lu l'avertissement du ministère de la Santé ? - … Bon je jette un œil. L’espion regarda dans le viseur de l’appareil photo, et s’en servit pour voir plus clairement autour de lui, comme avec des jumelles. Il s’attarda sur les Marines qui patrouillaient. Ils étaient vêtus d’imperméables jaunes avec capuche, et portaient de puissantes lampes. - Ils n'ont pas l'air d'être armés, remarqua Snake. - Hé ! Message de la Terre à Snake, ce ne sont que de gentils Marines, pas des terroristes. Ne te fais pas prendre, tu dois rester discret. - De toute façon, si les choses dégénèrent, ce n'est pas un petit somme qui les tuera. Au fait, Otacon, es-tu sûr de tes renseignements ? demanda Snake, inquiet. - Absolument ! J'ai moi-même piraté les dossiers confidentiels du Pentagone, annonça fièrement le docteur Emmerich. - Tu n'as pas laissé de traces ? - Oh, s'il te plaît, je suis trop bon pour ça ! plaisanta Hal. - Mais c'est peut-être un piège ! N'oublie pas que nos têtes sont mises à prix ! - Tu as trop d'imagination… - J'espère bien… Ces hommes… reprit Snake toujours en observant les Marines. Ils ont l'air de civils ordinaires, vus d'ici. - Avec tous les bateaux qui passent sous le pont George Washington, il serait malvenu de mettre des Marines en uniforme sur le pont du Tanker, répondit simplement Otacon. Même du bord de la rivière on voit bien ce qui se passe sur l'eau. L’espion remarqua que la ligne de flottaison était trop haute. Dans le vocabulaire des Marines, la ligne de flottaison est la ligne qui sépare la partie immergée et la partie émergée de la coque, respectivement appelées Œuvres vives et Œuvres mortes. On a toutefois différentes lignes sur le même navire, selon s’il est vide ou si au contraire il transporte du matériel lourd. - La cargaison est à l'intérieur, aucun doute possible, répondit Otacon après avoir entendu la remarque de son ami. - En entraînement militaire, on apprend à repérer les menaces venant de la poupe. C'est aussi la procédure utilisée dans les entraînements anti-terroristes. La sécurité devrait être renforcée, souligna Snake. - Tu t'inquiètes trop ! - … Où est la cible ? - De nos jours la surveillance par satellite est le passe-temps favori des grandes puissances… Je dirais donc dans les cales, sous le pont. Tu vois l'entrée des cales ?
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- On dirait qu'il y a plusieurs entrées qui mènent toutes aux quartiers de l'équipage, répondit Snake tout en observant des portes munies de sas un peu partout sur le Tanker… Un hélico ?! lança alors Solid surpris par le grondement de rotors. - Quoi ?! demanda Otacon. Dans l'écran de l'appareil photo qui lui servait toujours de jumelles, Snake remarqua alors quelque chose qui le fit sursauter. Le zoom de l’engin lui permit de voir un Marine, qui était face à lui, tenant sa lampe et surveillant de part et d'autre, puis il aperçut de nouveau une ombre se faufiler derrière lui : un soldat cagoulé, portant un uniforme de camouflage au motif formé de différentes taches marron/vert, s’apprêtait à assassiner le Marine, qui se retourna soudain avant de tomber, poignardé par l’homme. Snake put apercevoir l'armement de ce dernier qui avait l'air très complet… Ak-74u, grenades, radio, arme de poing… Des soldats du même type surgirent alors de toute part et tuèrent les Marines les uns après les autres, ombres discrètes et meurtrières ne laissant derrière eux que la mort. Puis ils jetèrent à la mer les corps sans vie de leurs victimes avant de prendre leur place, commençant à surveiller le secteur. - On dirait qu'on n'est pas les seuls à être intéressés par le Metal Gear, ce soir. - C'est un hélico que je viens d'entendre ? demanda Otacon. - Affirmatif, confirma Snake. Probablement une autre cavalerie… Qu'est-ce qu'ils veulent ?... un détournement ? se demanda-t-il voyant les soldats se faire des signes. - Leur objectif est probablement de prendre le contrôle du navire. - Otacon, combien d'hommes faut-il pour diriger un Tanker de ce type ? demanda Snake. - Ce bateau est contrôlé par ordinateur… Je dirais environ dix-huit personnes. Les soldats, en nombre bien supérieur à dix-huit, se déployaient à tous les points stratégiques du pont et commençaient à infiltrer les quartiers de l'équipage. Snake vit alors un homme dévêtu d'uniforme, debout sur la passerelle périphérique au bâtiment principal qu'il avait remarquée quelques minutes plus tôt. Il zooma sur son visage. Il semblait être un vieux chef, donnant des ordres à ses hommes. - Des Russes ? fit alors Snake. - Tu es sûr ? demanda Otacon, surpris. - En tout cas ce type n'a jamais vu une tondeuse de coiffeur de sa vie, observa Snake. L'homme portait une moustache juste au-dessus de la bouche qui ne se prolongeait point. Elle était grise comme le peu de cheveux qu'il avait. Il se coiffa d’un bonnet qui lui donnait en effet un air « typiquement russe », avant d'observer le déroulement de l’opération depuis son poste, fier de ses hommes. Snake appuya sur le déclencheur à ce moment. - Je te transmets une photo, trouve son identité au plus vite. - Je m'y mets ! annonça Otacon. L'orage et la tempête ne se calmaient absolument pas, et Snake sentit lentement le vent changer de direction. Ils avaient sans doute pris le contrôle du navire. Un hélicoptère passa au-dessus de lui et il repéra au bruit de ses rotors qu’il s’agissait sans doute d’un KA60 Kasatka. Otacon se souvint qu’il s’agissait d’un hélicoptère Kamov. Un « Orque ». Solid brûlait d’envie de découvrir leur identité. - A en juger par leurs transports, c'est un genre de commando militaire, non ?
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- Pas forcément, cela pouvait être un KA-62, autrement dit, le modèle civil. - Ecoute… Snake… tout ce dont nous avons besoin, ce sont des preuves photographiques de l'existence de Metal Gear. Quand on les aura on les diffusera en ligne et toute l'affaire éclatera ! Alors pas de feux d'artifice, ok ? - Très bien, je vais faire de mon mieux… répondit Solid à contrecœur. - On n'est pas à Shadow Moses, Tiens-moi au courrant de la situation. Je t'attendrai juste après le Pont Verrazano, tu devras déjà avoir quitté le navire à ce moment là. - Je reste en contact, conclut Snake avant de couper. Le clandestin sortit de sa cachette. Les gardes patrouillaient, et il éviterait autant que possible les confrontations. Il courut tout d'abord vers le mur face à lui puis s'y plaqua. Il le longea vers la droite, et arriva à l'angle sans aucun souci. Il passa la tête l’espace d’un instant et repéra un garde le dos tourné. Il attendit quelques secondes et vit bientôt la lumière émise par le AK-74u apparaître. Il attrapa l'extrémité de l’arme, surgissant de l'angle avant de la retourner contre son porteur qui leva les mains, effrayé. « Pas un geste ! » lança Snake. Il s'approcha de l'homme et lui donna un coup de crosse qui l'assomma. Il posa de suite après le AK sur son propriétaire et tira une fléchette anesthésiante afin d’être sûr qu’il ne se réveille pas de si tôt. Snake approcha de l'une des nombreuses portes qui devaient donner sur les quartiers de l'équipage et commença à en tourner le sas. Quand elle s'ouvrit enfin, il arriva dans un couloir aux couleurs gris métallique. Enfin à l’abris du vent, il prit quelques secondes pour réfléchir. Qui pourrait vouloir à ce point s’emparer d’un prototype de Metal Gear, cet engin de mort bipède capable de lancer une attaque nucléaire depuis n’importe où ? L’opération était risquée ! Le nombre de Marines à l’intérieur devait être largement supérieur à celui des soldats russes. Face à lui une autre porte dont le sas était cassé, et à sa droite la continuation du couloir. Il prit donc ce dernier chemin, prudent, essayant de ne pas glisser. A gauche, une porte qui coulissait automatiquement donnait sur des vestiaires où il aperçut un ou deux posters de charme sur certains casiers ouverts. Le corridor tournait à gauche après la porte des vestiaires, et là apparaissaient les faisceaux de la lampe d'un AK-74. Snake attendit quelques secondes que le garde se retourne et courut derrière lui. Avant même que le pauvre n’ait eu le temps de se retourner, son cou était déjà entouré des bras du serpent qui utilisa une technique d’étranglement afin d’assommer l’adversaire. Solid le porta jusqu'aux vestiaires, où il ouvrit la porte de l'un des hauts casiers afin d'y dissimuler le corps, tirant une salve du M9 afin de prolonger son sommeil. Le serpent continua son chemin et ouvrit la porte que surveillait le garde. Face à lui, un escalier qui descendait, et au-dessus un petit hublot à travers lequel on ne pouvait distinguer quoi que ce soit tant la pluie tombait à torrents. A gauche, une entrée donnait sur ce qui semblait être une salle de détente. Snake s’aperçut que le Tanker était extrêmement symétrique. Dans la salle suivante, à quelques mètres, se trouvait un très bel escalier de marbre aux motifs grisâtres ressemblant presque à de l’eau de mer. On le retrouvait sur le carrelage au sol sur lequel se reflétait la lueur des lampes, tout comme sur les murs beiges, donnant un aspect extrêmement paisible à la pièce. Cet escalier montait de deux côtés. Ainsi, l’un menait au-dessus du vestiaire si cela vous aide à vous repérer. A droite un bar, toujours aussi propre, et un superbe écran de télévision plat près de quelques magazines laissés çà et là par des Marines, venaient décorer la salle de détente. Enfin, face à Snake, de l’autre côté de sa petite entrée, un second passage exactement identique. Solid devait tout d'abord savoir où se dirigeait le Tanker. Il devait donc monter jusqu’à trouver le pont de pilotage. Il prit l’escalier vers la gauche. Après avoir emprunté la porte au sommer, Snake chercha un nouvel escalier afin de gravir les étages. L'endroit était toujours symétrique, et notre serpent remarqua face à lui en arrivant un escalier obstrué par des caisses empilées, trop lourdes pour être portées sans bruit. Il devrait donc prendre l'escalier à l'opposé. Il emprunta le couloir formant une boucle, et arriva à son but en se faufilant derrière les gardes. Cette fois l'étage n'était qu'une ligne droite, avec un escalier montant au centre. Il n'était pas gardé. Snake le gravit et arriva à un nouvel étage où il trouva une cantine, et un garde-manger. D'après les renseignements d'Otacon, c'était le dernier étage avant d'arriver à la salle de contrôle. A droite de Snake, une porte, et derrière cette porte la cantine. A sa gauche, le couloir
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continuait vers la réserve. Il pénétra dans la cuisine et fut alors choqué. Les soldats n’avaient eu aucune pitié pour les Marines, habillés d’orange, tâchés de rouge, abattus devant leur dernier repas sans avoir eu la moindre chance de survie. Il sortit de la pièce par une seconde porte et arriva dans le couloir, du côté de l’escalier qu’il emprunta. M9 à la main, Snake avançait prudemment. Encore une fois jonchaient çà et là les cadavres de Marines baignant dans leur propre sang, mais aucune trace des soldats responsables du massacre. La pluie ruisselait sur les vitres face à lui et de tous côtés. Le bruit de rotors parvint alors à ses oreilles. Il avança plus rapidement vers la fenêtre et leva la tête, écarquillant les yeux pour mieux voir à travers le rideau de pluie qui rendait floue sa vision sur l'extérieur. Deux hélicoptères survolaient le Tanker. Cette fois il n’avait plus de doute : il s’agissait bien de Kasatkas. Les soldats descendaient des hélicoptères en questions, se laissant glisser le long de solides cordes de rappel, toujours aussi bien organisés. Ils investissaient le Tanker de façon spectaculaire. Snake, toujours dans la salle de contrôle, se lança dans sa recherche de la direction dans laquelle le navire allait sur les écrans d'ordinateur. A ce moment son Codec sonna. - Snake, tu as trouvé l'endroit où ce bateau se rend ? demanda la voix d'Otacon. - C'est justement ce que je regarde. Longitude, 35 degrés et latitude, 58 degrés environ… - C'est à plus de 500 miles de la côte des Bermudes… au beau milieu de l'Atlantique… répondit l'équipier de Solid après avoir vérifié sur son ordinateur. Donc le prototype est prêt à être testé seul. Il est opérationnel. En outre, cette zone se situe hors du rayon d'action de la Seconde Flotte… Ce doit être un projet séparé des Marines. Autrement dit, ce Metal Gear est sans doute conçu pour être déployé seul, sans aucune assistance des Marines… En tout cas, les analyses peuvent être remises à plus tard. Snake, je veux que tu ailles dans les cales pour trouver le Metal… hm !? Otacon et Snake venaient tous deux de sursauter : un bruit sourd s’était fait entendre à l'extérieur de la salle de contrôle, sur le pont. Solid regarda sur sa gauche, et vit à travers la vitre une silhouette de dos, parler par radio. - Hm… fit Snake avant de se diriger vers la porte puis d'en tourner sans bruit le sas. Quand il eut ouvert, le puissant vent s’engouffra d'un coup à l'intérieur et fit voler ses cheveux et son bandana alors que la pluie pénétrait à l’intérieur, toujours aussi dense. Il sortit refermant discrètement la porte derrière lui. Cette partie du pont était éclairée par un énorme spot. Une bâche recouvrait une sorte d'étagère en métal, où étaient posés divers outils, et de petites caisses étaient disposées en vrac. Solid eut de suite le réflexe de se cacher derrière elles, en courrant recroquevillé, prenant garde à ne pas glisser, les rafales et la pluie couvrant les bruits de ses pas. La femme parlait russe dans sa radio avec un homme, également russe. Par chance, il s’agissait de l’une des sept langues que Snake maîtrisait. - Shalashaska a atterrit, dit la voix masculine. Je me dirige vers les cales du Tanker. Rapport demandé. - Les salles des commande, de communication, et des machines sont sous notre contrôle, répondit la femme. Tous les accès, et les sorties aux cales sont surveillés. Les capteurs infrarouges sont opérationnels. - Bon boulot ! Les explosifs sont-ils en place ? demanda l'homme. - Oui ils sont tous posés. - Ecoute, dès qu'on a ce que l'on est venus chercher, on sabordera le Tanker. - Et le pilote du véhicule ?
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- Il est le seul à avoir reçu un entraînement en Réalité Virtuelle. Personne d'autre ne peut le piloter. Les questions fusaient dans la tête de Snake, et cette histoire d'explosifs ne lui plaisait guère. La femme demanda s’il était sûr de pouvoir lui faire confiance. « Ta mission est terminée. Tu dois partir maintenant » répondit l'homme de manière autoritaire, ce qui fit d’une certaine manière comprendre à Solid qu’il s’agissait du père de la dame. Olga contesta, clamant que la mission n’était pas encore terminée. L’autre répondit : « Je vois la lune, même avec cette tempête. Elle a la pâleur de la mort. Je la sens mal cette mission ! Tu m'as juré que tu quitterais l'unité une fois ta tâche accomplie ! Ne t'inquiète pas c'est un pays de liberté ! » - Non ! Ma place est avec l'unité ! Je n'ai nulle part d'autre où aller... Père, je veux rester et combattre. - Tu n'as pas ta place ici, Olga ! Dois-je te rappeler que tu portes mon petit-fils ?! lança sévèrement Sergei. Olga baissa la tête et posa la main sur son ventre, partagée entre sa fierté et sa raison. « Tu vas grimper dans l'hélicoptère et partir d'ici, tout de suite ! ». Un grésillement indiqua que le père d'Olga avait coupé la communication, et cette dernière se tourna alors qu'un bruit de rotors s'approchait. « Mince... » se dit-elle alors qu'un Orque se positionnait audessus de sa tête. Après un court moment de réflexion, elle fit signe au pilote de partir, et l’engin s’éloigna. Snake allait surgir de son trou. Il avait observé Olga, qui portait une casquette, un pantalon aux mêmes couleurs que l’uniforme des soldats russes qui ont attaqué le Tanker, et qui était tenu par des bretelles de la même couleur sur un tee-shirt blanc à rayures bleues horizontales. Il avait également repéré son arsenal comme il le pouvait. Elle avait une arme à la main, des grenades, et... un air déterminé... Mais il ne pouvait être sûr d'avoir tout vu. « Pas un geste ! » cria donc Solid en pointant son M9 modifié sur Olga, qui ne savait pas qu'il ne s'agissait que d'un tranquillisant. Elle s'exécuta et resta parfaitement immobile, regardant le sol. Solid lui ordonna de mettre les mains sur la tête. La femme se tourna lentement vers son agresseur, tout en levant les bras. « Jette ton flingue par-dessus bord, lentement », dit l'espion. Olga obéit à nouveau, et Snake se plaça face à elle, pour l'observer de plus près, mais elle se cachait derrière sa casquette. « Une femme, hein... montre-moi ton visage ! » demanda le serpent. - Hm ! Vous les hommes, vous êtes tous les mêmes ! répondit-elle avant de baisser lentement le bras pour soulever sa casquette. - Qui êtes-vous ? demanda Snake, découvrant le visage d'Olga, qui avait sans doute entre vingt cinq et trente ans, ses cheveux blonds mais déjà grisonnants rasés courts, et une longue cicatrice, discrète mais bien présente, parcourant diagonalement son visage. Elle répondit qu’ils étaient des nomades, des vagabonds, laissant s'envoler sa casquette qui faillit atterrir sur le visage de Solid alors qu'elle tentait de profiter de la diversion pour reculer d'un pas. « J'ai dit de ne pas bouger ! » lança Snake, l'oeil perspicace. Ces Américains... ils descendaient les femmes, aussi ? C’est ce que se demanda Olga à voix haute. « Je suis un nomade, moi aussi. » répondit Snake ironiquement. « Qu'est-ce que tu me caches d'autre ? Prend le couteau et jette-le ! » ordonna-t-il repérant l'arme. Les yeux bleus d'Olga sous ses sourcils froncés ne bougeaient pas. Elle fixait Snake, tout en descendant lentement la main droite vers le couteau à sa ceinture, qu'elle sortit de son étui, avant d’amorcer un mouvement afin de le lancer à sa droite au niveau du spot aveuglant, mais son agresseur l'interrompit. - Pas par-là ! Jette-le par-dessus bord ! La victime du serpent se releva doucement, tenant fermement le couteau, puis remit les mains en l'air. Il lui ordonna de rester dans cette position et de se tourner. Olga pensa à haute voix, disant que ce type savait ce qu’il faisait. A ce moment le Tanker tout entier grinça pour une raison inconnue, et Solid et son otage furent secoués quelques secondes.
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- Il s'est arrêté de pleuvoir ! remarqua la femme, l'air neutre. C'est pas trop moche… ? Je veux dire, New York ? Et sur ces mots, elle se retourna plus vite que l'éclair, saisit une arme, un USP, qui était caché dans son dos, et tira sur Snake qui bougea la tête juste à temps, alors que la balle effleurait sa joue, et que la lame du couteau d'Olga fonçait à quelques centimètres derrière, rejoignant la balle perdue. « Voilà qui devrait mettre fin à notre petite entrevue ! » lança la fille cachée derrière la bâche. - Un couteau de scout... pleine de surprises. Tu es une Spetznaz ? demanda Solid. - Tu mérites un peu d'indulgence ! Personne n'avait jamais réussi à esquiver un de mes tirs avant toi. Mais tu ne t'en tireras pas deux fois ! Le combat débuta. Une marche d'environ soixante-dix centimètres séparait Snake et Olga, et cette dernière étant sur la partie la plus vaste et la plus haute, avait un avantage. De plus, en supplément de l'étagère recouverte de la bâche, qui était au centre, elle pouvait se cacher derrière un petit container à droite de Solid, et une colonne à gauche. Snake n'avait quant à lui que les caisses derrière lesquelles il s'était dissimulé avant d'assaillir Olga. Cette dernière se déplaça de sa cachette, à savoir, la bâche, vers la colonne à gauche, tout en tirant sur Solid. « Je suis dans cette unité depuis ma naissance, j'ai grandi sur un champ de bataille ! Le conflit et la victoire ont été mes parents ! » lança Olga avant de tirer à nouveau. « L'unité est ma vie, ma famille ! Nous avons tout partagé ! Tout le bon, comme tout le mauvais. ». Snake s'apprêtait à surgir quand il entendit son adversaire courir, alors que la pluie reprenait de plus belle. Olga était en effet retournée derrière la bâche, d'où elle lança : « Qui que tu sois, tu ne nous arrêteras pas ! » Elle tira alors, mais Snake ne vit pas où tout de suite, car elle n'avait en effet pas visé dans sa direction. Il se décida soudain à surgir, braquant son M9, mais il essuya de suite les tirs de la combattante, qui le manquèrent de bien peu. Solid ne voyait rien, il était totalement aveuglé par le spot, qu'Olga avait en réalité tourné en tirant sur le pied. Belle stratégie, bien que gênante pour Snake, qui s'était déjà remis à couvert. Le M9 de ce dernier avait une visée laser, et elle pourrait être utile... Il avait une idée. Il surgit à nouveau mais de l'autre côté de sa cachette, à sa droite. De là il voyait parfaitement la bâche, il en visa les attaches, et tira une première fléchette qui rata, puis une seconde qui fit mouche : la bâche se détacha et, avec l’aide de la tempête, finit par partiellement s'envoler, et elle resta ainsi soulevée par le vent devant le spot. Solid plongea de l'autre côté, donc à gauche. Il tira dans la jambe d'une Olga bouche bée. En quelques secondes, elle commença à tituber, puis s'effondra contre la balustrade, endormie. L’intrus approcha pointant toujours son M9, prudent. Olga glissa et tomba sur le côté, Solid se baissa et ramassa son arme, puis il posa la main à sa gorge afin de vérifier qu’elle allait bien. Soudain, il sursauta, sentant une présence. « Hein ?! » laissa-t-il échapper. Une sorte de tourelle blanche volait au-dessus de lui. Elle était composée d’un anneau d’un bon mètre de diamètre qui en était la base, et en son centre de petites hélices qui faisaient planer l’engin, puis des barres métalliques montaient telles les arêtes d’une pyramide depuis cette base pour se rejoindre sur une caméra qui pivotait à 360°, environ 80 centimètres au-dessus de l’anneau. Snake n’eut pas le temps de comprendre, la lentille de la caméra de l’engin le fixa quelques centièmes de secondes, et la tourelle s’en alla à toute vitesse, hors du champ de vision du clandestin, qui avait très bien compris que le CYPHER l’avait photographié… mais pourquoi ? Il contacta son équipier au 141.12 : - Otacon, ils semblent avoir pris le contrôle du bateau. Les hommes ont des équipements russes mais je n’ai été en mesure d’identifier aucune autre origine. - Je sais qui ils sont… annonça Hal. - Vraiment ? - Nous avons identifié ce vieil homme que tu as photographié. - Qui est-ce ?
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- Sergei Gurlukovich… - Gurlukovich ?! un des alliés d’Ocelot… Cet homme, Snake en avait d’abord entendu parler à Shadow Moses : Sergei voulait que Liquid Snake lui vende Metal Gear REX. Malheureusement pour Gurlukovich, Solid avait détruit ce dernier. - Ouais… continua Otacon. Le Colonel du GRU. C’est l’homme qu’Ocelot était censé rencontrer après Shadow Moses. - Hm… ils veulent le Metal Gear. - Ça change tout… ça ne va pas être aussi simple qu’on ne le pensait… Snake lui rapporta sa rencontre avec Olga et comment il avait été piégé. - Un CYPHER-T des Marines ? - Non, de l’armée, répondit Snake. - D’abord les Marines, puis les Russes, et maintenant l’Armée ?! - T’as raison, ça va pas être simple… nota Solid. Hal qui hésitait depuis quelques minutes se décida enfin à avouer quelque chose à son équipier. Les renseignements concernant ce nouveau Metal Gear n’émanaient pas uniquement d’eux contrairement à d’habitude… Un tuyau, anonyme, l’avait informé. Snake surpris lui fit remarquer qu’il n’avait jamais cru à ce genre de choses. Le fait est qu’Hal avait une petite sœur. Une demi-sœur. Ils avaient des parents différents. Il ne l’avait connue que pendant deux ans. L’indic avait signé « E.E » (qui se prononce « [i][i] »). Et le nom de sa sœur était Emma Emmerich, qu’il avait toujours appelée E.E. Cela lui avait sauté aux yeux. Otacon imaginait qu’il s’agissait d’une coïncidence mais avait pourtant peine à s’ôter l’idée de la tête. Personne ne savait rien d’elle. Plus de dix ans s’étaient écroulés depuis leur dernière rencontre. Snake se demanda s’il ne s’agissait pas d’un piège. Hal lui confirma qu’il avait vérifié dans les fichiers du Pentagone mais qu’il n’était pas à l’abri d’une erreur. Solid coupa son Codec et comprit donc qu’il venait de combattre Olga Gurlukovich, la fille de Sergei, qui malgré sa grossesse voulait rester jusqu’au bout avec son unité. En repartant, l’espion passa sans s’en rendre compte à côté de charges de Semtex, un explosif puissant, qui étaient posés là sur une caisse de bois. Peu après, Snake était retourné en arrière, et était à présent dans la cantine, située juste sous l’endroit où il avait combattu Olga. La pièce commençait à empester le sang, les Marines toujours dans la même position laissés pour morts par les soldats de Gurlukovich étaient de plus en plus pâles. Snake prit leurs munitions dans un casier d’urgence de la salle, afin d’avoir de quoi tirer avec son USP, avant de passer et de descendre l’escalier. Je pourrais vous raconter cette partie d’infiltration, mais je préfère la laisser de côté car la façon dont Snake évite les gardes est surtout intéressante pour la personne qui joue au jeu. Ici n’oublions pas qu’il s’agit d’un roman avant tout. Le membre de Philanthropie devait à présent trouver le Metal Gear. Nous retrouvons donc notre espion pas plus de sept ou huit minutes plus tard, à l’entrée droite de la salle des machines. Le passage menant le plus rapidement aux cales se trouvait à gauche mais la porte automatique était bloquée. Il avançait doucement vers l’un des passages du couloir qui aboutissait selon Otacon à un vestiaire, quand il sursauta : une ombre gigantesque était plaquée sur le mur face à lui. Confus et surpris, il chuchota pour lui-même un nom… « Raven ?! ». Vulcan Raven, le Shaman géant… Il était mort deux ans plus tôt à Shadow Moses, dévoré par des corbeaux, qui d’après lui emmèneraient son âme dans l’au-delà…
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Ainsi donc l’ombre de l’ancien membre de FoxHound était là, portant la même arme colossale que lors de son dernier combat… Snake se plaqua contre le mur à l’angle de la pièce, avant de plonger, pointant son arme sur… rien. Il chercha Raven du regard, et le trouva à ses pieds : Une petite figurine à son effigie était posée là, à terre, une dizaine de centimètres tout au plus, et une lampe torche derrière elle afin d’agrandir son ombre sur le mur. Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Peu de Marines devaient connaître Raven. Et moins encore devaient prêter attention à ses croyances. Pourquoi donc avait-on placé cette figurine ici ? Quelqu’un cherchait peut-être à effrayer Snake, mais qui le connaîtrait assez bien pour savoir ce qu’il pense, ou ce qu’il craint ? Bref, pas de temps à perdre, Solid commença à chercher des munitions dans les casiers des Marines. Il trouva des grenades dans le premier, des munitions pour l’USP dans le second, et il décida d’ouvrir le dernier de la rangée, ce qu’il regretta amèrement quand le corps sans vie et ensanglanté d’un Marine, habillé d’orange comme ceux de la cantine et de la salle de contrôle lui tomba dessus. Snake retourna sur ses pas et entra par la porte dans la bruyante salle des machines. Beaucoup de gardes patrouillaient sur les trois étages de la pièce, et Snake eut du mal à trouver des solutions pour traverser. Il dut même se suspendre à une passerelle afin de passer derrière une sentinelle. Bref après cinq bonnes minutes, il était arrivé tout à fait à l’opposé du vestiaire, qui était… un nouveau vestiaire mais aussi le passage vers les cales. Il avança en courant vers le couloir face à lui qui menait à un sas quand il s’immobilisa, tétanisé. Il n’osait qu’à peine respirer quand il contacta Otacon. - J’ai un problème, dit-il. - Comment ça …? Il y avait un dispositif, avec des lasers, et de part et d’autres de la pièce… du Semtex, des explosifs plastiques. « Ok, Snake, pas de panique. » rassura Otacon. Il y avait assez de Semtex pour envoyer ce Tanker au fond de l’eau… Solid ne tenait pas à mourir avec les poissons. - Attends, normalement, ce dispositif a dû être installé très rapidement et donc les boîtiers qui contrôlent les lasers doivent être très proches et visibles. Ils devraient ressembler à de petites boîtes avec un point vert qui clignote régulièrement. Il y en une par laser, mais si on ne sait pas combien… - On va le savoir, coupa Snake. Il sortit ses cigarettes sans trop bouger, et en alluma une. Les capteurs infrarouges apparurent avec la fumée, il y en avait trois. - Bien vu, remarqua Otacon. Je te laisse travailler, ajouta-t-il avant de couper la communication. Solid sortit son USP, le boucan de la salle des machines juste à côté couvrirait les coups de feu. Il visa le boîtier le plus visible, identique à ceux qu’il n’avait pas remarqué sur le pont après avoir endormi Olga, et fit de même avec le second qu’il trouva peu après. Pour le dernier, les choses se compliquaient. En effet, le boîtier était au bout du couloir, posé sur le Semtex lui-même. En clair, si sa balle déviait d’un centimètre ou deux, c’était la fin. Il ne pouvait pas reculer, il tira, et entendit un bruit signifiant la désactivation des capteurs. Il traversa sans toutefois lâcher sa cigarette, peu rassuré, et une fois le sas de la porte qu’il referma derrière lui franchi, il lâcha ce poison et l’écrasa à terre. Puis bien entendu, il ramassa le mégot et le rangea afin de ne pas laisser de traces de sa présence sur les lieux. Il était inquiet. S’ils avaient placé des explosifs à cet endroit, ils avaient dû en poser ailleurs. Que projetaient-ils ? « Nous avons passé le contrôle du pont Verrazano. Tout le personnel n’étant pas de garde doit se rendre dans les cales dans dix minutes pour le briefing du Commandant. Vos ordres sont de rester à vos postes en attendant ! »
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Le microphone s’arrêta. Donc, les Marines ne savaient pas que leur Tanker avait été attaqué… Combien étaient-ils dans ces cales ? Snake le découvrirait au bout du long couloir aux teintes orangées, peu éclairé et humide qui s’ouvrait à lui. Il pressa le pas. Il courut bientôt. Il était presque arrivé au bout quand il sursauta et plongea se cacher derrière une caisse de métal. Un sas. Quelqu’un tournait un sas non loin devant. Il attendit quelques secondes, et sortit son M9, toujours dans l’idée de tuer le moins possible. Un grondement indiqua que la porte venait d’être ouverte. Des bruits de pas précipités entrèrent dans le long corridor. Des pas lourds, sans doute des bottes. Ce n’étaient pas des Marines, mais des hommes de Gurlukovich, au nombre de cinq. L’un d’eux ferma la porte doucement. - Colonel, nous avons bouclé l’écoutille arrière, chuchota l’un des hommes dans sa radio. - Très bien ! félicita Gurlukovich. Le soldat ajouta que l’ascenseur était également sous leur contrôle. Gurlukovich et Ocelot étaient sur le pont, s’apprêtant à descendre dans les cales. Le Commandant des Marines avait déjà commencé son discours. Mais ils auraient terminé les préparatifs avant la fin de celui-ci. Toute communication avec les cales avait été coupée, personne ne savait qu’ils étaient là. « Ne laissez personne entrer dans les cales tant que nous sommes ici ». Cela allait de soi. Ces hommes couvriraient sa fuite au péril de leur vie. « Encore une chose… Ma fille… protégez-la ! » demanda leur Colonel à ses hommes. « Bien reçu », répondit la patrouille avant de couper sa radio. Snake vit du coin de l’œil des signes qui voulaient clairement dire que deux des hommes partaient, tandis que les trois autres gardaient la porte. Mais les deux qui quittaient les lieux allaient partir à la recherche d’Olga, et donc sans doute passer devant lui… ce qui se produisit. « Qui va là ?! » cria le soldat en tête de file quand il aperçut l’espion. Solid plongea et tira une fléchette de M9 près du cœur de celui qui l’avait repéré. Ce dernier perdit en une seconde tous ses moyens, il commençait à tituber, et Snake l’attrapa en bouclier. Les quatre autres hésitaient, ils ne pouvaient se résigner à tirer sur leur camarade. Snake poussa le corps endormi de l’homme sur le soldat face à lui tout en tirant une fléchette de M9 dans le bras de ce dernier. Il lui donna un coup de poing et cela suffit à l’endormir pour de bon. Les trois ennemis restants tirèrent à vue sur l’espion qui se mit à couvert derrière sa caisse, surgissant de temps à autres afin de tirer avec cette fois son USP. Il eut alors l’idée de tirer dans les lampes, plongés dans le noir complet, les hommes de Gurlukovich eurent le réflexe d’activer leurs lunettes à infrarouge. Erreur. Snake alluma la lampe de son USP. Ses adversaires crièrent, aveuglés, et il sortit son M9 de l’autre main afin de tirer une fléchette sur chacun de ses ennemis. Finalement, il plongea vers eux, les bousculant, afin qu’ils tombent endormis. La fumée émise par les armes se dissipa, Solid rangea ses pistolets et avança. Il ouvrit le sas et entra dans la pièce, sans voir le soldat de Gurlukovich derrière lui, debout. Prudent, Solid entra dans la première cale. Après le passage du serpent, l’homme ferma sans bruit le sas avant de soupirer. Il portait un gilet pare-balle et la fléchette n’avait pu l’atteindre : il avait joué la comédie. Commençant à tourner l’écoutille afin de la verrouiller, il se retourna soudain brandissant son arme. Des bruits de pas, lents et lourds, se faisaient entendre, grandissant un peu plus à chaque enjambée. « Qui est-ce ? ». Sortant de l’ombre, Revolver Ocelot se montra, vêtu du même uniforme que les hommes de Gurlukovich, mais avec toutefois le même manteau marron qu’autrefois par-dessus. « Oh ! Shalashaska… » reconnut le garde rassuré baissant son arme. « Que faites-vous ici ? Nous vous croyions avec le Colonel. ». Le soldat n’eut le temps que de voir le bras d’Ocelot se baisser puis se relever. Puis il sentit la froide extrémité du canon du colt posé sur son front. « Qu’est-ce que… ». Une détonation, du sang, la vie avait quitté le pauvre homme avant qu’il n’ait put achever sa phrase. Shalashaska fit tournoyer son revolver autour de son doigt avant de le ranger dans son étui. Il avança et tourna l’écoutille du sas entièrement afin de verrouiller la porte, puis il fit demi-tour et commença à s’éloigner, pour se retourner à quelques mètres du cadavre qu’il laissait derrière lui. « Le Colonel te rejoindra bientôt… camarade… ». Solid était entré dans la première cale, et se tenait à présent à une vingtaine de mètres de hauteur. En bas les Marines armés jusqu’aux dents observaient attentivement un énorme écran, sur lequel un rétroprojecteur renvoyait l'image du Commandant Dolph qui se trouvait dans la cale 3. Scott Dolph portait un béret et un uniforme de camouflage, était
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presque chauve, et avait la peau foncée. Sa voix résonnait dans chaque salle via des hautparleurs placés un peu partout dans les énormes pièces. Snake estima le nombre de Marines sous ses pieds à soixante-dix, et ils étaient sans doute aussi nombreux dans les deux salles suivantes. Otacon lui avait vaguement expliqué qu'il devrait traverser entièrement ces deux salles afin d'arriver à la troisième. Sur l'écran, l'espion devinait derrière le Commandant les énormes jambes métalliques du Metal Gear. Une échelle à sa droite lui permettrait de descendre au niveau du sol, puis il faudrait se frayer un chemin au milieu de tous ces soldats en rang sans être vu. Certains patrouillaient, l’air anxieux : les plus perspicaces pressentaient quelque chose, mais après tout aucun message radio d’alerte ne leur était parvenu. Snake s'accroupit et contacta Hal. Il devait faire vite, et prendre ces photos du prototype Metal Gear avant la fin du discours. - Otacon, j'y suis, dit-il. Dans la première cale, caché à l'entrée sud sur la passerelle du second étage. C’est plus long que prévu, on a passé le pont Verrazzano. - Très bien… répondit Hal peu surpris. Nous te récupèrerons ailleurs. - Ils ont peut-être prévu de changer de direction, prévint Snake. - Quoi ? fit Otacon. - Les sorties menant au pont sont apparemment toutes bouclées. - Mais qu’est-ce qu’ils préparent… ? - S’ils s’emparent du Metal Gear, on va sortir de la clandestinité, nota Snake. Hm… tous ces types en bas sont des Marines. - Si tout a été bouclé, ils n’ont aucun moyen de savoir que le bateau a été pris d’assaut… - Je n’ai pas envie de combattre ces types, remarqua l’espion. La sécurité est serrée ici, et je ne pense pas que les nouveaux arrivants aient envie d’en découdre avec ces Marines. - Mais où vont-ils… ? se demanda encore Otacon. - Je ne sais pas… pas à la plage, en tout cas, c’est sûr… plaisanta Snake. - Bien, Snake faisons une dernière petite révision… proposa Hal après avoir souri une seconde. Tu dois prendre des photos plus parlantes que tous les démentis du gouvernement. Il nous faut quatre clichés. Un de face, un de droite, un de gauche, et un gros plan des lettres « Marines ». - Marines ? Interrogea Snake. - Les lettres « Marines » doivent en effet être sur la carrosserie du prototype. C’est le genre de photo assez difficile à réfuter. - Très bien, répondit l’espion s’apprêtant à partir, mais sentant que son équipier n’avait pas terminé. - Il y a une autre chose que je dois te dire… se lança Otacon d’une voix hésitante. - Crache le morceau, je suis habitué aux imprévus, plaisanta Snake sans enthousiasme encore une fois, comme à son habitude. Quelqu’un surveillait visiblement leurs transmissions. Qui ? Il n’en savait rien. Mais il aurait mille fois préféré que la personne tente de créer des interférences. Elle se contentait en
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effet d’écouter. Peut-être y avait-il un rapport avec ce Cypher que Snake avait vu ? En tous les cas, Hal avait changé le protocole de cryptage de leur transmetteur. Mais il préférait ne pas prendre le risque que Solid lui envoie les photos par Codec, juste au cas ou… Il y avait donc un autre moyen. Dans la troisième cale, là où étaient le Commandant Dolph, discourant, ainsi que le Metal Gear, se trouvait un petit poste de travail. Isolé. A l’abris des regards. Otacon avait pris toutes les précautions nécessaires afin qu’il puisse envoyer les photos depuis la machine. « A partir de la Liaison 16, je me suis introduit dans le réseau de l’Armée américaine. J’ai réussi à entrer dans ce poste de travail et réécrit une partie du système pour installer à distance un programme de ma confection… ». Snake le coupa et lui demanda pourquoi il prenait la peine de lui expliquer des détails si complexes. Le scientifique répliqua. C’était plutôt simple, selon lui. Surtout pour Solid, qui n’aurait qu’à appuyer sur la touche « entrée » de la machine afin que tout ne se déverrouille. L’application se lancerait automatiquement. Le programme téléchargerait alors les photos depuis son appareil, par une liaison radio. Une fois fait… - Ok ! ok, c’est bon ! interrompit Snake. En clair je dois juste prendre les photos, connecter l’appareil au poste et appuyer sur la touche entrée… - Heu… oui si tu veux, répondit Otacon frustré. Et surtout n’oublie pas que tu dois avoir terminé avant la fin du discours du Commandant si tu ne veux pas te faire repérer ! J’ai piraté ses fichiers personnels et jeté un œil au texte. Vu le temps déjà passé, je dirais qu’il te reste sept minutes, sans doute un peu plus s’il place une blague ou deux… et n’oublie pas, concentre-toi sur les photos, Snake ! insista-t-il. - Etant donné la situation, je ne me risquerai pas à faire de folie… répondit ce dernier s’empressant d’ajouter après une petite hésitation : Il n’empêche qu’on ne devrait pas laisser ce Metal Gear être détourné ! - Ok, Snake, mais d’abord les photos, chaque chose en son temps, répondit Hal parlant lentement comme lorsque l’on apprend quelque chose à un enfant qui vient de dire ou faire une bêtise. Snake agrippa l’échelle et commença à en descendre les barreaux. Voici ce qu’il entendit du début à la fin du discours, fort instructif pour nous qui avons fait un bond de deux ans depuis Shadow Moses, du Commandant Dolph : « A l’heure actuelle, toutes les nations industrialisées connaissent les spécifications du Metal Gear. Pire encore, c’est également le cas de pays peu recommandables. Tous ces pays visent à déployer leur propre bataillon de Metal Gear pour rivaliser avec la force nucléaire américaine. Le monde est sur le point de voir naître des tas de modèles inspirés de notre Metal Gear. Nous avons donc décidé de développer le Metal Gear Ray pour contrer tous ces armements piratés. La seule chose qui puisse se dresser face à un Metal Gear est bien entendu un autre Metal Gear. Avec Ray, nous pourrons repousser la menace posée par des centaines, voire des milliers de Metal Gear produits dans le monde entier. La prolifération frénétique des armes nucléaires sera contenue, et ce seront les Marines, avec le Ray, qui accompliront cet exploit. Cette arme rendra tous les autres Metal Gear obsolètes. Conscientes de la supériorité militaire du Ray, les nations constituant leur propre force de Metal Gear réviseront leur stratégie nucléaire. Ce rééquilibrage des forces donnera naissance à un nouvel ordre mondial, et les Marines y joueront un rôle militaire prépondérant. Notre projet militaire n’est pas le seul qui s’attache à développer le Metal Gear, mais il n’a rien de commun avec celui des Navys. Le programme de ceux-ci va ajouter de l’huile sur le feu de la prolifération nucléaire incontrôlée. Il est évident que ceux qui soutiennent cette politique essaient de barrer la route à notre Ray, mais je vous promets que leur entreprise est vouée à l’échec. Aux dires de certains, l’importance stratégique des porteavions sera réduite par l’avènement du Ray. Il est clair que la Navy est opposée à ce projet. Les personnalités de la Navy font pression, surtout celles du secteur des sous-marins et des avions. Nous nous heurtons également aux actes hostiles d’un acteur important, mais ce
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projet est vital pour les Marines. L’ennemi est parfois plus proche qu’on ne le pense, n’oubliez jamais cela. J’ai une fille, et je souhaite de tout cœur lui éviter de connaître l’horreur d’une guerre nucléaire. En tant que père, je souhaite léguer un monde meilleur aux générations futures. En tant que soldat, je sais qu’il est de mon devoir de suivre cet objectif. Metal Gear Ray est amphibie, contrairement au Rex de l’armée. Il peut naviguer dans les profondeurs, bouger sans se faire repérer et accoster n’importe où. En outre, son système conjoint de distribution des informations tactiques (JTIDS) est en mesure d’identifier toute cible avec une précision infaillible avant de l’anéantir brutalement. Il n’existe pas de meilleure arme. Il vous incombe de la défendre. Réfléchissez un moment pour en prendre la mesure. Lancé à la fin du vingtième siècle, le programme national de défense de missile (NDM) aurait dû se terminer en 2005. Mais les essais de l’an 2000 connurent un échec retentissant. On pense maintenant que le succès des tests menés en 1999 était dû au hasard. Alors que l’on n’entrevoyait aucune solution technologique proche, le programme subissait les vives critiques de la Russie et de la Chine, selon lesquelles il violait l’accord sur l’interdiction de missiles balistiques. Dès le début, on savait qu’en développant une stratégie de défense par missiles, on encouragerait la course aux armements. Le Président Sears parvint à faire adopter le NDM et lança le programme. On dit même qu’un groupe de pression militaire força la main de l’Assemblée pour faire passer le budget de cent milliards de dollars alloués au projet. Tout en choyant le concept du NDM, l’ancien Président Sears s’efforça de réduire les stocks nucléaires. C’est même lui qui abaissa le plafond de START3 des armes nucléaires tactiques pour faire accepter une révision du traité contre les missiles balistiques à la Russie. L’incident de Shadow Moses intervint au moment où tout le monde croyait que la course aux armements était révolue. Le développement du Metal Gear Rex reste officieux, mais la communauté militaire internationale sait tout. Les spécificités de l’engin se sont disséminées dans le monde entier, et la course aux armements nucléaires a repris. La seule chose qui puisse renverser la vapeur, est le Metal Gear Ray. Le développement du Rex sur Shadow Moses, était censé constituer la première mesure préventive pour aider à lutter contre une éventuelle réduction de la capacité de défense nucléaire du pays. La transmission illégale de la technologie NDM aux nations étrangères milite en faveur de cette éventualité. Si cette théorie est exacte, cela signifie qu’un complexe militaire et industriel a froidement profité de la situation. Nous sommes ici aujourd’hui pour laver notre pays de toute corruption ! Telle est notre mission, ne l’oubliez pas. A la suite de l’incident de Shadow Moses, George Sears a dû quitter la présidence. Le motif officiel n’invoquait évidemment pas le développement du Metal Gear Rex, ni la prolifération des ogives nucléaires de nouvelle génération. Mais vous êtes sûrement au courrant des rumeurs selon lesquelles cette mascarade ratée lui aurait fait perdre ses appuis politiques, rendant sa démission inévitable… Nous les Marines, nous allons initier un nouvel ordre mondial, avec Metal Gear Ray ! C’est tout… rompez ! » C’est en écoutant le début de cette moitié de discours que notre espion arriva au sol. Tous les Marines ou presque fixaient l’écran où Scott Dolph parlait entre autre de Shadow Moses, du Metal Gear Rex… bref, Snake, au fond de la salle arriva bientôt à droite du rétroprojecteur. S’il s’aventurait devant, il était certain d’être repéré par les soixante dix soldats qui regardaient l’écran. Il prit donc toutes les précautions nécessaires pour passer discrètement en rampant sous le faisceau lumineux. Les portes qui menaient à la deuxième salle se trouvaient à gauche et à droite de l’écran. L’espion avança sans bruit et en évitant tactiquement le regard des Marines jusqu’à atteindre la porte de gauche, qui s’ouvrit automatiquement. Un petit couloir d’à peine deux mètres s’offrait à lui, et il le traversa rapidement ouvrant la seconde porte.
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Une nouvelle salle presque identique à la première s’ouvrit à lui. La seule différence notable était qu’il y avait cette fois deux écrans géants, et quand des informations importantes passaient sur l’un des deux, les Marines se tournaient vers l’écran concerné. Cela ne faciliterait pas la tâche à Solid qui risquait ainsi deux fois plus d’entrer dans leur champ de vision. A nouveau, ce dernier avança prudemment. Il perçut rapidement un garde devant la porte de gauche au fond de la salle, il devrait donc prendre celle de droite. Il rampa sous le rétroprojecteur, à peine un mètre derrière la première rangée de Marines, et continua à avancer en rampant jusqu’à arriver tout à fait à droite de la cale. Manque de chance, le rétroprojecteur de droite s’activa, et tout le monde se tourna vers l’avant droite de la salle, tout juste au niveau de la porte. Snake resta ainsi allongé, immobile et silencieux, les Marines pouvaient le voir du coin de l’œil à tout moment. Sur l’écran, Scott Dolph faisait à présent les cent pas tout en parlant sur une passerelle située à environ deux mètres de hauteur, face à une rangée composée d’une trentaine de soldats. Malheureusement le caméraman ne filmait pas le Metal Gear Ray. A nouveau, le rétroprojecteur changea de côté, et tous les regards se tournèrent cette fois vers l’avant gauche. Snake saisit sa chance, il se leva, et avança silencieusement, baissé afin de ne pas prendre de risque. Il arriva enfin, après ce périlleux trajet qui lui parut durer de nombreuses minutes, devant la porte. A nouveau un couloir. Il entra, la porte derrière lui se referma. Il fit un premier pas, son cœur accélérait à mesure qu’il avançait. Il sentait que l’histoire de ce « Metal Gear Ray » serait plus complexe que celles qu’il avait déjà réglées. Un second pas, puis un troisième. La porte s’ouvrit devant lui, et Snake observa calmement. De suite à sa gauche, à deux mètres cinquante de hauteur, un caméraman. A droite, le petit terminal qu’il utiliserait pour envoyer les photos à Otacon. Il fit de nouveau un pas dans la salle, la porte coulissa derrière lui sans bruit. Il reconnut les Marines qu’il avait pu voir à travers la caméra, attentifs devant leur Commandant, le Dolph lui-même, et derrière lui… « Metal Gear… » murmura Snake face à l’engin. Le Ray était là. Du haut de ses vingt mètres, il paraissait moins imposant, plus fragile en quelque sorte que le Rex de Shadow Moses, mais il ne faut point se fier aux apparences comme vous le savez. Il était peint d’un motif de camouflage grisâtre et discret, qui sous l’eau le rendait difficilement détectable. Sa tête en forme de tête d’oiseau, munie d’un bec, était comme il fallait s’y attendre le cockpit de l’engin. Les yeux pouvant visiblement s’illuminer semblaient servir de radar. Le point faible qu’Otacon avait volontairement laissé au Metal Gear de Shadow Moses, le Rex, que lui-même avait créé pensant naïvement qu’il était conçu pour défendre et non pour attaquer n’était pas de la partie : pas de radar circulaire sur le bras gauche de l’engin. Ce dernier était d’ailleurs symétrique, contrairement à la plupart de ses prédécesseurs. Les deux longs bras d’environ cinq mètres chacun reposaient contre le corps de la bête, et à leur extrémité était apparemment dissimulée une mitrailleuse automatique sans nul doute à la pointe de la technologie. Le corps de l’engin de mort avait un aspect flexible : il portait une sorte de colonne vertébrale qui lui permettait de se pencher en avant. Snake n’avait jamais vu de Metal Gear « souple »… Les jambes, très larges en haut, et plus petites en bas, étaient aussi bien articulées, et l’engin paraissait très équilibré. Même le « tibia » pouvait apparemment remuer, sans doute constitué de matériaux organiques. Assez rêvassé, il fallait passer aux photos. L’espion improvisé photographe sortit l’appareil, et prit un cliché de l’avant droite. Il serait difficile de passer de l’autre côté pour prendre celui de gauche : le Commandant Dolph le verrait à coup sûr. Faire le tour du Ray lui paraissait une bonne idée. Il commença à longer le mur de droite, et son œil fut attiré par un sigle sur le Metal Gear. « MARINES ». Il sortit l’appareil, visa, et prit la photo des lettres dont avait besoin Otacon. Il continua de contourner la bête, et il remarqua alors que l’engin portait une longue queue dans son dos, totalement articulée, qui lui servait sans doute à nager efficacement. Il vit alors au niveau de la patte gauche du monstre de métal quelque chose qui le fit sursauter. Une veste marron dépassait. « Hein ?! » murmura-t-il. Il ferma les yeux une petite seconde, les rouvrit, et plus rien… Pensant avoir rêvé, il continua son chemin et arriva bientôt à l’angle sud-est de la salle. Il prit la photo avant gauche du Ray, et profita du fait que le Commandant ait le dos tourné, regardant le mur à droite de l’entrée de la salle, pour courir silencieusement, prendre une photo au milieu de sa course, et plonger pour atterrir devant le terminal. Dolph n’avait rien vu. Le moment le plus redouté par Solid était arrivé… : envoyer les photos à Otacon par l’ordinateur. Snake appuya sur la touche entrée du petit clavier, et des lignes de code apparurent à l’écran. Le piratage d’Hal s’effectuait. Mais Solid s’inquiétait
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de s’être trompé de touche, peu à l’aise avec ce genre de manipulation. Soudain, le code s’arrêta, et l’écran vira au blanc. Un petit dessin d’Otacon en 2D, animé, apparut alors et salua Snake un peu surpris d’un tel accueil. L’équipier de ce dernier avait connecté son Codec au serveur et lui donnait les instructions. Les photos apparurent à l’écran ainsi qu’une barre de téléchargement. En quelques secondes, l’envoi était terminé. « Bon boulot Snake, tu es plutôt bon photographe ! » félicita Otacon. « Hm… le discours est sur le point de finir, oublie les photos et sors-toi de là ! ». Snake ne prit pas la peine de répondre. Il coupa tout simplement. C’était trop tard. Neuf minutes s’étaient écoulées depuis qu’il avait pénétré la première cale. A présent, tous ces soldats allaient sortir après un salut et le trouver là, à un mètre de la porte. « Nous les Marines, nous allons initier un nouvel ordre mondial, avec Metal Gear Ray ! C’est tout… rompez ! » lança le Commandant tout en plaçant la tranche de sa main droite sur son front, effectuant ainsi un salut militaire, imité par tous les Marines de la salle. Dans le petit silence qu’instaura ce geste respectueux, un bruit n’ayant strictement rien à faire là intervint. Loin, au fond de la salle, à l’arrière du Metal Gear sans doute, des applaudissements lents et réguliers se faisaient entendre, n'émanant que d'une seule personne qui, d’après le son étouffé, devait porter des gants. Scott Dolph, gêné, regarda ses homes, et, se retournant, dit : « Mais qu’est-ce que… ». Il vit alors un inconnu à la longue veste marron, portant un uniforme de camouflage aux couleurs verdâtres faisant penser à l’automne sous ce dernier. Ses longs cheveux blancs étaient noués en une queue autour de son cou. - Excellent discours, mon ami ! lança une voix que Snake reconnut sans se rappeler de suite à qui elle appartenait. Le don de l’éloquence ! c’est ce qui caractérise les bons officiers… et les menteurs. Les Américains aiment trop le son de leur propre voix pour dire la vérité ! - Identifiez-vous ! ordonna Dolph alors que tous les Marines de la troisième cale se regroupaient autour de leur Commandant tout en brandissant M4s et armes de poings. - Je suis Shalashaska. Aussi appelé… Revolver… - Ocelot, acheva Snake de la même voix que ce dernier. De sa cachette, Solid put apercevoir les deux bras de l’intrus. Ocelot s’était pourtant fait couper le bras droit par Gray Fox, à Shadow Moses. D’un geste brusque, tous les Marines firent un pas en avant, mais stoppèrent net en voyant le Commandant lever le bras pour les arrêter. - Que voulez-vous ? demanda Dolph. - Cette machine nous sera fort utile ! lança Ocelot tout en écartant les bras en signe d’ouverture et en avançant vers Scott et sa garde. - Qu’est-ce que vous voulez faire ? voler ce truc ? - Voler ? Non, je ne fais que le reprendre ! répondit calmement Ocelot. Snake fit le tour d’un container tout en le longeant afin de mieux voir la scène. Quand il arriva à l’autre bout et qu’il passa la tête, il vit un bras se poser sur l’épaule droite du Commandant, qui fut alors tiré en arrière et eut droit à un Makarov posé sur la tempe. Les Marines se tournèrent tous instinctivement vers l’agresseur, et pointèrent leurs armes sur lui. Ce dernier partit vers la gauche de la passerelle, à droite du Metal Gear, tenant toujours Dolph contre lui. De là, Snake put le reconnaître : « Gurlukovich… » murmura-t-il alors. « Que personne ne bouge ! c’est compris ? » menaça Ocelot. Le caméraman filmait la scène, ce qui créa un mouvement de panique générale dans les cales numéro une et deux. Que faire ? Intervenir et mettre la vie du Commandant en danger ? Fuir ? Le dénommé Shalashaska leva la main droite, et le zoom de la caméra permit aux Marines de voir une télécommande. « Il y
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a assez de Semtex aux points vitaux de ce bateau pour le faire exploser en morceaux sur simple pression de ce bouton… » lança Ocelot. Le cœur de Snake se mit à cogner contre sa poitrine. Il savait Ocelot assez fou pour appuyer sur ce bouton au premier prétexte venu, ou pour son simple amusement. Instinctivement, les Marines présents reculèrent d’un pas mais sans pour autant baisser leurs armes. « Exact… il serait fou de mourir inutilement… » nargua Shalashaska, le bras toujours levé. Des cordes de rappel tombèrent, et des hommes de Gurlukovich se laissèrent glisser sur elles afin de rejoindre leur Colonel et Shalashaska. La plupart portaient des gilets pare-balles. Six soldats se placèrent ainsi autour d’Ocelot, et plus ou moins autant au niveau des passerelles supérieures, près de la tête du Ray, de son cockpit. Les Marines étaient encerclés. « Nous avons presque atteint notre but. Allons ! » ordonna Shalashaska. Instantanément, deux des soldats se précipitèrent vers des sortes de leviers au sol que Snake ne pouvait distinguer clairement. Un énorme bruit parcourut le Ray, sans doute était-ce le carburant qui commençait à pénétrer dans la machine. - Qu’est-ce que vous allez faire de Ray, le vendre dans la rue ? demanda Dolph à son agresseur avec mépris. - J’ai été élevé à Snezhinsk, répondit Gurlukovich, lieu autrefois connu sous le nom de Chelyabinsk-70, antenne de recherche nucléaire. - De quoi parlez-vous ? demanda le Commandant des Marines. - A la fin de la Guerre Froide, ma maison a été rachetée par les Américains, répondit Sergei. - C’est triste, mais quel est le rapport ? demanda Dolph. - Vous ne comprenez rien, évidemment ! lança violemment Gurlukovich en appuyant son arme comme s’il essayait d’écraser la tempe de son otage. Avoir son pays, ses amis et sa dignité offerte au plus offrant, les Etats-Unis d’Amérique. La technologie qui a produit ces armes est Russe ! C’est nous qui l’avons développée ! Il fit un signe de tête vers le Metal Gear. - Qu’avez-vous l’intention de faire ? demanda l’otage. - La Russie va renaître ! et Ray en est la clé ! dit-il tournant la tête vers Ocelot. - J’ai le regret de t’informer que je n’ai nullement l’intention de te vendre Metal Gear, répondit ce dernier. Comme je le disais, je suis juste venu le reprendre… Tout le monde fixa le vieil homme, surpris, espérant avoir mal compris le sens de ses mots. - Oui… le Metal Gear reviendra… aux Patriotes ! annonça Ocelot. - Le La-li-lu-le-lo ?! Impossible ! lança Dolph L’appellation « La-li-lu-le-lo » serait le nom qu’entendent, et donc répondent, les personnes dont le grade est trop bas pour avoir le droit de comprendre le mot « Patriotes ». En effet un système de censure a été mis en place. Si vous vous lisez cette partie du Tanker avant celle de la Big Shell, ne vous inquiétez pas. Vous comprendrez en temps voulu… - Ocelot… tu… bégaya le Colonel Russe, tu nous as vendus !? - Hm… je n’ai jamais roulé pour toi, Gurlukovich, nargua le traître. - Tu travailles toujours avec Solidus ?! lança le père d’Olga.
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- Désolé, Colonel, dit Ocelot. La Mère Russie peut aller au Diable. - Depuis quand, Ocelot ?! quand as-tu retourné ta veste ? s’énerva Gurlukovich. - Je vois que tu es retombé sur terre, camarade ! constata Ocelot. La « Mère Russie », je l’ai abandonnée pendant la Guerre Froide. Gurlukovich grogna indigné. Tout ce temps celui qu’il considérait comme un ami s’était joué de lui. C’était un acteur de talent. Sergei n’avait rien vu venir. « Metal Gear n’a de place que pour une seule personne ! » lança Ocelot. « Gurlukovich… ta fille et toi… vous mourrez ici ! » - Sois maudit ! hurla le Colonel Russe. Tout se déroula en une seconde. Gurlukovich poussa Dolph en avant. « Crève sale traître de chien ! » lança-t-il à Shalashaska qui lui tournait le dos. Ce dernier tira sa veste et la lança en arrière. Il se retourna. De son Single Action Army fusèrent deux balles, trouant le tissu marron en plein vol, achevant leur course respectivement dans le cœur de Dolph et le ventre de Gurlukovich. « Sergei, il y a longtemps que tu aurais dû prendre ta retraite… » dit Ocelot, lâchant le colt de sa main gauche. « Sale traître… » lança une dernière fois Gurlukovich avec difficulté. Les hommes de ce dernier réagirent soudain, levant leurs armes, mais à nouveau Shalashaska fut le plus rapide. En moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, il sortit son deuxième colt et tua les six soldats autour de lui d’une balle dans la tête. Il fit tournoyer l’arme autour de son doigt, et la rangea dans son étui. Le colt ne pouvait contenir que six balles. Il avait volontairement dit à Gurlukovich de ne placer que six hommes avec eux. « Le spectacle est terminé ! » lança-t-il brandissant à nouveau le détonateur au-dessus de sa tête. « Si vous voulez vivre, je vous suggère de tirer votre révérence. Le bateau est encore proche du port intérieur de New York. En nageant bien vous avez encore des chances d’atteindre la rive ! ». Snake tomba soudain, ainsi que beaucoup d’autres personnes. Ce fou d’Ocelot avait pressé le bouton. Une première explosion avait eu lieu au-dessus de leur tête, puis une seconde dans les cales voisines, puis d’autres un peu partout. La panique gagnait chaque être d’instant en instant. Les Marines de la cale numéro une essayèrent de grimper à l’échelle, mais une explosion eut lieu au sommet de celle-ci, et elle tomba emportant avec elle la vie de tous les soldats qui avaient tenté leur chance. Des tuyaux, des écrans, même les caméras sautèrent, avec leur caméraman. Pendant ce temps, Ocelot avait atteint la passerelle supérieure, au niveau de la tête du Metal Gear. Il allait pénétrer le cockpit. La plupart des Marines les plus courageux restèrent pour l’empêcher de fuir avec l’engin. Ils tiraient mais bizarrement aucune balle ne semblait vouloir atteindre Ocelot. L’eau de mer commençait à s’infiltrer partout dans les cales, et Snake avança jusqu’au petit escalier qui le mènerait à l’endroit où étaient les corps de Dolph et de Gurlukovich, là où le Commandant des Marines avait fait son discours. Il avait de l’eau jusqu’au haut des jambes, une eau gelée, et par endroit tâchée par le sang. Il gravit le petit escalier et vit sa cible au-dessus de lui. - Ocelot ! hurla-t-il afin de couvrir le bruit tout en pointant son arme vers lui. Ce dernier l’ignora. Il s’arrêta pourtant net après quelques pas. Tout son corps était immobile excepté son bras droit, qui commença à s’agiter, pris de tremblements. « Hm ? » fit Shalashaska surpris. Il hurla soudainement, se pliant sur son bras, qui se calma après quelques secondes. Il se releva, et regarda Snake. Il avait enlevé son gant rouge, et Solid remarqua immédiatement que la couleur de peau du bras, sur lequel étaient tatoués des codes barre, n’était pas la même que celle du reste du corps d’Ocelot. - Ça faisait un bail, mon frère ! cria Ocelot avec une intonation qui n’était pas la sienne. - Qui es-tu ? demanda Snake refusant de croire ce qu’il voyait et entendait. - Tu sais très bien qui je suis !
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- Liquid ? demanda Solid bouche bée. - Tu n’es plus tout jeune, hein Snake ? nargua Liquid Ocelot. Tu es happé par le temps ! Je sais ce que c’est, mon frère ! Je comprends pourquoi on a préféré confier le programme FoxDie à Naomi… Soudain, sans prévenir, le bras droit de Liquid Ocelot se remit à bouger en tous sens, un cri accompagnant le mouvement. « Vas-t’en ! Sors de mon esprit, Liquid ! » lança désespérément Shalashaska. « Ils » se mordit le bras, et se redressa. - C’est le prix à payer pour un prodige physique… continua Ocelot. Dans quelques années, tu rejoindras la horde de clones morts du vieux ! Nos matériaux bruts sont très vieux, Big Boss avait la cinquantaine quand on l’a cloné. Mais moi… je continue à vivre grâce à ce bras ! lança-t-il serrant le poing et pliant le bras. - Le bras de Liquid ? comprit Snake. Un grincement se fit entendre et le mur derrière Ray céda, Solid fut projeté en arrière par un puissant jet et tomba à l’eau. Liquid Ocelot sauta dans le Ray et ferma le cockpit derrière lui. Les yeux radars de l’engin de mort s’illuminèrent de bleu, et la tête commença doucement à bouger. Quatre Marines avaient atteint la passerelle la plus haute de la salle et bombardaient le Ray de tirs de M4 et de RGB6, puissant lance-grenade. Snake réussit à gravir de nouveau la passerelle d’où il venait de tomber, et il se releva doucement, sentant le Metal Gear bouger au-dessus de lui. Ray se baissa et sa tête menaçante se mit à son niveau et le fixa. « Tout bien réfléchi, tu n’es pas à la hauteur ! lança Liquid par le mégaphone. Tu vas au trou, Snake, avec ce Tanker ! » lança-t-il violemment. L’imposante jambe du monstre se leva et s’abattit à quelques centimètres de Snake, qui fut projeté sur la passerelle supérieure et se cogna contre le mur, assommé, tant le choc fut violent. Le Ray était légèrement sensible aux grenades du RGB6, l’engin vers se tourna doucement vers le tireur, le regardant dans les yeux, avant de lever la patte droite et de frapper le Marine qui fut écrasé contre le mur. Ce Metal Gear avait un équilibre impressionnant au vu de sa taille et de son poids. Snake reprit peu à peu ses esprits, et il leva la tête vers celle du Ray, qui était maintenant à son niveau. « Otacon, on a un problème… » dit-il. Le Ray plongea la tête dans l’eau, Liquid jouant avec les cadavres qui coulaient, puis il se redressa et regarda le mur à côté de Snake, à quelques mètres. Soudain, sa gueule s’ouvrit en quatre et un puissant laser s’attaqua à la paroi verticalement, de haut en bas. Bientôt, de l’eau de mer en quantité abondante vint puissamment agrandir l’ouverture, emportant Snake qui tomba au fond de la cale inondée, assommé par le terrible choc. « Snake ! Snake ! » appela la voix désespérée d’Otacon n’ayant plus de nouvelles. Gurlukovich, sombrant lentement sans avoir la force de bouger, ne pensait plus qu’à sa fille. Olga. Allait-elle survivre ? Avait-elle bien pris l’hélicoptère, plus tôt ? Il vit la salle se remplir d’eau peu à peu, et Ray, seul élément encore en mouvement, nager au milieu des cadavres. Ce dernier prit alors son élan et fonça vers le plafond qu’il perça violemment, émergeant en un saut incroyable à une vingtaine de mètres au-dessus des restes du Tanker, avant de retomber en équilibre sur les deux parties séparées du navire, une patte sur l’une, l’autre sur la seconde. La tête de Snake émergea sous celle du Ray, qui se pencha vers lui. Solid n’avait qu’à moitié repris connaissance et seul son instinct l’avait poussé à nager vers la surface, à demi assommé. « Aucun problème », dit la voix d’Ocelot qui avait repris le contrôle de son corps à l’intérieur du cockpit. « Tout se déroule comme prévu, Monsieur. » Le Ray se jeta soudain en arrière en un magnifique plongeon, qui créa une énorme vague engloutissant Snake qui disparut alors, assommé de nouveau. - … Oui… à l’endroit dont nous avons parlé, dit Ocelot dans son Ray sous-marin. J’ai aussi des preuves photographiques de la présence de Snake sur les lieux. Le CYPHER nous a été très utile… je suis pressé de voir les informations demain matin… Les plans des Marines
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risquent d’être suspendus pour une période indéterminée… Oui… bien sûr ! Monsieur le Président. Loin de là, la voix désespérée d’Otacon continuait d’appeler en vain à travers le combiné du Codec le nom de Snake. C’est alors que le serpent ouvrit les yeux. Il voulut inspirer mais s’aperçut qu’il était immergé et avala la dégoûtante eau salée, se débattant vers la surface, n’en pouvant plus. Il cracha l’eau dans ses poumons, respirant avec peine. La pluie portée par le vent ne faisait qu’intensifier cette sensation de froid qu’il ressentait. Il répondit enfin à Otacon de lui envoyer au plus vite deux transports. Puis il se mit à nager comme un fou vers le Tanker dont le pont était presque totalement immergé. Il grimpa dessus et courut, glissant de nombreuses fois, violenté par les puissantes vagues. Puis il la trouva. Olga était là, toujours endormie, la main sur le ventre. L’eau de mer n’avait pas encore atteint ce niveau sur le Tanker coupé en deux par le Ray. Il ne pourrait la garder avec lui. Cela signifierait gâcher sa vie, en l’envoyant en prison. Et par la donne, gâcher la vie de son enfant. Elle avait là une chance de prendre un nouveau tournant dans sa vie. Il la placerait dans une embarcation qu’il éloignerait au plus loin du lieu du naufrage, et au plus près du port. Peut-être croira-t-elle toute sa vie que Solid a tué son père. Mais il espérait tout de même qu’elle s’éloigne de la voie de la vengeance. Le temps passa. Otacon ne paraissait pas. Snake entrant lentement en hypothermie vit indistinctement au loin la silhouette énorme d’un navire. Ce n’était pas son partenaire. Puis son esprit se brouilla. Et il tomba évanoui, à demi-mort.
La Big Shell
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Chapitre I : Raiden En pleine mer, à quelques kilomètres de Manhattan, à l’aube du 29 avril 2009, Snake nageait. Il approchait de l’installation, se remémorant rapidement sa mission que le Colonel Campbell lui avait expliquée par Codec. Il avait commencé par lui demander s’il se souvenait du Tanker qui avait coulé deux ans plus tôt. La réponse fut évidemment affirmative. Des terroristes avaient percé le navire rempli de pétrole brut à trente kilomètres à peine de Manhattan. Le scénario catastrophe classique. Le gouvernement avait rapidement placé une barrière flottante pour contenir le tout. Un énorme dispositif de nettoyage s’était ensuite construit dans l’enceinte. « La Big Shell », avait comprit Snake qui avait vu maintes fois des articles sur le net et partout ailleurs. Il avait ouï dire que le nettoyage n’était pas encore fini. Cela prenait en effet du temps. En tous les cas, la Big Shell était devenue un monument symbolique de la protection de l’environnement. Dans un hélicoptère qui passait au-dessus de la tête de Snake, des communications radio se faisaient entendre : « Alpha ! Bravo ! Déployez-vous autour de la Big Shell comme prévu. ». Le nageur continuait de se remémorer la situation. Six heures plus tôt environ, le complexe avait été pris d’assaut par un groupe armé. Snake avait demandé si l’on avait idée de qui était dans le coup. Il s’agissait d’anciens membres de l’unité spéciale antiterroriste SEAL de la Marine, appelée « Dead Cell ». Des membres de la milice Russe étaient peut-être également impliqués. Ce groupe très bien formé contrôlait entièrement la Big Shell. Snake émergea la tête. L’énorme structure était là devant lui. Il serait difficile de décrire correctement la Big Shell de l’extérieur. Son architecture est assez complexe. Je vais tenter de vous expliquer le principe mais je vous laisse malgré tout un schéma plus loin afin que vous vous y retrouviez. La structure est en fait composée de deux énormes hexagones, appelés « Shells », formés chacun de six pentagones, qui sont des « Etais » : de A à F pour la Shell 1, et de G à L pour la Shell 2. Chaque Etai est relié par une passerelle de connexion. Ainsi, les Etais A et B sont reliés par la passerelle de connexion AB. Au milieu de l’hexagone formé par les Etais de chaque Shell, un noyau. Nous avons donc dans chaque Shell six Etais et un noyau. Le seul moyen d’atteindre ce dernier est à nouveau d’emprunter des passerelles. Seulement deux par Shell peuvent y mener : un tournant de la passerelle de connexion BC, ainsi qu’un autre à la passerelle EF pour la Shell 1. Il faut savoir que chaque Etai, ou noyau, et même les passerelles extérieures les reliant sont situés à une hauteur vertigineuse au-dessus de l’eau : une trentaine de mètres. Les différents composants de la structure sont supportés par d’énormes piliers, et l’on ne voit à la base de l’énorme construction orangée que deux petits ponts flottants, entre les Etais C et H ainsi que E et L. Enfin le bassin sous le bâtiment, dans son enceinte, est contenu par divers grillages. L’eau est traitée continuellement à l’intérieur de la Big Shell, grâce à de nombreux systèmes de pompage, de purification…
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« Dirigez-vous vers le vent et remontez en vitesse ! Préparez-vous à fixer la corde sur la Shell 1 ! Arrivée prévue dans cinq minutes ! » avait ordonné une voix dans les radios des hélicoptères qui survolaient la structure. Une autre voix lança alors : « Alpha, vous devez avant tout sauver et protéger le Président. Bravo, prenez bien soin de Stillman et désamorcez-moi ces C4 ! ». Contemplant les hélicoptères zigzaguer entre les grues et au-dessus des nombreux containers des toits de la Big Shell, Snake plongea à nouveau dans sa réflexion. Leurs revendications : trente milliards de dollars. Ce qui leur permettait de demander une telle somme : une visite était en cours lorsqu’ils avaient pris la Big Shell d’assaut. Ils avaient donc des otages… mais surtout, il y avait parmi ces gens un VIP appartenant à un important groupe écologiste et une huile du gouvernement. On peut même dire que c’était la personne la plus en vue : James Johnson. Le Président. Si les terroristes n’avaient pas ce qu’ils demandaient, ils menaçaient de faire sauter la Big Shell. Le pétrole brut s’enflammerait alors, transformant le port de Manhattan en un véritable brasier. Mais il y avait plus grave encore. Si les chlorures utilisés pour décontaminer l’eau de mer se mélangeaient au pétrole, des produits toxiques contenant des taux de dioxines extrêmement élevé seraient relâchés. En d’autres thermes, l’écosystème de la baie serait entièrement détruit, et la mer resterait toxique des siècles durant, l’incident devenant ainsi la plus grande catastrophe écologique que le monde ait jamais connue ! La mission de Snake comportait deux objectifs : premièrement, s’infiltrer dans le dispositif de décontamination offshore de la Big Shell et sauver le Président ainsi que les autres otages. Et deuxièmement, désarmer les terroristes par tous les moyens. L’équipe SEAL 10, actuellement dans les hélicoptères dans le ciel qui s’illuminait peu à peu menait également sa propre opération. Mais ils ne travaillaient pas ensembles. « Fox Hound » agissait dans l’ombre. Snake avait donc pour ordre de ne pas être repéré par les SEALs. Il était maintenant arrivé à destination. Après être passé par un trou déjà découpé dans le grillage sous-marin – brèche qui d’ailleurs l’intrigua – il était remonté à la surface à l’intérieur de l’étai A, à sa base, émergeant dans un petit bassin. Le masque qu’il portait laissait dépasser ses longs cheveux blonds sur sa nuque. Les deux grandes vitres jaunes de son masque rendaient sa vision étrange sur ce qui l’entourait mais il ne pouvait enlever ce dernier de suite. Il sortit de l’eau. Une sorte de tout petit submersible était suspendu audessus du bassin. Des insectes qu’il
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identifia comme des sortes de blattes ou de cafards se trouvaient en grand nombre sur l’un des murs de la pièce humide et peu éclairée. Un petit escalier de quatre marches métalliques menait à un sas muni d’une écoutille. L’espion s’agenouilla, et contacta la fréquence 140.85 par Codec. - Ici Snake. Je suis arrivé dans l’Etai A sur la Shell 1. - Bien, comment les choses se présentent-elles ? demanda le Colonel Campbell. - On a de la chance. Apparemment il n’y a aucune sentinelle dans cette pièce. - Quelle est ta visibilité ? demanda Campbell. - L’éclairage des Etais fonctionne. Je n’aurai pas besoin de mes lunettes infrarouge. - Des problèmes à signaler ? - Un trou récent a été pratiqué dans la barrière d’acier, se rappela Snake. Je crois que quelqu’un m’a devancé… - C’est impossible ! répondit catégoriquement le Colonel. - Où en est l’équipe SEAL 10 ? - Ils ont atterri sur le toit de la Big Shell, comme prévu. Au fait, Snake… tu dois changer de nom de code pour nos futures communications.
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- Quel est le problème avec « Snake » ? demanda ce dernier. - Simple précaution. Tu seras maintenant appelé « Raiden ». Bien Raiden. Tu as déjà fait des infiltrations lors de ta formation en Réalité Virtuelle. La Réalité Virtuelle (ou VR) est un entraînement militaire sous forme de jeu vidéo. Certains en pensent certes du bien, mais… L’espion avait accompli plus de trois cent missions de simulation. Il se sentait l’âme d’un soldat de légende. Il devait pour commencer se rendre sur la partie supérieure de la Big Shell. Un ascenseur de chargement situé dans la pièce suivante lui permettrait d’y accéder. Sa nouvelle combinaison furtive faisait appel à la technologie des fibres optiques. C’était un sous-produit des recherches menées dans ce domaine. La texture était semblable à celle du caoutchouc, mais ce matériau le protégeait contre une vaste gamme de substances toxiques. La combinaison elle-même était équipée de capteurs. En recherche et développement militaire, on l’appelait « Peau intelligente ». Les dommages causés aux différentes zones corporelles, dont la perte sanguine engendre un échange de données entre la combinaison et les Nanomachines intraveineuses, déterminent ainsi un système de retour d’information. En effet, Raiden portait ces Nanomachines. Cette technologie incroyable lui permettant entre autre de pouvoir utiliser le Codec sans même avoir à parler, les engins analysant la partie adéquate de son cerveau traduisant ses pensées en paroles. L’espion de Fox Hound se plaignit d’une forte pression sur son torse. Selon Campbell, la combinaison exerçait des pressions sur les principaux organes internes afin d’optimiser leurs performances et de préserver leurs fonctions. On appelait ça une « Skull Suit », dans l’agence. Un nom bien approprié : l’on pouvait deviner la formes des côtes du jeune homme sous la combinaison moulante. Il coupa la communication et avança vers l’écoutille. Il commença à tourner le sas, quand un bruit derrière la porte le figea. Des coups accompagnés de cris. Il acheva d’ouvrir l’écoutille, et se plaqua contre le mur afin de passer la tête dans le couloir. Il vit une sentinelle se relever doucement, apparemment sonnée. L’homme, cagoulé, et portant un costume de camouflage aux couleurs grisâtres, adapté aux milieux urbains, regarda autour de lui, et pensant avoir trébuché, avança vers la seconde pièce de l’étage disparaissant à l’angle du couloir. Raiden le suivit en courant silencieusement. La porte coulissante au bout du couloir était déjà refermée. Quand il approcha, baissé, silencieux, la porte s’ouvrit d’elle-même. Il y avait de nombreux containers et caisses. Raiden se cacha derrière le plus proche et passa la tête. Il vit d’abord l’ascenseur de chargement monter, mais ce qui attira son attention était la forme humaine à l’intérieur. Une combinaison gris/bleu, et il crut voir d’assez longs cheveux bruns, maintenus par un bandana bleu. Il baissa la tête quand le monte-charge fut hors de vue, et aperçut alors deux gardes assommés à terre. - Colonel ! je n’ai aucun doute là-dessus : il y a un autre intrus ici ! lança Raiden après avoir entré la fréquence de ce dernier. - C’est inconcevable ! répondit catégoriquement Campbell. - Ça ressemble à un travail en solo ! précisa Raiden. - Un seul homme… ? répondit le Colonel apparemment troublé. - Je ne sais pas qui il est, mais en tout cas il s’est chargé des sentinelles de la zone. Elles sont KO. Qui qu’il soit, ce type est un pro. - Il faut que l’on découvre son identité. Dans l’immédiat, profite de la situation et mets-toi au travail. - Les sentinelles sont armées de AN-94, d’un Makarov et de grenades. Tout cet équipement est russe ! observa Raiden. - Ce doivent être des hommes de Gurlukovich, expliqua le Colonel. Il s’agit d’une armée privée qui s’était entendue avec la troupe d’assaut de Shadow Moses il y a quatre ans. Ils ont
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sans doute passé un accord et sont de mèche avec les terroristes. Ils forment à présent un groupe de mercenaires. Une armée apatride en quelque sorte. Bon. Il y a un terminal près de l’ascenseur. Un « nœud » - Un… « nœud » ? Le Colonel lui expliqua qu’il s’agissait d’un dispositif nodal. En l’utilisant, Raiden accéderait au réseau de la Big Shell, pouvant ainsi télécharger certaines données, telles que les plans de la zone dans laquelle il se trouvait et les intégrer à son radar Soliton. Il devrait ainsi trouver un nœud dans chaque zone afin de faire fonctionner son radar. Il lui suffirait de poser la main sur l’écran du terminal. Les Nanomachines de son organisme se chargeraient d’obtenir l’autorisation d’accès au nœud. Raiden avança parmi les caisses et containers, enjamba les deux corps inertes, et approcha le petit terminal. L’écran aux teintes bleues dessinait une main. Il comprit qu’il devrait poser la sienne sur cette marque, et s’exécuta après une légère hésitation. Un puissant courant traversa soudain son corps, et il cria sous son masque, jusqu’à ce que le choc ne s’arrête quelques secondes plus tard, et qu’il eut accès au nœud. Le moniteur afficha “Ok”, et il eut à inscrire ses informations personnelles. Son nom, sa date de naissance, son groupe sanguin, sa nationalité... Ne sortons pas du contexte de jeu vidéo. Ici, c’est le joueur qui marque son propre nom ainsi que toutes les autres informations lui étant propres. Je vous demanderai donc, cher lecteur, de jouer le jeu, et de faire comme si vos propres. Ces informations seront gravées sur la plaque d’identification métallique que portera dorénavant Raiden autour du cou, ne l’oubliez pas. C’est donc après avoir attaché la plaque gravée par le dispositif nodal, et téléchargé les données radar de la zone, que notre espion rappela Campbell. - J’ai eu accès au nœud. Tout fonctionne parfaitement. - Très bien, Raiden. J’ai... oublié de te parler d’un détail. Une analyste nous aidera dans la mission. - Jack, tout va bien ? interrompit une voix qui fit sursauter Raiden. - Rose ?! Qu’est-ce que tu fabriques ici ? demanda-t-il. - Jack, tu m’entends ? demanda Rosemary. - Rose ! Tu n’es pas censée être mêlée à tout ça ! lança Raiden. Que se passe-t-il ?! - Jack, je participe à la mission, expliqua la jeune femme brune aux longs cheveux, plutôt jolie. - Raiden, je te présente l’analyste de la mission. Elle t’aidera si tu as besoin d’informations sur des entités, groupes ou toute autre chose, reprit le Colonel. - Pourquoi elle ? demanda Raiden méfiant à l’idée que sa petite amie ait justement été sélectionnée. Selon Campbell, l’analyste de Fox Hound devant normalement participer à la mission avait été victime d’un accident. Ils avaient choisi Rosemary pour le remplacer. Jack était pour le moins sceptique. Un accident… Le Colonel ajouta que d’après leurs fichiers, Rose le connaissait mieux que quiconque. Raiden savait que Rose faisait partie du service, mais le travail d’analyste n’avait rien à voir avec celui de terrain. C’était contre toute logique. « Tout ira pour le mieux : notre bureau technique est là pour la conseiller. » tenta de rassurer Campbell. - Elle n'a jamais participé à une mission de terrain, c'est insensé ! se révolta Raiden. - Si je l'ai choisie pour cette mission c'est que j'avais de bonnes raisons, soldat ! lança
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froidement Campbell. Jack réessaya de s’exprimer, disant qu’il avait peine à comprendre. Le Colonel lui répondit qu’il savait exactement ce dont il était capable en formation RV, mais que cela ne suffisait pas toujours. Il demanda s’il avait entendu parler de l'incident de Shadow Moses. La réponse était évidemment affirmative. Raiden l’avais même couvert en Réalité Virtuelle. Ce cas leur avait enseigné d’après Campbell un détail technique crucial ; à savoir que la volonté de l'agent à survivre était prédominante. Jack répliqua avec colère. Il avait été formé pour se battre ! Ses sentiments personnels ne participaient pas à l'accomplissement de ses missions. Toutefois, son supérieur maintint sa position : « Nous avons appris que les choses ne se passaient pas ainsi et que, sur le terrain, toute aide était précieuse.». - Jack, tu vas devoir me supporter, que tu le veuilles ou non ! dit strictement Rose. - Rose... commença Raiden. « Il faut que quelqu'un prenne soin de toi. Mais... j’ai mes conditions, Colonel ! » dit Rosemary d'un ton calme mais ferme. Je remplirai certes mes devoirs et m'occuperai des données de la mission. Mais je sais que je ne fais pas techniquement partie de l'équipe de contrôle. Après tout, je ne suis qu'une fille ordinaire soucieuse de la vie de Jack. Mais en dehors de mon travail spécifique, cela signifie que je ne suis absolument pas tenue à respecter tes ordres, Colonel. Pour moi, la vie de Jack est plus importante que sa mission. Par conséquent, je superviserai toutes vos communications et en garderai trace. » - Au vu des circonstances... tu es libre de prendre les mesures qui te semblent appropriées, accorda le Colonel. J'ai juste, si tu le permets, une demande à formuler. Son nom de code est Raiden. Pourrais-tu l'appeler ainsi le temps de la mission ? - Bien sûr, Colonel ! répondit Rosemary. Très bien... "Raiden". Préviens-moi quand tu auras besoin de renseignements, ou même pour parler... La fréquence est le 140.96. Campbell se sentant peut-être de trop quitta la conversation. - Jack... tu sais quel jour on sera, demain ? demanda Rose. - Le 30 avril... y a-t-il quelque chose de spécial ce jour là ? questionna Raiden réfléchissant. - Tu ne vois pas ? fit Rosemary déçue. - Non... désolé, répondit timidement l’autre. - Bon... je continuerai jusqu'à ce que tu trouves ! Je te laisse continuer, Jack... Prend bien soin de toi ! Raiden appela l'ascenseur, qui acheva de descendre après environ quarante secondes. Il monta à bord et appuya sur le bouton. La montée serait plus longue que la descente. Alors qu'il voyait loin au-dessus de lui la lumière du jour, il se décida à enlever son masque. Il tira doucement dessus et le laissa tomber à terre, laissant paraître un visage fin, des yeux marron, de longs cheveux blonds, et un personnage totalement nouveau dans l’histoire de la saga. Les terroristes s’appelaient « Sons of Liberty », Les Fils de la Liberté. Leur chef n’était autre que Solid Snake. Raiden se souvenait encore du choc que l’information lui avait fait subir quelques heures plus tôt. Le héros de Shadow Moses... Il comprit, se remémorant ces mots, pourquoi son nom de code avait été changé. Mais il était impossible que ce soit le Solid Snake en question. Il était mort deux ans plus tôt, sur le Tanker qu'il avait lui-même fait sauter. Jack espérait de tout cœur rencontrer cette légende un jour. Mais le Colonel avait maintenu qu’il n’y avait aucune chance pour qu’il ait pu survivre. Il faisait jour. Et Raiden s’aperçut que les simulations en Réalité Virtuelle ne se déroulaient jamais de jour. Avec cet éclairage, une seule sentinelle ennemie suffirait à le repérer malgré son entraînement intensif. Campbell l’informa que l’équipe SEAL 10 venait d’atterrir sur les Etais B et C. Le Président semblait en effet avoir été aperçu sur l’Etai B. Jack chercha du
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regard l’hexagone en question. Il le trouva. Il était relié à l’Etai A par une passerelle à trois
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mètres sous Raiden, et un garde patrouillait dessus. De chaque côté du toit où il se trouvait, des grilles. Derrière chacune, une porte. Il prit celle de gauche, la grille étant ouverte de ce côté. Après avoir descendu un escalier une fois dans le bâtiment, il se trouva dans ce qui semblait être une salle de surveillance. En effet des tonnes d’écrans se trouvaient au-dessus d’un bureau, devant lequel était endormi un garde sur son siège. La pièce étant symétrique, à l’autre bout se trouvait un autre escalier qui menait sans aucun doute à l’autre porte du toit. Un accès à droite donnait sur ce qui semblait être la salle des pompes, malheureusement la porte demandait un passe de sécurité 1. Une sortie le mènerait à l’Etai B, l’autre à l’Etait F. Il emprunta la première et discrètement emprunta la porte marquée « Passerelle de connexion AB ». Il courut vers le garde qui patrouillait là, à trente mètres au-dessus des eaux, dès qu’il eut le dos tourné. Il l’attrapa, le jetant à terre, avant de lui asséner un coup de poing qui l’assomma. Puis il courut droit devant, n’appréciant réellement pas le fait d’être si exposé, au soleil. Il prit la porte et pénétra dans l'Etai B. Il stoppa net et fut pris de nausée alors qu'une odeur de sang arrivait à ses narines. Sur le mur face à lui, tâché de rouge, gisait le corps de ce qui semblait être un membre de l'équipe SEAL… ce qui, du moins, restait de lui. Il s’engagea hésitant dans le couloir, car démuni d'arme selon la procédure usuelle de Fox Hound. Plaqué au mur, il laissa passer la tête à l'angle à droite du couloir. Il vit alors un second corps contre une porte coulissante. Les murs du couloir étaient entièrement repeints de sang, et Raiden n'appréciait que très peu le silence pesant derrière la porte. Tout ce que l’on entendait à l’intérieur, c’étaient les vibrations de quelque machine traitant l’eau de mer contaminée. En réalité, un véritable massacre se préparait. Le plus courageux des hommes dans la pièce s’avança lentement, cherchant du regard le massacreur qui se trouvait là. Il sursauta en voyant trois couteaux fuser et se planter dans la gorge de son camarade, sur sa gauche, qui hurla en tombant alors que son sang était projeté sur les murs grisâtres autour d’eux. Les deux SEALs restants se mirent à tirer partout autour d’eux, pris d’une panique grandissante. L'assaillant se déplaçait si vite que le deuxième des trois hommes ne le vit pas jeter le couteau qui le tua à son tour. Le dernier soldat, le plus courageux pourtant, seul face au monstre, perdit alors tous ses moyens, hurlant de peur tout en tirant de gauche à droite vers le plafond, les yeux fermés. « Alpha Zéro, répondez Alpha Zéro ! » lança une voix dans la radio d'un des deux morts. La créature qui se délectait de la peur de sa proie se laissa alors tomber du plafond. C'était un homme, si l'on peut dire. Il avait de très grandes canines pointues et était vêtu d'une longue veste vert olive, qui laissait paraître son torse nu. Il portait des bottes noires et un pantalon de la même couleur. Ses yeux étaient d'un gris acier à glacer le sang, et ses longs cheveux plaqués en arrière retombaient par-dessus le haut col de sa veste, tandis une moustache entourait sa bouche, rejoignant une petite barbe. Quand le SEAL le vit, il recula et manqua de trébucher. « Non ! non ! » supplia-t-il d'une voix que la peur rendait suraiguë. L' "homme" leva la tête et expira par la bouche une fumée blanchâtre, cette fumée qui apparaît quand la température ambiante est grandement différente de celle de votre corps. Le SEAL tira, mitrailla, et la bête se leva, tournoyant telle une toupie tout en bloquant chaque balle à l’aide de son couteau. Et à force de tournoyer vers le soldat, Vamp arriva finalement derrière sa proie après lui avoir planté son couteau dans le ventre. Enfin, il lui trancha la gorge. Tout ce sang… quel plaisir… « Equipe Alpha, tout va bien ? » demanda à nouveau la voix inquiète dans la radio. « Que se passe-t-il ? Alpha, répondez ! » Derrière la porte, Raiden, qui comprit que le combat avait cessé, avança d'un pas hésitant. Le sas coulissa, faisant tomber le cadavre qui était posé contre. L'agent de Fox Hound vit d'abord une intense fumée due aux coups de feux et aux tuyauteries de gaz touchées. La salle était assez petite, en deux niveaux séparés par à peine deux mètres, accessibles l’un et l’autre par un petit escalier, gris pétrole comme toute la pièce. Il était à l’étage. Il avança lentement, se bouchant le nez à la fois pour l'odeur horrible qui régnait et pour ne pas faire de bruit, et regarda en bas, se penchant à la balustrade. Il vit alors avec horreur l'homme au manteau vert, face à un mur, contre lequel il tenait en l'air d’une seule main le corps sans vie d'un SEAL agité de spasmes, buvant son sang à la gorge. Raiden ne
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put contenir une expression de surprise et de dégoût, que le monstre entendit. Il se retourna soudain, et cracha de nouveau cette fumée blanchâtre en direction de sa nouvelle proie. Il lâcha le corps mort. « Qu'est-ce que tu es ? » demanda Raiden, luttant contre de violents haut-le-cœur. Le vampire sortit son couteau de son étui, et se coupa horizontalement en haut du torse, ajoutant une cinquième blessure à quatre autres du même type. « Cinq aujourd'hui... » dit-il de sa voix rauque, froide et calme. « Ou plutôt six ? » ajouta-t-il avec un sourire qui ne présageait rien de bon. Tout se passa en à peine une seconde. Vamp avait sauté à une vitesse et une hauteur hallucinante, et s'était retrouvé derrière Raiden, qui n'avait pas eu le temps de réagir. La porte face à ce dernier coulissa, et un SEAL apparut. « A terre ! » hurla-t-il. Raiden plongea, et le type commença à tirer de son M4. Quand il releva la tête, l'agent de Fox Hound saignait légèrement à la joue, écorché par le monstre ou effleuré par une balle. L'ennemi avait disparu. Le SEAL avança dans la salle, une grande méfiance lisible dans la fente laissant paraître ses yeux au milieu d’un visage cagoulé. Il portait un uniforme vert, le même que ses équipiers décédés. Où diable était-il ? Comme pour répondre, le monstre tomba du plafond et donna un violent coup de couteau dans le bras du soldat qui lâcha son M4 sous le choc, blessé. L'arme atterrit à deux pas de Raiden, qui plongea dessus tandis que le vampire attrapait le SEAL à genoux au niveau de la tête de ses doigts puissants, et le soulevait pour le plaquer contre le mur. Il « cracha » à nouveau, et se tourna vers son nouveau jouet. Il eut alors un mouvement de recul. L’odeur de cet homme était étrange. Il se pencha afin de mieux sentir son cou. « Tu as l'odeur de... » reconnut-t-il lâchant sa proie. « C'est toi... ? Hm, il n'y a pas de doute... ». « Descends-le ! » cria le SEAL à Raiden. « Qu'est-ce que t’attends ?! ». Ce dernier commença à tirer mais le vampire déviait habilement les balles en tournoyant avec son couteau, comme lors d’une danse. Le chargeur se vida bien trop rapidement. Alors qu'il n'était plus qu'à quelques mètres, la bête s'arrêta. - Vamp ? dit une voix féminine par la radio de ce dernier. - Ouais, ma reine ? répondit le monstre. - Tu as fini le nettoyage ? Discrètement le SEAL à terre lança un chargeur plein à Raiden, le faisait glisser au sol. - Oui. Mais tu ne devineras jamais ce que j'ai trouvé. - Quelque chose d'intéressant ? Raiden ramassa le chargeur. - Je te le dirai en personne. Où es-tu ? demanda Vamp. - Dans le noyau, avec le Président. - J'arrive tout de suite. Raiden venait de charger l'arme, il visa Vamp... qui n’était déjà plus là. Il l'entendit se déplacer à toute vitesse au-dessus de lui. Et le vampire s’en alla. Le type blessé au bras voulut se relever mais Jack pointa sévèrement son M4 vers lui. « Doucement, je suis pas un ennemi, on se calme ! » lui dit-il. Le SEAL rampa vers un mur afin de s'asseoir contre. « Mon nom est... » commença-t-il stoppant alors. « Mon nom est Pliskin. Iroquois Pliskin. Lieutenant subalterne », dit calmement l’homme tout en ôtant sa cagoule laissant paraître un visage froid, mal rasé, d’assez longs cheveux bruns, un casque avec micro relié à une radio recouvrant ses oreilles. Pliskin avait une certaine prestance, quelque chose se dégageait de lui, de l’expérience et un calme déroutant. - Tu es un SEAL de la Marine ? demanda Raiden. Comment t'es-tu retrouvé ici ?
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- J'ai emprunté une corde raide, un hélico de la Marine. Une blatte passa sous la jambe de Pliskin et Raiden revit soudain dans son esprit celles qu’il avait aperçu au bas de l’Etai A. Il pensa également au trou dans la barrière sousmarine… - Je t'ai déjà vu quelque part ? demanda-t-il. - Cette combinaison... tu fais partie de Fox Hound ? demanda Pliskin après avoir regardé Raiden de plus près et ne semblant pas attendre de réponse positive. - C'est exact, répondit le blond, surpris. - Fox Hound a été dissout… laissa échapper le lieutenant. Etonné, Raiden leva un sourcil. - Où étais-tu avant Fox Hound ? Delta Force ? demanda Pliskin. - Je faisais partie des essais de la Force 21 de l'armée... - La Force 21 s'occupait du déploiement tactique de l'informatique, hein ? Tu as de l'expérience sur le terrain ? - Non... pas vraiment, répondit Raiden. - Donc c'est ton baptême du feu... - J'ai suivi un entraînement intensif qui diffère très peu de la réalité, se défendit le "bleu". - Comme quoi ? demanda Pliskin sceptique. - Missions d'infiltration 60, Armes 80, Niveau avancé... - De la Réalité Virtuelle, hein ? coupa le lieutenant. - Tout ce qu'il y a de plus réaliste ! Iroquois lui dit qu’il n’était qu’un bidasse de l’ère virtuelle. Pas un soldat. Raiden se défendit alors, affirmant que la Réalité Virtuelle était bien plus efficace que n'importe quel exercice pratique ! Pliskin lui rappela qu’on ne se faisait pas blesser en RV, et que parallèlement, chaque année, mourraient des tas de soldats lors d’exercices pratiques. Mais Jack continua. On ressentait la douleur en VR… et même la réalité de l’urgence. La seule différence était que cela ne se passait pas en vrai… « C'est ce qu'on veut te faire croire pour t'ôter la peur qui accompagne les vraies batailles », argumenta Pliskin. « La guerre sous forme de jeu vidéo... Rien de mieux pour créer des vocations, hein ? ». Raiden comprit que ce gars était de confiance, et lui rendit son M4. Pliskin le prit de sa main droite et le posa à côté de lui. Son bras gauche saignait abondamment. Donc, selon cet homme, la formation en Réalité Virtuelle était une forme de manipulation du cerveau humain… Son Codec sonna à ce moment précis. C’était le Colonel, qui lui demanda où il en était. Pliskin pensa alors « Ce gosse est truffé de Nanomachines… ». Jack dit à Campbell que le Président semblait ne plus être sur place. Il parla également du survivant qu’il avait rencontré et son supérieur le rappela sévèrement à l’ordre : il avait vu son visage. C’était une mission top secrète. Personne ne devait savoir que Fox Hound était impliqué. Raiden, qui n’en avait cure, répondit qu’il était de
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toute façon désormais trop tard pour cela. Pliskin s’était levé après avoir bandé son bras. Il était désormais penché sur un corps inanimé. « Quelque chose ? » demanda Jack. Le lieutenant lui conseilla de jeter un œil. Le corps d’un homme habillé d’un costume bleu, et avec une moitié de menotte attachée au poignet droit gisait là. L'autre moitié était sans doute attachée à quelque chose. Mais à quoi... - Mais qu'est-ce que... fit Raiden surpris de la découverte. - Un Capitaine de la Marine... Raiden senti alors quelque chose d'étrange. Il regarda sur sa droite et vit Pliskin devenir extrêmement pâle, puis il bascula en arrière et manqua de tomber mais se rattrapant à une marche de l'escalier, où il demeura assis. - Tu vas bien ? demanda Raiden inquiet. - Donne-moi quelques minutes... j'ai dû perdre plus de sang que je ne le pensais, s’excusa le lieutenant. Il sortit une cigarette et l'alluma. Jack se décida alors à demander qui était « l’homme » qui les avait attaqué. Ce monstre suceur de sang n’était autre que Vamp. Roumain sachant manier les couteaux à la perfection. Raiden fit remarquer que sa façon de bouger n'avait rien d'humaine. « Je te garantis que tu verras pas ça en Réalité Virtuelle... » se moqua Pliskin. C’était un membre de la Dead Cell, cette unité qui avait pris d’assaut la Big Shell. Il s’agissait d’une unité de forces armées créée par l'ancien président Georges Sears. Cette appellation visait à refléter les fonctions antiterroristes de l'unité. Cette dernière attaquait à l'improviste les services gouvernementaux pour simuler des actes terroristes et apprendre à des agents tels que toi à affronter la vérité. Mais à la mort du chef original de l'unité, celle-ci avait commencé à décliner. Ses membres qui avaient toujours été des marginaux avaient alors commencé à se radicaliser et à s'attaquer aux alliés des Etats-Unis, civils compris. Selon les estimations, pas moins de cent personnes seraient mortes à la suite des "accidents" orchestrés par la Dead Cell. Devenue incontrôlable, cette unité avait sauté les plombs six mois plus tôt. « Que s'est-il passé ? » demanda Raiden. « L'unité a été ravagée. Il n'en reste plus que trois membres, dont tu viens de voir un spécimen... », répondit l’autre. Jack se demandait pourquoi un tel groupe s’en prenait à la Big Shell. Pliskin répondit n’en rien savoir, ajoutant qu’ils étaient plutôt cinglés et qu’il n’y avait peut-être pas de raison valable. - Et leur chef ? Il prétend s'appeler Solid Snake. - ... Snake est mort il y a deux ans, répondit le lieutenant. - Tu parles de l'incident à cause duquel cette structure a été mise en place ? - Exact. C'est lui qui a coulé le Tanker, répondit-t-il amèrement. - Mais ce type est une légende ! - Il faut se méfier des légendes... dit Pliskin. Y’a pas de grande différence entre un héros et un taré. - Tu crois que Snake est toujours en vie et tire les ficelles ? - Non. Il n'a rien à voir avec les évènements actuels. On a formellement identifié son corps il y a deux ans. - Snake est mort... conclut Raiden non sans regret. - Et enterré, renchérit Pliksin.
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Quant aux autres soldats qui patrouillaient sur la structure, Jack avait remarqué qu’ils portaient des équipements russes. C’étaient d'anciens militaires soviétiques. Probablement des mercenaires. La Big Shell était en effet un trop gros morceau pour la Dead Cell seule. Pliskin voulait faire comprendre quelque chose à Raiden. Il lui dit alors, ayant achevé d’expliquer qui étaient tous ces terroristes : « On ne t'a informé de rien, et tu es venu seul afin d'effectuer cette mission. Pourquoi ? ». Jack ne sut que répondre, surpris de la question. « Quelle est la vraie raison de ta présence ici ? Tu ne peux pas me le dire, hein ? … Comme tu veux… » fit sombrement Pliskin. Il tendit un paquet de cigarettes à Raiden qui le refusa. Il ne fumait pas. Toutefois le lieutenant insista, disant qu’elles pouvaient être utiles malgré tout. Puis il sortit un USP léger, arme de poing, et le tendit à ce jeune gosse. « Prends ça aussi. ». « Alpha Zero, répondez ! » dit alors une voix dans la radio accrochée au dos de Pliskin, près de son épaule. « Ici Bravo Zero. Je suis sur la passerelle entre les étais B et C. Le président est… ». La voix s'arrêta quelque seconde et les deux auditeurs perçurent clairement des coups de feux. « Et mince, pas moyen de dégommer ce truc ! C'est un vrai cauchemar ! Alpha ! N'importe qui ! Répondez ! Membres d'Alpha, ici Bravo Zero ! » - Tu ne lui réponds pas ? demanda Raiden se tournant vers Pliskin. Ce dernier regarda le gamin d'un air fatigué, et porta lentement la main vers sa radio. Un bruit survint, une sorte de tir effectué depuis une arme qui semblait bien étrange. Une explosion suivit, puis un cri qui déchira le silence de la salle froide et humide dans laquelle ils se trouvaient. Le lieutenant arrêta son geste et laissa retomber sa main, soupirant. - La passerelle de connexion BC… fit Pliskin. - Il faut qu'on y aille, dit Raiden. Tu vas tenir le coup ? - J'ai besoin d'encore un moment… Souviens-toi de ma fréquence : 141.80. J'ai été briefé sur la structure de l'installation. Si tu as besoin d'infos sur cet endroit ou sur la Dead Cell, contacte-moi. Tu utilises la Nano-communication, hein ? se rappela Pliskin. - Ouais, mais je peux capter ta fréquence. Raiden commença à gravir les marches passant à côté du lieutenant, quand ce dernier l'interpella. - Hé, c'est quoi ton nom ? - Raiden… répondit ce dernier après un moment d'hésitation (il préférait de loin son ancien nom de code, "Snake".) - Raiden ? Bizarre comme nom de code. - Ça compense le nom rasoir que m'ont donné mes parents, conclut Jack. - Peut-être que je découvrirai ce nom, un jour… termina Pliskin en faisant un signe de main du bras gauche. Raiden sortit de la salle et à cet instant son Codec sonna. Il suivit la conversation tout en se dirigeant vers la passerelle de connexion BC. C’était Rose. Elle lui demanda à nouveau s’il savait quel jour on serait le lendemain. Mais il ne s’en souvenait pas plus que tout à l’heure, de toute façon trop absorbé par la mission pour y prêter attention. Il demanda alors à sa petite amie de l’informer de ce qu’elle voulait lui dire, si c’était réellement important. Mais ce qui était important aux yeux de cette dernière, c’est que Jack le devine de lui-même. Cela pouvait attendre le lendemain malgré tout. Mais il faudrait que Rose rassemble tout son courage pour ne pas se dégonfler. Raiden demanda si cette chose était la raison de son implication dans la mission. Puis il ajouta devant sa moue qu’il ferait son possible pour terminer avant le jour suivant. Rosemary le rassura, lui disant qu’elle ferait son possible pour l’aider. Jack lui demanda justement de faire quelque chose. Cela concernait Solid Snake. Le chef des terroristes prétendait être la légende en question. Raiden voulait un maximum
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d’informations sur son « idole ». Il devait y avoir un rapport d’inhumation quelque part. Rose devrait pouvoir demander au Colonel l’autorisation d’accéder aux informations confidentielles. Elle aurait ainsi connaissance des documents les plus sensibles. Rosemary se mit au travail. Elle le contacterait quand elle aurait suffisamment d’infos. Il coupa et sortit du sombre et morbide couloir, accédant ainsi à la passerelle de
connexion BC. Des coups de feux s’y faisaient entendre, mêlés aux cris des mouettes qui passaient là. L'espion avança doucement. Les tirs de deux SEALs visaient la même cible. Cette passerelle de connexion était différente des autres : elle était en forme de T. Le passage au milieu de la passerelle, vers la droite, menait au noyau de la Shell 1. Jack pointa son Socom devant lui, d'abord vers les SEALs, ensuite vers leur cible, puis il observa la scène. Devant l'entrée du noyau, une femme, noire, avec des cheveux blonds bouclés, se tenait là, debout, l'air fier, la tête haute, un long manteau posé sur ses épaules, par-dessus une sorte de maillot de bain une pièce couleur pétrole en caoutchouc, puis des bottes. Elle tenait dans ses bras un canon absolument énorme, qui mesurait taille de sa propriétaire. A ses pieds, un corps inanimé, sans doute assommé, était habillé d'une chemise blanche et d'un pantalon de costume noir, ainsi que d'une cravate rouge. Le Président Johnson. A côté de ce dernier, une mallette noire Les deux SEALs vidaient tous leurs chargeurs de M4 sur la femme, mais même si les balles suivaient parfaitement la bonne trajectoire, elles déviaient soudainement en arrivant à un mètre de leur cible, puis partaient en tous sens. « Mais qu’estce que c'est que ce truc ? » fit Raiden. Les balles continuaient à passer à côté de la femme qui dit alors : - Allez. Venez mettre un terme à ma triste vie… L'un des deux SEALs, accroupis, s’arrêta de tirer et dit à son camarade à sa gauche qui lui était allongé . « C'est impossible ! Rien ne l'atteint ! ». « C'est elle qu’on appelle Fortune ? » demanda l'autre. Une forme avança derrière cette dernière, et passa devant, s'exposant à la lumière du matin. Vamp. D'une main, il attrapa le président, et le prit sur son épaule. De l'autre, il ramassa la mallette noire qui était déposée là. « Ma Reine… » salua Vamp avant de repartir vers le noyau. « Ils emmènent le président ! » cria un SEAL se remettant à tirer à vue. Trois nouveaux soldats, alliés, arrivèrent alors en groupe de l'Etai C. Ils virent Raiden au fond, pointant son arme sur Fortune et le laissèrent donc tranquille. Ils prirent le tournant du "T", et le plus en avant lança : - Grenade ! Il pointa son arme, à laquelle avait été ajouté un système de lance-grenade, et la balle verte explosive partit alors, atterrissant aux pieds de Fortune. Elle fuma quelques secondes. Mais n'explosa pas. « Elle est foireuse ?! » fit le tireur surpris. Les trois types avancèrent alors doucement, suivis des deux qui étaient là depuis le début. Deux autres se joignirent au groupe, venants de l'était C également. Ils étaient à présent sept à avancer vers Fortune, méfiants. Ce chiffre ne leur porta pas chance… Fortune repoussa la grenade du pied. « Aujourd'hui est un autre mauvais jour… » dit-elle d’un ton grave. Le bout de son arme s’allongea de quelques centimètres, et de petits éclairs bleu électrique, sorte d’électricité statique, tournèrent autour de l’extrémité de l’engin. Fortune avança la jambe gauche afin de se mettre en position, et tout en levant son canon, dit : N’y a-t-il personne ici capable de m'apporter le bonheur ? ». Le coup partit. L'éclair frappa au beau milieu des SEALs, qui volèrent à plusieurs mètres, tombant pour la plupart à l'eau, très loin au-dessous d’eux. La passerelle explosa elle aussi, laissant en son milieu un gouffre de plusieurs mètres de long. Devant ce chaos, Raiden, se cacha le visage, et se plaça derrière le mur de l’Etai B. Fortune baissa son arme, et regarda à ses pieds. Un SEAL tentait désespérément de remonter vers elle. Le morceau de passerelle où il se tenait basculait, menaçant de céder. Le regard suppliant, il plongea les yeux dans ceux de Fortune, qui elle avait un air dur et toujours fier.
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Le morceau de passerelle lâcha, l'homme hurla, chutant jusque trente mètres plus bas. Une mouette tomba, fumante, aux pieds de la femme qui regarda en l'air le groupe qui volait difficilement au-dessus du lieu de l'explosion. - Je suis vraiment désolée mes belles… On se reverra un de ces jours… Elle se retourna, et les volatiles moururent en plein vol, tombant à l'eau loin, très loin en bas, tandis que Fortune disparaissait dans le noyau de la Shell 1. Raiden, choqué, baissa doucement son arme et contacta Campbell. - Colonel… le groupe Bravo de l'équipe SEAL 10 a également été décimé. Qu'est-il arrivé aux hélicoptères de transport ? - Ils ont été abattus et sont à présent au fond de l'eau… On dirait que tes nouveaux hôtes possèdent un Harrier-2, répondit Campbell. - Un Harrier ? Mais qu'est-ce que… - Du calme. Ils ont simplement anticipé l'attaque. - Quoi ? - De plus, depuis que les SEALs ont fait feu, ton infiltration est passée comme une lettre à la poste. Et on connaît tous deux leur potentiel défensif… - Tu veux dire que tout ça n'était qu'une feinte ? demanda Raiden surpris. - Reprends-toi ! La mission repose entièrement sur tes épaules, maintenant. Tu comprends ? On n'a plus le temps de tergiverser. Ils risquent de tenter des représailles pour se venger de cet assaut raté. - Tu penses aux otages ? demanda Jack. - Ils sont peut-être en danger. Il est en effet possible que les terroristes veuillent faire sauter la Big Shell. Si cette marée toxique a lieu, le port sera détruit et la côte empoisonnée pour des générations et des générations. Raiden, nous avons dû revoir nos objectifs. Notre priorité est dorénavant de désamorcer les explosifs C4 que les terroristes ont fixé sur la Big Shell. Le Président attendra, ce désamorçage est urgent. - Colonel, tu sais que je ne suis pas un expert en déminage… - Ce n'est pas un problème, répondit Campbell confiant. L'équipe Bravo est venue avec un expert en explosifs. Le plan de mission de cette unité prévoit de laisser le démineur en alerte sur l'Etai C. Il doit toujours y être. Raiden réfléchit quelques secondes et dit avec dédain : - Tu te bases encore sur des simulations, là ? - De quoi est-ce que tu parles ? répondit sévèrement Campbell. Rends-toi à l'Etai C et trouve ce type ! - Compris… mais une dernière chose avant que je ne coupe… - Vite, alors… - Qui sont… ou plutôt que sont les membres de la Dead Cell ? Ils ne pouvaient pas atteindre cette femme, quoi qu'ils fassent… Et ce vampire… c'est comme… comme un cauchemar dont on ne peut pas se réveiller…
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- Jack, arrête ça, s'il te plaît ! coupa la voix de Rosemary. - Et toi, Rose ! Je n'arrive pas à croire que tu participes à cette mission ! s'énerva Raiden. Oui, je dois bel et bien être en train de rêver ! - Raiden, ce que tu vis est bien réel ! reprit Campbell. Et c'est pourquoi tu ne te réveilleras pas ! - Mais rien ne semble réel ! relança Jack. - Je resterai à tes côtés que ce soit réel ou cauchemardesque, tenta Rosemary. - Merci, Rose… - Vous avez fini, tous les deux ? gronda le Colonel. Raiden, il faut que tu ailles sur l'Etai C ! Et tout de suite !
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Chapitre II : Le démineur.
Raiden se remit en route. Il traversa la passerelle, droit devant, et la porte de l'Etai C coulissa à son arrivée. L'Etai était extrêmement beau. Les teintes marron et orangées reluisaient, et contrairement aux deux Etais précédents, celui-ci était décoré. Ainsi un long bac de feuilles vertes avait été installé devant l'entrée, parallèle au mur de la porte. En face, de chaque côté se trouvaient des toilettes, à gauche pour hommes, à droite pour femmes. Au milieu, le couloir continuait. Raiden l'emprunta et tenta d'ouvrir une porte à gauche. Elle nécessitait un accès de niveau 1. Il continua donc dans le couloir, tournant à droite, et arriva à une seconde porte à gauche. Un bruit métallique survint soudain derrière cette dernière. L’espion pointa fermement son arme, et avança doucement. Le sas coulissa à son arrivée, et il vit un homme, noir, chauve, qui portait une moustache, accroupis au milieu de la cuisine où ils se trouvaient. « Pas un geste ! » lança Raiden alors que l'homme tournait lentement la tête vers lui. « Ne tirez pas… » répondit l'homme en levant doucement les mains. Il portait une veste bleue marquée "Police" dans le dos, et avait des insignes brodées sur les bras. Une canne était posée à côté de lui. Jack surpris lui demanda s’il était flic. - Je n'ai rien à voir avec la police de New York ! J'accompagne l'équipe Bravo, affirma le type. Qui es-tu ? Où sont passés les membres de SEAL 10 ?! - Ils sont tous morts… répondit Raiden. - Tous ?! s'étrangla l'homme. Hé bien… ça va mal… Il commença à se relever avec difficulté, prenant appui sur le meuble devant lui. - Je t'ai autorisé à bouger ? menaça Raiden accompagnant ses paroles d’un geste brusque de son Socom. - T'inquiètes ! dit une voix loin à gauche qui fit sursauter Jack, qui pointa alors son arme vers l'endroit d'où elle émanait. C’est pas un de ces sales types. Pas la peine de menacer tout le monde comme ça, petit. - Pliskin ! reconnut Raiden baissant alors son arme. - Comment tu t'appelles ? demanda Iroquois à l'inconnu. - Peter. Peter Stillman, répondit l'homme. « Maître de conférences à NAVSCOLEOD Indian Head… Egalement consultant auprès du groupe de déminage de la police de New York », récita Pliskin. Stillman corrigea, disant n’être cette fois qu’un pauvre bougre embarqué dans une sale affaire. Le lieutenant
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pensait que le vieux démineur était à la retraite. Peter prit sa canne et marcha en boitant vers une chaise où il s'assit. « Je l'étais. Je ne tiens plus la cadence comme vous pouvez le voir. Grâce à moi une église bien connue a été rayée de la carte… avec tous les gens à l'intérieur… Moi, je n'ai perdu que ma jambe… » raconta sombrement Stillman. Raiden demanda s’il était bien le démineur des SEALs. « Petit, » prit Pliskin, « ce gars, c'est LE démineur. Ouvre n'importe quel manuel de déminage, tu trouveras son nom. ». Mais c’était, comme le souligna Stillman, de l’histoire ancienne. Jack lui demanda pourquoi dans ce cas interrompre sa retraite. - Parce que le groupe de terroristes qui est ici comprend l'un de mes étudiants… L'empereur des explosifs : Fatman. A l'âge de dix ans, il avait déjà fabriqué sa propre bombe atomique. C'est moi qui l'ai créé, ce gosse, en un sens... Je suis un peu rouillé. J'étais censé seulement superviser le déminage… mais on dirait que je vais devoir m'en occuper moi-même. - Pas sûr… interrompit le lieutenant. Il y a au moins deux personnes ici qui peuvent prétendre être expertes en déminage. Le démineur leur demanda s’ils étaient de l’équipe SEAL 10. Pliskin, gêné, répondit qu’ils appartenaient tous deux à un autre groupe. Il se présenta alors, donnant son nom et son grade, puis lui dit qu’il était très honoré de faire sa connaissance. Raiden, surpris lança discrètement un regard interrogatif à celui qui s’était présenté comme un SEAL quelques minutes plus tôt. Peter demanda à Pliskin s’il avait de l’expérience quant au désamorçage de bombes. Ce dernier répondit qu’il n’avait pas de soucis à se faire, et que Raiden avait l’air jeune, mais se débrouillait. Des renforts n’auraient toutefois pas été de refus… Jack bafouilla : « Je… heu… ». Stillman comprit que ce jeune gars se sentait à part, et il lui demanda alors son nom, faisant ensuite remarquer qu’il s’agissait là d’un bien étrange nom de code. Il n’y avait apparemment aucun autre survivant que Peter. Excepté, peut-être un ingénieur. Il le décrivit comme quelqu’un d’assez maigre qui accompagnait l’équipe. Le vieux démineur ne l’avait malheureusement pas revu depuis cette fusillade…Toutefois, il n’avait pas trouvé de corps, ce qui était plutôt bon signe. - Je vois… fit Pliskin visiblement soulagé. Le groupe SEAL 10 s’était embarrassé d’un civil à cause du système de sécurité de la base, dont l’ingénieur était à l’origine. Tout était sous le contrôle d'ordinateurs, sur la Big Shell. Il devait donc leur faire passer tous les barrages de sécurité. On n’en avait pas parlé à Raiden, qui se sentit une fois encore bien peu informé. Le civil portait des documents officiels avec lui. Mais la priorité selon Pliskin était de régler le problème posé par les bombes. Jack n’était pas à l’aise du tout. Il savait qu’il allait devoir désamorcer des bombes sans jamais l’avoir fait dans sa vie, que ce soit en Réalité Virtuelle ou en vérité. Son Codec sonna alors et il demanda aux deux autres d'attendre une seconde. - Tu vas encore discutailler avec ton chef… ? fit remarquer Pliskin avec sarcasme. - Je suis heureux de savoir que Stillman va bien, dit Campbell à l’oreille de Raiden. Fais tout ce qu'il faut pour l'aider à désamorcer le C4 de la structure. - Colonel, tu sais que je n'ai jamais été formé au déminage ! protesta Jack. - Tout va bien. L'homme avec qui tu travailles est le meilleur en la matière. Tout ce que tu as à faire, c'est suivre ses directions. Bien entendu, tu ne dois révéler ni ton identité, ni les objectifs de ta mission. - Est-il vrai qu'un ingénieur accompagnait Stillman ? - On ne m'en a pas informé. Sans doute une décision des SEALs. Raiden, il y a des problèmes plus importants à régler pour le moment. L'ennemi risque de se venger de l’attaque ratée des SEALs ! Neutralise ces C4 dès que possible ! - Colonel, je ne suis PAS qualifié au déminage !
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- Jack, c'est moi, coupa une voix féminine. - Rose ? reconnut ce dernier. - Tu peux le faire. Crois-moi ! - Tu n'as pas reçu de formation en Réalité Virtuelle qui apprenne à désamorcer le C4, mais tu sais très bien les manier, rappela Campbell. - Il y a une différence entre manier du C4 et le désamorcer, contesta Raiden. - Tu en es capable, et tu le sais. - Alors petit, interrompit Pliskin derrière, tu les as tes résultats ? Raiden coupa le Codec et s'approcha des deux autres, qui étaient séparés par un meuble de cuisine gris à étages, sans fond. Le démineur côté cantine, les deux autres côté cuisine. Ils n’allaient en aucun cas désamorcer les bombes. Ce n’était pas pour les amateurs, comme le souligna Stillman. Ils allaient plutôt tenter de les geler temporairement. Il prit de sa main gauche une sorte de gros pavé d'environ quarante centimètres de long, et une dizaine de hauteur, et le fit glisser délicatement au milieu de la plaque du meuble. C’était une bombe C4. Il tourna un bouton de l'engin et ce dernier se mit à émettre un léger bip régulier, ainsi qu'une lumière verte qui s'éclairait à même intervalle que le bip. « Elle est active. On peut la voir clignoter. Il suffit de pulvériser ça sur ce truc et… » expliqua Peter saisissant un vaporisateur couleur olive sur la plaque du dessus et pressant la gâchette tout en visant la bombe. Cette dernière clignota de plus en plus faiblement, de même pour les bips. Bientôt, elle fut comme morte, pâlie par le liquide, inerte. « Et voilà. Simple, hein ? Ce vaporisateur bloque instantanément le détonateur. ». Même laissée en l’état, la bombe ne pourrait plus exploser pour au moins vingt-quatre heures. Ce qui serait amplement suffisant. S’ils avaient eu plus d’hommes, le vieux démineur aurait de loin préféré les désamorcer, mais les circonstances était différentes. Il leur faudrait vérifier sols, murs, plafonds… Les bombes pourraient se trouver n’importe où. « Ce sera pas facile, on ne sait rien de Fatman », rappela Pliskin. Stillman tendit un petit appareil noir et discret. « Prenez ça. C'est ce qu'on appelle un Spectromètre à mobilité ionique. Cet engin reconnaît les gaz ioniques émis par les C4. ». - En d'autres thermes, ce petit gadget renifle l'odeur émise par les C4, clarifia Pliskin devant le regard interrogateur de Raiden. Ils n’auraient qu’à connecter l’engin à leur radar, toute odeur détectée serait représentée visuellement. « Et s'il utilise une autre substance inodore ? » s'inquiéta Jack. Le démineur affirma alors qu’il connaissait parfaitement bien Fatman, et que ce dernier tenait énormément à son esthétique. Le lieutenant comprit qu’il laissait une signature derrière lui. Et en effet, il laissait toujours une trace de son eau de cologne sur ses bombes. Le capteur détectait également ce genre de parfum. Fatman n’avait pas appris cela de Stillman. C'était une bizarrerie qui lui était propre. Il ne suivait que les règles qu'il avait lui-même établies, et les respectait scrupuleusement. Le bon sens n'avait jamais été sa qualité première… Peter croyait lui avoir appris tout ce qu’il savait… Il n’avait pas d'enfants, et avait trouvé un fils en Fatman. Il avait tout pour lui ! On n'en voyait pas tous les jours, des talents comme le sien. Même à Indian Head, on le chouchoutait drôlement. Pete se souvenait que les gens le voyaient comme un "privilégié"... C’était peut-être ce qui avait mis le feu aux poudres… Il ne lui avait pas enseigné le plus important… Il y a des tas de choses que nous devons transmettre. Le problème est de savoir lesquelles… En fait, tout ce que Stillman lui avait appris, c’étaient des techniques, du savoir-faire… Et maintenant, il devait l'empêcher de les appliquer s’il ne voulait pas qu’il ne les détruise tous… Peter ému par ses propres mots baissa la tête et un silence s’installa. - Bon, voyons si ce capteur est au point… dit Pliskin le rompant alors, impatient. Il se dirigea vers le nœud de l'Etai afin de télécharger le plan de ce dernier sur son
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radar, imité par Raiden. Ils devraient en effet à chaque Etai récupérer le plan afin de voir s'afficher les bombes. Stillman activa un second explosif identique au premier, et les deux espions connectèrent le capteur à leur radar Soliton. Sur l'image, une étendue jaune/verte entourait la bombe, mais la marge était d'environ quatre mètres, ce qui n'était pas très précis, d'autant que les explosifs seraient sans doute bien cachés. « Ne te plains pas, c'est mieux que rien », répliqua Pliskin quand Raiden le fit remarquer. - Fatman a sans doute posé du C4 ici, sur l'Etai C, coupa Peter. Je connais bien la structure de cet assemblage. S'il a l'intention de tout détruire, je sais comment il s'y est pris. - Tu en es sûr ? demanda le lieutenant. - Bien entendu ! C’est moi qui lui ai enseigné les techniques qu'il utilise. Ses idées correspondent à mes théories. La démolition obéit à une certaine logique, intemporelle et applicable partout. La Big Shell est constituée de deux hexagones liés l'un à l'autre, du nord au sud. Il a dû placer d'importantes charges de C4 sur chacun des sommets – c’est-à-dire chacun des Etais. Il faut au moins ça pour détruire un bâtiment de cette ampleur. - Hm… Six sur la Shell 1, et six autres sur la Shell 2… songea Pliskin. Ce qui fait un minimum de douze bombes… - En tenant compte de l'agencement et de l'architecture de la Big Shell, on aboutit à cette conclusion. Et c'est exactement ce qu'il a dû décider, lui aussi. - Petit, je te laisse la Shell 1, je m'occupe de la deuxième. Peter fit glisser une sorte de carte vers chacun des deux associés. - Prenez ça. Ce sont des cartes de sécurité remises au personnel travaillant sur la Big Shell. Le système de sécurité obéit à différents niveaux d'autorisation. Ce niveau d'autorisation est indiqué par un numéro sur les portes. Raiden, ta carte ouvrira les portes de sécurité 1. Pliskin, la tienne ouvrira les portes jusqu'au niveau 3, elle est indispensable pour accéder à la Shell 2. - Comment les as-tu eues ? demanda Jack. - C'est l'ingénieur qui me les a données. Il était censé programmer un jeu de cartes permettant d'accéder à toutes les zones dès notre arrivée sur le site. Malheureusement ces cartes-ci ne vous donneront pas accès à tout. - On devra gérer les autres problèmes d'accès au coup par coup, dit Iroquois. Allons-y ! Il commença doucement à marcher vers la porte, imité par Raiden, et Stillman avec sa canne. « Toi, tu restes ici », lança-t-il alors avec reproche à ce dernier. Peter répliqua qu’il venait également. « On s'occupe de tout, ne t'inquiète pas ! Tu ne feras que nous ralentir, avec ta jambe ! On est en guerre, là. Pas de temps à consacrer à du baby-sitting. ». Jack proposa alors que le démineur reste ici et se cache, les guidant par radio. Abandonnant, le pauvre homme s’assit sur un tabouret et soupira. Il dit qu’il élaborerait également un plan de secours, au cas ou. - Au cas ou quoi ? interrogea Raiden soudain plus inquiet encore. Mais Stillman se contenta de souhaiter bonne chance aux deux agents. L’opération ne serait pas aisée. « Qui ne tente rien n'a rien », cita Pliskin. « Bonne chance, petit, à plus », conclut le lieutenant à l'adresse de Raiden en lui donnant une tape amicale sur l'épaule. « La loyauté avant tout », lança-t-il alors, prenant la porte par laquelle Jack était entré. Après quelques instants, Peter dit avec sûreté : « Ce type n'est pas un SEAL. Je crois qu'il n'est même pas de la Marine. » - Quoi ?! fit Raiden seulement à moitié surpris.
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- « La loyauté avant tout »… C'est le jargon des Marines, ça. Normalement, les chefs de groupe restent au poste de commande et donnent des ordres depuis leur casque. A ma connaissance, les SEALs n'envoient que rarement leurs officiers sur le terrain. Et « Qui ne tente rien n'a rien » est la devise du Service Aérien Spécial Britannique. Des tas de questions fusèrent dans l'esprit de Raiden, qui passa en revue les conversations qu'il avait eues avec Pliskin. - Il est de mèche avec les terroristes ? - Non. Je ne sais pas ce qui me fait dire ça, mais je ne pense pas. Si je devais soupçonner quelqu'un… ce serait plutôt toi, en fait. - Je… commença Jack ne sachant que répondre. - Occupe-toi simplement de ces bombes, pour le moment, conseilla Peter. - Et toi ? Ils pourraient revenir dans cette zone. Stillman marcha, toujours aidé de sa canne et Raiden le suivant de près, en direction d'un grand garde-manger hermétique avec verrou. - Je me cacherai ici un moment. Si je verrouille la porte, tout se passera bien. Il y a plein de trucs à manger en plus. Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. Je te dirai quoi faire par Codec. Bonne chance, petit. Il commença à fermer la porte blanche tout en fixant Raiden, et s'arrêta au dernier moment en lisant la peur sur le visage de ce dernier. « Le désamorçage de bombes s'apparente à une confrontation entre l'homme et sa propre mortalité. Ne laisse pas la peur te paralyser ! Quand tu cèdes à la peur… les ténèbres s'ensuivent. ». Et sa moustache disparut derrière la porte. Raiden se sentit soudain bien seul. Que devait-il faire ? Par où commencerait-il ? Il resta là plusieurs secondes, à se poser des questions, immobile devant cette porte close. Il finit par se décider à sortir dans le couloir. Tremblant, mais au fond tentant de regagner en sûreté, il partit vers la droite, chemin qu'il connaissait, refusant pour le moment de s'aventurer vers l'inconnu. Il observa son radar pour voir que deux sentinelles pénétraient dans l'Etai, et approcha des toilettes devant lesquelles il était passé toute à l'heure. Les deux gardes se séparèrent et Jack en surprit un, pointant son USP dans son dos. L’autre n’avait rien vu et avait dores et déjà quitté l’Etai par le côté opposé. Mains en l’air, le soldat supplia Raiden. Il ne voulait pas mourir. Il tremblait. Sa voix était faible. Le joueur, qui tenait la manette, décida alors de faire tirer son personnage. Le garde hurla de douleur, touché à la jambe. Puis le sadique tira à nouveau, l’achevant. Puis le « marionnettiste » remarqua sur le radar qu’une bombe semblait placée dans les toilettes pour femme. Jack traîna le corps sans vie dans ces derniers afin de l’y dissimuler. A gauche, un lavabo et un grand miroir au-dessus, et plus loin les cabines des toilettes. Instinctivement, Raiden se dirigea vers ces dernières, camouflant le corps dans la première après inspection, et ouvrant toutes les autres cabines afin d’y chercher le C4. Il ne trouva malheureusement rien. Tremblant légèrement, il s'approcha du grand miroir au-dessus de l'évier pour regarder son état. Il était pâle. Il aurait voulu appeler quelqu'un. Rose, Campbell, Pliskin, ou Peter. Mais il savait au fond que des mots étaient des mots et qu'il devait se reprendre, et agir. Un scintillement attira alors son regard. Au sommet du miroir, une lumière verte clignotait régulièrement. Soulagé, Raiden leva la tête et vit sur le plafond au-dessus de lui la bombe. Il sortit le vaporisateur de réfrigérant de l'étui où il l'avait rangé, et le pointa vers l’explosif. L'appréhension reprit de plus belle. Et s'il faisait une erreur ? N'avait-il pas oublié une étape ? Fermant les yeux, il pressa la gâchette quelques secondes. Quand il les rouvrit, le C4 avait le même aspect pâle que celui que Stillman avait présenté. Le petit indicateur vert était éteint. Raiden, rassuré, avait réussi son premier « désamorçage ». Après avoir inspecté le reste de l'Etai C, Jack se dirigea vers le D, se forçant à choisir la progression plutôt que la régression. Il prit donc la porte qu'il avait si soigneusement évitée
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quelques minutes plus tôt et arriva sur la passerelle C-D. Elle était composée de deux niveaux, et l'unique garde qui y patrouillait gisait assommé. Raiden se douta qu'il s'agissait de l'œuvre de Pliskin et bizarrement l’image des deux gardes neutralisés au bas de l’Etai A lui revint. Il continua droit devant, enjambant le corps inerte, et s'arrêta net en apercevant quelque chose qui bougeait sur le mur face à lui, en hauteur. Une caméra de surveillance. Il avait suivi un programme d'entraînement en Réalité Virtuelle qui lui avait appris à éviter le champ de vision de ces engins. Confiant, au moment où la caméra pivota à droite, il plongea en avant, posa les mains au sol effectuant une roue, et atterrit juste sous l’objectif. Il traversa ensuite la porte, pénétrant l’Etai D. L'intérieur de cette énorme salle hexagonale était assez sombre, et les couleurs étaient les mêmes que celles des parois extérieures de la Big Shell : orangées. La pièce était une sorte de gros dispositif assez ardu à décrire. Des passerelles à deux hauteurs différentes longeaient les murs de la moitié de l'hexagone, se joignant par endroits en un pilier central également entouré d'une passerelle, mais aussi de machines. Partout plus bas se trouvait un bassin rempli d'eau sans doute contaminée. Des sentinelles patrouillaient partout sur les passerelles et il serait difficile de se faufiler. Au milieu de la passerelle qui longeait les côtés de l'Etai, Raiden aperçut une porte marquée "Passerelle de connexion Shells 1 - 2", avec un grand « Niveau 3 » inscrit. C'est cette porte que Pliskin avait empruntée. Face à lui, à l'autre bout de la salle, se trouvait par contre la porte qu'il devrait ensuite prendre pour rejoindre la passerelle D-E. A côté de cette même porte, il put voir le nœud, auquel il devait absolument se connecter. Il remarqua que de temps à autres, l'un des gardes prenait sa radio afin de signaler au QG qu'il n'y avait rien à signaler, et cela à intervalles d'environ une minute. L'espion de Fox Hound se mit doucement mais sûrement en route en direction du nœud. Le petit terminal était malheureusement bien gardé. Un soldat s'était en effet posté juste devant et semblait y chercher des informations. Le joueur, manette en main, vérifiant si Raiden était à l’abri des regards, le fit se glisser vers l'ennemi. Il le frappa d'un coup de poing, suivi d'un coup de pied souple, ce qui assomma le pauvre homme et le fit tomber à l'eau plus bas. Jack posa sa main sur le terminal et téléchargea le plan de la zone. Il observa son radar. Il semblait être sur la bombe... Mais la lueur jaune était assez faible, peutêtre la charge était-elle donc au niveau de la passerelle inférieure. Il s'approcha du garde-fou par-dessus lequel l'ennemi était tombé, et prenant appui avec ses mains, se tint debout une fraction de secondes à la force des bras, le temps de se retourner, et de se laisser retomber, suspendu à l'extérieur de la passerelle. Il regarda en dessous de lui. Aucun garde ne semblait regarder dans sa direction, il se laissa donc tomber au niveau inférieur. Raiden jeta un coup d’œil au radar qui cette fois affichait une lueur bien nette. Il n'y avait pourtant rien à terre, rien sur le plafond, rien sur les murs, et pas de meubles... Juste l’une des nombreuses écoutilles de la salle par terre. Il décida de l'ouvrir et vit alors pour la troisième fois de la matinée ce scintillement vert. Un peu plus sûr de lui, il prit le réfrigérant et gela la bombe. Peut-être étaitce le moment d'appeler Stillman ? « Ici Raiden. J'ai désamorcé les C4 des Etais C et D. Le plafond des toilettes pour femmes devait sauter pour le premier, et la seconde bombe était sous une écoutille d'entretien. ». Les inquiétudes de Peter se confirmèrent. Cela ne ressemblait guère à Fatman. Devant le ton inquiet et surpris de Jack, il lui expliqua que Pliskin avait également trouvé le site d’une bombe. Et que cette dernière n’était en rien placée stratégiquement. De même, les deux bombes de Raiden semblaient être l’œuvre d’un travail de débutant. On n’avait vu jusqu’ici qu’un gâchis de bons explosifs. - Tu crois que c'est un piège ? - Je ne sais pas... mais quoi qu'il en soit, on n'a pas le choix. Passe aux Etais suivants... Quelque chose ne tourne pas rond... Sois prudent. Peter coupa et Raiden se remit à paniquer. Ses pensées se tournaient vers Rose... La reverrait-il ? Il la contacta, ayant besoin de parler. Parler de n’importe quoi. Et il le fit, tout en passant de l’Etai D à l’Etai E : l’héliport. A l’intérieur de l’Etai, des tapis roulants se croisaient en tous sens, emportant des tonnes de caisses dans un boucan infernal. Notre démineur se connecta au nœud et téléchargea la carte sur son radar. Les quelques patrouilles qui circulaient à travers ce labyrinthe mobile ne voyaient ni n’entendaient l’espion, qui cherchait désespérément la bombe dans la salle : rien ne s’affichait sur le radar. Il pensa alors à aller voir sur le toit bien qu’il lui semblait étrange qu’une bombe ait été posée à un
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point si peu stratégique, ce qui le paniqua plus encore. Il était en train de plonger droit vers un piège et il le savait, pourtant il ne pouvait absolument rien y faire. Il fallait faire confiance au démineur. Il avait après tout beaucoup d’expérience… Et pourtant cela ne l’avait pas empêché de causer la mort de tous les gens dans cette église, pour une simple erreur… Il gravit un premier escalier à deux paliers qui le mena à l’extérieur, à la périphérie de l’Etai, et en vit un second, métallique, orangé bien entendu, monter sur sa gauche vers le toit. Il fit un pas, et surpris, s’arrêta portant la main à son Socom. - J’ai réglé son compte à cette sale mouche ! Quelle est la situation là-bas ? demanda une voix par le biais d’une radio. - Déconcertant ! répondit la voix au fort accent russe d’Olga Gurlukovich que Raiden ne connaissait pas. Je viens juste d’apercevoir un homme qui portait une tenue de Ninja ! - Ninja ? demanda la voix qui était en réalité celle du chef des terroristes, Solid Snake. - C’est le meilleur descriptif que j’aie pu trouver… Une sorte de Ninja-cyborg, avec tout l’équipement, dont une épée. - Quoi… ? demanda l’homme surpris. Raiden s’était approché, juste au pied de l’escalier, légèrement décalé sur la gauche de manière à faire passer sa tête discrètement derrière le mur orangé. La femme, méfiante, demanda à Snake s’il ne lui cachait pas quelque chose. Celui-ci répondit : « Olga… es-tu sûr que ce n’était pas un Arsenal Tengu ? ». Elle répondit qu’elle n’avait jamais vu ce genre d’équipement et qu’elle n’était pas sotte au point de ne pas reconnaître l’un de ses hommes. Snake dit alors qu’ils allaient renforcer les patrouilles, dans ce cas. La femme ajouta qu’elle avait vu autre chose de suspect, qui serait difficile à croire : elle avait aperçu un homme se déplaçant caché dans une boîte en carton sur la passerelle de connexion entre les Shells 1 et 2. « J’ai déjà vu quelqu’un utiliser cette technique… On va piéger la passerelle de connexion entre les deux Shells. ». Olga conclut par un « Bien, terminé. ». Elle portait le même uniforme gris que les terroristes. Ses cheveux étaient presque de la même couleur, plaqués de côté. Une longue cicatrice traversait son visage diagonalement. Jack se décida alors à sortir de sa cachette, pointant son arme, et ordonnant de ne plus bouger. Olga, dos au vide, tourna d’un quart vers la gauche pour être face à l’escalier, et face à son assaillant. - Tu dois faire partie de la Dead Cell… réfléchit Raiden tout haut. - Bien sûr que non ! Ce qu’il ne faut pas entendre… réagit-elle. L’espion remarqua alors un pistolet à la main de son otage. - Jette ton arme ! ordonna-t-il alors. - Aucune chance… répondit Olga avec un sourire étrange. Sans prévenir, elle plongea du toit de l’Etai en un magnifique salto de côté, dans le vide. Raiden surpris gravit quatre à quatre la moitié de l’escalier et se pencha au-dessus de la balustrade. Aucun signe de la femme. Elle n’avait visiblement pas atteint le bassin car aucun remous ne se faisait voir à la surface loin au-dessous. Jack contacta Pliskin afin de lui faire part de l’épisode. Le lieutenant reconnut immédiatement Olga Gurlukovich à la description que lui donna le jeunot. « Contrairement à toi, j’ai été briefé… » répondit-il lorsque Raiden lui demanda comment il pouvait être au courant de son nom. Elle n’était pas de la Dead Cell. Elle dirigeait une armée privée Russe, armée constituée des gardes qui patrouillaient sur la Big Shell. Elle dirigeait ce groupe depuis la mort de son père, le Colonel Gurlukovich, deux ans plus tôt sur le Tanker. Pliskin ajouta de faire attention à elle : elle ne faisait pas dans la dentelle. Raiden coupa son Codec et acheva de gravir l’escalier. Il jeta un œil à son radar et
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repéra la bombe. Elle semblait être quelque part autour du Harrier, avion militaire posé sur le toit qui servait d’héliport. Des containers étaient placés tels un quadrillage, ce qui facilitait l’esquive des deux patrouilles qui surveillaient le secteur. Une grande grue surplombait les caisses de métal autour desquelles Jack jouait à cache-cache avec ses ennemis. Il approcha peu à peu de l’avion de chasse, et trouva de suite la bombe. Elle était au niveau de la roue avant de l’engin. Il rampa sous l’aile et gela le C4 à l’aide de son liquide réfrigérant. Il contacta alors Stillman, toujours inquiet. - Ici Raiden. Je viens d’en terminer avec l’Etai E. Il y avait une charge posée à terre près de la roue avant du Harrier, sur le toit. - Quelque chose ne colle pas… répondit Peter d’un air grave. C’est un vrai boulot d’amateur… Explosifs mal placés, et mal dosés… - Mais même Fatman n’est pas à l’abris d’une erreur, pas vrai ? - Non, répondit catégoriquement le démineur. Tout cela cache quelque chose… Grouille-toi de désamorcer ces bombes, Raiden. Je le sens très mal ce coup…
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Chapitre III : Du vin et des bombes
Pendant ce temps, quelque part sur la Big Shell, le chef des terroristes enfin seul put contacter Fatman. Ce gosse que Fortune et Vamp avaient vu n’était en effet pas là par hasard. Et cet homme qui avait emprunté la passerelle dans une boîte en carton… Quelque chose ne collait pas. Malgré toutes ses précautions, Ils avaient réussi à infiltrer ses rangs, visiblement. Et bien soit. Il ferait tout son possible pour faire entrave à Leur plan. Quitte à détruire la Big Shell toute entière. Il exciterait secrètement Fatman, le poussant plus encore dans sa folie. Secrètement afin de ne pas risquer de mettre l’éventuel espion du groupe au courrant. Personne, et surtout pas Eux, ne viendrait l’empêcher de faire ce qu’il était venu faire. Ses inquiétudes de plus en plus grandes, Raiden contacta Rose tout en retournant à l’intérieur de l’Etai E. « Jack, tiens bon ! » disait-elle de sa voix apaisante alors que ce dernier répétait qu’il n’y arriverait jamais. Il coupa en arrivant sur la passerelle de connexion en forme de T qui menait à l’Etai F ainsi qu’au noyau de la Shell 1. La passerelle était plus large que les autres. L’espion fit un pas, puis deux, et entendit alors son Codec sonner. - Attention ! Cet endroit est bourré de mines Claymore ! prévint une voix robotique. Le joueur, sursaute alors : la réplique est exactement la même que dans le premier épisode de Metal Gear Solid. La situation également. Il se sentait à l’aise. Il avait en effet l’impression de savoir à l’avance tout ce qui allait arriver. La trame ressemblait à celle de Shadow Moses… - Qui est-ce ? demanda Raiden méfiant. - Ces mines portent des équipements furtifs, et sont invisibles à l’œil nu. - Identifie-toi ! ordonna Jack. - Appelle-moi Deepthroat. - Deepthroat... Le type de Shadow Moses... ? lança Raiden repensant à sa simulation de l’incident. - Oh... Mr X dans ce cas. - Mr X, maintenant, hein ? Et si je t’appelais Deepthroat ? - Ne t’inquiète pas pour mon nom. - Pourquoi m’as-tu contacté ?
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- Disons que je suis un de tes admirateurs... La voix robotique rompit le contact. L’instant suivant, Jack contactait Campbell. Ce dernier l’informa que la transmission de l’inconnu émanait de la Big Shell, mais il n’y avait aucun moyen de savoir qui était cette personne. Raiden laissa entendre que l’homme avait prétendu s’appeler Deepthroat. Mais le Colonel le coupa : « C’est ce que j’ai compris moi aussi, mais la probabilité d’exactitude de cette information est totalement nulle », dit le Colonel tel une machine. « Gray Fox est mort à Shadow Moses. ». La prudence était de mise. Il s’agissait peut-être d’un piège de l’ennemi. Raiden vérifia que les gardes du toit de l’Etai E n’étaient pas de ce côté, et lança un chargeur plus loin devant. Une explosion de courte portée retentit. Cet inconnu, qui qu’il soit, venait de lui sauver la vie. Il enfila ses lunettes infrarouges qui lui permettraient de voir les engins malgré leur camouflage. Il les évita soigneusement et ouvrit la porte de l’Etai F. Ce dernier était une armurerie à deux étages. De nombreuses petites salles étaient fermées derrière des portes de sécurité, et Raiden craignit rapidement que la bombe ne soit derrière une porte de sécurité supérieure au niveau 1. Il fit le plein de munitions où il le pouvait et se mit à la recherche du nœud. Il le trouva finalement près d’une des petites pièces, à l’étage du dessous. La bombe se trouvait au beau milieu de l’armurerie, entre deux containers. Jack s’en occupa, de plus en plus confiant à chaque bombe, et reprit sa route l’Etai A. Pliskin entendit sa radio sonner à travers son casque. C’était Peter. Il lui demanda d’aller inspecter au plus vite le bas de l’Etai H. Et ce sans se fier au capteur qu’il lui avait donné. Le lieutenant surpris se mit en route après avoir posé quelques questions, auxquelles le démineur ne répondit qu’énigmatiquement. Pour la seconde fois de la matinée, qui touchait à sa fin, Raiden pénétrait dans l’Etai A. Dans cette salle qui était remplie d’écrans où un gardien surveillait les images des caméras des différents Etais, il put cette fois ouvrir une porte à laquelle il n’avait pas eu accès à cause des sécurités. Il découvrit une pièce remplie de tuyauteries et de machines : la salle des pompes. Il observa le radar, puis rampant entre les obstacles et traversant ce labyrinthe, trouva le C4. Il gela ce dernier et contacta Stillman. « Ici Raiden. J’en ai terminé avec l’Etai A. Il y avait des explosifs sur les tuyaux au centre de la salle des machines. ». Le démineur le félicita. Il n’y avait plus qu’une bombe à désamorcer. - Ici Pliskin, tu me reçois, Pete ? - Oui, qu’est-ce qu’il y a ? - Raiden, il faut que t’écoutes ça, toi aussi. - J’écoute, rassura Jack. - J’ai inspecté le bas de l’Etai H pour toi, Pete. - Attendez, de quoi vous parlez ? demanda Raiden ayant le sentiment d’avoir été mis de côté. - J’ai demandé à Pliskin d’inspecter les lieux, expliqua Stillman. Connaissant Fatman, je ne pouvais m’empêcher de penser que toutes les bombes trouvées jusqu’à présent étaient les leurres. - Et tu as trouvé quelque chose ? demanda Jack. - Ouais… répondit le lieutenant visiblement inquiet. Il y a un gros paquet de C4 dans le bas de l’Etai. Pete avait raison. - Je savais qu’il avait plus d’un tour dans son sac ! lança le démineur fier de sa trouvaille. - Donc toutes les autres bombes étaient des fausses ? demanda Jack. - Non, elles sont un risque réel. Mais leur détonation ne suffirait pas à détruire la Big Shell. En
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revanche, les C4 trouvés par Pliskin pourraient infliger de sérieux dommages à la structure… - Ce n’est pas le pire, reprit Pliskin. Le capteur ne réagit pas à ces bombes. - Quoi ? demanda alors Stillman très surpris. - Un nouveau modèle je suppose. Le capteur ionique ne les détecte pas. Ces engins sont entièrement hermétiques. Aucune vapeur ne s’en échappe… Pas de trace d’eau de cologne non plus. Pete, on dirait qu’il t’a bien eu. - Oui, admit lentement et sombrement ce dernier d’un air pensif. Cherchant à se rassurer, Raiden demanda à Pliskin comment, dans ce cas, il avait trouvé les bombes. Mais le lieutenant affirma avoir eu un coup de chance. Des bombes invisibles au capteur… Voilà qui n’était pas sans déplaire à Jack, qui avait réussi à rendre la démarche presque machinale. Iroquois demanda à Peter s’il avait des idées, tandis que Raiden demandait s’il était possible qu’il y en ait d’autres. - Je vais aller voir moi-même… décida Stillman. - Tu ne peux pas bouger assez vite ! répliqua Jack se souvenant de prothèse du vieux démineur. Pliskin soutint Raiden. Il pouvait de plus vaporiser la bombe à distance. « Attends ! » ordonna Peter. « Il y a un truc louche là-dedans, je le sens ! ». Le lieutenant proposa de l’escorter jusqu’au bas de l’Etai H. Mais le démineur refusa. Il restait une seule bombe à désamorcer à Jack – mise à part les éventuelles bombes inodores –. De même, il en restait deux pour Pliskin. Stillman utiliserait sa carte de niveau 4 afin d’accéder à la Shell 2. « Tu n’y arriveras jamais ! Avec cette jambe abîmée, sois sûr qu’ils vont te repérer ! ». Pourtant, le démineur répliqua que ce la n’arriverait pas. « Je… » hésita-t-il. « Je peux marcher tout à fait normalement… Je peux même courir… ». Sa voix tremblait et son ton était très gêné. - Que veux-tu dire ? demanda Pliskin surpris. « Cette bombe… il y a cinq ans… je me suis planté… Même avec toute l’expérience que j’avais derrière moi, j’ai perdu. Et de mon échec a résulté la perte de cette église… de tous les gosses qui jouaient à côté… Ces cinq dernières années, je les ai vécues dans le mensonge… » confessa Peter sa voix se brisant. « Mensonge ? » demanda Raiden pas sûr de comprendre. Oui, le mensonge. Car Stillman n’avait pas perdu sa jambe dans l’explosion. Tant de morts… à cause de son erreur. Par sa faute. Tout ce à quoi il avait alors pu penser, c’était de se cacher de ce crime, se protégeant de la vindicte du public. Il voulait que les gens aient pitié de ses faiblesses… Sa voix faiblissait à mesure de la confidence s’approfondissant. A mesure que les larmes lui montaient aux yeux. « J’ai fait semblant d’être moi-même une victime car j’étais incapable d’affronter les familles des vraies victimes… Je n’ai pas de prothèse. Je suis parfaitement capable de traverser les passerelles comme de faire des randonnées dans le désert. J’ai vécu à fond mon mensonge, si bien que je n’ai jamais pu me pardonner mes pêchés… C’était censé être un bouclier… mais c’est devenu un linceul… J’ai tué mon âme en jouant les victimes… Au lieu de me protéger, ce mensonge a fait de ma vie un enfer ! » - Et qu’est-ce que ça peut bien apporter aux victimes ? demanda maladroitement Pliskin. - Je sais… je suis un lâche… - Hé, Pete, tenta de se rattraper Iroquois. - Que Dieu me pardonne. Je peux marcher sur mes deux pieds, et j’ai besoin d’eux pour arrêter Fatman. Ses crimes sont également les miens… des crimes d’omission… et
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d’arrogance. Personne ne devrait enseigner les techniques sans avoir une âme pure… Il n’y a que comme ça que je pourrai me pardonner mes propres pêchés. - J’ai compris, Pete, cette bombe est à toi, annonça Pliskin. Raiden, compris ? - Je comprends, répondit Jack. - Pete, je m’occupe rapidement des gardes des Etais G et H. Je te déconseille les autres Etais. - Je t’en dois une ! répondit le démineur. - Je retourne au déminage des petites bombes. - Fais-en autant, Raiden, demanda Stillman. J’ai ma radio avec moi au cas ou vous auriez besoin de me contacter. Mais ne demandez pas « Pete, jambe de bois ». Il n’existe plus. Après quelques minutes, Jack traversait la passerelle vers l’Etai B, des tonnes de questions sans réponse lui traversant l’esprit avant d’être remplacées par d’autres. Qui était Pliskin ? Stillman faisait-il erreur ? Et cet inconnu qui l’avait contacté ? Il pénétra dans la salle où lieutenant et lui s’étaient rencontrés, et se mit à chercher la bombe après s’être connecté au nœud. La salle n’avait naturellement pas été nettoyée et l’Etai tout entier s’était imprégné de l’odeur du sang. Vamp n’avait fait aucun cadeau à ses victimes… Rapidement, il trouva le C4, mal caché, derrière la porte d’un compteur électrique. Il contacta Stillman afin de le mettre au courant. Ce dernier le félicita et lui dit qu’il avait presque atteint l’Etai H. Le joueur avait en effet perdu du temps à s’amuser avec un garde, d’où le fait qu’il soit allé si vite Quelques minutes plus tard, alors que Raiden était en route pour l’Etai C comme le lui avait demandé le démineur, ce dernier le contacta de nouveau. « Je suis arrivé au bas de l’Etai H… C’est pas bon… Il y a un sacré paquet de C4 hermétiques. ». Jack entendit alors la phrase qu’il redoutait : il était certain qu’une bombe identique se trouve sur la Shell 1. Au bas de l’Etai A. Si la base de l’Etai A venait à être détruite, en plus de celle de l’Etai H, l’effet serait dévastateur. La structure reposait sur un équilibre très précis. Si les deux Shells perdaient un Etai, la Big Shell toute entière s’effondrerait sous son propre poids. Raiden pénétra dans l’Etai C et retourna dans la cuisine où s’était caché Peter. Il y trouva comme prévu un capteur à même de repérer les bombes inodores. Le mieux que le démineur avait pu en tirer était une balise sonore. Plus l’intervalle entre les bips était courts, plus la bombe était proche. Il prit l’engin, sachant pertinemment que cela signifiait que ce serait à lui de désamorcer la bombe de la Shell 1. Stillman de son côté examinait la bombe, tout en gardant ses distances. Il cherchait à savoir si le système qui servait à geler les C4 allait fonctionner sur celle-ci. « Peter, j’ai le capteur », annonça Raiden. Le démineur lui demanda de se diriger vers l’Etai A. Pliskin se joignit à la conversation et lança qu’il venait d’atteindre le dernier Etai. Stillman ne cacha pas que la situation ne s’annonçait pas forcément réjouissante. La combe était en effet compliquée. Le détonateur n’avait pas été activé… - Quoi ? fit Jack surpris. Pliskin assomma un garde et alors qu’il se penchait pour vérifier qu’il était bien immobilisé, son regard fut attiré par un scintillement vert. - Mais les capteurs fonctionnent… ce qui signifie… réfléchit Stillman. - Ici Pliskin ! J’ai repéré le dernier C4 ! annonça-t-il soulagé. - Ce serait ça ?! s’exclama alors Peter comprenant quelque chose. - Je vais la geler, et ensuite… fit Pliskin.
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- Attends ! Pliskin ! appela le démineur. Trop tard. Le lieutenant avait posé sa radio et l’on pouvait entendre le liquide réfrigérant sortir du spray. C’est alors qu’une fois la bombe bloquée, on entendit deux bips rapides, comme le font certaines montres digitales. « Mince ! » lança Stillman visiblement effrayé. « C’était bien ça ! Le détonateur vient de s’activer ! Le compte à rebours a démarré ! » cria Peter. Les grosses bombes avaient été réglées afin de s’activer une fois les petites bombes désamorcées. Le compte à rebours avait commencé. Autant pour la Shell 2 que pour la Shell 1. Quatre cent secondes. Plus que quatre cent secondes afin de trouver une solution. Plus que quatre cent secondes à vivre ? Le sang de Raiden ne fit qu’un tour. Il coupa son Codec sans rien ajouter et se mit à courir comme un fou vers l’Etai A. Le stress gagnait en intensité à chaque instant. Son cœur battait à tout rompre et la vitesse de ses pas dans le couloir et le petit hall de l’Etai C n’arrangeaient pas les choses. Il ouvrit la porte, traversa en tout hâte la passerelle de connexion vers l’Etai B sous le soleil du midi, emprunta la porte suivante, traversa la salle pleine du sang séché des victimes de Vamp. Encore une porte. Une passerelle. Combien de temps restait-t-il ? Qu’importe il fallait faire vite. Une porte. Un garde. Il l’a vu. Il y a une bombe ! Désarmement, coup de poing et prise. Balle dans la tête. L’escalier. Enfin le toit de l’Etai A. Raiden plongea sur le monte-charge qui commença à descendre vers le point où il s’était infiltré dans la Big Shell quelques heures plus tôt. Il ne savait combien de temps il lui restait. Plus vite ! Cet ascenseur était bien trop lent ! Le Codec sonna, sans doute était-ce Stillman qui voulait donner des instructions. « Raiden… et Pliskin… écoutez attentivement », dit le démineur d’un air sombre. « Je suis tombé dans le panneau… ». Quel panneau ? c’est ce que demanda le lieutenant. Peter expliqua que Fatman l’avait bien eu. Il avait utilisé un détecteur de présence… à microondes. « M… micro-ondes ? » bégaya Raiden. L’engin avait une portée de deux mètres… Ce n’était pas une technique que Stillman avait enseignée à Fatman. Le coup des bombes de diversion ne venait pas de lui non plus… On dirait qu’il avait largement surpassé son maître en matière d’explosifs. Et quant au reste… - Pete ! coupa Iroquois. Dégage de là ! - Il me reste moins de trente secondes… c’est trop tard. - Non ! hurla Raiden refusant de croire ce qu’il entendait. « Pliskin, éloigne-toi de l’Etai H aussi vite que tu le peux. ». « Pete ! » tenta de nouveau Pliskin. - Raiden ! coupa Stillman. Garde tes distances… Utilise le spray du plus loin que tu le peux ! - Moi… ? fit Jack effrayé. - Tu peux le faire ! rassura Peter parlant de plus en plus vite. Je le sais ! - Je… je ne suis pas si sûr ! répondit Raiden tremblant de tous ses membres. - Moi, je le suis ! Fais-le ! Je sais que tu en es capable ! Une seconde passa. Puis une autre. Et ce fut l’explosion. Raiden entendit Stillman hurler une fraction de seconde avant que sa radio ne soit détruite. Le sol et les murs tremblèrent également. Un énorme grondement subsista quelques secondes durant. Et ce fut fini. Pliskin semblait ne plus répondre lui non plus. Avait-il été tué ? Ce qui était certain c’est que la Big Shell ne résisterait pas à une autre explosion de ce type si elle avait lieu sur la Shell 1. Et que désormais, Jack était seul avec son vaporisateur et son capteur. L’ascenseur stoppa au bas de l’Etai. Il restait environ cent vingt secondes. L’étage n’était pas si grand. Stillman était convaincu que Raiden allait réussir et ce dernier n’allait pas se laisser abattre. Il allait neutraliser cette bombe et sauver sa vie, ainsi que celle de tous ceux qui étaient présents sur la Big Shell. Gardes, otages, Président… Il alluma le capteur et ce dernier émit de petits bips à intervalle de plus d’une seconde. Il chercha dans cette première salle et se
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rendit compte que les bips accéléraient à mesure qu’il approchait de l’autre pièce. Prudent, il progressa lentement, l’œil aux aguets, cherchant le moindre scintillement. Son cœur battait à une vitesse folle malgré la combinaison et le cocktail qu’on lui avait injecté qui devait l’aider à se contrôler. Il approcha du petit submersible au-dessus du bassin par lequel il était arrivé dans le bâtiment. Le capteur devint alors comme fou et émit des bips extrêmement rapides. Jack leva la tête et vit à deux mètres à peine la bombe qui risquait de faire couler toute la structure, posée sur l’engin en question. Il eut alors une énorme frayeur. S’était-il trop approché ? A première vue le compte à rebours visible sur la bombe n’accélérait pas. Il recula d’un bon mètre et tendit le spray vers le dernier C4. Déterminé, il pressa la gâchette et le liquide réfrigérant se répandit sur l’engin qui fut bientôt stoppé, ainsi que le décompte. Jack soupira alors et se laissa tomber en arrière, assis. Il rapporta à Campbell qu’il en avait fini avec les bombes. Que Fatman avait piégé Stillman. Que le vieux démineur… que le vieux démineur avait été tué par son apprenti. Oui. Peter était mort. Après les avoir tant aidé et avoir sans nul doute sauvé leur vie, c’est ainsi que le pauvre avait été récompensé. Il semblait d’après les images satellites que le conduit de diversion de l'eau de mer ait été détruit. Et le noyau de la Shell 2 était inondé. L'explosion a également embrasé la nappe de pétrole en surface. Quant aux toxines, les produits chimiques avaient été retenus. Il n'y avait pas de danger, du moins pas dans l'immédiat. « La Big Shell est stable ? » demanda Raiden inquiet. Ils l’avaient payé cher. Mais il semblait que la Shell 1 n'avait pas été touchée, et la menace des bombes était écartée pour l'instant. Il avait désormais pour ordre de sauver le Président. C’était la priorité. Il devait remonter à la surface. Fatman riait. Il observait, perché sur le toit de l’Etai E. La première fête était terminée. Il était temps d’en débuter une seconde. Sauf que, cette fois, il y était contraint. Mais cela ne l’empêcherait pas de prendre plaisir à tout cela. Il n’avait fait que ce qu’il voulait jusqu’à présent. Il avait tué Stillman. Exécutant les ordres. Tout allait pour le mieux. Il deviendrait célèbre de par son génie. Ils l’aideraient à le devenir. Les mots de Snake trente minutes plus tôt avaient renforcé sa confiance en lui-même. Tout le monde était de son côté. Et il pouvait faire chavirer les plans de l’un comme de l’autre des partis. Ce sentiment de puissance… Soudain il aperçut une forme sur le toit de l’Etai A, au loin. Etait-ce le garçon qui était entré là quelques minutes plus tôt et qui avait désamorcé la bombe ? Non. Fortune. Cette enquiquineuse risquait de retarder le début de la fête. Que faire ? Intervenir ? Mieux valait Les contacter afin de savoir ce qui les arrangerait le plus. Raiden n’avait pas encore bougé. Il se remettait durement de sa course et de la perte de son guide. Le plus terrible était que Fatman vivait toujours. Ici, quelque part dans la structure. Il resta là un long moment, ayant provisoirement perdu la notion du temps. « Comme le temps passait vite quand notre vie était en jeu », pensait-il. Machinalement, il marcha à travers le couloir qui menait à la seconde salle. Son Codec sonna alors. C’était Campbell. Il lui annonça l’air choqué que les terroristes venaient d’abattre plusieurs otages sur le toit de la Big Shell afin de se venger de l’attaque ratée des SEALs et du désamorçage des bombes. Choqué, Raiden sentit la colère monter en lui. Ces types étaient des lâches. Il se battrait jusqu’au bout. Il reprit ainsi sa route, pensif, puis arriva face au monte-charge du bas de l’Etai A. Surpris, il entendit alors ce dernier descendre. Il se cacha derrière l’un des containers de cette pièce qui ressemblait à un entrepôt en entendant la plate-forme descendre. Il passa discrètement la tête et aperçut alors Fortune, ses cheveux blonds bouclés, sa peau foncée, ses yeux tristes, et surtout son énorme canon qui faisait la taille d’un homme dans ses bras. Les blattes en très grand nombre au pied de cet ascenseur s’écartèrent à mesure que ses bottes avançaient. Le cœur de Raiden quant à lui s’accélérait. Qu’allait-il faire face à une femme vraisemblablement intouchable par balles ? - Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureuse que tu aies survécu à tout ça, lança Fortune une pointe de rage dans la voix Elle leva son canon et l’arma, ce qui l’allongea encore de quelques centimètres entourés d’électricité statique. La pièce aux teintes orangées comme partout dans la Big Shell prit alors une atmosphère plus menaçante, bleutée. « Je savais que ce moment finirait par arriver. », ajouta Fortune. « Montre-toi et achève-moi. Tout comme tu as tué mon père. Autrement, c’est toi qui mourras ! ». Une sorte de sifflement montant en crescendo, de plus
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en plus aigu se fit entendre l’espace d’une seconde durant laquelle Raiden eut tout juste le temps de murmurer « Oh non » et de plonger vers le container sur sa droite avant de passer la tête, pointant son Socom, à l’angle opposé de ce dernier. Un énorme trou se trouvait désormais au milieu du premier container. Fortune dévisagea Raiden, surprise. Elle baissa son canon. - Ce n’est pas... “lui” ? demanda-t-elle pour elle-même. Voilà qui pourrait être intéressant… Tu as déjà vu les flammes de l’Enfer, pas vrai ? Le monte-charge commença à remonter. Il semblait avoir été appelé par quelqu’un sur le toit. - Peut-être que toi, tu pourras me donner la mort, continua la femme. Mon nom est Fortune. Chanceuse en guerre, mais pour rien d’autre, annonça-t-elle relevant son canon. Et il n’y a pas une seule mort que je parvienne à faire mienne. Vite ! Tue-moi, je t’en prie ! Elle chargea de nouveau le canon. Ce sifflement étrange se fit entendre et une décharge électrique, un puissant éclair, frappa le container derrière lequel Raiden était caché. De la fumée et de la poussière se dégageaient des impacts, réduisant sa visibilité. Il plongea et tira trois balles vers le torse de son adversaire. Les balles furent alors déviées par une force mystérieuse à quelques dizaines de centimètres de la cible. Jack avait certes vu les SEALs rater toute tentative de tir, mais maintenant qu’il vivait ce combat, cela lui semblait invraisemblable. Que faire ? Il ne pouvait gagner. Fortune tirait à vue et les éléments de transformaient rapidement en passoires. Si ne serait-ce qu’un seul de ces tirs atteignait Raiden, il mourrait. Etant assez agile, ce dernier faisait de nombreuses roues et autres plongeons entre chaque tir de son ennemie. Pliskin tout juste de laisser repartir son ami, qui s’en était allé vers l’héliport de la Shell 2, caché grâce à son camouflage optique, ce système qui rendait son porteur invisible à l’œil nu. L’ingénieur lui avait donné une nouvelle radio, la sienne ayant été cassée lors d’un choc causé par l’explosion. D’après cet ami, le Président se trouverait temporairement sur l’Etai K. N’en étant pas loin, Pliskin irait lui poser quelques. D’autant que l’ingénieur avait vu le Président Johnson parler d’un certain plan avec Ocelot… Mais que cachait donc cette structure, à la fin ? Au bas de l’Etai A, tout était en flammes. Un bip annonça le retour de l’ascenseur. Qui sait ce qui allait en sortir. Jack joua la carte de la discrétion et décida de ne plus bouger quand Fortune sembla l’avoir perdu de vue. Cette dernière tirait à intervalles de plus en plus serrés. C’est ce moment que le colonel choisit pour contacter son agent qui dut suivre cette conversation tout en surveillant les tirs dévastateurs de son ennemie. - Raiden, Fatman vient de nous contacter directement ! - Il nous a appelé ?! nous ? - Oui. On dirait qu’il a placé une bombe sur l’héliport, sur le toit de l’Etai E. Il demande à ce que tu t’y rendes, c’est toi qu’il veut, Raiden. - Quoi ?! répondit ce dernier incrédule. - Il a tué Peter, et maintenant il est après toi. - Pourquoi moi ? demanda calmement Jack. - Comment pourrais-je le savoir ? - Hm… Ce n’est vraiment pas le bon moment pour ça ! - Le compte à rebours a déjà commencé, Raiden.
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- Génial… Combien de temps me reste-t-il ? - Environ quatre cent secondes. - Alors il projette vraiment de faire sauter cette structure. - On dirait qu’il ne suit pas les mêmes objectifs que la Dead Cell. - Et les renforts ? tenta Raiden. - Pas le temps, répliqua le colonel. - Quel type d’explosif utilise-t-il ? - Il n’a rien dit là-dessus. Jack coupa alors le Codec. Fortune, tirant de plus en plus vite, semblait perdre le contrôle de son arme. Les coups partaient vers le plafond au-dessus de Raiden, qui plongea afin d’éviter de recevoir les retombées. Tout était en flammes. Heureusement, il y avait tellement de fumée et de poussière que l’adversaire ne le voyait plus. Les tirs cessèrent. La fumée commençait à se dissiper quand le monte-charge revint enfin. Vamp apparut. Toujours calme et serin mais tout aussi froid. Il approcha calmement de la dame, qui semblait avoir deviné sa présence, et qui tentait de se calmer. Il se plaça juste à gauche de Fortune. « Je m’occupe du reste, ma reine. ». Elle lui demanda ce qu’il se passait. Il semblait que Fatman soit hors de contrôle. Il s’était réellement mis en tête de détruire cet endroit. Cela pourrait faire tomber tous leurs plans à l’eau. Ils ne pouvaient comprendre pourquoi il agissait de la sorte. Il n’était visiblement plus qu’une sorte de plastiqueur fou. Il avait complètement de vue leurs idéaux, ainsi que sa loyauté envers le Commandant Dolph. « Très bien. Je m’occuperai de cette âme rebelle », annonça Fortune baissant son arme et rétractant l’extrémité de cette dernière. « Ce n’était pas lui. ». Vamp répondit : « Quel dommage… ». Fortune en avait attendu plus de la part de celui-là. Mais il n’avait pas pu la tuer à ce que voyait le vampire. Ce gosse était complètement inutile. Jack sentait la colère monter en lui, toujours caché derrière son bout de container. « Alors il est tout à moi », proclama Vamp avançant d’un pas. - A plus tard, Vamp, dit Fortune se retournant vers l’ascenseur. C’est alors que Raiden fit quelque chose de totalement insensé. Il sortit en un éclair de sa cachette, s’écriant « Maintenant ! » et tira cinq ou six balles vers le dos de Fortune. Cette dernière se retourna sursautant, alors que toutes les balles déviaient au dernier moment. Les deux premières à sa droite, la troisième au-dessus d’elle, les deux dernières à sa gauche… Elle perçut avec effroi des gouttes de sang gicler du front et de la gauche du ventre de Vamp. Elle comprit alors que son pouvoir avait tué le seul qui la comprenait vraiment. Le vampire tomba en l’arrière après avoir lâché un grognement laissant apparaître ses longues canines. Fortune le regarda choir comme dans un rêve, ou plutôt un cauchemar. Elle rattrapa le corps vide de toute vie avant qu’il ne touche le sol. Elle tenait le cou de Vamp sur son bras, et le dévisageait. Un trou rouge s’était installé au milieu de son front. Raiden ne s’attendant pas à ce résultat, tira malgré tout une nouvelle balle vers Fortune qui une fois de plus dévia de sa trajectoire. Cette dernière le fixa, le regard emplis de haine, puis elle se retourna vers le corps inanimé. Elle se sentait comme plongée dans le visage de Vamp et n’entendit qu’à peine le « Et mince ! » de Raiden qui se cacha de nouveau. Elle caressa le visage du vampire. - Vamp… Tu es parti ? demanda-t-elle comme si elle s’attendait à une réponse. Silence complet. - Non… Non ! Cette mort-là m’était destinée… continua-t-elle les larmes arrivant à ses yeux. Pourquoi suis-je la seule à ne pas pouvoir mourir ?! s’apitoya-t-elle. Je suis seule à nouveau… Protégée de la mort à nouveau...
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Des sanglots se mêlèrent à sa voix. - Combien de temps me forceras-tu à vivre ?! s’écria-t-elle. Encore combien de temps, papa ? Tu m’as assez punie… Discrètement, Raiden passa derrière Fortune, pointant toujours son arme vers elle. S’il lui avait tiré dans le dos, ce n’était que parce qu’il devait absolument désamorcer cette bombe. Il colla presque son Socom sur la tête de Fortune agenouillée. - Je pensais que tu pouvais m’apporter la paix ! lui dit-elle pleurant toujours. Mais toi non plus tu n’as pas pu me tuer… Jack se dirigea vers l’ascenseur et y pénétra avant d’appuyer sur le bouton de marche. L’engin commença à monter. Fortune resta là sans bouger et laissa éclater toute sa peine, pleurant plus que jamais et se laissant tomber en arrière. L’une de ses larmes tomba sur le visage de Vamp. Ce dernier remua légèrement la tête et cracha sa fumée blanche. - Il n’y a pas à être triste, ma reine, dit-il ouvrant brusquement ses yeux gris-vert. Surprise, la reine en question releva vivement la tête. - Je suis déjà mort, une fois. - Vamp ? demanda Fortune croyant rêver. - Je ne peux pas en mourir une seconde. Raiden courait à toutes jambes vers l’Etai E. Il ne savait pas combien de temps sur ces précieuses quatre cent secondes il avait déjà pu perdre. Il était très inquiet. Et si la bombe n’était pas gelable ? Le chemin le plus court de l’Etai A à l’Etai E passait par l’Etai F. Il se trouvait sur la passerelle de connexion AF. Si son cœur cognait si fort dans sa poitrine, ce n’était pas tant à cause de sa course, de la vitesse de ses pas si grande qu’il manquait parfois de trébucher, mais bien à cause de la peur. Peter, le maître du déminage, était mort. Tombé dans le piège de Fatman. Lui n’avait aucune expérience, il n’avait donc aucune chance de survie. Il aperçut la lueur de la lampe de l’arme d’une patrouille à l’angle du premier couloir de l’Etai F. Le type semblait ne pas vouloir bouger. Paniqué, Raiden contacta le colonel afin de savoir combien de temps il lui restait. Environ cent quatre-vingt dix secondes. C’est alors que la porte derrière lui coulissa et qu’avant qu’il ne puisse réagir, un soldat le braqua. Jack leva la tête. La lumière n’était plus là. L’agresseur était donc seul. Il lui ordonna de ne pas bouger et de se mettre à genoux. Mais le temps pressait. Raiden attrapa le AK de la sentinelle et le tira vers lui, assénant un coup de genoux au garde au passage. L’homme à terre supplia que Jack ne le tue pas, et ce dernier le frappa d’un coup de pied afin de l’assommer. Plus de temps à perdre. Il ne restait qu’à peine deux minutes avant l’explosion, et encore deux Etais à traverser, et une passerelle entre deux. Jamais le temps n’avait paru passer si vite. Il devait être environ 14 heures, et tout ce que Raiden avait fait, c’est désamorcer des bombes qui n’avaient à la base rien à voir avec sa mission. Il traversa comme une flèche la passerelle E–F et pénétra dans la salle pleine de tapis roulants, pour ensuite emprunter l’escalier qui le mènerait à l’extérieur. Il aperçut enfin le dernier escalier métallique, orangé, d’où cette « Olga Gurlukovich » avait plongé plus tôt. Première constatation en arrivant à bout de souffle sur l’héliport : il manquait quelque chose. Les containers disposés en quadrillage étaient bien présents… La grue au-dessus de ces derniers l’était également… Le Harrier avait disparu. Cet avion de chasse sous lequel Raiden avait trouvé une bombe plus tôt. Jack scruta la scène et repéra un point noir au sol là où était normalement posé l’engin militaire. Il se mit alors à courir à toutes jambes vers la bombe qui apparut de plus en plus clairement, et s’agenouilla devant le bloc de C4, gardant ses distances comme le lui avait conseillé Stillman. Dix secondes. Il sortit sans réfléchir le liquide réfrigérant et pressa la gâchette en visant la bombe cinq secondes durant. Le compte à rebours se figea alors. Haletant, Raiden allait se laisser tomber en arrière afin de se reposer, quand il
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entendit un bruit suspect, comme un roulement. Il dégaina son Socom et se retourna. Le son semblait s’être déplacé de la gauche vers la droite des containers. Il marcha lentement pointant son arme devant lui jusqu’au centre des caisses de plus de deux mètres de hauteur. « C’est donc toi… » dit alors une voix semblant se déplacer. « Tu es juste à l’heure, à ce que je vois ! J’aime les gens ponctuels. ». Jack sentit une ombre bouger entre deux containers et sursauta pointant son arme. - Il est de la Dead Cell ? demanda-t-il pour lui-même. « Je suis Fatman », répondit la voix tandis que Raiden baissait son arme. « J’incarne ce que l’humanité a fait de plus grand… et de plus vil. ». Un tic tac inquiétant se fit alors entendre. « Tu l’entends ? Tu entends ce rythme ? » demanda le poseur de bombes. « C’est le rythme tu temps… et de la vie ! » . L’ombre passa juste derrière Jack qui pointa à nouveau son Socom. « N’aimes-tu pas ce son ? Autrefois je passais mon temps dans le rayon horlogerie des grands magasins. ». Jack garda son arme dirigée vers la source de bruit, qui se rapprocha alors. Fatman apparut soudain dans l’allée centrale des containers, dérapant magnifiquement avec ses rollers, tenant un verre à pied avec une paille contenant un délicat vin. Il portait une combinaison anti-explosion verte qui lui donnait un air plus énorme encore qu’il ne devait l’être en réalité. Le haut col rigide de cette dernière ne laissait voir de l’empereur des explosifs que son nez, ses yeux gris avec un air de folie, et son crâne chauve où battaient des veines. Il resta là, face à Raiden pendant quelques secondes, avant de reprendre. « Les bombes donnent l’heure à tout moment de leur existence, et aucun autre objet au monde n’annonce mieux la fin de son existence ! » lança-t-il levant son verre à son interlocuteur. « Content que tu aies pu venir, la fête est sur le point de commencer ! ». Il porta la paille de son verre à sa bouche et but quelques gorgées. - Hm… un bon millésime. Buvons à la santé de Stillman, d’accord ? - Si tu détruis la Big Shell tu n’obtiendras jamais ta rançon ! lança Raiden. - Rançon ? demanda Fatman. De quoi parles-tu ? - Trente millions de dollars en liquide. Le fou éclata de rire et le membre de Fox Hound le regarda d’un air interrogateur, qui accentua le rire du poseur de bombes. - C’est donc ça… sembla comprendre l’adversaire. - De quoi est-ce que tu parles ? Le rire continua. - Oh, tu le sauras bien assez tôt… Et je me moque ce que qu’Ils prévoient de faire. Mes ambitions sont bien plus simples. Je veux être le plus célèbre des plastiqueurs. - Tu es cinglé ! répliqua violemment Raiden repensant à la mort de Peter et éventuellement de Pliskin. Tu crois que les gens voudraient s’intéresser à toi ? - Oh, ne t’en fais pas, je vais entrer dans l’Histoire comme l’homme qui a battu Peter Stillman. Si je Les ai suivis c’est uniquement dans ce but… - Bien sûr que tu as battu Stillman, il te connaissait par cœur ! hurla Jack hors de lui. - Qu’est-ce que tu dis ?! - Tu n’as pas une once de son courage, ni… Il fut interrompu par un nouvel éclat de rire.
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- Qu’est-ce qui te fait rire ? demanda sévèrement Jack accompagnant ses mots d’un geste menaçant vers l’avant, visant de son arme la tête du plastiqueur. - Ce croulant a connu une mort déshonorante… il y a six mois ! - Il y a six mois… la liquidation de la Dead Cell… ? - Tu peux dire ce que tu veux, seuls les durs à cuire ont survécu à cet enfer. Cette période m’a libéré et m’a ouvert à de nouvelles perspectives, tu sais… Et cela m’a permis de devenir l’Empereur de tous les amateurs d’explosifs ! - Tu n’es rien de plus qu’un vulgaire criminel ! Et c’est la seule chose que les gens retiendront
de toi ! répliqua froidement Raiden comprenant qu’il avait trouvé le point faible de Fatman : il n’arrivait pas à accepter ce qu’il était devenu. Une réussite. « L’Empereur » fou de rage lança au sol son verre qui éclata. « Comment oses-tu ?! Je suis un artiste ! » hurla Fatman levant les bras et la tête vers le ciel légèrement nuageux. Raiden s’apprêta à faire feu, mais l’ennemi lui tourna le dos et roula jusqu’à l’angle d’un container derrière lequel il se plaqua. « Voilà pourquoi je déteste le personnel militaire… ». Il passa la tête et chantonna : « Il est temps de commencer la fête ! ». Les règles étaient simples. Il plaçait une bombe… et elle explosait peu de temps après ! Jack sursauta. Son regard se promena discrètement autour de lui. Il y avait déjà une bombe, il en était sûr. Près de l’emplacement libre du Harrier. Il repéra un container beaucoup plus petit que les autres où une charge, avec ce scintillement vert caractéristique aux précédents explosifs, était posée. « Si tu préfères t’en tirer en un seul morceau... tu vas devoir les désactiver… « Rigole et engraisse ! » » conclut-il sur un ton grossier. « Allons-y ! ». Le fou apparut pointant un pistolet mitrailleur vers Raiden qui plongea vers la bombe, ainsi caché derrière l’un des nombreux containers. Fatman roula jusque là et ne trouva qu’une charge gelée. Jack surgit d’un angle et tira cinq balles vers le cœur de l’ennemi qui tomba sous le choc. Il se releva à peine quelques secondes après, si aisément que l’on n’eut presque oublié qu’il portait des rollers. La combinaison était donc à l’épreuve des balles. De petits C4 étaient soigneusement rangés dans de petites poches au niveau du torse de ce dernier, près de l’endroit où les projectiles avaient frappé. Le fou roulait entre les containers, posant par endroits des bombes, tandis que Raiden haletant le poursuivait tant bien que mal le vaporisateur de liquide réfrigérant dans une main, le Socom qu’avait donné Pliskin dans l’autre. Il tentait de temps à autres de tirer sur les seuls points non protégés de son adversaire, à savoir ses mains et son crâne, mais rien n’y faisait. Le bruit émis par les rollers s’interrompit soudain. - Bon, et si on calmait le posage de bombe pour un petit moment ? proposa Fatman sortant de sa cachette et fondant sur Raiden tirant tout un chargeur de son arme. Ce dernier plongea, posa les mains à terre, poussa sur ses bras et retomba debout plus loin devant, caché par un container. Le plastiqueur frustré grogna et se mit à poursuivre Raiden qui courrait et effectuait des figures telles qu’il n’aurait jamais cru être capable d’en faire. Alors que Fatman tournait à un angle afin de trouver sa proie, il s’arrêta. Plus de bruit de pas. Plus aucune trace de ce gosse. Il sentit alors une douleur aiguë dans son dos, puis traverser son corps pour arriver au ventre. Raiden venait de tirer par derrière suffisamment de balles, de suffisamment près, pour percer la combinaison. L’imposant corps de l’empereur des explosifs tomba et glissa contre le container le plus proche. La respiration haletante de Fatman couvrant les cris des mouettes au-dessus d’eux et
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du vent se calma doucement. Jack pointant toujours son Socom vers l’énorme masse assise approcha prudemment. Une tâche de sang commençait à s’étendre au niveau de la poitrine de l’adversaire, juste au-dessus des poches à C4. - Mon costume ! lança faiblement Fatman. Oh non ! Je n’ai plus rien à porter pour la fête… - La fête est finie pour toi, répliqua froidement Raiden ne pouvant résister à l’envie de lancer cette phrase. - C’est ce que tu crois, répondit le plastiqueur sa bouche toujours cachée par le col de sa combinaison. - Qu’est-ce que tu veux dire ?! Jack vit le fou lever soudainement le bras. Il tenait une petite télécommande dans la main. De son pouce, il appuya un coup sec sur le bouton. Un bip se fit alors entendre. Surpris, Raiden avança en pliant le genou et attrapa la télécommande tout en pointant son arme vers le front du fou. « Qu’est-ce que tu viens de faire ?! C’est quoi ce truc ? ». Sa main toujours levée au-dessus de sa tête, Fatman l’observa, la remuant doucement. - J’ai des mains magnifiques. Capables de créer des œuvres d’art. Agacé, Raiden attrapa le col du plastiqueur et le retira, approchant de plus en plus son arme. - Réponds ! Qu’est-ce que c’est !? cria-t-il. - C’est ce qui active la plus grosse bombe de la structure. Jack émit un gémissement de surprise et se releva, regardant le bouton dans sa main. Il le jeta alors à terre et pointa son arme vers lui. - Inutile, interrompit immédiatement Fatman. Une fois que c’est activé, il n’y a plus aucun moyen d’arrêter le compte à rebours. - Où est-ce que tu l’as placée ?! Aucune réponse. - Où est-elle ?! cria-t-il menaçant à nouveau de son arme. - Quelque part dans ce coin… T’inquiète pas, c’est tout proche. - Où est-elle ? répéta Raiden avec moins d’espoir de réponse, approchant brutalement le Socom. - Allez, tue-moi, je suis déjà mort… nargua Fatman. - Merde ! jura Jack. - Tu crois que tu peux la trouver ? Quand elle sautera, elle emportera la Big Shell avec elle. - Dis-moi où trouver cette bombe ! - C’est ton problème, répondit le fou commençant à sourire. C’est le clou de la soirée ! Apportez la pièce de résistance, ils seront satisfaits… Ma vie s’achève quand ma légende débute. Vraiment dommage, mais tu ne pourras pas voir le film qui me sera consacré. Il marqua une pause, et se sentant faiblir termina en un souffle :
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- « Rigole, et engraisse ». Ses yeux se clorent puis sa tête tomba de côté. Paniqué, Raiden commença à chercher la bombe, courrant entre les containers. Où pouvait-elle être ? Fatman avait raison. Il était mort, mais vivait toujours à travers cette bombe. Cette simple bombe qui pourrait faire couler toute la Big Shell d’ici peu de temps. Combien de temps ? Toujours la même question. Désespéré, Jack s’arrêta et réfléchit quelques secondes. « Quelque part dans ce coin… T’inquiète pas, c’est tout proche. ». C’est ce qu’avait dit Fatman. Proche… Raiden revint sur ses pas et observa le corps de l’Empereur des explosifs. Les poches désormais elles aussi imprégnées de sang étaient trop petites pour accueillir une bombe de cette ampleur. L’idée stupide qui venait de lui traverser l’esprit l’aurait fait sourire dans d’autres circonstances : Fatman ne pouvait pas être cette « grosse » bombe… Raiden pensa à Peter. Puis par association d’idées il se rappela de son capteur ! Il l’activa puis, surpris, vit une tâche jaune émaner du cadavre. Se pourrait-il qu’il soit réellement la bombe ? Non, c’était idiot, d’autant que ce capteur repérait également l’eau de cologne qu’utilisait Fatman, ce qui faussait tout. Ce qu’allait faire Raiden était sans doute idiot, mais fou comme était ce membre de la Dead Cell, il fallait vérifier. Il attrapa les jambes du corps sans vie et les tira vers lui, traînant l’énorme masse avec difficulté. Et là, surprise. La bombe était là, sous Fatman. Jack lâcha les jambes et visa sans se poser de question la bombe avec son vaporisateur : Après tout, s’il ne faisait rien il mourrait, et il ne savait de toute façon pas désactiver les bombes autrement. Le scintillement vert faiblit lentement, puis s’arrêta bientôt ainsi que le compte à rebours. Cette fois, c’en était fini. Plus de tic tac. Plus de capteur. Plus de Fatman. Plus d’inquiétude.
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Chapitre IV : Le noyau de la Shell 1. D’après le Colonel, les terroristes avaient désormais perdu l’un de leurs meilleurs atouts. Mais l’esprit de Jack était tourmenté. Pourquoi Fatman avait-il semblé ne pas être au courant quant à la demande de rançon ? - Je dirais qu’il a été intentionnellement laissé à l’écart, proposa Campbell. Il semblait vraiment différent des autres terroristes. - Hm… se contenta de répondre Raiden qui avait l’impression désagréable que l’on lui cachait quelque chose. - Raiden. De nombreux otages, dont notre Président, sont toujours en danger. Concentre-toi sur leur protection. Jack soupira, fatigué de ce blabla. Il devait sauver le Président. Mais ils n’avaient aucune idée de l’endroit où il se trouvait… Le Colonel proposa de vérifier le noyau de la Shell 1, que Raiden n’avait pas encore visité. Soudain un autre appel fit sonner le Codec. - Attendez, j’ai un autre appel, je le prends tout de suite ? demanda Raiden. - Non, je me déconnecte. Mieux vaut cacher notre présence. Campbell coupa et Jack prit le second appel. - Comment tu vas, petit ? dit une voix qui fit soupirer Raiden de soulagement. - Pliskin ! Est-ce que tout va bien ? - ‘Pourrait aller mieux. J’ai passé un sale quart d’heure. - Comment tu t’en es tiré ? - Un coup de main d’un ami !
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- Un ami ? demanda Raiden curieux. Pliskin changea de sujet et demanda : « Et la bombe ? ». Jack répondit qu’elle était désamorcée… de même que Fatman. Le lieutenant fut heureux de l’entendre. L’agent de Fox Hound demanda comment se passaient les choses sur la Shell 2. « C’est le bordel », répondit l’autre. « La bombe a sévèrement endommagé l’Etai H. ». Mais lorsque Raiden demanda ce qu’étaient devenues les toxines, Pliskin fut fort surpris. « Les quoi ?! ». - Si la Big Shell saute, l’explosion est censée créer une grande quantité de toxines… Le lieutenant pensif répondit qu’il n’avait jamais rien entendu de tel. « Hein ?! » fit Raiden surpris. Selon Iroquois, ce scénario était en tout cas peu probable. Mais le noyau central de la Shell 2 était en train de prendre l’eau. Il ne ferait pas long feu. Le Président et les autres otages n’étaient visiblement pas sur la Shell 2. Ils devaient donc être sur la Shell 1. Il fallait les faire évader au plus vite. « Manhattan est un peu loin à la nage », fit remarquer Pliskin. Il n’y avait apparemment pas de canots de sauvetage. C’était donc râpé de ce côté. L’hélicoptère posé sur la Shell 2 semblait être leur seul moyen de sortir. Mais il ne pouvait transporter qu’un nombre limité de passagers. Les informations données par les services secrets parlaient de plus ou moins trente otages : un seul voyage ne suffirait pas… ils devrait donc tout simplement revenir. - Tu sais piloter ? - Non, mais j’ai amené un pilote, l’ami dont je t’ai parlé. Un type bien. Je vous présenterai plus tard. - Pliskin, je suis sur l’héliport, mais le Harrier n’est plus là. - On devrait se grouiller alors. Si le Harrier nous tombe dessus, c’est fini. - Tu n’as donc pas d’idée de l’endroit où est le Président ? - Non. Je te laisse t’en occuper, ça ne me regarde pas. - Secourir le Président fait partie de nos ordres et est notre objectif principal, lieutenant, lança Raiden soudain méfiant. - Tes ordres. Pas les miens, répondit l’autre. - Quoi ? fit Jack surpris. - A plus tard ! Pliskin coupa la communication. Raiden était dans l’un de ces rares moments où il était enfin un peu tranquille. Il respira profondément, puis se dirigea vers l’escalier métallique orange, qui était perpendiculaire à sa route, afin de descendre. A quelques mètres seulement de ce dernier, il aperçut alors une forme sauter, apparaissant de la rambarde face aux marches, le soleil derrière elle, puis atterrir devant lui. Juste à l’endroit où Olga avait sauté une heure plus tôt. Il avait déjà sorti son Socom quand il s’aperçut que la forme n’était autre qu’une sorte Ninja dans une combinaison bleue et orangée, un casque blanc, et un katana qui était en réalité une lame HF (haute fréquence) également capable d’assommer un adversaire. Raiden choqué crut reconnaître là Gray Fox, ancien ami de Solid Snake qui, ayant servi de cobaye et été drogué, était devenu une sorte de Ninja-cyborg dépendant d’un exosquelette lors des évènements de Shadow Moses. « Tu t’es acquitté de ta mission avec brio », dit la voix robotique que Raiden devina être celle qui l’avait sauvé des mines quelques heures plus tôt. - Identifie-toi !
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Le Ninja attrapa son épée dans son dos, et la pointa vers Jack. « Je suis comme toi. Je n’ai pas de nom », répondit l’inconnu dont le casque brilla laissant entrevoir l’espace d’un instant un visage que Raiden crut avoir déjà vu quelque part. - C’est toi Mr. X ? « Si tu insistes ! » répondit la voix robotique alors que le Ninja rangeait son sabre dans son fourreau. « Allez, viens. Mettons-nous à couvert. Suis-moi. ». L’inconnu commença à descendre l’escalier, suivi par Raiden qui sentait bizarrement quelque chose de rassurant chez ce Ninja. Ils s'arrêtèrent sur une passerelle au-dessus du pont de connexion E-F. « Tu es de Fox Hound, toi aussi ? » demanda Jack. L’autre répondit : « Ni ami, ni ennemi. Juste un messager de La-li-lu-le-lo. ». Les deux interlocuteurs se fixèrent quelques petites secondes, bien que Raiden ne put que deviner les yeux du Ninja. Il n’y comprenait rien. La-li-lu-le-lo ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Soudain, face à lui, l'inconnu montra sa tempe, voulant visiblement continuer la conversation via le Codec. Intrigué, Jack entendit alors le bip habituel d'un appel. Dans son oreille interne, la voix du Ninja lui dit qu’il était plus prudent de parler ainsi afin d’éviter les oreilles indiscrètes. En effet bien que j’avoue ne pas trop savoir comment, la communication par Codec fait en sorte que les personnes extérieures ne puissent rien entendre. Il me semble que les Nanomachines analysent une certaine zone du cerveau, et de ce fait « savent » ce que la personne va dire avant même qu’elle n’ait à le faire. - Très bien... Pourquoi m'as-tu contacté ? - J'ai reçu l'ordre de t'aider et de te transmettre certaines informations, répondit le Ninja avec son accent Russe. - Qui t'envoie ? Aucune réponse. Pourquoi ne voulait-il pas s’identifier ? Parce que cela n’était pas nécessaire. Raiden répliqua que c’était à lui de décider ce qu’il était nécessaire de savoir. « On ne te fait pas encore assez confiance pour prendre cette décision ! », répondit l’inconnu. Jack soupira, inquiet. Le Ninja lui demanda alors la simple permission de lui dire les quelques choses qu’il devait savoir. Comme le lieu exact où était retenu le Président. Ou plutôt, lui dire où était la personne qui savait où trouver le Président. Il s’agissait d’un agent des services secret appelé Ames. Détenu avec les autres otages. « Services secrets, hein ? » répéta Raiden suspicieux. Richard Ames dirigeait le service de protection du Président. Il était pourvu du même système de Nanomachines pour VIP que le chef de l’Etat. En se plaçant près de Ames, Raiden devrait pouvoir entrer en contact avec. - Pourquoi tu me dis tout ça ? - Faut-il que je me répète ? Mais Jack n’avait aucune raison de croire cet inconnu. Le comprenait-il donc ? « Bien sûr... mais tu n'as pas non plus d'autre choix. ». Raiden ne répondit rien, troublé. Le Ninja lui demanda s’il avait une autre piste. « ... Où sont ces otages ? » demanda l’agent de Fox Hound forcé de suivre l'inconnu. L’autre émit un léger rire, amusé. Les otages étaient retenus dans la salle de conférence au niveau B1 du noyau de la Shell 1. Il y trouverait Ames. Malheureusement, ils ne savaient rien de cette personne. Le Ninja ne l’avait jamais rencontré non plus. « Comment suis-je censé trouver quelqu'un au milieu d'un groupe d’otages sans même une description ? » - Utilise tes oreilles. - Qu'est-ce que tu veux dire ? Ames portait un pacemaker. Raiden pourrait entendre les sons émis par l'appareil à chacun de ses battements cardiaques. « Tu attends de moi que j’approche chaque otage uns à uns afin d’écouter leurs battements cardiaques !? ». Avec un microphone directionnel, il
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pourrait capter le son sans s'approcher. Il y en avait un dans le noyau. Après une seconde de silence, le Ninja coupa le Codec et tendit à Raiden une carte de sécurité semblable à celle que lui avait donnée Peter. « Cette carte te permettra d'ouvrir toutes les portes de sécurité 2, dont celle menant au noyau. Fais attention. Aucune section de la Big Shell n'est mieux gardée que le noyau de la Shell 1. Tu n'iras nulle part habillé comme ça. Essaie plutôt ceci. ». Le Ninja lui jeta un uniforme complet, avec casque, toutefois de couleur différente de celui que portent les gardes habituels. En fait, il s'agit de l'uniforme exact que portaient les membres de l'armée de Gurlukovich lors de l'incident du Tanker. - Ce que portent les terroristes ? - La caméra de surveillance ne te laissera pas accéder à l'ascenseur sans le bon uniforme. - Il faut vraiment que je me déguise ? demanda Raiden trouvant l'idée bien risquée. - Les employés du noyau et ceux faisant la ronde ici portent des uniformes de couleurs différentes. Ton uniforme ne sera accepté que dans le noyau. Ah, et l'uniforme seul ne suffira pas à les berner. - Tu penses à une arme, non ? Il lui fallait en effet un AK. Bien que les gardes qu’il avait jusqu’ici croisé portent des AN-94, ceux du noyau portaient des Aks. A moins d’en porter un, Jack serait repéré en un clin d’œil. Raiden devrait trouver lui-même un arme de ce type. Naturellement, il ne pourrait pas en subtiliser une à un garde du noyau. En effet, les armes étaient programmées de façon à ne pouvoir être utilisées qu’avec un certain tag ID. De cette manière, le AK du soldat X ne pouvait être utilisé par le soldat Y. Le Ninja ajouta qu’il faudrait passer un scanner rétinien pour accéder à la salle de conférence. Cette fois, pas moyen de tricher. L'échec n'était pas envisageable ici. Il repassa en Nanocommunication. - Je te suggère de te dépêcher. Ils tiennent le nucléaire. - Le nucléaire ?! répéta Raiden bouche bée. Ils ont une arme nucléaire ?! - Tu ne trouves pas bizarre le fait qu'ils s'éternisent ici ? Ils ont certes pris le président en otage, mais nous sommes sur une "île"... Ils n'ont à première vue aucune chance de s'échapper... - Mais même s'ils ont réellement le nucléaire, aucune ogive ne peut être lancée sans code d'accès ! Le verrouillage de sécurité ne peut pas être contourné ! - Ils n'ont pas à le contourner. Ils ont le code ! Peut-être l'as-tu vu, toi aussi. Le type de la Marine menotté... au ballon de football, c'est-à-dire à la Mallette noire... le bouton nucléaire. Raiden repensa au cadavre dans l'Etai B que Pliskin avait remarqué, qui était menotté à la main droite, mais dont la chaîne du lien avait été brisée en son milieu. Quelqu'un avait pris la Mallette. C'est alors que l'image de Vamp arrivant derrière Fortune sur la passerelle de connexion B-C lui revint. Il tenait une mallette... noire. « Et à présent, ce sont eux qui l’ont », reprit la voix robotique à l'accent Russe. Mais pourquoi diantre seraient-ils venus avec le ballon de football ?! Surtout dans une simple usine de décontamination... Le Ninja répondit à cette question : « Parce qu'il le fallait. Après tout, la Big Shell est tout sauf un centre de décontamination ! La Dead Cell n'avait absolument pas besoin d'apporter une arme nucléaire, puisqu'il y en avait déjà une sur place depuis le tout début. Tout est en trompe-l’œil, ici. » - Un scandale ! lança Raiden qui avait vu à la télévision et sur internet des tonnes de choses qui montraient cette structure comme un monument de l’écologie. Mais pourquoi ? « Pour le Metal Gear qui est entreposé ici. ». Jack sursauta. L’évocation de ce tank bipède capable d’effectuer un tir nucléaire depuis n’importe quel endroit sur terre, vers
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n’importe quelle destination, lui fit froid dans le dos. Solid Snake avait dores et déjà croisé la route de cet engin à plusieurs reprises. Notamment lors du sinistre incident de Shadow Moses. C’est d’ailleurs après ces évènements que l’existence du Metal Gear Rex, créé par l’armée, a éclaté au grand jour dans le roman de Nastacha Romanenko : « Dans les ténèbres de Shadow Moses ». Et c'était ici, sur la Big Shell que l'on menait les travaux de recherches afin d'en développer un nouveau modèle. Le Ninja émit le même petit rire amusé devant l’air incrédule de Raiden. Il ferait mieux d’interroger Ames pour en savoir plus. L'inconnu lui tendit soudain un téléphone. - Hm ? Pourquoi... ? demanda Raiden tendant la main pour le prendre. - Tu seras heureux de l'avoir. - Je ne vois pas à quoi peut me servir un téléphone cellulaire, dit Jack tout en observant l'engin. Il releva la tête. Plus personne. Il regarda autour de lui : rien. Le Ninja était parti. Reprenant ses esprits, Raiden contacta Campbell. Il lui demanda s’il savait qui était cet homme. Le Colonel n’en savait rien. Il lui parla de cette histoire plus qu’inquiétante concernant le Metal Gear. « Colonel, qu’est-ce que tu me caches ?! » - J'ai été tout à fait franc avec toi, Raiden ! je t'ai tout dit ! - Tout ce que tu sais, ou tout ce qu'il faut que je sache... ? - Arrête ton char, Raiden ! Je vais vérifier cette rumeur à propos du Metal Gear. Quant à toi, prends contact avec Ames. - Alors tu crois ce Ninja ? - Nous n'avons pas le choix ! C'est notre seule piste sur le Président ! Recueille autant d'informations que tu le pourras, en prenant compte du Metal Gear. - Ce sont mes ordres ? - Absolument. Introduis-toi dans le noyau de la Shell 1 en te déguisant en soldat ennemi. - Compris... répondit amèrement Jack avant de couper. Malgré cette impression de sécurité lors de la présence du Ninja, Raiden n'aimait pas du tout devoir suivre ses conseils, et le fait que Campbell ne s'y oppose pas ne pouvait vouloir dire qu'une chose : il lui cachait quelque chose, et au vu de la situation, ce n'était absolument pas honnête. Il risquait sa vie pour cette idiote de mission, après tout. Cette histoire de Metal Gear ne lui plaisait guère, et s'il le pouvait il s'enfuirait à toutes jambes. Il prit une profonde inspiration et réfléchit à l’endroit où il pourrait trouver un AK47. Il pensa alors à la carte d’accès que venait de lui donner l’inconnu. Il allait pouvoir ouvrir de nouvelles portes dans l’armurerie. Il descendit donc, traversa de nouveau le labyrinthe de tapis roulants, puis sortit vers l’Etai F, évitant de nouveau les mines sur la passerelle, et regardant vers le noyau dès qu’il le pouvait, comme s’il s’imaginait voir des hommes armés jusqu’aux dents l’y attendre. Il atteignit l’Etai F et trouva bien vite un AK. Il profita de son isolation pour enfiler l’uniforme au-dessus de sa Skull Suit, et prit son arme. Il enfila également sa cagoule munie d’un casque, et courut discrètement vers le noyau, traversant la déviation de la passerelle en T. Arrivé devant la porte d’entrée, il inspira profondément. Qu’allait-il arriver quand il traverserait cette porte ? Il le fit afin d’en avoir le cœur net, et vit s’ouvrir devant lui un couloir grisâtre, avec sur sa droite une caméra. La caméra ne sembla pas réagir et déclencher l’alarme à sa vue, ce qui le rassura. Un bruit le fit alors sursauter. Il s’aperçut qu’il ne s’agissait que de son Codec.
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- Tu as une minute, Jack ? - Rose ? - J’ai trouvé des informations sur l’endroit où est enterré Solid Snake. - Génial ! Envoie ! demanda Raiden surexcité. Elle avait trouvé la tombe du légendaire héros de Shadow Moses. Le corps y était. Elle l’avait fait exhumer afin de pratiquer des tests ADNs. Et elle venait tout juste de recevoir les résultats des tests. Rosemary baissa la tête dans le visualiseur du Codec, sachant qu’elle allait décevoir Jack. « Il n’avait plus de bras droit, mais il n’y a aucun doute : c’est bel et bien le corps de Solid Snake. » - Hm… Donc le chef des terroristes doit être… - Un imposteur, acheva Rose. - Ouais… « Tu as l’air déçu… » tente Rosemary. « Je suppose… je suppose que j’aurais aimé rencontrer cette légende en chair et en os », répondit Raiden. Rose comprenait son sentiment. Mais visiblement, Solid Snake n’avait rien à voir avec les évènements actuels. Snake était mort… Elle lui souhaita bonne chance et coupa. Jack s’avança. Une petite entrée donnait sur un second couloir, perpendiculaire au premier. Quatre gardes y patrouillaient. Le Ninja avait raison : l’endroit était parfaitement gardé, et les terroristes portaient des costumes différents des autres, de même pour les armes. Il s’engagea dans le couloir, et avança de la même façon que les gardes, qui avaient tous suivi le même entraînement : un poil courbé, tenant leur AK à deux mains, le regard légèrement baissé, toujours prêts à lever leur arme. Le premier garde se retourna vers Raiden, et alors qu’il passait à côté de lui, le cœur de ce dernier cogna dans sa poitrine à une vitesse folle malgré la pression exercée par la combinaison sous l’uniforme. Il n’osa pas fixer le soldat dans les yeux, et pressa le pas inconsciemment. Il passa ainsi devant les trois hommes suivants, et prit à gauche afin de suivre le couloir. C’est là qu’il trouva l’ascenseur. Une caméra se trouvait juste au-dessus. Il observa un plan affiché au mur, et vit que le niveau B1 était la salle de conférence, l’endroit où les otages seraient normalement retenus, tandis que le niveau B2 était une salle informatique. Peut-être serait-ce dans cette salle qu’il trouverait le microphone directionnel. Il appuya donc sur le bouton d’appel, et attendit, ayant l’impression désagréable d’être scruté par la caméra au-dessus de lui. Le voyant sur cette dernière clignota trois fois en vert avant de se fixer, et la porte de l’ascenseur s’ouvrit alors. Il s’engouffra dedans et appuya sur le bouton B2, aussi calmement que possible. Seul dans la salle de surveillance à côté de la pièce aux otages, scrutant les moniteurs montrant ce que filmait chaque caméra du noyau, Ocelot semblait fort pensif. Bien entendu, tout se passait comme prévu. Il avait vu ce soldat entrer par la passerelle de connexion E-F à l’intérieur du noyau. A présent il cherchait sans doute un amplificateur de son, afin de trouver Ames. Mais pourquoi donc son bras recommençait à lui faire mal ? Ces douleurs foudroyantes qui avaient disparu depuis deux ans reprenaient, et il n’arrivait pas à se convaincre que tout était dans sa tête et qu’il s’imaginait ce mal. L’inquiétude. Chose que lui, si calme, si sûr de lui, et sachant parfaitement ce qu’il faisait, commençait à le ronger. L’esprit qui sommeillait en lui ne devait en aucun cas se réveiller alors que le plan se déroulait jusqu’ici comme il le fallait. Mais cet homme sous une boîte en carton… Les choses prenaient une tournure étrange. C’était sans doute la première fois de sa vie qu’un plan auquel il participait comportait un imprévu, bien que celui-ci semble aisément contournable… Raiden venait d’arriver au niveau de la salle informatique. Un couloir encerclait l’unique pièce de l’étage, et Jack toujours déguisé commença à se diriger vers cette dernière, prenant un air quasi-décontracté. Alors qu’il contournait la salle afin d’arriver à l’entrée qui était à l’opposé du couloir, il remarqua une énorme porte métallique. Imposante, impressionnante. Elle nécessitait un niveau d’accès très élevé. Qu’est-ce qui pouvait bien se
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trouver derrière cette porte ? D’instinct, il comprit qu’il s’agissait d’un monte-charge. Un énorme dessin était par ailleurs incrusté sur l’engin. Il ne savait trop de quoi il s’agissait. Toujours était-il que la chose avait une forme similaire à l’île de Shadow Moses vue du ciel. Etait-ce là une simple coïncidence ? Il verrait cela plus tard. Il approcha de la salle principale. Des tas d’ordinateurs demeuraient allumés, et un garde de temps à autres allait effectuer quelque travail dessus, tandis qu’un second regardait d’un côté et de l’autre, s’assurant que personne n’arrivera au moment où il affichera à l’écran une image de charme le temps d’une seconde. Jack pénétra dans la salle et aperçut le nœud au fond de celle-ci. Il avança naturellement, et s’assurant que personne ne l’observait, posa sa main sur l’engin, afin de faire apparaître la carte sur son radar. Ceci fait, il jeta un œil au matériel présent sur quelques étagères, et repéra le microphone, ayant une forme semblable à celle d’un gros pistolet, connecté à un casque. Il le prit discrètement et se retira vers l’ascenseur comme il était venu. Il avait remarqué sur son chemin une cage dorée où était perchée une sorte de perruche. « Venus en Cancer », avait dit l’étrange animal vert quand Jack était passé devant. Plus qu’une étape avant la salle des otages : le scanner rétinien. Alors que l’ascenseur s’arrêtait au niveau B1, Raiden découvrit un couloir. A gauche, un garde-manger. A droite, le couloir au milieu duquel se trouvait contre le mur le système de scanner continuait vers une petite salle de détente, avec une machine à café et quelques sièges. Trois gardes surveillaient l’étage. Alors que l’un de ces trois hommes s’aventurait dans le couloir, près de la porte protégée, Raiden l’attrapa violemment par derrière, colla sa tête contre le scanner rétinien, et l’assomma. « Le contour rétinien a été identifié. Vous êtes autorisé à entrer » annonça une voix féminine. La porte s’ouvrit, et Jack avança d’un pas, puis deux. Il était au sommet d’un escalier. En contrebas, la grande salle de conférence, avec l’estrade au fond à droite. Un silence de plomb pesait, et l’on n’entendait que les pas de deux ou trois gardes, dont l’un faisant un rapport au QG par radio toutes les deux minutes environ. Les otages étaient liés aux mains par du ruban adhésif et portaient le même élément sur la bouche. Autour de leur tête était accroché un bout de tissus afin de cacher leurs yeux.. Ils étaient tous assis, appuyés contre les différentes tables de la pièce. Raiden inspira profondément, et commença à descendre. La caméra derrière lui, qu’il n’avait point aperçu, suivit son mouvement. « Le voilà », pensa Ocelot. D’autres caméras dissimulées se tournèrent vers Raiden à son insu. Inspirant profondément, il observa avec attention le chemin que suivaient les gardes. Bien qu’il pouvait différer légèrement, il restait sensiblement le même. Lorsque chacun des ennemis avaient le dos tourné, il prenait rapidement son microphone et écoutait les battements cardiaques des otages les plus proches. Aucun bruit distinctif n’émana durant les premières minutes. Il commença à s’éloigner, jusqu’à arriver à l’opposé de l’escalier, près de l’estrade. Là, un homme était isolé. Il portait un costume, comme la majorité des otages, et avait des cheveux bruns assez longs tirés en arrière. Raiden pointa le microphone et entendit alors « boum boum bip » au lieu de l’habituel « boum boum ». Il y avait de grandes chances pour qu’il s’agisse bien là de la personne recherchée. Il s’approcha lentement, et rangea le microphone pour reprendre son AK. Il s’agenouilla et murmura à l’oreille de l’homme : « Tu dois être Ames ». Ce dernier releva la tête visiblement surpris d’entendre son nom. « Ne bouge pas et écoute bien », continua Raiden. « Je ne suis pas un terroriste. Je me suis infiltré ici en revêtant l’un de leurs uniformes. Je t’enlève le ruban adhésif, attention. ». Jack approcha sa main gantée du ruban sur la bouche de Armes et le tira d’un coup sec. - Qui vous a parlé de moi ? demanda Ames après avoir étouffé un petit grognement de douleur. - Un informateur se faisant appeler Mr X, et portant une tenue de Ninja. - Je vois, répondit l’agent. Débarrasse-moi de ce truc, tu veux ? lui demanda-t-il approchant son visage. Raiden souleva le bout de tissus des yeux de Ames et l’enleva.
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- Je suis Richard Ames, se présenta l’homme. - Des services secrets ? demanda Raiden se basant sur les dires du Ninja. - Non. J’ai été envoyé ici par La-Li-Lu-Le-Lo ! Tout comme toi. - Quoi ?! Ocelot observait avec intérêt la scène, via une caméra postée juste au-dessus des deux interlocuteurs. Un microphone intégré à l’engin lui permettait de plus d’entendre ce que se disaient les deux hommes. « Tu veux trouver le Président ? » demanda Ames. « Nous avons peu de temps, je serai donc bref. Mais utilisons plutôt la nanocommunication. En matière d’information, la parole est d’argent et le silence est d’or ! ». Shalashaska émit un « pfeuh », déçu de ne pouvoir suivre un peu plus cette conversation. « Tu sais vraiment où se trouve le président ? » demanda Raiden via le Codec. Ames était presque certain que les terroristes l’avaient emmené dans le noyau de la Shell 2. Il ne savait malheureusement pas s’il y était toujours. En effet, ils avaient perdu le contact quelques minutes plutôt. Jack demanda mal à l’aise s’il était possible qu’il ait été… tué, comme la plupart des autres otages, en réponse à l’attaque ratée des SEALs. Ames sembla ne pas comprendre. « Un otage a été tué afin de se venger de l’attaque de l’équipe SEAL 10, tu te souviens ? ». - De quoi est-ce que tu parles ? demanda l’agent visiblement troublé. - Hm… Ames ajouta que quel qu’était le sort réservé aux autres otages, ils ne toucheraient pas au Président. Et ce à cause de la Mallette. Du bouton nucléaire qu’ils avaient pris. La Mallette ne servait à rien, seule. Elle incarnait tout ce qu’il y avait de plus moderne sur le plan des systèmes de sûreté intégrée. Son mot de passe n’était autre que le profil physiologique du Président des Etats-Unis. Il représentait les signes vitaux du Président. Ses battements cardiaques, son tracé électroencéphalographique, sa pression sanguine et tout le reste, étaient constamment surveillés et retransmis par ses Nanomachines internes. Ces informations, en plus de sa signature ADN, formaient un mot de passe biométrique impossible à violer. Pour que la saisie de mot de passe fonctionne, il fallait que les tracés encéphalographiques et cardiaques soient normaux, ce qui excluait toute forme de coercition chimique ou autre. En d’autres mots, le Président devait saisir le mot de passe de son plein grès. Par mesure de sûreté, une confirmation devait être faite toutes les heures après la connexion initiale. En l’absence de confirmation, le système annulait automatiquement la connexion. Ils ne pouvaient donc effectivement pas toucher au Président. Du moins, pas avant le lancement de l’engin. - Y a-t-il vraiment un nouveau modèle de Metal Gear, ici ? demanda Jack que la question dérangeait depuis une bonne demi-heure maintenant. - Absolument ! La Mallette Noire sert également à activer Metal Gear. - Mais pourquoi cachent-ils un Metal Gear dans une zone offshore ? - Hm ? On ne t’a rien dit ? demanda Ames visiblement surpris. Raiden soupira, désormais habitué à ce genre de remarque. - Tout a été planifié. La marée noire, l’incident du Tanker, tout ! La Big Shell n’a été construite que dans le but d’abriter le développement d’un nouveau modèle de Metal Gear. La visite d’inspection n’a été organisée que pour voir les progrès. - Mais qu’est-ce qui se passe ici ? lança Jack perdu. - Attends ! apostropha Ames.
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Il coupa la communication Codec. - Voilà Snake ! annonça-t-il. Raiden leva la tête et regarda l’endroit que montrait Ames. Une vitre à côté une porte séparait la salle de conférence d’une petite salle de surveillance. Jack ne voyait que la forme de Snake. Il était visiblement dans une sorte de combinaison noire enveloppée d’une cape noire également. Il marchait vers quelqu’un qui semblait l’attendre debout. « C’est lui ? » demanda Jack surpris. Ames lui conseilla d’épier la conversation à l’aide du microphone directionnel. Raiden s’exécuta. « Mon Roi ! » lança la voix calme et froide d’Ocelot, que Raiden ne connaissait naturellement pas. « Fatman est mort. ». - Qu’importe, mentit la voix de Snake. Nous n’aurons ainsi pas à le supprimer nous-même. - Pourquoi nous a-t-il trahis ? - Qui sait… c’est une bande de fous. Quoi qu’ils fassent, rien ne me surprend d’eux. - Je vais de nouveau faire vérifier ses antécédents, juste au cas ou, proposa Ocelot. - Tu crois qu’il travaillait pour Eux ? demanda Snake insistant sur le dernier mot. - On ne peut pas exclure cette possibilité… surtout que l’intrus court toujours. - Oui… L’homme à la combinaison furtive… - Tu connais mieux ces combinaisons que moi, fit remarquer Ocelot. - Fox Hound a été démantelée il y a quatre ans. Donc ce doivent être… les Patriotes… dit Snake d’un air grave, inquiet. Des précisions sur les dommages causés à la Shell 2 ? - Le système de circulation de l’eau contaminée a été endommagé. L’eau drainée déborde. Et le niveau inférieur du noyau est inondé. - Fais bloquer la passerelle de connexion entre les Shells 1 et 2. - Le Semtex et les capteurs infrarouge sont déjà en place, répondit Ocelot qui avait anticipé cet ordre. - Des effets sur… « tu sais quoi » ? demanda Snake. - Non. - Et le Président ? - Le mot de passe a déjà été transmis à la Mallette Noire. Dans une heure, il nous faut sa confirmation. Après quoi son travail sera terminé. - Assure-toi de le garder en vie jusque là, ordonna Snake prudent. Ocelot agacé que l’on lui répète sans arrêt les mêmes ordres répondit que ce serait fait comme prévu. L’activation de l’unité était presque terminée. La fille n’avait donc plus qu’à lancer le système. L’imposteur demanda s’ils employaient la méthode usuelle. Shalashaska répondit que non. Des drogues avaient pris le relais. Puis Snake dit : « Hm… plus qu’à quelques pas de Outer Heaven… ». Un silence s’installa. Profitons-en pour rappeler en quelques mots ce qu’est Outer Heaven. Il s’agit du rêve de Big Boss, plus grand soldat du vingtième siècle, qui consiste à créer un monde où chaque combattant aurait sa place. Solid Snake, clone de Big Boss l’en empêcha afin d’éviter des combats inutiles. Puis Liquid Snake, le second clone de Big Boss, tenta de recréer ceci quatre ans avant cette histoire… c’est-àdire à Shadow Moses. Liquid, comme son père génétique, avait employé pour essayer de
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parvenir à ses fins une unité Metal Gear. Revolver Ocelot, une fois les évènements de Shadow Moses achevés, avait volé les données concernant Metal Gear et les avait vendues au marché noir. Il travaillait en réalité pour le Président de l’époque : George Sears. Mais revenons-en à notre histoire. Une porte s’ouvrit à l’intérieur de la salle et Olga Gurlukovich avança vers les deux autres. « Qui est ce Ninja-cyborg, Shalashaska ? » demanda-t-elle avec un certain air de dédain à Ocelot. Ce dernier répondit qu’il n’en avait aucune idée. Snake quant à lui réfléchissait à la question. Revolver se tournant vers Olga et la regardant dans les yeux lui conseilla de ne pas se mettre pas à soupçonner tout le monde quand il n’y avait pas lieu de le faire. - Pas lieu de le faire ? répéta la femme. Même pour le fait que tu aies regardé mon père mourir sans réagir ? - C’était il y a deux ans, Olga. Passe à autre chose. - J’ai lu le dossier sur Shadow Moses, au fait ! relança la fille de Sergei insistant sur chaque mot. - Olga, comment peux-tu me soupçonner ?! répondit Ocelot l’air frustré. - Je sais que ce Ninja n’est pas un de mes hommes ! conclut froidement la russe. - Tu vois le mal partout. Si Sergei était encore en vie… - Si le vieux était encore en vie, je n’aurais pas à recevoir d’ordres de toi ! coupa violemment Olga. - Sergei était mon meilleur ami ! répliqua Ocelot. - Si tu nous trahis, je te tuerai moi-même ! menaça Olga sortant son arme et la collant sur le front de Shalashaska tandis que ce dernier dégainait immédiatement son vieux colt de la main droite. - Ecoute, fille de Sergei… Ne t’avise plus jamais de pointer une arme sur moi ! - Comme tu voudras… répondit Olga rangeant son Makarov. Alors je te tirerai une balle dans le dos ! Ocelot fit tournoyer le Single Action Army de sa main droite et le remit à sa place. « Cessez donc ces chamailleries ! » ordonna Snake. « Je vous ai recrutés alors que personne d’autre ne le voulait. Vous croyez que le moindre gouvernement vous embaucherait comme irréguliers dans un tel climat ? Pour les pires des sales boulots, et encore ! Ce n’est pas sûr. Je vous conseille de ne pas retourner votre veste ! Vous n’auriez plus nulle part où aller… ». Olga le fixa, pensante, et se retira, prenant la même porte que lors de son arrivée. Un silence s’installa et soudain Ocelot se plia en deux et commença à grogner, puis à hurler. « Quoi, encore ? » demanda Snake avec dédain. C’était cette saleté de bras droit. Liquid… c’était presque comme s’il prenait sa revanche ! « Combien d’argent avons-nous dépensé pour ce bras, à Lyon ? Il n’y a pas de meilleure équipe de transplantation au monde ! » fit remarquer Snake. Shalashaska se contenta de répondre qu’il ne fera jamais confiance à un Français. Il reprit lentement son souffle et l’on entendit un bruit étrange venant visiblement de son bras. Puis il dit : « Il se passe quelque chose… Les incidents deviennent de plus en plus fréquents ! Peut-être la présence de ce homme… ». Snake dit qu’il laissait à Ocelot la garde des lieux, qu’il devait s’occuper de l’intrus. Revolver acquiesça et salua son Roi. Raiden baissa le microphone directionnel et se tourna vers Ames. - Est-ce que c’est vraiment… Solid Snake ? - C’est ce qu’il prétend.
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- Je croyais que Snake était mort. Solid Snake était bien mort. Mais il était aussi présent sur la Big Shell. Soit il s’agissait d’un imposteur, soit ils étaient deux. Ce qui était impossible. Ils avaient dit que le mot de passe avait été entré. Et la saisie du mot de passe devait se faire avec l’accord du Président. Ce qui voulait dire que le Président collaborait avec eux… Ames ne put répondre que par l’affirmative. Mais pourquoi ? « Il en avait sans doute assez de n’être qu’un pantin. Mais il a eu tort de nous trahir… » dit Richard. Un pantin… ? Ames le coupa. Ils n’avaient plus le temps. Ils allaient tirer un missile nucléaire. Raiden l’interrompit à son tour. Ils ne tireraient pas le missile. Il restait encore trop de temps avant la fin de l’ultimatum pour la demande de rançon. « Rançon ?! » demanda Ames surpris. « Trente milliard de dollars en liquide. », répondit Jack. C’était idiot. Richard lui dit que la frappe nucléaire n’était pas qu’une menace. Elle était l’objectif même des terroristes depuis le tout début. Raiden sursauta : ils avaient vraiment l’intention de tuer des millions de gens !? - Non ! répondit Ames. Une détonation à haute altitude ! Tu as entendu parler de l’Effet Compton ? - Il s’agit de la perturbation totale des équipements électroniques causée par les vibrations E.M.M.A, répondit Raiden fouillant dans sa mémoire. - Tu as bien appris la leçon. Si une ogive nucléaire moyenne explose dans l’atmosphère, elle provoque des vibrations électromagnétiques supérieures à cinquante milliards de mégawatts. Les vibrations E.M.M.A. peuvent atteindre des dizaines de milliers de volts par mètres, et la plupart des équipements électroniques sont grillés instantanément. - SI l’un des principaux indicateurs de l’économie mondiale s’arrête de fonctionner, cela pourrait marquer le début d’une dépression globale ! comprit Raiden effrayé. - Mais ce n’est pas leur but ! Ce qu’ils veulent, c’est « libérer » Manhattan et le déconnecter pour en faire une sorte de république. C’est sans doute de là que vient le nom « Fils de la liberté » (Sons of Liberty). Mince ! Ocelot arrive ! Je coupe mon Codec ! Raiden leva la tête, un sentiment d’insécurité totale parcourant son corps. L’ombre du manipulateur avançait derrière la vitre en direction d’une porte qui donnait sur la salle des otages. Ames lui demanda de fouiller sa poche. Jack en tira une carte. Elle était de niveau de sécurité 3. Il pourrait s’en servir pour accéder à la Shell 2. Un bruit derrière lui fit comprendre à Raiden qu’Ocelot venait de franchir la porte coulissante. « Occupe-toi du président avant qu’ils ne lancent l’attaque ! » lança Richard. Il tourna rapidement la tête, sentant s’avancer la silhouette. « Il arrive ! Prends ton AK ! ». Paniqué, Raiden attrapa son arme. Son cœur battait à une vitesse folle. Est-ce que l’ennemi l’avait vu ? Les bottes du vieil homme au look d’un cow-boy progressaient lentement. Jack n’osait plus bouger. Il n’osait pas se relever. Avec un peu de chance ce vieux bonhomme ne l’avait pas vu. Il approchait encore. Plus que dix pas, puis neuf… bientôt trois… La froide voix qui s’éleva alors lui glaça le sang. « Qu’est-ce que tu fais, toi ? » demanda Ocelot. Faisant un effort considérable pour cacher ses tremblements, Raiden se releva, ne détournant pas le regard des yeux d’Ames, cherchant une quelconque aide, ne sachant que faire. « Je lui ai demandé de me retirer ce truc », répondit Ames montrant de la tête le scotch qu’il avait sur la bouche. « Je suis malade, voyez-vous. ». Un léger silence s’installa. Le regard d’Ocelot, réfléchissant à ce qu’il devait répondre, s’était plongé dans celui d’Ames. - J’ai toujours su que les types de la DIA ne savaient pas mentir, dit-il enfin. Richard sursauta. - De… de quoi parlez-vous ? bredouilla-t-il. - Pas besoin de nier. Nous savons qui tu es… Colonel Ames !
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Le visage de ce dernier se figea en une expression de surprise totale, bouche bée. Shalashaska continua : « Ils savaient que le Président prévoyait de les trahir. Ils t’ont donc envoyé pour garder un œil sur lui… n’est-ce pas ? ». Il attrapa son colt de la main gauche et commençant à le pointer vers Ames. - Vous... commença Richard. - Désolé, Colonel. Tu n’as pas su remplir ton devoir. - Tu n’échapperas jamais à La-Li-Lu-Le-Lo ! Ocelot posa le canon du Single Action Army sur le front de son interlocuteur. - Ah oui ? nargua le vieil homme. A cet instant, Ames dont le cœur battait de plus en plus vite sentit ce dernier s’emballer. Tout devint peu à peu flou. Il ne sentait plus que la douleur dans tout son torse. Douleur qui le fit gigoter en tous sens. Son pacemaker avait lâché. Il comprit alors. « Qu’estce que… » fit Ocelot reculant d’un pas l’air surpris. Richard essaya de parler : « Tu… tu… Tu m’as bien eu… Je comprends maintenant… Ocelot… espèce de… ». Puis la douleur atteignit soudain son paroxysme, et Ames hurla tant bien que mal avant de retomber, les genoux d’abord, puis tout le reste du corps allant se claquer contre le carrelage. Il était mort. Les otages aux alentours, bien que ne voyant rien, essayaient de se cacher autant qu’ils le pouvaient, effrayés. Raiden ne sachant que faire, horrifié, se baissa pour vérifier que le cœur de Ames s’était bel et bien arrêté. Quand soudain pour la deuxième fois la voix glaciale d’Ocelot le surprit. « Toi. De quelle équipe viens-tu ? ». Jack releva la tête et fixa le vieil homme se demandant s’il n’allait pas à son tour subir une attaque cardiaque. Les deux gardes de la zone, ayant remarqué l’agitation soudaine et s’étant précipité vers le lieu des turbulences, pointèrent immédiatement leurs armes vers Raiden. « Tu sais qui c’est ? » demanda Shalashaska. - Non, répondit un garde avec son accent russe. Ce n’est pas l’un de mes hommes. - Identifie-toi ! ordonna le chef ennemi. Raiden sentit alors une main attraper sa cagoule et la tirer violemment, lui arrachant quelques cheveux au passage. Découvrant son visage, le vieil homme ne devint pas plus expressif qu’il ne l’était habituellement. « Hm… Nous nous rencontrons enfin… ». Sans rien ajouter, il leva rapidement son colt, tendant le bras vers le front de Raiden, comme il l’avait fait avec Ames. L’espace d’un instant Jack crut voir le coup de feu partir. Une étincelle. L’instant suivant, Ocelot sursautait et repliait le bras d’un geste vif afin d’éviter que celui-ci ne soit tranché par la lame du Ninja qui venait de tomber du plafond, plaçant son katana entre Raiden et son adversaire. Tout s’était passé en une seconde. Une demi-douzaine de soldats arriva en renfort, visant les deux intrus et commençant à faire feu sur le Ninja qui, avec une agilité incroyable, parait chaque balle dangereuse pour lui comme pour Jack. Les otages paniqués remuaient en tous sens. Certains reçurent la plupart des balles déviées par le Ninja dans les membres. « Cessez-le-feu ! » ordonna Ocelot. « Nous avons besoin des otages, vivants ! ». - Vite, sauve-toi ! lança la voix russe du Ninja à Raiden qui hésita une seconde craignant la mort de son informateur avant de se ruer à toutes jambes vers l’escalier. - Toi !? Mais tu es mort ! lança Shalashaska croyant visiblement reconnaître le Ninja de Shadow Moses qui lui avait coupé le bras. L’instant suivant, l’inconnu avait disparu et réapparaissait déjà, tombant en haut des marches de l’escalier, face à Raiden. Essuyant à nouveau les tirs ennemis, il les para de sa lame tout en demandant à son protégé de le laisser faire. Reprenant sa course, Jack prit la porte et sortit. Visiblement tout le monde le cherchait déjà. Il courut au bout du couloir se
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cacher dans le garde-manger, et contacta Campbell. Il lui raconta brièvement ce qu’il venait de voir et d’apprendre, et lui annonça la mort d’Ames. « Ames a également mentionné que les terroristes ont toujours voulu lancer cette attaque nucléaire et que ces trente milliards de dollars semblaient louches. » - La vache… on nous a mené en bateau… - Colonel ! coupa Raiden. J’ai comme l’impression que tu me cachais cette information. - Je ne te cache rien ! Comme si on m’avait dit la vérité, à moi ! J’essaie de tirer cette histoire au clair. Pour le moment, la priorité reste le Président. - Mais il coopère avec les terroristes ! - D’après Ames, oui. Mais il est également vrai qu’ils s’apprêtent à se débarrasser du Président et qu’ils semblent le retenir captif. Il y a quelque chose de louche dans cette histoire, et le Président pourra sans doute te renseigner si tu le trouves. Une fois leur confirmation obtenue, les terroristes lanceront Metal Gear. Tu dois sauver le Président avant que ce soit le cas ! - Hm… - Jack, je suis d’accord avec le Colonel, intervint Rose. Pour le moment, tu dois protéger le Président. - Très bien… répondit Raiden désapprouvant pourtant totalement. Il ôta son uniforme de soldat afin de ne plus avoir que sa Skull Suit sur lui, prêt à repartir pour une sortie discrète plus risquée que de coutume. Il passa de nouveau la porte de la petite pièce et arriva dans le couloir. L’ascenseur était là, à quelque mètre à droite, mais un garde faisait les cent pas devant. Il s’agissait en réalité de celui que Raiden avait assommé devant le scanner rétinien, bien que Jack ne pouvait bien sûr pas le distinguer des autres. Quelques minutes plus tard, songeant, Ocelot contactait la plupart des soldats du noyau afin de leur communiquer des ordres. C’est alors que l’un d’eux ne répondit pas. Puis il entendit un coup de feu. « Répondez ! Qu’est-ce qui se passe ? » insista Shalashaska après plusieurs tentatives. Deux secondes passèrent, puis une voix Russe répondit : « Ennemi abattu. Je répète, ennemi abattu. ». Ocelot devinant le stratagème demanda où cela était arrivé. Il s’agissait de la salle informatique. Il y envoya quelques hommes. « Bien, monsieur. ». Le soldat rangea sa radio, lentement, sans geste brusque comme le lui avait ordonné l’intrus, puis senti un bras entourer sa gorge et l’étouffer jusqu’à ce que sa vision ne se trouble et qu’il oublia jusqu’à son nom, évanoui. Raiden courut se cacher dans un recoin, près de l’ascenseur. Bientôt, trois gardes, puis quatre, puis cinq, traversèrent le couloir périphérique à la salle informatique en courrant. Jack passa derrière eux et prit l’ascenseur vers le niveau 1, désormais moitié vide, et se mit à courir à toutes jambes vers la sortie.
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Chapitre V : Sons of Liberty Raiden était désormais à l’abri, dans l’Etai F. La conversation entre Ocelot et Snake qu’il avait surprise lui avait enseigné une chose qui lui sauverait peut-être la vie : la passerelle de connexion reliant les Shells 1 et 2 était piégée. Il décida alors de contacter Pliskin au cas ou il ne serait pas au courant. Sans succès, le mystérieux personnage avait coupé sa radio. Fouillant dans l’armurerie, il trouva des jumelles de même qu’un fusil de sniper PSG-1. « Juste ce que je cherchais », se dit-il. Il dut abandonner son AK par manque de place entre autre. Vous remarquerez que dans le jeu, puisque, justement, il s’agit d’un jeu, le personnage est muni d’une poche magique… il porte en effet tout cet équipement sans jamais se débarrasser de quoi que ce soit sans que l’on ne voit rien dépasser de nulle part. Drôle, mais volontaire. C’est un jeu. Rien de plus. Il se mit en route vers l’Etai E, évitant le regard des patrouilles. Puis il prit l’escalier dans le labyrinthe de tapis roulants afin d’atteindre le toit. De là, il observa la passerelle grâce à ses nouvelles jumelles. Il repéra en effet une sorte de dispositif. Il s’assura que personne n’était sur le toit, sortit son fusil, et tira sur chaque boîtier où un scintillement rouge se faisait percevoir, évitant soigneusement le C4. Une fois le tout visiblement désactivé, il se mit en route vers l’Etai D, contourna le bassin à l’intérieur, et prit la porte grâce à son passe de niveau 3. Il était enfin sur la passerelle. C’est alors que son Codec sonna. - Raiden, tu m’entends ? - Pliskin ! où étais-tu ? - J’inspectais le coin… Je suis sur l’Etai H, maintenant. Tu en es où ? Jack lui dit qu’il avait une piste à propos de l’endroit où était détenu le Président. Il serait dans le noyau de la Shell 2. Au premier étage, le niveau inférieur étant inondé. Le lieutenant n’avait pas accès au noyau de l’endroit où il se trouvait. Il rappela que « c’était le bordel depuis l’explosion ». Raiden lui dit qu’il était en route et qu’il se trouvait déjà sur la passerelle. - Raiden, j’ai trouvé notre moyen de transport. L’un des deux Kasatkas ennemis. Le réservoir est plein. Je suis en route pour la Shell 1. Le Harrier est sur le toit ? - Non… Je reviens de l’héliport et il n’y avait rien.
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- Bien. Je vais y poser notre engin. - Tu peux t’occuper des otages ? Ils sont détenus au niveau B1 du noyau… Pliskin, tu es sûr de ne pas être passé à côté d’autres otages, hein ? - Non. Aucune chance. Combien sont-ils ? - Un peu moins de trente. Un mort au moins, et quelques blessés. - Le Kasatka ne supportera pas plus de quinze personnes. On devra faire deux allers-retours. - Et l’autre Kasatka ? se rappela Raiden. - Je l’ai saboté. Comme ça, on est sûrs de ne pas être poursuivis. Pliskin avait quelqu’un avec lui qui avait déjà piloté le modèle civil KA-62 en RV. Mais il n’y avait pas de grande différence entre un KA-60 militaire et le modèle civil. L’homme en blouse blanche derrière le lieutenant, fier de lui, remonta ses lunettes et relevant la tête d’un ordinateur portable avec lequel il venait de pirater le système de sécurité de la Big Shell annonça : « Autorisés à décoller ! ». « Raiden », reprit le lieutenant. « Laisse-moi te présenter mon partenaire : Otacon. ». Jack répéta le nom, surpris. Son cerveau se mit à fonctionner à toute vitesse. D’abord il apprenait que Solid Snake serait le chef des terroristes, et maintenant voilà qu’Otacon, son ami depuis Shadow Moses, apparaissait soudainement ? Les deux éléments étaient-ils liés ? Otacon venait-il faire changer d’avis à Snake ? Ou venaitil l’aider ? Si toutefois le Snake en question n’était pas un imposteur… Hal Emmerich, alias Otacon, avait créé le Metal Gear Rex quatre ans plus tôt, croyant qu’il s’agissait d’un tank de défense capable d’intercepter les missiles nucléaires. Mais il avait eu tort. La société pour laquelle il travaillait – qui elle-même travaillait pour le gouvernement – avait toujours prévu que le Rex soit une arme de destruction massive. « Salut, Raiden ! Enchanté ! » dit Hal sincère. Soudain une voix au loin s’éleva : « Des intrus ! Par ici ! ». Puis quelques coups de feux retentirent. « Merde ! Raiden, je te rappelle ! » acheva Pliskin. Jack troublé contacta Campbell. Il lui fallait éclaircir quelques points. Qui étaient Pliskin et son partenaire, exactement ? Le Colonel savait ce qu’il pensait. Tout revenait sans cesse à Shadow Moses. Et maintenant cet Otacon refaisait surface… « Hal Emmerich. Docteur de son état. Survivant de Shadow Moses », prit Rosemary tentant de calmer Jack. - Rose ? « Snake et Otacon ont été accusés de terrorisme après Shadow Moses et ont pris la fuite. ». « Une organisation anti-Metal Gear… » fit remarquer Raiden. Le Colonel ajouta qu’ils avaient saboté et détruit un nombre incalculable d’unités Metal Gear partout dans le monde. « Et ils sont responsables de l’accident ayant eu lieu il y a deux ans qui a nécessité la construction de la Big Shell », ajouta Rose. - Snake et son partenaire ne sont pas des terroristes, lança Jack d’un ton sans appel. - Jack, pourquoi prends-tu leur défense ? demanda Rosemary. Raiden lança alors pensif : « Plus je pense à ce que j’ai accompli jusqu’ici, et plus je me dis que des choses comme le sens du devoir n’ont rien à voir avec la réussite d’une mission. ». Rose lui demanda si tout allait bien. Jack continua malgré tout. Pour se battre ainsi, il fallait quelque chose… de plus grand. Il ne trouvait pas les mots mais… il fallait une volonté pure, inébranlable… renforcée par… par du courage, ou… des idéaux… ou quelque chose comme ça ! Il en aurait mis ma main au feu. Le Solid Snake qui avait sauvé la situation à Shadow Moses ne pouvait pas être devenu un terroriste. « Tu as peut-être raison », reprit le Colonel. « Mais ils ont coulé il y a deux ans avec le Tanker. On a même retrouvé le corps de Snake ! »
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- Et les tests ADNs prouvent qu’il s’agit bien de lui… acheva Raiden. - Jack, je comprends ce que tu ressens, réconforta Rose, mais Snake est mort. Il ne peut pas être ici, et il en est de même pour le Docteur Emmerich. - Mais ça prouve également qu’il ne peut pas être à la tête de ce groupe terroriste ! Agacé de ce débat sans fin, il coupa la communication et regarda le bâtiment à l’autre bout de la passerelle. Cette dernière se composait de deux étages. Une petite citerne de forme cylindrique se trouvait en son milieu. A gauche, un escalier descendant à l’étage inférieur du pont. Sur le bâtiment flottait un drapeau au sommet d’un mas. Il était rouge sang, et son emblème n’était autre qu’un serpent. Le bruit de rotors atteignit alors les oreilles de Raiden. Le Kasatka de Pliskin approchait. Il apparut bientôt et Jack l’observa, suivant son trajet. Iroquois, debout à la porte ouverte de l’engin, fit un signe de main au gosse, qui lui répondit d’un signe de tête. Quand l’hélicoptère fut hors de vue, il tourna de nouveau la tête vers l’entrée de l’Etai G. Il sursauta alors. Une silhouette se trouvait là, appuyée contre le mur, observant Raiden. Une grande cape entourait son corps et l’on ne voyait son visage qu’à partir des yeux, un long col montant jusqu’au nez camouflant son profil. « Je t’attendais », dit-il. « Un messager des Patriotes ! ». Scrutant toujours plus Jack, l’homme crut l’avoir déjà vu quelque part… mais où ? - Alors c’est toi le patron, ici ? demanda calmement Raiden qui avait le même sentiment de déjà vu à l’égard de cet homme. - Non, répondit l’autre immédiatement. Pas seulement ici. Je surpasse jusque Big Boss… Il se décolla du mur et se mit face à Jack qui put apercevoir plus clairement son pâle visage, ridé, avec des cheveux gris très courts, mal rasé. Il semblait avoir environ soixante ans. L’homme acheva sa phrase et se présenta : « Solid Snake ». - NON ! cria une voix qui fit sursauter Raiden pour la deuxième fois. Ce type n’est pas Solid Snake ! C’était Pliskin. L’hélicoptère revenait vers la passerelle. Le lieutenant chargeait une mitrailleuse avec un module lance-grenade. Le Kasatka s’arrêta à quelques mètres audessus de l’imposteur. « Quelle bonne surprise… mon frère », dit ce dernier. - Ne dis pas ça… tu n’es pas mon frère, répliqua Iroquois. - Ne me dis pas que tu m’as oublié… Snake ! Solidus Snake fit un pas, afin de sortir de l’ombre. Confus, Raiden, se tourna vers l’hélicoptère. « Snake ? » répéta-t-il seulement moitié surpris. - Raiden ! planque-toi ! lança Solid commençant à tirer de sa mitrailleuse vers Solidus, son frère clone de Big Boss subissant un vieillissement accéléré. La rafale grimpa les petites marches qui montaient vers l’adversaire, qui sauta avec une agilité remarquable au beau milieu de la passerelle tandis que l’entrée de l’Etai G explosait dans un terrible fracas, une balle ayant atteint l’une des charges de C4. L’ennemi atterrit juste au bas des quelques marches et « glissa » de quelques mètres en avant, laissant derrière lui d’impressionnantes flammes qui éblouirent Raiden. La cape du chef des terroristes s’était envolée lors du saut laissant apparaître une armure extrêmement sophistiquée, qui rappela de suite à Solid celle du Metal Gear Ray. Le col de la combinaison était rigide et l’on y voyait dessiné le même symbole que celui représenté sur le drapeau. Le tout semblait être d’une résistance inouïe. La combinaison formait des muscles fort développés au vu de l’âge apparent de l’homme. Voyant les yeux gris de Solidus le fixer au milieu des flammes, Snake lui cria agacé d’arrêter ses imitations. Il tira de nouveau et
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l’adversaire leva le bras gauche afin de se couvrir le visage. Les balles se fracassèrent contre l’avant bras de la combinaison sans y laisser la moindre trace. - Mon frère, je ne joue pas dans la même cour que Liquid… nargua l’autre. Soudain, il émit comme un cri ou un grognement que je ne saurais décrire, et se pencha en avant, écartant les bras afin d’agripper les garde-fous de chaque côté de la passerelle. Choqué, Raiden vit alors les biceps déjà fort musclés de Solidus devenir énormes, puis ses cuisses. Sa combinaison lui faisait profiter d’une force terrible qu’il savait exploiter à la perfection. Toujours plus agacé, Snake chargea une grenade dans son arme et s’apprêta à faire feu depuis l’hélicoptère. Une partie du col de la tenue de l’adversaire, ne couvrant jusqu’ici que son profil, coulissa afin d’entourer tout le bas de son visage, et Solidus s’apprêta à esquiver. Raiden eut tout juste le temps de voir le frère de Snake sauter à deux mètres de hauteur si ce n’est plus avant d’être projeté par le souffle de l’explosion contre le garde-fou derrière lui. Le choc fut brutal, et il se demanda s’il ne s’était pas brisé une côte. Il était penché vers le vide et voyait l’eau de mer une cinquantaine de mètres plus bas. Aurait-il la force de se redresser ? Allez encore un effort… Il poussa sur ses bras et tomba en avant, à genoux sur la passerelle, le souffle coupé. Solidus avait atterri sur un énorme tuyau à environ deux mètres à droite de Jack, en contrebas. Le cylindre manqua de céder sous son poids
démesuré. - Tu ne peux pas faire mieux, Snake ? se moqua-t-il accroupis en équilibre. Solid l’observa une seconde. Ce prétentieux lui mettait les nerfs à vif. De nouveau il tira une grenade qui frappa aux pieds de son frère qui tomba alors du tuyau. La fumée empêcha Snake de voir clairement et il se demanda à haute voix s’il l’avait eu. C’est alors que son sang se glaça. La seule chose qu’il redoutait. La tête de Solidus reparut à son niveau, suivie de son corps accroupis sur… le Harrier, piloté par Vamp lui-même. - Otacon, on est dans le pétrin, c’est le Harrier ! cria-t-il au-dessus du boucan des réacteurs de l’avion de chasse. Immédiatement, l’hélicoptère reprit de l’altitude. Solidus rétracta ses muscles et avança avec peine vers le cockpit qui s’ouvrit. - Il n’y a de place que pour un Big Boss ! hurla-t-il. Il prit la place du pilote. - Je vais vous couler bande d’imbéciles, pour votre bêtise ! Raiden vit alors un missile à tête chercheuse être lancé de l’engin, visant le Kasatka piloté par Otacon. Ce dernier fit une belle manœuvre et le missile ne toucha finalement que l’entrée de l’Etai D qui s’effondra. Jack se sentait pris au piège. Les deux seules sorties avaient été détruites et le rapace survolait la zone prêt à attaquer sa proie. L’avion de chasse s’éloigna, faisant le tour de la Big Shell afin de mieux se placer. L’hélicoptère revint quelques mètres au-dessus de la passerelle. Snake lança à Jack une lourde caisse d’un vert très foncé. - Raiden, c’est un lance-missile Stinger. Le Kasatka ne fait pas le poids face au Harrier. Tu vas devoir le descendre. - Snake ! on a de la visite ! prévint Otacon voyant l’avion de chasse surgir droit devant lui.
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- Je compte sur toi, conclut Solid tandis que l’hélicoptère prenait de l’altitude. Raiden ne sut trop ce qui lui donnait cette envie de se battre. Pourquoi avait-il l’impression de haïr ce soi-disant frère de Snake ? Pourquoi n’était-il pas effrayé par le retour de Vamp après avoir reçu une balle en plein front et pourquoi ressentait-il cette sensation de travail à terminer le concernant ? Quoi qu’il en soit il l’avait décidé : il allait couler cet avion. Il ramassa le lance-missile tandis que le Harrier chargeait ses armes, prêt à abattre l’hélicoptère. Il posa l’arme sur son épaule et chargea un missile. Il visa l’avion et tira. Le coup fit mouche, mais le Harrier ne fit que vaciller quelques secondes avant de s’éloigner. Solidus activa une sorte d’énorme amplificateur de voix et se moqua du tir minable de Raiden. Celuici répondit par un nouveau tir du lance-missile, qui passa à côté. Le Harrier mitrailla la passerelle et Jack ne s’arrêta plus de courir. C’est alors que l’avion vacilla de nouveau : le Kasatka avait reparu et Snake l’avait touché avec une grenade. La diversion fonctionnant, l’engin ennemi s’éloigna, de plus en plus loin, au moins d’un ou deux kilomètres. Puis Raiden s’aperçut que ce qu’il voyait revenir à toute vitesse n’était point l’avion, mais un missile. Il plongea de côté afin d’éviter l’explosion qui fut plus dangereuse encore qu’elle ne l’aurait dû car atteignit une charge de C4. Un morceau de la passerelle manquait à présent, et l’agent de Fox Hound sentait que le pont tout entier n’était plus très stable. Il s’aperçut alors que le Harrier avait disparu. Jack le chercha du regard. Le temps lui semblait atrocement long. Soudain il vit l’engin reparaître de derrière l’Etai D. La voix amplifiée de Solidus hurla un « Crève ! » aussi longtemps que son souffle le permettait tandis qu’il bombardait la passerelle. Le son des engins qui fusaient à toute vitesse arriva aux oreilles de Raiden, de plus en plus nettement. Celui-ci courut aussi vite que possible, enjambant les débris métalliques vers l’escalier qui menait au niveau inférieur de la passerelle. Il s’abrita là, attendant l’explosion. Le choc fut terrible. Le plafond s’effondra à différents endroits, et une partie lui tomba dessus. Il n’entendait plus rien, totalement assourdi. Lorsqu’il se risqua à ouvrir les yeux, tout n’était que poussière. Une bonne moitié de la passerelle supérieure s’était effondrée. Jack repoussa les débris qui le gênaient et ressortit en rampant avec difficulté. Il se releva et mit un pied sur l’escalier. Celui-ci se mit à balancer dangereusement au-dessus du vide. Raiden gravit alors les marches aussi vite qu’il le pouvait, et arrivé à la moitié, il entendit un « crack » et sentit son estomac se retourner alors que l’escalier tout entier commençait sa longue chute. Il eut alors le réflexe d’appuyer ses jambes contre l’une des marches aussi fort que possible afin de tenter un saut, et par miracle, il agrippa de la main droite le bord de la passerelle. Le Harrier revenait déjà quand il réussit à se hisser et à attraper le lance-missile. Il chargea le dernier projectile et tira vers l’avion de chasse qui fonçait vers lui. Le tir fit mouche. Solidus hurla. L’engin dévia. Bientôt une fumée noire émana de l’aile droite de l’appareil, devenant plus dense de seconde en seconde. Alors que le Harrier survolait la passerelle, il se mit à piquer, le pilote ayant perdu tout contrôle, et plongea droit vers le lien entre les Shells 1 et 2. L’aile gauche heurta de plein fouet la partie proche de la Shell 1, s’arrachant en plein vol, tomba vers l’océan avec une autre partie de la passerelle. Solidus sentait une terrible douleur au niveau de son visage, il ne savait pas encore où. Par réflexe, il ferma les yeux au moment où l’avion allait frapper la surface de l’eau. Solid qui observait la scène depuis le Kasatka sursauta alors. - ‘Y a un truc qui remonte ! cria-t-il pointant son arme vers la surface de l’eau. C’est alors qu’en effet, une masse énorme surgit rapidement, attrapant l’avion dans sa gueule avant la fin de sa chute, tout en émettant comme un cri métallique, son puissant saut l’emmenant au-dessus la Big Shell toute entière, et retomba se tenant là, debout, le niveau de la mer arrivant à peine à ses genoux. Le Ray, ses « yeux » bleus fixant Raiden sur la passerelle, demeura immobile. C’était le Metal Gear ? Mais comment avait-il pu être déjà activé ?! C’est alors que l’engin de mort envoya depuis son dos des sortes de fusées partout autour de la Big Shell, qui demeurèrent quelques secondes sans bouger dans le ciel avant de libérer à leur tour des tas de petits explosifs qui piquèrent à toute allure, frappant les différents Etais. Otacon et Snake sentirent une énorme secousse près de leur transport : une bombe les avait presque touché et avait endommagé l’appareil. Une autre atteignit la passerelle de connexion des Shells 1 et 2, frappant à quelques pas de Raiden qui tomba en
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arrière et s’agrippa de justesse à une poutre métallique qui dépassait à trente mètres audessus du sol qui manquait de céder. Non loin en dessous de lui se trouvait l’énorme tuyau sur lequel Solidus avait sauté quelques minutes plus tôt mais il était trop loin pour atteindre le gros cylindre en se laissant tomber. Il balançait furieusement les jambes, tentant de se balancer afin de remonter plus facilement, mais ses mains gantées commençaient à lâcher prise. Il tenta alors de se tracter à la force des bras mais la poutre métallique craqua et se plia de quelques degrés. Il vit l’hélicoptère s’éloigner vers l’héliport de l’Etai E, fumant d’une façon qui n’indiquait rien de bon, puis regarda en-dessous de lui. Le cockpit de l’avion s’ouvrit et Solidus passa la main sur son visage. C’est en touchant son œil gauche qu’il sentit une douleur terrible. « Ils m’ont eu à l’œil ! » cria-t-il furieux regardant le sang sur son gant. Il vit de son oeil droit, désormais seul fonctionnant encore, Vamp devant lui se lever lentement, très lentement, droit, calme, et froid. Il lui cria de déguerpir, et le vampire sauta de l’avion et atterrit à la surface de l’eau. Il ne s’enfonça pas, mais marcha sur la surface, puis se mit à courir à une vitesse surhumaine vers l’une des énormes colonnes qui supportaient les Etais. Continuant sa course folle, il entreprit de grimper cette surface verticale et lisse… en courant dessus. Snake et Otacon, désormais hors de leur transport, observaient la scène depuis le toit de l’Etai E. Raiden venait de réussir à tomber sur le gros tuyau sous lui. - Hé, qu’est-ce que… fit Hal observant Vamp. - Ce truc court sur l’eau… répondit Solid peu surpris. Le Ray replongea dans les profondeurs, l’avion cockpit de nouveau clos toujours en bouche, quand Raiden reçut un appel de Pliskin… de Solid Snake. - Hé, petit, tout va bien ? - Ouais… et vous, les gars ? - C’était moins une, mais ça va. - Et l’hélico ? - On va avoir besoin d’un moment pour le réparer. - Hm… - Le Président est à toi, dit Solid. - Ok… Je peux te demander quelque chose ? fit Raiden mal à l’aise. - Quoi ? - Es-tu… LE Snake ? - Hm… - On te disait mort ! - Moi mort ? Non. J’ai encore trop de choses à faire. Si Raiden posait cette question, c’est parce que Snake était une légende. « Légende ? les légendes ne sont que des fictions. Quelqu’un les raconte, quelqu’un d’autre s’en souvient, et les rapporte à d’autres. », répondit Solid. Jack avait peine à comprendre. Il était ici parce qu’on lui avait confié cette mission, pas parce que il le voulait. S’il le pouvait, il se tirerait d’ici dans la seconde. Comment Snake avait-il pu reprendre tout ça ? Pourquoi continuait-il à se battre ? « Y’a un truc que mon meilleur ami m’a dit, un jour », commença Snake. « Nous ne sommes pas à la solde du gouvernement, ni de personne d’autre. Toute
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ma vie je n’ai fait que me battre, mais au moins je l’ai toujours fait pour un idéal. ». Ç’avaient été les derniers mots de Gray Fox. Mort écrasé par la patte de Metal Gear Rex piloté par Liquid. Jack se rappela des tests ADN effectués sur le corps. Otacon répondit que c’était le corps de Liquid Snake. Cette ruse avait été nécessaire pour leur protection… Ils avaient volé son corps gelé à une organisation… il y avait plus légal, mais bon… - C’est pas plus compliqué que ça ! reprit Snake. - … vous appartenez vraiment à une ONG ? demanda Raiden. Leur organisation à but non lucratif regroupait des civils combattant pour la même cause, en effet. Et cette cause était la disparition totale de tout type de Metal Gear. Ils travaillaient seuls, mais cette cause valait la peine de se battre. « Pourquoi mettre vos vies en danger pour quelque chose de si risqué ? » demanda Raiden. C’était l’opinion que Snake avait également, quatre ans plus tôt, alors qu’il était dans un trou perdu en Alaska, buvant un peu trop. - Nous avons des responsabilités vis-à-vis de la génération future, vis-à-vis du monde ! continua Otacon. - Quelles responsabilités ? demanda Raiden sceptique. « Corriger les erreurs de l’espèce humaine. », expliqua Hal. « On doit se rappeler », reprit Snake. « Prêcher la bonne parole. Se battre pour du changement. Voilà ce qui me garde en vie. ». Pensaient-ils donc pouvoir changer le futur ? Solid n’avait pas cette prétention. Jack trouvait leurs actions différentes du simple activisme… et plus proche du terrorisme. Snake l’admettait. Mais comme le dit alors Otacon, leur groupe, Philanthropie, avait reçu des informations. Un nouveau prototype de Metal Gear serait en développement ici, et des terroristes auraient prévu de prendre le centre d’assaut. Ces informations venaient d’une source très fiable. - Donc vous êtes ici pour… commença Raiden. - On est là pour arrêter tout ça, acheva Otacon. Mais j’ai également un motif personnel. - Il semblerait que les terroristes détiennent sa sœur sur la Big Shell, expliqua Solid. Nous sommes venus de notre plein grès, ne suivant aucun ordre de qui que ce soit. Nous avons notre combat à mener. Otacon est ici pour quelqu’un. Pas moi. - C’est une mission militaire ! rappela Jack. Raiden coupa la communication et le Codec sonna immédiatement. Rose lui demanda s’il allait bien. Elle avait failli faire une crise cardiaque en voyant ce qu’il s’était passé. Elle lui dit qu’il fallait qu’elle se maîtrise et qu’elle soit plus forte. C’était difficile pour elle, de vivre cela. Bien qu’elle commençait à s’habituer au fait que son petit ami soit en train d’exécuter une mission périlleuse, elle était morte d’inquiétude à chaque instant. « Il n’y a pas à dire, les femmes sont vraiment très fortes », fit tendrement remarquer Jack. Rosemary répondit en plaisantant que ce n’étaient pas les femmes qui étaient fortes, mais elle. Elle lui dit qu’il allait revenir. Elle était à ses côtés. Il ne devait pas l’oublier. Il lui dit que c’était important pour lui. Il observa les dégâts qu’il pouvait voir de là. Des flammes demeuraient à plusieurs endroits, et beaucoup d’Etais et de passerelles avaient été endommagés. Mais Jack était perdu dans ses pensées. Il avait déjà vu ce Solidus quelque part… et c’était réciproque. Il ne savait qu’une chose : il le détestait. Il contacta le Colonel qui lui conseilla de suivre son objectif : trouver le Président. Rose le guiderait grâce à ses images satellites. - Colonel, tu as écouté les conversations Codec… Cet homme était Snake depuis le début. - Peut-être… - Peut-être ?! répéta Raiden agacé.
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- Reste tout de même prudent avec eux. - Pourquoi dis-tu ça ?! - Parce qu’ils n’ont jamais été inclus à la simulation. Ils représentent un facteur inconnu. - Ta simulation tu peux te la… s’énerva Jack. Nous, on est sur le terrain ! C’est nous qui sommes blessés, et nous qui mourrons ! - Calme-toi ! demanda Rose. - Je te conseille de suivre son conseil, Raiden. Même s’il s’agit de Snake, cela ne change rien à ta mission. - Colonel… toi et Snake étiez du même côté, autrefois ! Je ne comprends pas… J’ai lu quelque chose sur toi et lui dans « Dans les ténèbres de Shadow Moses » de Nastacha Romanenko… - Je me moque des conneries racontées par ces foutaises, pigé ? répondit le Colonel d’une voix glaciale. Campbell quitta la communication et Jack resta seul avec Rose. Alors qu’elle le guidait par les seuls morceaux de passerelles encore intacts, elle commença à parler d’eux, décidée à lui faire oublier sa mission le temps de quelques minutes. Ils se remémorèrent leur rencontre devant le Federal Hall à Washington, alors qu’un groupe de touristes japonais demandait à Rosemary quel bâtiment avait escaladé King Kong et qu’elle affirmait qu’il s’agissait du Chrysler Building. Jack était alors arrivé afin de la contredire, affirmant quant à lui qu’il s’agissait de L’Empire State Building, et que Godzilla avait escaladé le Chrysler. Ils se disputèrent quelques minutes durant avant de s’apercevoir que les touristes s’en étaient allés, puis voulant vérifier lequel des deux avait raison, ils s’étaient rendus au Skyscraper Museum. Il était fermé et ils s’étaient donc séparés, jusqu’à se croiser un jour par hasard dans les couloirs de la base. Puis ils anticipèrent le moment de son retour, prévoyant une soirée en tête à tête au restaurant. Enfin Rose aborda un sujet sensible. Elle s’était toujours sentie seule. Il n’avait jamais dormi à ses côtés. Après chaque moment intime, il ne fermait pas l’œil de la nuit, ou il s’en allait. Sa voix se transformait peu à peu en pleurs. « Rose, ce n’est pas le moment, je crois… » - Pourquoi fais-tu ça ?! Dis-moi ! - Rose, j’ai une mission à… - Pourquoi n’es-tu jamais détendu quand tu es avec moi, hein ? Pourquoi tu ne t’ouvres pas à moi, hein ?! - Je n’y arrive pas, c’est tout ! riposta Raiden. - Tout ce que je veux c’est passer des soirées mémorables avec toi, partager nos rêves, te voir à mes côtés à mon réveil… Est-ce vraiment trop te demander ? - C’est la nuit ! céda alors Jack. J’ai peur de la nuit… ça n’a rien à voir avec toi. - Peur de la nuit ? Qu’est-ce que tu racontes ? - Je n’arrive pas à me détendre quand je suis avec quelqu’un. - Jack, je n’ai même pas le droit d’entrer dans ta chambre ! s’indigna Rose. - J’ai besoin d’intimité, je n’aime pas être embêté.
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- Intimité ? Embêté ? - J’ai besoin de garder certaines choses pour moi, expliqua Raiden. - Jack, le jour où je suis entrée de force dans ta chambre… on se connaissait depuis un an… tu as pété les plombs… C’était la première fois que tu me frappais ! je m’inquiétais tellement pour toi… commença-t-elle en larmes. - Je suis désolé… - Ce n’est même pas la violence qui m’a fait peur, mais l’état de ta chambre… et de ton cœur… - Stop ! - Rien qu’un petit lit et un petit bureau… On aurait cru voir une prison. - Rose ? - Ni photo de famille, ni télévision, ni poster… - Rose, ma chambre ne me sert qu’à dormir… bredouilla Jack. - Une pièce sans vie… continua Rosemary. - C’est pour cette raison que je ne voulais pas que tu y rentres. - Avant de la voir, je croyais commencer à te comprendre… - Tu aurais voulu qu’il y ait une photo de toi sur le mur, peut-être ? - Jack… nous en reparlerons plus tard. Le Codec coupé, Raiden, qui avait dû jouer des pieds et des mains ces dix dernières minutes, atterrit enfin sur la passerelle de connexion L-K, qui menait également au noyau où était normalement détenu le Président. La Big Shell, ou du moins la Shell 2, était devenue absolument désolante. Des flammes dansaient çà et là, des morceaux de murs bloquaient l’accès à des Etais ravagés de l’extérieur, des bouts de passerelles cédaient sous le pas pourtant léger de Raiden… L’après-midi serait bientôt terminée, déjà. Jack traversa la passerelle endommagée vers le noyau de la Shell 2 et y entra. Devant lui s’ouvrait un couloir, qui tournait visiblement autour d’une pièce centrale. Une voix s’éleva alors visiblement par le biais d’une radio. Se cachant à l’angle du couloir, Raiden espionna la conversation. « Olga, nous ne modifierons pas notre plan pour tes sentiments personnels ! » lança la voix de Solidus. Elle se moquait du plan. Elle avait attendu ce jour pendant deux ans, et elle allait envoyer Snake au fond de l’océan rejoindre son père. « Le-lancement-en-priorité », répliqua l’autre articulant au mieux. « ‘Fait chier ! », répliqua-t-elle en un murmure, cognant le mur de son poing droit en rage. Elle demanda où était Ocelot. Il n’était pas avec Solidus. Elle en profita pour avouer à ce dernier qu’elle ne faisait pas confiance à Shalashaska. Le frère de Snake n’aimait pas qu’on parle ainsi d’un des siens. « Ce n’est pas l’un des miens ! Il a laissé mon père mourir, ça te revient ? ». Solidus lui dit qu’ils verraient cela plus tard et qu’ils devaient pour le moment s’occuper des dernières vérifications de l’unité. « Très bien... J’y retourne, donc. ». Le chef des terroristes lui rappela cependant que la passerelle de connexion vers la Shell 1 n’était plus utilisable. Le Kamov était hors service également. Il lui conseilla donc d’emprunter la barrière flottante au bas de l’Etai L. Elle ne devait pas encore donner l’ordre à ses hommes de se replier. L’intrus courrait toujours. Snake, tout comme l’autre homme, qui avait survécu à l’explosion. La confirmation du Code par le Président se ferait une heure plus tard. Elle devait le garder en vie jusque là. Solidus envoya le courant depuis son poste. Jack se risqua à passer la tête et vit Olga de profil devant un couloir qui devait mener
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à la pièce central, pièce où semblait se trouver le Président Johnson. Le sol du couloir devant la fille de Sergei s’illumina alors, traversé d’un courant à très haute tension. Raiden profita de ce moment pour sortir de son trou et changer de cachette. Il se mit à l’angle d’un autre couloir et recommença à écouter. Les courants étaient en marche, la porte resterait fermée tant que le Président n’enlevait pas le circuit imprimé du générateur de la pièce. Et ce n’était pas le genre de chose que l’on faisait à la main. Il était donc temps pour Olga de revenir. Sentant quelque chose bouger lentement à sa gauche, la jeune femme jeta un œil extrêmement discret et crut voir de longs cheveux blonds disparaître derrière un angle. Elle ajouta alors via la radio une dernière chose. Elle et ses troupes partiraient en Russie une fois tout cela terminé. Elle voulait pour se faire la moitié de l’argent. « Bien sûr », répondit Solidus sincère. « C’était prévu dans notre accord ». Ils pourraient vivre leur vie après ça. Et si certains voulaient rester ici, que Solidus prenne bien soin d’eux. Le frère de Snake répondit qu’il s’acquitterai volontiers de cette tâche : les soldats de Gurlukovich étaient selon lui les meilleurs. Quant à la renaissance de la Mère Russie, son père était désormais mort. Le monde avait changé, maintenant. Elle se Permit juste de rappeler une chose à Solidus. Une dernière fois. « Ne nous mets pas de bâtons dans les roues. ». Et c’était réciproque. Olga coupa la communication et sortit par la porte vers la passerelle de connexion. Raiden observa la situation. L’endroit ne semblait pas inondé, ce qui était déjà un bon début. Immédiatement la situation l’avait, une fois de plus, ramené à Shadow Moses. Dans la simulation en Réalité Virtuelle qu’il avait vécue, il devait traverser un couloir au sol électrifié afin de sauver Hal Emmerich. Pour se faire, il avait dû utiliser un lance-missile téléguidé. Etrangement, il savait qu’il devait y avoir de ce fait une arme de la sorte non loin de là. C’est comme s’il vivait Shadow Moses. Tout semblait correspondre. Il sursauta lorsqu’il sentit quelque chose vibrer contre sa peau. Le joueur ressentit la même vibration dans sa main. La manette vibrait. Il attrapa le téléphone cellulaire que lui avait donné le Ninja et regarda ce qui était écrit. « Tu trouveras un lance-missile Nikita à l’étage inférieur du noyau. Toutefois attention, il est en très grande partie inondé. » Raiden, tout comme le joueur, n’était même pas surpris. Plus rien ne pouvait le surprendre à ce stade… c’est du moins ce qu’il pensait mais nous verrons cela plus tard. Observant son radar, il put voir qu’il n’y avait que deux gardes à cet étage. D’ailleurs ils étaient sans doute les deux seuls encore en vie de tout le noyau. Il trouva l’ascenseur au nord, et l’emprunta, inquiet de ce sur quoi il allait tomber. Les portes s’ouvrirent. Le sol était bien solide, mais l’air était déjà extrêmement humide et froid. Il jeta un œil à gauche et vit un escalier qui descendait. Toutefois la surface d’une eau sale, où flottaient des tas d’objets tels que des boîtes de conserve, des bottes, etc. était au niveau de la deuxième marche la plus haute. Le téléphone cellulaire vibra à nouveau. Le Ninja lui disait que le lance-missile était dans la première pièce à droite après avoir pénétré dans l’eau. Raiden n’avait d’autre choix que de plonger malgré l’aspect répugnant des lieux. Il nagea, retenant sons souffle, aussi vite que possible. Il entra dans la première salle à sa droite, et vit une armoire. Il tira de toutes ses forces sur la porte qui s’ouvrit alors, laissant apparaître le Nikita. Il l’attrapa, tant bien que mal l’arme étant très lourde, et réussit à l’amener à la surface. Trempé et gelé, il reprit l’ascenseur vers le niveau supérieur. Il s’occupa rapidement des deux gardes, les assommant tous les deux, et trouva, comme il s’y attendait, une bouche d’aération. Comme les choses étaient bien faites… trop bien faites… Il tira le missile en le guida depuis son arme. Une fois le labyrinthe de conduits passé, il vit enfin la salle dans laquelle était détenu le Président. Ce dernier, voyant l’engin, plongea au sol en hurlant, ce qui permit à Raiden d’atteindre le panneau de contrôle de plein fouet. Une terrible explosion retentit et le sol électrifié fut désactivé. Jack traversa ce dernier en passa la porte, Socom à la main. Il avança avec prudence jusqu’à voir les cheveux grisonnants, la chemise blanche, la cravate rouge, et le pantalon noir du Président des EtatsUnis. Celui-ci s’était attendu à ce moment. Il avait peur, mais son visage était déterminé. Il allait enfin mourir.
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Chapitre VI : Les Patriotes.
Raiden rangea son arme à la vue du Président. « Président Johnson », salua-t-il. « Hm… Vous voilà enfin. », répondit le chef de l’Etat. « Vous m’attendiez ? » demanda Jack surpris. - Votre équipement, désigna le Président. Cette Skull Suit n’est pas tout à fait le modèle de rigueur de l’armée. - Vous allez bien, monsieur ? - C’est une mauvaise blague ou quoi ? répondit Johnson renouant sa cravate rouge. J’ai cru que vous étiez venu me tuer. - Hm ? - J’accepte parfaitement les conséquences de ma trahison, annonça le Président s’approchant de Raiden. Il posa la main gauche sur l’épaule gauche de Jack et attrapa son entre jambe avant qu’il n’ait pu réagir. « Vous êtes… un homme ? » fit le Président surpris. En effet, comme je l’ai déjà dit, beaucoup trouvent un air efféminé à Raiden. Johnson lui demanda qui il était. Jack répondit qu’il venait de Fox Hound. Il répéta « Fox Hound ? » les sourcils froncés, visiblement perturbé. « Je vois… les choses commencent à s’éclaircir. ». Il se tourna, fit quelques pas, pensif, et se retourna. Il lui demanda de passer en Nanocommunication afin
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que personne ne puisse les entendre. « Vous me recevez, monsieur ? » demanda Raiden par le Codec. « Euh… oui », répondit Johnson. Jack exposa au Président qu’il avait cru comprendre que les terroristes avaient réussi à entrer la séquence de lancement afin d’exécuter un tir nucléaire. « C’est exact. J’ai tapé cette séquence moi-même. ». Travaillait-il donc pour eux ? « Si vous m’aviez posé la question il y a deux heures, j’aurais répondu oui. Maintenant, ils me gardent en vie jusqu’à ce que mes signes vitaux soient confirmés de nouveau, » expliqua Johnson. L’avaient-ils trahis ? « Je ne dirais pas ça. Je voulais le pouvoir. Ils voulaient la destruction. ». Mais pourquoi en arriver au terrorisme ? « Je voulais un pouvoir absolu », répondit calmement le Président. Mais il était le Président en personne. Il l’avait, le pouvoir ! « Non… je ne suis qu’une image. ». Jack ne comprenait pas. « Je n’ai absolument aucun contrôle. Le vrai pouvoir est dans les mains des Patriotes. ». Les Patriotes ? De quoi parlait-il donc ? « La vérité derrière ce pays. Je ne suis pas surpris que vous n’en ayez jamais entendu parler. Peu de gens savent qu’ils existent, même dans les milieux autorisés. La politique. Les affaires militaires. L’économie. Ils contrôlent tout. Ils choisissent même qui devient Président. Pour faire simple, les Patriotes contrôlent ce pays. ». Non… c’était impossible. « Hm ! Dur à croire, n’est-ce pas ? Mais c’est la vérité. La défense spatiale, la réduction des impôts, les programmes de défense nationale par missile… Toutes les politiques ayant été instaurées par moi-même ont en réalité été faites selon leurs instructions. » - La défense spatiale a été lancée par le Congrès ! tenta Raiden reprenant sa capacité à réfléchir. - C’est ce que les Patriotes voulaient que le pays croie, contra le Président. Tout n’est qu’un spectacle. La démocratie n’existe que dans les livres d’enseignement ! Réfléchissez. Pensezvous vraiment que l’opinion publique ait une quelconque influence sur le gouvernement ? - … Non, admit Jack. - Ce pays est modelé et contrôlé comme le Patriotes le désirent. Ils montrent aux gens ce qu’ils veulent voir. Le gouvernement est en fait une façade totalement artificielle créée pour satisfaire le peuple ! Ne me regardez pas comme ça, j’ai toute ma tête, vous savez… - Il y a de quoi se poser des questions… Les Patriotes… Le Président lui-même ne savait pas qui étaient les membres actuels. Leurs dirigeants étaient-ils des meneurs financiers, politiques ou militaires ? Personne ne savait qui étaient vraiment les Patriotes. Même les instructions du Président n’étaient pas transmises directement. Tout ce que ce dernier pouvait dire, c’est que chaque grande décision était prise par un groupe de douze hommes; groupe répondant au nom de « Conseil des Sages ». - Votre bureau, la Maison Blanche… ? - Des pantins. Des pions dans un jeu. En promettant d’être loyal, moi, insignifiant fils de sénateur, j’ai accédé à la Présidence. Mais ce poste m’a coûté très cher… - Que voulez-vous dire ? demanda Jack. - Même quand un pion devient une Reine, il n’en reste pas moins une pièce du jeu. Je voulais laisser ma propre marque dans l’Histoire. Mais mon ambition était… Le Président soupira, pensif et acheva sa phrase : - Vous comprendrez, un jour… J’aurais voulu être un membre des Patriotes. En fait, je suis la cinquième roue du carrosse… - Et cela justifie des actes de terrorisme ? - Oui. Je comptais utiliser le nouveau Metal Gear comme moyen de pression.
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- Moyen de pression ? - Mais j’ai sous-estimé Solidus… En fait, il veut défier les Patriotes, même si cela doit entraîner la destruction de la planète ! - Qu’est-ce que vous dites ? « Que vous le croyiez ou non, la balance du pouvoir repose entre les mains des Patriotes », expliqua le Président. « Ils régulent les intérêts du pays en contrôlant la présentation des choses, mettant en scène ce qui est susceptible de plaire aux masses. Pouvez-vous imaginer ce qui arriverait, s’ils cessaient de fonctionner ? ». Un nouveau frisson envahit le corps de Raiden alors que Johnson répondait à sa propre question : « Ils laisseraient une béance politique énorme par laquelle une tonne de gens pourrait s’infiltrer pour accomplir leur quête de pouvoir. Je parle d’une lutte anarchique. Panique, guerre civile, chaos ! Qu’on le veuille ou non, les Patriotes sont une organisation qui doit continuer à exister ! ». Jack comprit alors que le Président avait changé d’avis afin d’éviter au monde de sombrer dans le chaos. « Exactement, confirma le Président. Quand j’ai dit à Solidus que je ferais tout pour éviter le désastre, il a répondu que… les pions ne peuvent pas devenir des joueurs. » - Et qui est ce… Solidus ? - Mon prédécesseur. Georges Sears. C’est le nom que le public connaît. Son nom de code est Solidus Snake. C’était le troisième Snake. Précédé par Solid et Liquid. Un survivant du projet « Les Enfants Terribles ». Ni Solid, ni Liquid. Il était un parfait équilibre, et les Patriotes ont décidé de lui confier la présidence. Néanmoins, il y a quatre ans, il a agi de son propre chef et ses actes ont provoqué le début de sa fin. - Il y a quatre ans… Shadow Moses ? demanda Raiden. « C’est exact ! A l’époque, le chef du DARPA, Donald Anderson, et d’autres personnes influentes ont débuté le développement de Metal Gear Rex, et d’une ogive nucléaire avancée. Toutefois ce plan ne correspondait pas tout à fait au plan des Patriotes. De plus, Solidus a demandé de lui-même à son homme de confiance, Ocelot, de provoquer Liquid Snake, entraînant ainsi le fameux incident. Il en a résulté qu’il a réussi à obtenir Rex, et les données sur l’ogive nucléaire. Mais de ce fait, il a révélé l’existence de Rex et de l’armée génome. Erreur qui lui a valu les foudres des Patriotes. Peu après, Solidus était démis de ses fonctions de Président. » - Je croyais qu’il avait démissionné ? - C’est la version donnée au publique. Après sa « démission », les Patriotes m’ont choisi. Leur nouveau pion pour la présidence. - Mais ça veut dire que l’élection présidentielle était… pensa Raiden. « C’était bien orchestré, pas vrai ? C’était un superbe scénario huilé par les Patriotes, qui avait tout pour plaire au publique. Démocrates et Républicains jouaient pour les Patriotes, eux aussi. Tout se passa comme prévu, à une exception près… Après sa démission, Solidus aurait dû connaître des ennuis de santé avant de mourir prématurément… ». Plus choqué à chaque mot de Johnson, Jack comprit qu’ils voulaient s’en débarrasser. « Correct. Mais avant que les Patriotes aient pu exécuter leur plan, Solidus a disparu avec l’aide d’Ocelot. Pendant sa cavale, Solidus a pris le contrôle de la Dead Cell et a rallié l’armée de Gurlukovich à sa cause. A partir de là, il a attendu, sachant que son opportunité arriverait bientôt. ». Raiden demanda de quelle opportunité il parlait. Il s’agissait de l’achèvement du nouveau projet Metal Gear. Une opportunité qui permettrait à Solidus de porter un coup violent contre les Patriotes. En volant le projet le plus important à leurs yeux, il les placerait dans une position fort inconfortable. C’était sa seule chance de survie. Une fois qu’il aurait le nouveau Metal Gear, il déclarerait la guerre aux Patriotes. Il devait être arrêté…
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- Metal Gear est déjà opérationnel… fit Raiden comprenant qu’il était trop tard. - Non. Pas encore. Ce que vous avez vu était sans doute Metal Gear Ray, projet volé aux Marines par Ocelot il y a deux ans. Ce n’était pas le nouveau Metal Gear. - Alors, où est ce nouveau Metal Gear ? demanda Jack sceptique. - Juste ici. - Quoi ?! - Vous êtes dessus. Pour être plus précis, l’intégrité de la Big Shell est le nouveau Metal Gear. - C’est une blague ? - Non, je suis tout à fait sérieux. La structure supérieure que vous avez vue est un camouflage, un masque qui représente un site de nettoyage offshore. La structure principale s’étend des fondations aux fonds marins. L’ascenseur de connexion est situé au niveau B2 du noyau de la Shell 1. « Arsenal Gear ». C’est le nom de code du nouveau Metal Gear. Le niveau B2 du noyau de la Shell 1. Il s’agissait de la salle informatique. Raiden se souvint alors de cette sorte de grande porte qui ne daignait s’ouvrir, avec un étrange dessin ressemblant à l’île de Shadow Moses. Ce dessin était en réalité le nouveau Metal Gear. - Arsenal ? répéta Raiden. - Oui. Arsenal Gear. Nous parlons là d’une forteresse imprenable, transportant plus de deux mille missiles et des ogives nucléaires, le tout protégé par des unités Metal Gear Ray produites en série. - De la production en série ? répéta Jack bouche bée. Le Ray avait à la base été conçu par les Marines pour être utilisé contre les différents modèles de Metal Gear dans le monde. Les Patriotes avaient modifié la conception de Ray, son nouveau rôle étant de protéger le nouvel Arsenal Gear. Donc, maintenant, des engins anti-Metal Gear protégeaient un autre Metal Gear… Ironique, n’est-ce pas ? Ce n’était pas tout. L’Arsenal Gear avait accès complet au réseau tactique de l’armée, ce qui impliquait la possibilité d’avoir un pouvoir absolu sur les forces armées de la nation, sans parler de son armement nucléaire. En clair, l’Arsenal avait été créé pour être le centre du pays. - Quelle arme stupide… « Arme ? » coupa le Président. « Non, vous ne comprenez pas tout. L’Arsenal Gear est plus qu’un simple outil militaire. Il est un moyen de préserver le monde en l’état et d’établir une nouvelle forme de contrôle. Les Patriotes l’utiliseront pour garder leur place de vrais dirigeants du pays. Mais pour l’instant, ils subissent pressions et menaces… Ils craignent la surabondance des données numériques. Le monde va sombrer sous le flot d’informations à venir, et ils craignent d’être entraînés avec… » - Hm ? fit Raiden ne comprenant pas. - Les plans de l’Arsenal prévoient un système de gestion numérique des informations, ce qui rend possible de modeler la « vérité » à leur guise aux Patriotes, expliqua Johnson. En d’autres mots, le système de l’Arsenal est la clé de leur suprématie. - La clé ? demanda Jack intrigué. - Oui. Le système « GW ». Une intelligence artificielle. La carte maîtresse des Patriotes.
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L’Arsenal Gear sera entièrement opérationnel quand le GW aura été intégré avec succès. Une fois opérationnel, ce sera une forme totalement nouvelle de pouvoir pour les Patriotes. J’espérais leur voler le projet de façon a avoir un fort argument pour d’éventuelles négociations. - Négocier quoi ? - J’espérais me frayer un chemin dans leurs rangs… Mais Solidus a privilégié la rébellion. Outer Heaven. Son plan vise une explosion nucléaire au-dessus de Wall Street pour briser l’emprise des Patriotes sur le monde des affaires. - Outer Heaven… répéta Raiden repensant à l’idéal de Big Boss, père génétique des Enfants Terribles d’après le Président, qui souhaitait un monde où chaque soldat aurait sa place. Avait-il voulu à l’époque se débarrasser des Patriotes, lui aussi ? « Ecoutez. Il n’y a pas beaucoup de temps. La Mallette Noire a permis l’activation de l’Arsenal Gear. J’ai déjà entré la séquence. Ce n’est plus qu’une question de temps avant que le système GW ne commence à se connecter à d’autres systèmes externes et que l’Arsenal Gear ne devienne totalement opérationnel. Arrêtez-les avant que cela n’arrive. C’est votre rôle. ». Son rôle ? Jack n’aimait pas le mot. « Vous devez trouver Emma Emmerich. C’est la seule à pouvoir arrêter cet engin après son activation. ». Emma… Emmerich… ? Serait-ce la sœur d’Hal Emmerich ? la sœur d’Otacon... « Elle a programmé le système de l’Arsenal Gear », continua le Président. « Je crois qu’elle est quelque part au niveau B1 de ce bâtiment. ». Les niveaux inférieurs étaient inondés… « Je suis sûr qu’ils ne laisseront pas mourir pour le moment. Elle est la seule programmeuse du projet qui leur reste. D’après Ocelot, elle est détenue dans un vestiaire situé au nord-est du niveau B1. Coupez la transmission et bougez-vous. » Le Codec clos, le Président s’approcha de Raiden, lui tendant un passe de sécurité 4 qui lui permettrait d’accéder aux zones où se trouve Emma. « Prenez ça aussi », ajouta-t-il tendant un disque soigneusement rangé dans son boîtier. « C’est un programme capable de perturber les fonctions de contrôle entre le GW et l’Arsenal Gear. Emmenez Emma à la salle informatique du noyau de la Shell 1. Elle chargera le programme dans le système principal. ». Un virus ? « Parfaitement. Modelé d’après FoxDie, une arme biologique destinée à éliminer sélectivement le personnel répondant à un code génétique spécifique. ». Pourquoi Johnson avait-il cela sur lui ? « Les Patriotes avaient créé ce disque par mesure de sécurité, et par chance, Ocelot a oublié de me fouiller. Vous devez vous dépêcher ! Ce disque est le seul moyen en notre possession de stopper l’Arsenal. ». Respirant profondément, Jack rangea le disque. Il n’arrivait pas à détourner ses pensées de ce qu’il venait d’apprendre. Il vit le Président de dos. Lui aussi respirait profondément : il allait devoir le faire lui-même si ce pauvre gosse ne l’acceptait pas. Il demanda tout de même se retournant : « Bien… je vous ai dit tout ce que vous deviez savoir. Il ne reste plus qu’une chose à faire. ». Johnson effectua un nouveau demi-tour puis fit quelques pas. Puis il se plaça face à Raiden et le regarda d’un air grave. Sans prévenir, il plongea la main aussi vite qu’il le pouvait et attrapa le Socom de son interlocuteur, qui attrapa son bras afin de l’empêcher de le prendre. « Maintenant, tuezmoi. », demanda calmement le Président. Avec une force surprenante, il réussit à attirer l’arme vers son front, mais Jack faisait tout son possible pour l’empêcher de presser la détente tout en essayant de reprendre le Socom. - Que… - Pas le temps de discuter ! lança le Président. La dernière vérification de mes signes vitaux sera effectuée d’une seconde à l’autre. Si vous me tuez maintenant, vous arrêterez au moins la frappe nucléaire ! De toutes ses forces, Raiden tentait de garder le contrôle. Déterminé, le Président arrivait à tenir tête à l’agent et ce duel acharné dura encore quelques secondes. « La ferme ! » cria Jack ne voulant pas entendre cela. - Faites-le ! hurla Johnson. C’est votre rôle ! Tirez !
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Le Président vit une lueur dans les yeux bleus du pion qui voulait dire « Jamais je ne cèderai ». Pourtant la seconde qui suivit, il sentit une douleur terrible. Jack sursauta et laissa échapper un petit cri de surprise. Johnson tomba en avant sur le ventre. La balle avait perforé sa poitrine. Toutefois ce n’était pas du Socom qu’avait été tiré le projectile. « Vous abusez de votre droit à la parole, Monsieur le Président », lança une voix froide et calme derrière Raiden. « Ou devrais-je dire… ex-Président. ». Jack se retourna et vit Revolver Ocelot derrière le canon d’un colt Single Action Army encore fumant. Il pointa son Socom vers le vieil homme ne comprenant pas son geste. - Le Président ! Pourquoi tu… - Zut, mon doigt a dû déraper… A bientôt, « coursier ». Il disparut par la porte et Raiden tenta de se lancer à sa poursuite quand il sentit un bras agripper sa jambe gauche. « Oubliez-le », demanda le Président à l’agonie ayant peine à respirer. « Il nous a fait une faveur… ». Jack s’accroupit devant le corps allongé sur le ventre de Johnson, qui se cramponnait à son genou afin de garder la tête levée. « Sans libre arbitre, on ne peut pas différencier soumission et rébellion », continua-t-il d’une voix faible et tremblante. « Mon seul « vrai » choix, c’est de mettre un terme à cette mascarade. Laissezmoi au moins avoir la liberté… de mettre fin à cela moi-même. » - Qu’est-ce que vous… - Trouvez Emma ! lança le Président d’une voix plus forte, donnant ses dernières forces. Arrêtez l’Arsenal ! ajouta-t-il essayant de se relever sur le bras de Raiden et posant la main sur son épaule. C’est mon dernier ordre, en tant que Commandant en Chef ! Je compte sur vous… La prise de Johnson sur l’épaule de Jack se desserra et le Président soupira une dernière fois, le haut de son corps tombant enfin au sol. Il était mort. Plus troublé que jamais, Raiden regarda tristement le corps du pauvre homme, et sortit de la pièce afin de pouvoir émettre des transmissions à nouveau : cette dernière était isolée. Il contacta Campbell et lui raconta ce qu’il venait d’arriver. Le Colonel lui ordonna de suivre les dernières directives du Président au vu de la situation. Puis il appela Solid. « Snake, le Président, il a été assassiné… » - Quoi ?! Et le code de confirmation permettant une frappe nucléaire ?! demanda le serpent surpris. - Il est mort avant que ses signes vitaux aient ét é reconfirmés. L’ennemi a donc perdu sa capacité à effectuer des tirs nucléaires… Mais cet Ocelot… il a tué le Président volontairement ! - Pourquoi ?! - Ça n’a aucun sens ! lança Raiden. Ils devaient savoir qu’ils perdaient le nucléaire s’ils tuaient le Président. - Peut-être ont-ils trouvé un moyen de contourner le code ? proposa Otacon se joignant à la conversation. - Il se peut aussi qu’ils aient trouvé une arme plus efficace au sein de l’Arsenal Gear, pensa amèrement Snake. - Tu savais pour l’Arsenal Gear ?! fit Jack surpris. - Hm… Ouais.
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- Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ? - Tu l’as pas demandé, se contenta de répondre Solid. - Donc tu dois sans doute savoir que la Big Shell sert à camoufler le projet ?! s’énerva Raiden. - Tu demandes si je sais que la Big Shell, un dispositif de nettoyage totalement fonctionnel, n’est en fait qu’un camouflage pour l’Arsenal Gear ? Eh bien oui. C’est exactement ce que m’ont dit Ames et le Président. Une histoire de leurres. La bonne nouvelle, c’est que ce truc n’a pas fait grand-chose niveau nettoyage de l’environnement, donc nous n’avons pas à nous inquiéter des gaz toxiques au cas ou nous devrions faire sauter les lieux. - Ok, et comment as-tu découvert tout ça ? - Ça a pris du temps, mais on a découvert le pot aux roses au moment où tu réglais son compte au taré poseur de bombe. Il ne fait aucun doute que l’Arsenal Gear a été construit ici. Et tout a été mis en place il y a deux ans. - Il y a deux ans… que s’est-il vraiment passé, ici ? demanda Raiden. Snake montra par le biais du Codec les photos qu’il avait prises de Metal Gear Ray sur le Tanker deux ans plus tôt. Raiden les connaissait : il les avait vues sur Internet et à la télévision. Il se rappelait que les journalistes avaient accusé Snake et Otacon d’avoir coulé le Tanker. Solid expliqua que lui et Otacon avaient été manipulés. Ils espéraient qu’en montrant au public les photos du nouveau Metal Gear, ils persuaderaient le gouvernement d’abandonner le projet. Raiden avait déjà couvert l’incident du Tanker en VR. Snake fit remarquer que la simulation ne devait pas être bien fidèle à la réalité. Il raconta qu’il s’était infiltré sur le faux Tanker pour recueillir des preuves du développement d’un nouveau Metal Gear. Peu après son arrivée à bord, un groupe armé dirigé par le Colonel Gurlukovich avait attaqué le navire et en avait pris le contrôle. Olga et Ocelot étaient de la partie. Et Lui aussi… Otacon demanda de qui Snake parlait, et il répondit qu’il s’agissait d’un homme qui était supposé être mort. Hal continua le récit de Solid en disant que ce groupe était également après le Metal Gear Ray. Mais Ocelot avait éliminé le Colonel Gurlukovich et le Commandant des Marines avant de voler le Ray. Il les avait trahis en disant qu’il reprenait le Metal Gear, puis il avait coulé le Tanker et les Marines qui s’y trouvaient. Otacon avait réussi à préparer une petite embarcation à Snake. Rien de bien difficile. Là où l’opération le devenait, c’est qu’il fallait l’empêcher d’être entraînée au fond avec le Tanker. Un vrai petit miracle, quand ils y pensaient. En fait, toute cette histoire avait été mise au point pour les piéger ! Les photos de Snake, prises par un CYPHER avaient été publiées, et ils étaient ainsi devenus les terroristes de l’environnement les plus recherchés au monde… Ce complot visait à les arrêter dans leurs activités anti-Metal Gear. - Mais pourquoi ont-ils choisi Snake ? demanda Raiden. C’est Otacon qui répondit. Depuis l’incident de Shadow Moses, Snake était devenu une sorte de héros. Il semble que les Patriotes ne s’en réjouissaient pas. Jack sursauta. Ils savaient pour les Patriotes ? - Hm, oui, d’un certain point de vue, répondit Hal. - J’ai l’impression que tout le monde est au courant à part moi… - Ils n’avaient pas voulu le fait que Snake soit un héros. - Donc ils ont lancé une campagne contre lui ? - Je pense que les Patriotes voulaient montrer l’exemple pour décourager quiconque voudrait s’opposer à eux.
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- C’est tout ?! Ils ont préparé toute cette histoire juste pour vous avoir ? demanda Raiden surpris. « Non, c’est plus compliqué que ça. Le projet Metal Gear Ray de la Marine dirigé par le Commandant Dolph était en opposition avec le projet Arsenal Gear de la Navy. Pour être plus précis, le Ray était la bête noire des Patriotes. Donc ils ont attaqué le faux Tanker et volé le Ray. Ils avaient mis en place un plan parfait. Ils ont immédiatement envoyé un Tanker plein sur les lieux et l’ont coulé. Ensuite, ils ont installé cette usine qui camoufle le développement de l’Arsenal Gear. ». Et comme le souligna Snake, ils étaient tombés dedans. De vulgaires marionnettes dans Leur spectacle. Le Colonel Gurlukovich et sa fille Olga avaient tous deux été victimes du plan d’Ocelot. Jack demanda : « Solidus était-il derrière tout ça ? Il a utilisé Ocelot pour voler le Ray, non ? ». Otacon répondit que non. Qu’il était caché et faisait profil bas à l’époque. Donc ce devaient être les Patriotes, se dit Raiden. - Si c’est le cas, que fait Ocelot aux côtés de Solidus ? se demanda Otacon. - Oubliez ça, demanda Snake. On perd du temps. On pourra en parler plus tard. Jack se décida alors à parler de la mission que lui avait confiée le Président, et d’Emma Emmerich. Otacon confirma qu’il s’agissait là de sa sœur. Emma était une as de l’informatique spécialisée dans les intelligences artificielles neuronales et l’analyse de données de volumes ultra variables en utilisant la logique complexe. Hal ne savait pas comment sa sœur en était arrivée à développer des armes. - Quelles que soient les raisons, nous avons besoin d’elle pour stopper l’Arsenal, coupa Snake. - Raiden, trouve-la, demanda Otacon. Ils coupèrent la communication et Jack se mit en route. Après avoir pris l’ascenseur à nouveau vers le niveau inondé, qui se situait juste sous le niveau de la mer, Raiden se concentra sur sa tâche. Il devait aller au nord-est de l’étage. L’eau était trouble, et il avait pu voir qu’il était aisé de se perdre dans ces couloirs. Il ne savait quelle distance il allait devoir parcourir sous l’eau, mais quoi qu’il arrivait il devait le faire. Se noierait-il ? Trouverait-il un endroit où respirer en route ? Qu’importe, une seul chose comptait : trouver Emma et l’amener au niveau B2 du noyau de l’autre Shell. Chassant de son esprit toutes ces questions, il descendit l’escalier, s’enfonçant un peu plus à chacun de ses pas. Une fois entièrement submergé, il écarquilla les yeux pour voir plus clairement et se mit à nager à travers les couloirs, cherchant à la fois une sortie et un endroit où respirer. Par chance, il pouvait voir çà et là des grilles d’aération au plafond où l’eau n’était pas encore montée. Reprenant son souffle de temps à autres, il progressa et trouva alors un plan affiché sur un mur. Il dut le fixer pendant quelques dizaines de secondes avant de pouvoir le déchiffrer tant l’eau était sale. Il se dirigea donc vers le nord-est suivant ce plan quand son Codec bipa. Il remonta à une grille d’aération et prit l’appel. C’était Hal. Il lui demanda sa situation, que Jack lui exposa. Puis d’un ton hésitant et mal à l’aise, Otacon se lança : « Ecoute… il y a un truc que je dois te dire, à propos d’E.E… ». E.E était le surnom qu’il donnait à Emma. Cela se prononce « i i ». Raiden le coupa : « Ne t’en fais pas pour elle. Je vais la sortir de là. ». « Elle a peur de l’eau », se lança Hal ne voulant pas tourner autour du pot plus longtemps. Surpris, Jack entendit qu’alors qu’elle n’avait que six ans, elle avait failli se noyer avec le père d’Otacon dans leur piscine. « Elle ne sait pas nager ? ». Hal ne sut que répondre. Oui, et… non. Ils nageaient beaucoup tous les deux, étant enfants. En fait, elle nageait comme un poisson jusqu’à ce jour de ses six ans. Quand l’accident était arrivé, Hal était dans ma chambre. Il avait appris par la suite que E.E l’avait appelé à l’aide. Elle n’avait pas douté un instant qu’il serait là pour l’aider… On pouvait voir la piscine depuis sa chambre, mais il n’avait pas réalisé sur le moment qu’elle avait besoin d’aide… - Qu’est-ce que tu faisais ? demanda Raiden curieux. - Je… j’étais…
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- Donc Emma a survécu à cette épreuve, coupa Jack s’apercevant que sa question était déplacée. - Oui. Mais ce n’est pas le cas de mon père… - Alors tu t’es senti coupable et tu as quitté ta famille ? - Non. Emma semble croire que c’est le cas. Le fait est que… je l’ai trahie. - Et tu penses qu’elle ne peut pas nager à cause de cette expérience traumatisante ? - Je ne l’ai pas vue depuis ce jour mais… oui, c’est ce que je crois. J’ai reçu une lettre de sa mère, Julie, après leur retour en Angleterre. Elle y disait que E.E ne savait plus nager, qu’elle refusait même de porter un maillot de bain. - Mince... Si c’est toujours le cas, on a un problème… s’inquiéta Raiden. - Ecoute… Peut-être réussiras-tu à lui faire dépasser son traumatisme. - Tu veux que moi, je l’aide à surmonter sa peur ? - On a besoin de temps pour réparer le Kamov… s’excusa Otacon. - Désolé, petit, interrompit Snake. C’est à toi de t’occuper d’Emma. - Merci les gars… répondit Raiden ironiquement. Une mission sous-marine… génial. Je vais voir ce que je peux faire. Jack coupa la communication et se remémora le plan du bâtiment : il n’aurait pas le temps de le consulter à nouveau une fois avec Emma. Puis il replongea et avança, tentant de se repérer selon le plan. Après trois couloirs, la traversée du contenu d’une boîte de conserve de sauce tomate, et quelques cadavres de patrouilles ennemies, il arriva enfin face à une porte close munie d’un sas. Il commença à tourner ce dernier aussi vite que la pression le lui permettait. Une fois la porte déverrouillée, il la tira vers lui. L’eau qui pénétra dans la salle, vers Raiden, semblait mélangée une fois encore à de la sauce tomate. Achevant de tirer la porte et écarquillant les yeux, Jack faillit hurler. Ce qu’il venait de prendre pour de la sauce n’était autre que du sang. Le corps sans vie de Peter Stillman, les yeux et la bouche grands ouverts, les bras tendus en avant, semblait voler vers Jack, comme dans un rêve, la capuche de sa veste « Police » flottant derrière lui. Choqué, Raiden recula et remonta vers la grille d’aération la plus proche afin de cracher l’eau et le sang qu’il avait avalé dans sa surprise. La vue du vieux démineur lui avait rappelé son sacrifice et sa précieuse aide, ce qui émut Jack à nouveau. Il reprit ses esprits et passa la porte, évitant soigneusement de tourner les yeux vers le corps de Stillman et refermant rapidement la porte derrière lui, comprenant que le niveau de l’eau continuerait le grimper dans le cas contraire dans la zone qu’il venait de traverser. La salle suivante s’était en effet écroulée en partie, et un trou béant apparaissait dans le mur, ce qui explique la présence du cadavre du démineur à ce niveau : après l’explosion au pied de l’Etai H, qui a dû détruire les murs de ce dernier et atteint ceux du bas du noyau, le corps de Peter aura été emporté par le courant de l’eau qui se déversait en masse dans le noyau. Raiden ne s’attarda pas ici et continua droit devant. Il traversa un nouveau couloir après avoir ouvert puis refermé derrière lui une autre porte avec sas. Le souffle commençait à lui manquer quand enfin, il vit un escalier qui montait, et qui le mènerait au sec. Reprenant son souffle, Jack secoua ses cheveux blonds trempés et attrapa son Socom. Emma devait sans aucun doute être gardée. Il avança vers une porte qui coulissa automatiquement et une nouvelle pièce s’ouvrit à lui. Le plafond était noir, et parsemé de petites lampes incrustées qui telles des étoiles dans un ciel sans lune. Au centre de la pièce, un petit bassin entouré d’une passerelle. De même au pied des murs, le bassin central rejoignant visiblement ces derniers. A mi-hauteur de ces mêmes murs où le reflet de l’eau
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s’agitait, une passerelle longeait la périphérie de la pièce. Et au centre de tout, une silhouette assise paisiblement… au beau milieu du bassin central. « Toujours en vie, hein ? » demanda Raiden pointant son Socom vers Vamp. Ce dernier releva lentement la tête, le trou rouge laissé par la balle de l’arme de Jack toujours là au beau milieu de son front, de même à gauche de son ventre, et de même pour les cinq profondes taillades qu’il s’était faites au couteau sur le torse. - Malheureusement. Il n’y avait plus de chambres libres en Enfer, répondit le vampire de sa voix rauque et froide. D’une façon étrange, Vamp se releva sur l’eau. Sa gestuelle était complexe et ressemblait à une danse. Raiden s’énerva et poussa un cri de rage, tirant une balle. L’instant où il pressait la détente, la position du vampire avait déjà changé, comme s’il s’était agit d’un diaporama. L’instant suivant une seconde balle, puis de même Vamp changea de position sans que l’on ne le vit bouger, comme un flash. Une troisième. Une quatrième. Toutes ces balles tirées en deux ou trois secondes à peine. Le vampire tournoya sur lui-même, toujours debout sur l’eau du bassin central, afin de se décaler vers sa gauche, et acheva son mouvement qui ressemblait toujours à une danse par un salut, son bras droit sur le ventre et son buste penché vers l’avant. Vamp sentit alors quelque chose sur sa joue gauche. Il essaya de voir s’il s’agissait bien de ce qu’il s’imaginait : c’était en effet du sang. Une balle l’avait effleuré. Il « rit » et dit de sa voix froide qui résonna dans ce milieu humide : « C’est ce que je pensais… Les muscles des humains sont éloquents. Ils indiquent clairement les mouvements à venir et aident même à deviner la trajectoire des balles avant que la détente ne soit pressée. Mais tes muscles sont différents… Cela promet d’être amusant, cela valait la peine d’attendre. ». Une longue langue sortit entre ses longues canines et il lécha le sang sur sa joue, ses yeux gris fixant ceux de Raiden qui demanda : - Tu savais que je venais ? - Tu commences à m’agacer. Je ne peux pas te laisser interférer avec l’Arsenal Gear. Il leva le bras gauche et pointa sa main gantée vers une porte derrière lui. - La fille est un peu plus loin. Elle ne nous sert plus à rien, maintenant. Mais elle a bien rempli son rôle d’appât et a permis d’attirer des prises intéressantes. Ce fou d’Ivan semble parfois dire vrai… - Emma est en vie ? demanda Jack un peu surpris. - Elle l’était il y a peu. Mais l’inondation est devenue bien plus sérieuse. Je ne serais pas surpris qu’elle se soit transformée en sirène, à présent. - Quoi ?! - Tu pensais vraiment que tuer le Président empêcherait une frappe nucléaire ? demanda Vamp avec dédain. Tu n’as rien compris ! - Je ne l’ai pas tué ! se défendit Jack. - Hm ! L’Arsenal est toujours armé d’une bombe à hydrogène purifié. - Une bombe à hydrogène purifié ? - Ce n’est pas une bombe nucléaire ordinaire, expliqua le vampire. Cette arme réalise la fusion nucléaire d’hydrogène lourd en utilisant des lasers et des systèmes magnétiques pour générer une compression calorifuge. Un projet top secret initié par le Président actuel. Et Solidus n’a aucune idée de son existence. Cette bombe thermonucléaire n’en est qu’au stade expérimental et fonctionne différemment des bombes normales. Dès que l’Arsenal sera activé, il sera capable de la lancer. La menace nucléaire est toujours présente. Il y a six mois, nous avons perdu tout ce en quoi nous croyions. Nous avons été abandonnés sur l’autel de
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Leur mise en scène. On nous a accolé l’étiquette de meurtriers et accusé du massacre de civils et de nos propres alliés. Et le « public » y a cru, refusant d’entendre nos dénégations. Notre seul but est de Les rayer de la surface de la Terre, et détruire l’univers mensonger qu’ils ont créé. - Vous êtes dingues ! - Dingues ? Nous sommes peut-être les seuls à dire la vérité, ici... Une sorte d’alarme survint alors partout dans la Big Shell puis une voix s’éleva. « L’ultime vérification permettant à l’Arsenal d’être activé vient d’être terminée. Tout le personnel de l’Arsenal doit réintégrer son poste ! » - Eh bien, dit Vamp, il semble que l’Arsenal soit prêt à être opérationnel. - Merde ! - Tu espères toujours que la fille pourra installer le virus que tu as apporté avec toi, pas vrai ? demanda Vamp cherchant à semer le trouble. - Tu es au courant ?! - Hm… Quel dommage, tu ne vivras pas assez longtemps pour pouvoir lui remettre le programme. Ce n’est pas de l’eau de mer, tu sais, dit-il montrant le bassin sous ses pieds. Un dérivé des microbes contenu dans les piscines. La poussée n’y existe quasiment pas grâce à la forte teneur en oxygène. Une fois tombé dedans, tu n’en ressors pas. Regarde bien, c’est ta propre tombe… Montre-moi ce que tu as ! Vamp tournoya à nouveau et salua de la même manière que plus tôt. Raiden agacé tira quelques balles de plus mais à l’instant même le vampire avait disparu de son champ de vision. Sa façon de se déplacer était aussi rapide qu’étrange. Jack essayait de se concentrer pour mémoriser ses mouvements, car il savait que c’étaient eux qui donnaient à Vamp cette vitesse surhumaine. Il repéra le vampire sur l’une des passerelles en hauteur près du mur à gauche. Il marchait en équilibre sur le rebord lorsqu’il se tourna vers lui un étrange sourire sur le coin des lèvres. Raiden tira vers sa tête. La balle fut esquivée d’un mouvement de décalage du cou, le reste du corps du monstre demeurant tout à fait figé. Le vampire lança alors trois couteaux vers Jack qui tira sur l’un d’eux et plongea à terre afin d’esquiver les deux autres. Il se releva et aperçut Vamp face à lui, de l’autre côté du bassin. C’est alors qu’il attrapa l’un des couteaux qui s’était planté au sol et le lança vers son propriétaire qui réceptionna la lame de la main, s’entaillant profondément. Le monstre souriait. Il lança de nouveau le couteau vers Raiden qui avait grimpé sur la barrière qui entourait le bassin la plus proche et qui effectua une roue parfaite le long de cette même barrière, en équilibre. Le vampire était impressionné, toutefois lui était immortel, l’autre ne l’était pas. Vamp était à présent de nouveau en hauteur. Il lança quelque chose de brillant à terre, et Raiden fut totalement figé. Plus aucun de ses membres ne répondait. Ils étaient tous rigides, ses muscles contractés et douloureux. Il réussit avec peine à tourner les yeux pour voir son ombre sur le sol, avec un petit engin fort étrange ancré dessus. Il était figé. Et pour cause, il s’agissait d’un « figeur d’ombre ». Le vampire lança un couteau à nouveau. Jack ne pouvait rien faire. Il vit la lame arriver à toute vitesse vers lui. C’est avec un effort considérable, et douloureux qu’il réussit à effectuer un mouvement semblable à celui du vampire : il décala simplement le cou. Le figeur faiblissant puis se désactivant, il tira vers les sources de lumière afin d’éviter que cela ne se répète, puis sauta vers Vamp désormais à son niveau dans le but d’engager un combat rapproché. Ce dernier sortit un couteau de l’un de ses gants et attrapa d’une seule main Raiden en vol, qui faillit tomber dans le bassin au pied du mur nord après qu’il l’ait fait passer derrière lui. Il s’était rattrapé de justesse au garde-fou. Le monstre arrivait à présent au-dessus de lui et le regardait dans les yeux. Il approchait son couteau de la main de Jack qui se tenait toujours avec peine afin de l’y planter. Celui-ci lança alors tout son poids en arrière, appuyant sur ses jambes, puis debout sur les mains sur le garde-fou, dos à
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Vamp, il se laissa tomber vers la passerelle le frappant de ses pieds en pleine poitrine. Raiden atterrit debout et ne put voir aucune trace du suceur de sang. Il avait pourtant ouï tomber le corps de son ennemi à l’eau. Il se pencha et vit avec surprise le vampire nager à une certaine profondeur. Puis il disparut de son champ de vision. Inquiet, Jack se demandait par où Vamp allait reparaître. C’est alors qu’il sentit une main le tirer en arrière et le bras gauche du vampire entourer son cou. Il ne pouvait rien faire. Il était sous le contrôle du monstre, qui de sa main droite attrapa l’un des couteaux rangés sur le gant de l’autre main et le pointa vers le torse de Raiden. Vamp le savait : il avait gagné. Ce type allait mourir. Son bras ondula d’une manière qui lui était propre alors qu’il s’apprêtait à frapper de toutes ses forces son adversaire qu’il tenait fermement. Le coup partit. Ses doigts avaient senti le couteau pénétrer profondément la chair humaine. Son propre ventre avait senti le couteau le pénétrer profondément. Impossible. Comment ce gosse avait-il pu échapper à sa prise ? Raiden reprenant ses esprits profita de l’état passager de choc de son ennemi pour lui asséner un violent coup de pied sauté qui enfonça plus encore la lame dans le corps du vampire, le bousculant en arrière. Vamp sombrait à présent très lentement au milieu du bassin central, tentant d’agripper les rebords, hurlant de douleur. La scène était horrible et malgré le fait qu’il se soit agit d’une sorte de monstre, Raiden ne put s’empêcher de détourner la tête par pitié. Son corps eut enfin fini de couler après une demi-douzaine de terribles secondes. Sa tête submergée, le monstre porta les mains à sa gorge, hurlant toujours sous l’eau, souffrant atrocement, son corps tout entier ne demandant qu’à exploser. Bientôt le sang de Vamp vint souiller la couleur de l’eau, la troublant et empêchant de voir sous la surface. Se demandant si son adversaire allait cette fois revenir, et se remettant de ce combat difficile, Raiden contacta Snake. Bizarrement, il avait décidé de lui faire plus confiance qu’au Colonel. - Snake, tu as entendu tout ça ? J’arrive trop tard, l’Arsenal est sur le point d’être activé ! - Ouais, j’ai entendu. Le sauvetage des otages attendra. Trouve Emma. Nous, on va sécuriser la salle des ordinateurs. Il semble impossible d’installer ce virus sans Emma. - Ton partenaire ne peut pas le faire ? - Je pourrais… répondit Otacon. Mais le système de sécurité de ce truc, ça rigole pas. J’aurais besoin de beaucoup de temps. - Donc nous avons vraiment besoin d’elle, ajouta Snake. - Compris… je vais faire en sorte que vous l’ayez, votre petite réunion de famille. Hal émit un bruit étrange, comme s’il était effrayé par ces retrouvailles futures. - Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Jack comprenant que quelque chose clochait. - Tant d’années ont passé… - Donc, tu ferais mieux de la voir, pas vrai ? tenta de raisonner Raiden. - Je n’ai pas le droit de la voir… - On verra ça plus tard ! coupa Solid agacé. Désactivant son Codec, l’espion se remit en route. Il prit la porte qui coulissa automatiquement lorsqu’il s’approcha, le passe reconnu par l’engin, et dut à nouveau traverser un couloir submergé. Emma était-elle dans l’une de ces pièces, morte noyée ? Il n’y avait qu’une sortie au nord. Il s’agissait d’un escalier montant. C’était normalement là-haut, hors de l’eau, que se trouvait le vestiaire. Raiden se dirigea donc vers le nord, et son attention fut alors attirée par quelques lucarnes à hauteur du plafond, qui donnaient justement sur une pièce au nord. Il jeta un œil et crut distinguer une forme humaine au fond de la salle, assise. Toutefois la saleté de l’eau pouvait tromper sa vision. Il s’empressa d’emprunter
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l’ultime partie du couloir et sortit de l’eau au sommet de l’escalier, reprenant son souffle quelques secondes. Il fit quelques pas lentement, sans bruit, vers la porte devant lui. Elle coulissa. La pièce était spacieuse. Aucun mobilier. Aucune décoration. Un sol et des murs gris. Seuls le nœud à l’entrée et les casiers au fond de la pièce en demi-cercle contre les murs de la moitié nord de la salle donnaient une raison d’exister à cet endroit. Raiden observa longuement la rangée de cases au Nord. Ce qu’il avait pris pour une forme humaine par la lucarne de toute à l’heure, qui était au bas du mur sud du vestiaire, n’était qu’une veste qui dépassait de son casier. Jack savait que la programmeuse se trouvait dans l’un d’eux. Il ne pouvait croire qu’elle ait pu sortir de cette pièce par elle-même. Il posa sa main sur le nœud et le radar se mit en marche ainsi que le plan de cette zone nord de l’étage. Le radar indiquait que quelqu’un portant des Nanomachines se trouvait deux casiers à gauche de celui d’où dépassait le manteau.
Chapitre VII : Réunion de famille Jack dégaina son Socom et fit quelques pas lents et silencieux vers le casier. Il était probable qu’il se soit agi d’un piège. D’un geste rapide, il saisit la poignée de la porte métallique et la fit coulisser de côté. Son réflexe lorsqu’il vit et entendit une voix féminine crier de surprise et de peur, fut de pointer son arme vers elle, lui-même surpris par le cri. Emma se mit à trembler de tout son corps, se cachant le visage, assise la tête entre les jambes. Raiden n’avait pas eu le temps de ranger son Socom qu’une tâche d’urine se dessinait déjà sur la moquette à l’intérieur du casier ainsi que sur le short noir de la programmeuse. Elle portait un pull rouge clair, avec les manches noires, et de petites bottes rouge assorties. Jack tenta de la calmer en lui demandant si elle allait bien. Elle releva la tête, inquiète, et regarda celui qui l’effrayait tant dans les yeux. Ses cheveux étaient bruns et courts, coiffés d’une étrange façon grâce à des barrettes de laque. Elle avait ainsi une frange qui s’arrêtait au niveau des sourcils, et derrière, une sorte de chignon. Ses yeux étaient bleus ou gris, et les verres de petites lunettes très ovales horizontalement se trouvaient devant eux. Je pense qu’elle ne devait pas avoir plus de dix-huit ans. Il ne faisait aucun doute qu’elle ressemblait, par certains de ses traits, à Otacon. « Qui êtes-vous ? », demanda Emma. - Raiden. Je vais te sortir de là ! - Me… vous mentez ! Où allez-vous m’emmener cette fois ?! lança-t-elle reculant au fond du casier pour échapper au regard de l’autre. - De quoi tu causes ? Je suis là pour t’aider ! Silence. Cette pause donna à Jack l’idée d’utiliser la nanocommunication. Il lui dit qu’il allait lui prouver ce qu’il avançait, et lui demanda si elle avait des nanomachines, bien qu’il connaissait déjà la réponse. Quelques secondes plus tard, il la contactait grâce au codec. « Tu m’entends ? ». Emma n’était pas tout à fait convaincue. Bien que ce type étrange
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avait des nanomachines… Etait-il réellement venu la sauver ? « En fait, j’ai besoin de toi pour stopper l’Arsenal Gear. On m’a dit que tu étais la seule à en être capable. ». Elle lui demanda qui lui avait dit cela. Un grondement sourd se fit entendre, très bas. Jack répondit qu’il s’agissait du Président. « Vraiment… » répondit la sœur d’Hal, sceptique. Le sourd bruit s’intensifiait. Il émanait des murs du vestiaire. Raiden expliqua qu’il avait besoin qu’elle l’accompagne jusque la Shell 1. Que son frère l’y attendait. « Mon frère ? » répéta Emma. Un énorme « boum » retentit autour des interlocuteurs qui sursautèrent d’un même mouvement. - Allez, il faut qu’on y aille ! Cet endroit sera bientôt inondé ! lança Jack. Il tendit la main à la jeune fille qui hésita avant de la saisir fermement et de sortir du casier. Elle semblait avoir du mal à tenir debout, Raiden resta donc vigilant. Ils se fixèrent l’un et l’autre l’espace d’un instant, quand soudain les joints aux angles de la pièce explosèrent en un vacarme terrible leur faisant perdre l’équilibre. « On ferait mieux de se bouger ! » avait lancé Jack. Hélas, le regard d’Emma à l’instant où il avait croisé l’eau qui commençait à pénétrer en masse dans la salle s’était figé en une expression d’horreur. L’espion comprit qu’il serait finalement difficile de la faire sortir et ses espoirs qu’elle n’ait en réalité aucune phobie s’envolèrent. Se tenant à lui, elle dit d’un voix tremblante : « Je ne sais pas nager… laisse-moi… » sa voix partit en sanglots. Jack répliqua que si. Elle savait nager. Et elle aimait même cela, autrefois. « Comment le sais-tu ?! » demanda E.E surprise. Raiden répondit que c’était le frère de la jeune fille qui le lui avait dit. Elle comprit alors qu’il était vraiment sur la structure. « Il est venu pour te sauver ! ». Puis après quelques secondes de réflexion elle lança qu’elle n’y croyait pas. Jamais Hal n’aurait levé le petit doigt pour elle. - Je te dis qu’il est ici en train de nous attendre sur la Shell 1 ! répéta Jack agacé.
- Non ! hurla-t-elle. Il nous a abandonnées ma mère et moi… au moment où nous avions le plus besoin de lui. Après la mort de mon père, il s’est mis à ne plus penser qu’à lui-même. - Emma, nous pourrons voir ça plus tard, mais d’abord nous devons sortir de là ! - Non ! cria-t-elle à nouveau. Je déteste l’eau ! Ce n’est pas la peine, je ne sais pas nager ! Je ne sais pas nager ! Le niveau de l’eau grimpait doucement mais sûrement et leurs chevilles étaient désormais submergées. Emma fixait l’eau à ses pieds, ne pouvant en détacher le regard, effrayée. - Tu vas le faire ! - Je ne peux pas ! - Allez ! Au fond de toi, tu sais que tu en es capable ! - Je ne peux pas ouvrir les yeux sous l’eau. Et tout ce bleu… l’eau… elle veut me prendre… elle ne me laissera pas sortir ! - Très bien. Alors ferme les yeux. Je te guiderai. - Je… on m’a injecté quelque chose, s’excusa-t-elle. M… mes jambes… je… j’ai du mal à les bouger. - Ecoute, Emma. Retiens simplement ta respiration. Je me charge du reste. Nous ferons une pause à la chambre filtrante.
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- Et… tout ce que j’ai à faire, c’est retenir ma respiration… ? - Exact. - Combien de temps ? - Pas très longtemps… Inquiète, elle lui demanda s’il était sûr de ce qu’il avançait. Il la rassura alors qu’elle disait qu’elle n’était pas bonne en ce qui concerne la respiration. « Ecoute, Emma. J’ai une idée. Pose ton oreille contre la poitrine, et écoute mes battements cardiaques. » lui dit-il. Il ajouta qu’elle devrait compter les battements et ne penser à rien d’autre, et qu’une fois à cent, elle pourrait ouvrir les yeux et serait de l’autre côté. Si la respiration lui manquait, elle lui ferait un signe afin qu’il nage plus vite. La lucarne au sud explosa laissant entrer toujours plus d’eau. Le niveau grimpait à présent à une vitesse alarmante et Raiden se pressa d’aider Emma à atteindre la porte. Celle-ci s’ouvrit, laissant sortir quelques litres d’eau, puis se referma. La sœur d’Otacon tremblait de tout son corps, face à l’eau dans laquelle elle était sur le point de plonger. Sans un mot, elle se colla au dos de Jack et entoura son cou de ses bras, le tenant fermement. Raiden descendit de quelques marches, jusqu’à ce que l’eau leur arrive au cou. Ils étaient sur le point de plonger. La voix tremblante d’Emma qui se serrait le plus possible contre Jack dit qu’elle fermait les yeux. « Respire profondément. Un… deux… Tr… » - Attends ! coupa E.E. Raiden lui demanda ce qui se passait. Elle voulait simplement qu’il la laisse enlever ses lunettes. D’une main elle les rangea dans une poche. Jack lui conseilla de porter des lentilles de contact et elle répondit que ses yeux allaient très bien, ajoutant devant le regard interrogateur de son interlocuteur qu’elle ne les portait que pour faire son intéressante. Raiden intrigué lui demanda si elle essayait d’être différente des autres filles. Ce n’était pas le cas. Emma aimait les lunettes. Et… un type qu’elle aimait bien autrefois en portait… « Ton premier petit ami ? » proposa Raiden sans réfléchir. - Non. Quelqu’un de plus important. En tout cas, elles me portent bonheur. - Je vois… Bon, en route. Cette fois, pas de compte à rebours, Raiden en avait assez de perdre son temps ici. Il voulait quitter au plus vite cet étage froid et humide. Le soleil – qui d’ailleurs devait être sur le point de commencer à se coucher – lui manquait. Nageant rapidement et souplement, retrouvant sa route et jetant de temps à autres un œil au radar afin d’assurer ses choix de direction, il atteignit à la pièce où il avait tué pour la seconde fois Vamp en un peu plus d’une minute. Emma tremblait toujours lorsqu’ils s’assirent à terre, assez loin du bassin central que Raiden ne pouvait se résigner à quitter des yeux, inquiet. Il s’aperçut alors que c’était la première fois de la journée qu’il effectuait une pause et cela le soulagea amplement. E.E semblait encore terrifiée de la traversée qu’elle venait de réaliser. Elle était de nouveau assise la tête entre les jambes, tremblant tant bien de froid que de peur. Relâchant sa surveillance du bassin, Jack la regarda à sa gauche. « Tu t’en es très bien sortie. ». Elle répondit qu’elle s’était comme convenu concentrée sur ses battements cardiaques… cela lui avait rappelé mon enfance. Elle prit ses lunettes dans ses mains et les fixa quelques secondes, silencieuse. Pour elle, ces lunettes représentaient son frère. Elle allait le revoir d’ici peu. Cela l’inquiétait, certes, mais elle avait au fond toujours rêvé de ces retrouvailles. Hal n’avait pas pu devenir si mauvais. Elle se souvenait l’époque où son frère la portait sur son dos. Elle dormait, son oreille contre lui. Elle pouvait entendre son cœur battre. Elle en fit part à Raiden, qui lui dit qu’il avait l’impression qu’ils étaient très proches. Et ils l’étaient, à l’époque. Ils étaient tous deux issus du second mariage de leurs parents. Où que son frère aille, elle le suivait. Il n’avait aucun ami proche, alors il s’occupait d’elle. Et ils avaient tous deux tant besoin d’amour qu’ils « faisaient semblant ». Son visage prit un air nostalgique, et Raiden lui demanda ce qu’elle voulait dire par « faire semblant ». Elle répondit qu’ils jouaient
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au papa et à la maman. Son frère était le mari, et elle était la femme. Mais ce n’était naturellement que du cinéma, ils n’étaient que des enfants. Jack n’avait jamais eu de famille. Mais il pensait comprendre ce que voulait dire Emma. Le codec de Raiden sonna alors. C’était le Colonel. Il lui demanda quelle était sa situation. « Colonel ? » demanda l’autre toujours surpris des expressions si carrées de Campbell. « Je suis avec Emma Emmerich. Nous avons réussi à échapper à la noyade. » - Bien joué ! Amène-la au noyau de la Shell 1, maintenant. - Maintenant que j’y pense, la tâche risque de s’avérer difficile. La passerelle de connexion entre les deux Shells est impraticable… - Il reste un moyen. - Pardon ? demanda Jack creusant sa mémoire : il se souvint alors. Oui ! Cette Olga Gurlukovich a dit qu’elle rejoignait la Shell 1 en passant par la barrière flottante. - Tu devrais pouvoir descendre au niveau de la barrière flottante en passant par l’Etai L. Maintenant, en route. - Bien reçu ! répondit Jack reconnaissant. Il contacta alors Solid qui l’informa que lui et Otacon venaient d’infiltrer la salle informatique du noyau. Raiden lui dit qu’il était avec Emma et qu’ils étaient en route. « Bon boulot », répondit Hal soupirant de soulagement. La Shell 1 avait été désertée. Visiblement, tout le monde était sur l’Arsenal, d’après Snake. Otacon avait examiné le système, mais il ne pouvait rien faire. E.E était leur seul espoir. « Bien, alors je vous mets en contact. », dit Jack. - Hein ? Euh… E.E ? C…comment ? - J’utiliserai mon codec comme relais. - Euh… fit de nouveau Otacon avant de s’éclaircir la voix visiblement paniqué et peu sûr de lui. - La voilà, annonça Raiden. - Euh… Hal ? demanda-t-elle prudente. - E.E, c’est bien toi ? bredouilla le partenaire de Snake. - Hal… - E.E… euh… pourquoi as-tu travaillé sur le projet Metal Gear ? demanda Otacon tentant de prendre un ton suffisamment autoritaire pour gronder sa petite sœur. - Hein ?! - Tu connaissais notre sombre arbre généalogique et tu t’es quand même engagée ?! Ça va pas la tête ? - J’aurais dû m’en douter… se lamenta Emma. - Réponds-moi ! pourquoi répètes-tu les mêmes erreurs ? Ne sachant que dire, E.E lança qu’elle voulait le blesser, qu’elle voulait le voir souffrir, qu’il l’avait abandonnée. Hal nia et ajouta que ce n’était pas ce qui était arrivé. « Ok, ça suffit ! » intervint Snake. Emma demanda qui il était et le serpent répondit qu’il était un ami d’Otacon. Elle répéta ce nom en chuchotant, l’entendant pour la première fois depuis des
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années. « Assez de ces rivalités stupides entre frère et sœur », reprit Solid. E.E répliqua que ce n’était pas ce dont il s’agissait. « On n’a pas le temps pour ça ! Raiden ! amène-la ici, maintenant. » - Je… je… bredouilla Emma. - Compris, répondit Jack toujours en accord avec la légende et lui faisant presque aveuglément confiance. - Tous nos adversaires ou presque sont sur l’Arsenal, mais sois prudent. Assure-toi qu’Emma arrive en un seul morceau. - Raiden, prends soin de ma sœur, demanda Otacon. - T’en fais pas, je l’amène. Quelques secondes plus tard, Jack traversait la porte suivante avec E.E. Il eut l’impression qu’un danger le guettait dans la salle qu’il laissait derrière lui. Vamp ? Il jeta un œil, mais ne remarqua rien de suspect. Emma fixait la surface de l’eau, qui avait atteint la plus haute marche de l’escalier. Raiden l’extirpa alors de ses pensées. « Le Président m’a remis ce disque », lui dit-il. « Il est censé contenir un virus capable de corrompre le système d’exploitation de l’Arsenal Gear. Nous avons besoin de toi pour… ». Emma le coupa en voyant le disque. C’était son programme ! Elle demanda pourquoi le Président le lui avait donné. Quelque chose lui était-il arrivé ? Jack baissa la tête et rangea soigneusement le disque dans sa combinaison. Il revoyait la scène. Johnson tentant de le forcer à lui tirer dessus, l’étrange action d’Ocelot… « Le Président… il est mort… » annonça Jack honteux de ne pas avoir su le protéger. « C’est donc toi qui a écrit ce virus ?! ». Elle confirma. Le virus fonctionnait comme une colonie de vers. C’était en fait un programme autonome fonctionnant en différé, conçu pour envahir le système cérébral du GW et rendre ses liaisons nerveuses inertes… Devant l’air surpris de Raiden, Emma lui demanda s’il n’avait pas perdu sa langue. « Désolé… Je… Et les Patriotes ? tu en as entendu parler ? », demanda-t-il perdu dans ses pensées. Emma répondit par l’affirmative, mais précisa qu’elle ne savait que ce qu’on avait daigné lui raconter. Raiden lui demanda timidement si elle pouvait lui dire ce qu’elle savait. - Hm… bien sûr… mais je ne saurais pas par où commencer… - Bien… répondit Jack contactant alors E.E sur le Codec par mesure de sécurité. Le Président lui avait dit que l’Arsenal Gear était la clé de la suprématie des Patriotes. Emma semblait plutôt en accord avec ces dires. Selon elle, il s’agissait d’un système géant de traitement de données, capable de contrôler toute information, et ce sur le plan mondial. Ce système était un mécanisme social conçu pour permettre aux Patriotes de garder le contrôle. Raiden répondit qu’il était perdu. Emma lui expliqua qu’à cette époque, les informations fusaient des quatre coins du globe et étaient distribuées librement, sans contrainte. Des informations variées, rassemblées sur des serveurs utilisant des réseaux de communication des plus rapides et recourant à la technologie P2P (Peer to Peer), circulaient à une vitesse folle entre chaque individu. En fait, on pouvait dire que ce système de communication était chaque jour ou presque plus rapide que la veille. Les Patriotes semblaient effrayés par ce développement et pensaient apparemment courir le risque de passer du statut de dominants, à celui de dominés. Jack manifesta à nouveau son incompréhension. - Voyons quel exemple je pourrais te donner… chercha Emma. Tu es au courant que Solid Snake mène une action anti-Metal Gear, non ? - Ouais, je me le suis laissé entendre… répondit évasivement Raiden. - Cela représente une infime partie des informations non-contrôlées. Je peux te garantir que les Patriotes ne voulaient en aucun cas faire de publicité à Solid Snake. Maintenant, écoute ça et réfléchis-y. Les scandales politiques, la corruption commerciale… Jusqu’à maintenant,
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les Patriotes étaient capables d’étouffer ces affaires, et tout ce qui pouvait leur être bénéfique. Mais le système qui est actuellement en leur possession n’est plus capable de contrôler efficacement les flux d’information générés par les particuliers. Grâce au nouveau système, ils pourront à leur guise filtrer les informations digitales ou numériques. Les données de haut niveau sont classées par ordre d’importance, obéissant à un niveau de sécurité précis, et peuvent être effacées si besoin est… sans que le publique n’ait même pu les entrevoir. En supprimant ce genre d’informations, les Patriotes étaient en mesure de modeler l’Histoire à leur guise. Raiden était persuadé qu’un jour, quelqu’un s’en apercevrait. Mais Emma lui fit rapidement oublier cette idée : la mémoire et la durée de vie des gens étaient extrêmement limitées. A l’inverse, les informations numériques étaient presque éternelles et ne se détérioraient pas. Par exemple, l’alphabet comporte vingt six lettres. Il aurait pu en comporter trente. Et si un programme contrôlait les quatre lettes effacées ? - Impossible ! répondit Jack comprenant l’ampleur de ce pouvoir. - Non ! Et d’ailleurs, un processus similaire est déjà en place. Sais-tu combien nous avons de gènes ? - Environ trente à quarante mille ? - Bien, c’est ce qui a été annoncé à la fin du siècle dernier . Mais en fait il y en aurait cent mille d’après la théorie originale émise par la communauté scientifique de l’époque. Les informations concernant les soixante mille autres gènes ont été supprimées par les Patriotes. - Non… répondit simplement Raiden perdu. - Pourquoi pas ? répondit Emma d’un ton amusé. Comment le saurais-tu ? Tu sais à quoi un gène ressemble, toi ? Tu les as compté toi-même ? - Il y a des organismes de recherche… - Bien sûr ! mais leurs rapport ont déjà connu quelques modifications, et ils commencent euxmêmes à croire ce qui est dit dans ces rapports truqués. Le système GW est un moyen pour les Patriotes de choisir ce qui sera écrit dans les livres d’Histoire. - Donc, ce dont nous parlons, c’est d’un énorme système de censure, qui trie et efface les informations qui pourraient être nuisibles aux Patriotes ? - Exactement ! Le noyau physique actuel assurant ces fonctions, le GW, est installé dans l’Arsenal. C’est le seul système au monde à être doté d’une intelligence artificielle neuronale optique, dont la capacité de traitement parallèle atteint neuf cent quatre-vingt trillons d’octets. Raiden dit qu’il supposait qu’être spécialiste en intelligences artificielles et logique complexe avait dû jouer un rôle significatif dans la sélection d’Emma pour le projet. Elle ne daigna pas lui répondre et soupira, et Jack comprit après quelques secondes qu’il devait en réalité exister des tas d’autres raisons. Puis il lui demanda si l’Arsenal Gear avait comme il le pensait été créé dans le but de protéger le système GW. La réponse fut affirmative. L’Arsenal était armé de bien des choses, armes nucléaires comprises. Il était également équipé de défenses anti-cyberterrorisme. Sur le plan physique comme sur le plan logique, aucune forteresse n’aurait mieux su garder le système GW que l’Arsenal Gear. Raiden demanda : « Mais… l’intelligence artificielle est-elle vraiment capable de tout contrôler ? ». Emma répondit que non. Le GW n’était que le noyau du système. Il ne servait qu’à sélectionner quelles données supprimer. Le sous-système qui exécutait les tâches existait dans leur structure sociale. - Quoi ? demanda Raiden ne comprenant pas. - Te souviens-tu de la panique dans l’industrie informatique à la fin du siècle dernier ?
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- Tu parles du Bug de l’an 2000 ? - Exact. Si tu te souviens, notre gouvernement avait fourni au monde un programme anti-bug, faisant ainsi tourner Internet à plein régime. Ce programme a été donné à toutes les organisations gouvernementales, et à tous les organismes clés du monde. Ce même programme a été inclus dans un système d’exploitation distribué au public. - Laisse-moi deviner. La protection contre le Bug de l’an 2000 contenait un programme conçu par les Patriotes ?! - Oui ! et tout ce qui est distribué depuis ce jour contient le même programme. - Impossible ! - Sais-tu comment fonctionne un ordinateur ? Connais-tu vraiment les principes de base concernant l’échange de données ? Personne ne le sait, mais il y a un sous-système qui a été mis en place. Et il est sur le point d’être activé. - Est-ce pour cette raison que Solidus veut anéantir tous les circuits électriques de Manhattan avec une frappe nucléaire ? - Probablement… Mais le système n’est pas encore opérationnel. Il lui manque toujours les facteurs nécessaires au jugement de situations. J’ai entendu dire qu’ils comptaient réaliser une expérience d’importance ces prochains jours, pour donner au GW des données complexes à étudier. Hm… et cette prise d’otage intervient… - Emma, ce n’est pas ta faute. C’est celle des terroristes. - Ouais… tu as raison. Bon, je crois avoir dit tout ce que je savais. - Bien… merci. Je pense qu’on ferait mieux de se diriger au plus vite vers la salle informatique, maintenant. Emma sursauta. Son oiseau, dans la salle des ordinateurs. Allait-il bien ? Raiden lui demanda s’il s’agissait de cette perruche bruyante. Elle le corrigea en lui disant qu’il s’agissait d’un perroquet. Il était son meilleur ami. Son seul ami. Elle fut soulagée d’entendre que l’animal se portait bien. Elle dit alors « Dans l’ancien temps, les mineurs emmenaient des canaris avec eux pour détecter les gaz toxiques… ». Cet oiseau ne servait pas à cela. Emma avait simplement besoin de quelqu’un à qui parler. « Bon, je crois qu’on ferait mieux de se dépêcher », rappela Raiden. « La distance à traverser est plus longue cette fois. Quoi qu’il arrive, n’ouvre pas les yeux. Il y a un cadavre… c’est pas beau à voir. ». Amusé, il remarqua un détail. Qu’étaient ces bâtons, dans les cheveux d’Emma ? Elle lui répondit qu’il s’agissait de bâtons laqués, permettant de maintenir les cheveux. Ils étaient très prisés en Europe et en Amérique du Sud. La mode n’était pas le fort de Raiden. Il ajouta qu’E.E était mignonne en plus d’être intelligente. « Oh ! je suis bien plus que « mignonne » ! » taquina-t-elle Jack. Ce dernier, gêné devant l’air étrange d’Emma qui ne lui donnait rien de « bien plus que mignonne », préféra répondre qu’il était grand temps de partir. E.E entoura son cou de ses bras fins, et il commença à descendre l’escalier, s’immergeant un peu plus à chaque pas. Emma ne l’avait pas fait savoir, mais le fait de passer devant un cadavre l’horrifiait. La traversée lui parut longue, terrible. Rongée par la curiosité, elle se risqua à ouvrir les yeux à deux reprises. La première, elle ne vit qu’un plafond effondré, totalement détruit, dans une pièce à l’aspect chaotique. La seconde, il y faisait trop sombre pour qu’elle puisse voir quoi que ce soit. Raiden n’était pas tout à fait libre de ses mouvements, avec ce poids sur son dos, bien qu’Emma soit légère de base, et plus encore sous l’eau. Malgré tout, après quelques minutes durant lesquelles Jack s’était remémoré le plan du bâtiment alors qu’ils reprenaient leur souffle dans quelque poche d’air au plafond, ils se trouvèrent enfin devant
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l’ascenseur qui les ramènerait à la surface. Emma remit alors ses lunettes. Des insectes, ces sortes de blattes que Raiden avait remarquées à plusieurs reprises et qui semblaient apprécier les lieux humides, les séparaient de la cage. Bien sûr, E.E refusa d’avancer. C’est donc de force que Jack la traîna à travers ces répugnantes bêtes qui ne leur firent aucun mal autre que celui de salir leurs chaussures mouillées, écrasées sous leurs pas. L’espion ne savait trop comment procéder. Devait-il laisser Emma dans l’ascenseur, seule, tandis qu’il s’occupait des sentinelles de la zone ? Devait-il l’emmener avec lui et attaquer les gardes les uns après les autres ? Il opta pour la première solution. Aussi rapide que l’éclair, il endormit à l’aide de son M9 les trois gardes de l’étage. Puis il retourna chercher E.E, la tenant par la main, ses jambes étant visiblement toujours engourdies. Ils sortirent sur la passerelle extérieure. Le soleil commençait à se coucher, et le ciel orangé gagnait en beauté de seconde en seconde. Jack allait utiliser la barrière flottante entre les Etais L et E. C’est alors que surpris il ne put que maudire Solidus d’avoir bombardé la Big Shell avec le Metal Gear Ray. Ils étaient bloqués par un nid de flammes qui dansaient là, sur le chemin, entre eux et la porte d’entrée de l’Etai L. Ils ne pouvaient se résoudre à attendre que le feu daigne s’éteindre. Raiden sursauta alors, surpris par une sensation étrange et un bruit légèrement sourd. Le téléphone cellulaire vibrait. Il le prit dans sa main, et consulta le message que l’on venait de lui envoyer. « Utilise le vaporisateur de réfrigérant ». Surpris, il observa chaque élément autour de lui. Rien n’indiquait que Mr X pouvait se trouver là. Il appréciait tout de même l’idée. Il sortit le vaporisateur qui lui avait permis de geler les bombes, et le pointa vers les flammes. Il pressa la gâchette aussi fort que possible, et après quelques dizaines de secondes, le feu se calma, diminuant à vue d’œil, jusqu’à ne plus être qu’un tas de braises chaudes et fumantes. Il se pressa de prendre la main d’Emma et de traverser. Le feu reprendrait sans doute bientôt. E.E entendit Raiden jurer et cogner contre une porte. Cette dernière était de sécurité 5… mais il n’avait pas de carte de niveau 5… « Tu abandonnes déjà ? » demanda Emma amusée. Elle retira quelque chose de sa poche et, souriante, le tendit à Raiden qui avait le dos tourné. « Tadaaa ». Surpris, Raiden vit entre les mains de la jeune fille une petite carte, de la taille d’une carte d’identité. - Impressionné ? demanda-t-elle toujours amusée. - Tu aurais dû me dire que tu avais ça sur toi. - En fait, je viens seulement de m’en rappeler… Ils pénétrèrent dans l’Etai L, qui n’était pas gardé… tout le monde ou presque était désormais à bord de l’Arsenal. Après quelques minutes de recherche, ils trouvèrent un sas derrière lequel se trouvait une trappe. Emma regarda Raiden l’ouvrir avec difficulté, et à l’instant où il eut achevé de le faire, un puissant vent qui ne demandait jusqu’alors qu’à pénétrer le bâtiment s’engouffra par l’embouchure. Elle vit alors l’expression gênée de l’espion, qui releva la tête. « Emma… j’ai une question à te poser… ». E.E n’appréciait que très peu l’air de son sauveur. « Quoi donc ? » demanda-t-elle. Il lui demanda ce que suscitaient les hauteurs chez elle. - Je n’aime pas trop les hauteurs. Mais ça n’est pas pire que l’eau. Pourquoi ? - Eh bien, nous devons descendre une échelle… - Quelle hauteur ? - Hm, pas très bas… - J’ai l’impression qu’on a déjà eu cette conversation. A quel point « bas » est-il bas ? - Environ quarante mètres… tu penses y arriver ? Comment vont tes jambes ?
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- Un peu mieux, je devrais pouvoir descendre toute seule, dit-elle rassurant ainsi Raiden. - Ok, suis-moi ! J’y vais le premier. Jack attrapa le premier barreau, le plus haut, de sa main droite. Puis il posa le pied quelques barreaux plus bas, et il entreprit sa descente dans un petit tunnel vertical d’abord, sur cinq mètres environ, avant d’atteindre la partie extérieur de l’échelle. Emma se débrouillait plutôt bien. Elle descendait certes barreau après barreau, lentement, mais elle descendait. Régulièrement, Raiden faisait des pauses pour l’attendre. Il leur fallut plusieurs minutes pour atteindre le sol, la base de l’énorme pilier qui soutenait l’Etai L. Le premier réflexe d’Emma fut de remarquer émerveillée le soleil couchant. Il était magnifique. « Si on ne se dépêche pas, on n’en verra plus d’autre. », lui rappela Jack. L’énorme sphère orangée semblait approcher lentement la surface de l’eau, boule de feu qui s’éteignait au fur et à mesure qu’elle pénétrait l’océan. Autour des différents piliers qui séparaient le pont, qui flottait à la surface, en plusieurs parties, quelques gardes patrouillaient. Des Cyphers armés volaient également çà et là. Jamais ils ne réussiraient à passer sans être vus. Ce pont flottant semblait juste assez solide pour une personne… Il demanda à Emma combien elle pesait. « Tu veux savoir mon âge, aussi ? » plaisanta-t-elle. « Si tu y vas seule, je crois que tu pourras traverser », affirmat-il n’aimant pourtant pas l’idée avant de contacter Snake. « Ici Raiden, tu me reçois ? ». - Ouais, qu’est-ce qu’il y a ? demanda Solid. L’agent de FoxHound lui exposa la situation. Le serpent préconisa d’utiliser son PSG1 et de jouer les snipers. Séduit, Raiden ajouta qu’il voyait relativement bien les cibles de sa position. Il couvrirait Emma durant sa traversée. Snake allait quant à lui se diriger au plus vite au bas de l’Etai E afin d’y réceptionner la sœur de son partenaire. Jack avait connu une situation similaire en Réalité Virtuelle. Un exercice en simulation avancée de niveau 4, avec un PSG-1. Solid répondit à cela que c’était mieux que rien, du moins il le supposait… « Arrange-toi pour ne pas tirer sur Emma. Ils sont en train d’embarquer sur l’Arsenal, donc le niveau de sécurité est faible. Toutefois, ça ne veut pas dire que ce sera facile. Bon, je pars pour l’Etai E. » Alors que Raiden expliquait à la sœur d’Otacon inquiète ce qu’ils projetaient de faire, Snake se mit à courir vers l’ascenseur du noyau. Il appuya sur le bouton pour le premier étage, d’où il pourrait sortir et rejoindre l’Etait E, et arma son sniper durant la descente. C’est alors qu’il sentit quelque chose bouger au-dessus de lui. Il releva la tête et n’eut le temps que de voir une combinaison aux teintes blanches, orangées et bleues fondre sur lui violemment. La porte de l’ascenseur s’ouvrit alors et, sonné, il rampa vers l’extérieur. Il entendit une voix étrange lui parler, mais le choc l’avait totalement assourdi et il ne put rien comprendre. Lorsque sa vision devint moins trouble, il crut d’abord rêver. Gray Fox ? Non, ce ne pouvait être lui. Le Ninja s’avança vers Snake, katana à la main, et lui asséna un coup de pied en plein ventre. Le souffle coupé, Solid se força à se relever, sachant que sa survie en dépendait. La forme trouble du Ninja avait disparue. Reprenant ses esprits, Solid sortit son M4 et le pointa devant lui. Avait-il rêvé ? Bien sûr que non. Il saignait à la tête. Il pouvait sentir le sang chaud couler le long de sa nuque. Il ne vit qu’une lame s’abattre et son arme fut coupée en deux. Il la lança vers le visage casqué de l’inconnu et lui asséna un violent coup de poing dans les côtes, qui manqua de lui briser les phalanges tant la combinaison de l’adversaire était dure. « Qui es-tu ?! » demanda Snake. Le Ninja sauta et disparut. Sa voix, portant cet accent russe, raisonna alors dans le couloir tout entier. « Je veux prendre ce que tu as volé à mon père. Je veux prendre ce que tu as volé à tant de gens qui ne le méritaient pas ! Je veux prendre ta vie, Solid Snake ! ». Du manche de son katana, l’adversaire frappa le dos de Snake qui tomba en avant sous le choc. L’espion dans cette position balaya le sol de sa jambe, faisant tomber le Ninja à la renverse. Il s’agenouilla sur son adversaire, un genou sur sa gorge et lui tenant les bras d’une main, puis appuya sur le bouton qui découvrirait son visage sous son casque. Quand il reconnut cette personne, il comprit alors et dit : « Alors, spetznaz, on veut faire la maligne ? ». Cette dernière fit remonter ses jambes et en entoura le cou de Solid, le faisant passer au-dessus d’elle. Elle allait se relever mais le serpent fut plus rapide et la bloqua contre le mur.
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Raiden tremblant avait déjà abattu la plupart des engins volants ainsi que trois gardes. Emma avait atteint le premier cinquième du pont, qui formait un demi-cercle. Le temps était long, et à chaque pas de sa protégée, Jack était plus inquiet. Quelque chose le tracassait, bien qu’il n’eut su dire de quoi il s’agissait. Snake n’avait toujours pas atteint son poste, et cela aussi le perturbait. Le pont étant très fin, la sœur d’Otacon manqua plus d’une fois de tomber à l’eau. Elle se sentait à l’abris sous l’œil de Raiden, mais elle avait également l’impression que quelqu’un ou quelque chose l’épiait à chaque instant. Elle sursautait au moindre mouvement autour d’elle, et c’étaient bien souvent de simples mouettes qui la faisaient paniquer. Parfois l’explosion d’un Cypher pouvait également manquer de la faire hurler. Jack s’en était plutôt bien sorti jusqu’ici. Snake courait, essoufflé, ses membres endoloris obéissant malgré eux. Il avait perdu du temps. La formation douteuse de Raiden ne suffirait peut-être pas à protéger Emma. Quelques minutes plus tard, il avait atteint sa position et pointait son PSG-1 vers les gardes les plus proches tout en prévenant celui qu’il voyait comme un bleu de son arrivée. Ce dernier soulagé ne relâcha toutefois pas son attention. Emma avait désormais atteint le troisième cinquième du pont. Le soleil quant à lui n’était plus qu’une demi sphère énorme qui éblouissait Jack. Pourtant, il se forçait, se brûlant les yeux, à surveiller la sœur d’Hal. Emma était à présent très proche de l’Etai E. Solid se trouvait comme Raiden sur une petite passerelle en hauteur. Elle avait atteint le parfait centre du soleil quand Jack sursauta. Dans son viseur, il avait entrevu l’espace d’un instant une forme tomber vers la fille. C’était lui. Debout sur l’eau, Snake le reconnut de suite. Son couteau à la main, Vamp se trouvait juste entre le viseur de Raiden et Emma. Un instant plus tard, après un saut périlleux arrière, il tenait la jeune femme en otage. Son couteau sous sa gorge, il se tourna vers Jack et le regarda droit dans les yeux, aussi loin se trouvait-il. Il lui montra son poignard le tendant vers le ciel, riant de son rire froid alors que la sœur d’Hal se débattait, et passa la lame derrière le dos d’Emma, de telle sorte que Raiden ne la vit plus. Sans réfléchir, il tira. La balle avait atteint le vampire en plein front une fois encore, pénétrant le trou que la précédente avait déjà creusé. La puissance du tir le fit voler en arrière, et, hurlant, il tomba à l’eau. Jack surveillait la surface tout en gardant un œil sur Emma. Celle-ci semblait sous le choc. Elle se tourna vers Snake, là-haut. Il semblait si loin. Sa vision se troublait à mesure qu’elle sentait le liquide chaud se répandre dans son dos comme sur son ventre, tâchant son pull de rouge. Elle titubait. Elle se devait d’installer le virus… c’était son rôle… Ses jambes fléchirent, elle perdit l’équilibre, et tomba inerte sur le pont. A peine avait-elle heurté le sol que Solid s’était déjà levé, son cœur cognant dans sa poitrine, abandonnant là son fusil, et courant aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Jack était vidé. Perdu. Il avait échoué. Il vit Snake arrivant au bord de la passerelle qui tanguait sur les flots abattre un Cypher qui s’approchait. Il se pencha pour vérifier la respiration de la sœur de son ami tout en vérifiant ses battements cardiaques. Raiden se releva et laissa tomber son fusil, dépité, prenant une grande inspiration. Il ne voyait plus que l’énorme sphère orangée en face de lui, la voix d’Emma résonnant dans sa tête : « Ce coucher de soleil… il est magnifique ! ». Snake prit le corps inerte sur son dos et partit vers l’Etai E en courant délicatement mais rapidement.
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Chapitre VIII : Le GW. - Emma a été poignardée, dit Solid par sa radio tout en se dirigeant vers la salle informatique. - Quel salaud… répondit Jack en rage. - C’est grave ?! demanda Otacon fou d’inquiétude que Snake avait également appelé. - Elle est consciente. Mais le sang coule à flot... Je la ramène tout de suite. - E.E… fit Hal. - Raiden, fit Solid une fois qu’Otacon eut coupé son Codec, apporte le disque aussi vite que possible ! J’ai bien peur qu’Emma n’en ait plus pour très longtemps… Son Codec coupé, Jack se mit à courir lestement sur le pont, Socom en main, refusant de reculer devant quoi que ce soit. L’Etai E atteint après quelques minutes, il dut gravir le long escalier qui le mènerait quarante mètres plus haut, suivant les traces de sang laissées par Emma. Une fois au sommet, il contacta de nouveau Snake tout en courant. Ils étaient déjà arrivés à la salle informatique. « Emma semble… faire… quelque chose, au
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système de défense du GW, expliqua le serpent ne trouvant pas de meilleurs mots. Nous n’avons plus besoin que du disque. Fais vite… Je crois qu’elle n’en a vraiment plus pour longtemps… ». Quand Jack demanda comment allaient les saignements, Solid répondit : « Elle est en train de… amène-toi ! La voie est libre, ils sont tous dans l’Arsenal. » Le temps passait à la fois trop vite pour Otacon, qui voyait sa sœur se vider de son sang sous ses yeux, et trop lentement pour Snake qui attendait le disque. Quand Raiden atteignit enfin la salle informatique, essoufflé, il approcha des deux amis qui se trouvaient près du perroquet d’E.E. Solid procurait les derniers soins qu’il pouvait à jeune femme, inquiet et pensif. Emma était quant à elle allongée sur la moquette verte tâchée de sang, sa tête posée sur les genoux de son grand frère dont la blouse était également tâchée. Ils avaient entouré son abdomen de bandages mais rien n’y faisait. Rien n’arrêtait l’hémorragie. Quand il le vit arriver, Snake se leva pour rejoindre Raiden, qui demanda discrètement comment allait Emma. - Je crois qu’il a touché les organes internes… On peut pas arrêter les saignements. Son frère et l’ami de ce dernier avaient tout fait pour la rassurer. Mais au fond d’elle, Emma savait que son temps était compté. Elle leva la tête, son geste ralenti par la douleur, et plongea ses yeux dans ceux d’Otacon, tendant la main droite vers lui malgré la sensation horrible que ce mouvement lui procurait. « Hal… » murmura-t-elle faiblement alors que ce dernier attrapait sa main entre les siennes et répondait d’une voix tremblante mais ferme : « Je suis là. ». Deux mètres plus loin, Snake demandait à Jack s’il avait le disque. Celui-ci lui le tendit alors, tremblant de honte devant Otacon et Emma, se sentant à la fois coupable de la blessure de cette dernière et coupable d’entendre malgré lui ce qui serait sans doute leur dernière conversation. E.E avait tout préparé. D’après Solid, ils n’avaient apparemment plus qu’à insérer le disque. Ils approchèrent l’un des ordinateurs et Snake plaça le CD dans le lecteur, qu’il referma. - Hm… ça devrait injecter le virus à l’intelligence artificielle, dit-il alors qu’une barre de chargement apparaissait et se remplissait très rapidement. - Ça fonctionne ? demanda Raiden. - Fais confiance à Emma. La barre s’était extrêmement bien remplie. Encore quelques secondes. Un bip, puis deux, puis quelques alarmes. L’écran vira au bleu avant la fin de l’installation. « Qu’est-ce que ?! » fit Snake surpris. Un nouveau chargement s’était lancé. « Un anticorps ? » fit Otacon qui avait vu la scène. L’antivirus fut installé en quelques secondes à peine. L’écran retourna alors au premier chargement... mais celui-ci était désormais figé à 90%. - Merde ! la connexion est coupée ! lança Solid. - Le téléchargement n’est pas terminé ?! fit Raiden. - Je ne crois pas, la barre est bloquée à 90% ! répondit Snake dont le cerveau fonctionnait à toute vitesse. Otacon ! lança-t-il alors se tournant vers le génie de l’informatique. - Je ne pense pas qu’elle ait fait la moindre erreur ! réfléchit Hal tenant toujours la main de sa sœur. Mais… une partie de la colonie de virus a pu être modifiée après qu’Emma se soit vue retirée le disque… - Par les Patriotes ? supposa Jack. - Le virus va-t-il marcher ? demanda Snake dont le cœur battait toujours plus vite. Après un silence, Otacon répondit qu’il n’en avait aucune idée. Emma qui sortait de
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son rêve éveillé se tourna vers son frère, intriguée par tant de tumulte. « Hal ? » dit-elle son dos posé sur les jambes de son frère agenouillé. « Tout va pour le mieux ? ». Il ne sut que répondre. Son premier réflexe fut de chercher de l’aide chez son ami, et devant son regard, Snake fit non de la tête conseillant ainsi le mensonge. « Euh… oui. Tout va pour le mieux. » répondit-il. « Bien », fit Emma soulagée avant d’ajouter qu’elle pouvait au moins se consoler de ne pas avoir créé de nouvelle tragédie familiale. « Oui, c’est vrai » répondit maladroitement Hal. Raiden inquiet demanda à Snake ce qu’ils feraient si le virus ne fonctionnait pas. Il répondit qu’il faudrait détruire l’engin, ou s’occuper de Solidus et de ses hommes. Jack se demandait toutefois comment ils pourraient embarquer, l’entrée étant là, sous leurs yeux, derrière l’énorme porte marquée de cet étrange dessin qui représentait l’Arsenal, mais l’engin étant impénétrable pour quiconque n’y étant pas autorisé. Solid baissa les yeux et se tourna dos à lui. Puis il dit qu’il ne croyait pas que cela soit possible… à moins que quelqu’un à l’intérieur ne leur vienne en aide… « Hal… j’ai toujours… » fit Emma rêveuse. « Qu’y a-t-il ? » demanda Otacon alors que sa sœur lui caressait la joue. « … toujours voulu te revoir… ». Le soleil avait presque disparu, à l’extérieur. Et à mesure qu’il s’enfonçait à l’horizon, la vie quittait le corps de sa sœur. Hal le savait. Mais il voulait espérer. « Tu ne me détestes pas ? » demanda-t-il. Elle répondit faiblement : « Jamais. Je n’ai jamais voulu te faire du tort… Jamais voulu te blesser… Je pensais que le projet de l’Arsenal… m’engageant sur tes pas… me permettrait de me rapprocher de toi… Tout ce que je voulais… c’est que tu me voies… en tant que femme ». Submergé par l’émotion, Hal se contenta de répondre d’une voix tremblante : « E.E… je ne pourrai jamais faire ça… ». « S’il te plaît, ne dis pas ça… la vérité peut être blessante… » répondit-elle. Otacon s’excusa, honteux. Emma sentait le peu de force qui subsistaient en elle la quitter. Elle dit alors : « Est-ce que… est-ce que je peux te demander une dernière faveur ? ». Son frère répondit par l’affirmative, contenant ses larmes par fierté. Sa voix faiblissant plus à chaque mot, elle demanda : « Appelle-moi… appellemoi… « Emma » ». - Quoi ? fit Otacon surpris. - S’il te plaît… appelle-moi « Emma »… répéta-t-elle de sa voix à peine perceptible tout en levant les mains vers le visage de son frère, essayant de retirer les lunettes de ce dernier. - Tu n’aimes pas « E.E » ? Jack, qui venait de tourner le dos à la scène, entendit soudain le bruit de lunettes tombant au sol. C’est alors qu’il sut. Il sut qu’elle était partie. Et les cris désespérés d’Hal qui appelait frénétiquement « Emma » ne la ramèneraient pas. Il sut. Il sut que jamais il ne pardonnerait à Vamp. Que jamais il ne se pardonnerait à lui-même. Son regard flou croisa celui de Snake qui était dans le même état de tristesse que lui. Et honteux, il baissa la tête essuyant de sa main gantée une larme qui venait de lui échapper. Les cris de plainte d’Otacon rendaient la scène plus terrible encore. Le nœud dans la gorge des trois hommes semblait se resserrer à chaque instant. Puis c’en fut fini. Hal ne cria plus. Le soleil eut achevé de se coucher. Le frère d’Emma, dont les larmes ruisselaient le long de ses joues, se décida à rompre ce silence pesant… quitte à rendre les instants suivants plus pesants encore. « Je… je ne vous ai pas laissées… à cause de l’accident… J’ai eu… j’ai eu une liaison avec ta mère… Elle m’a séduit… et le reste a suivi… La mort de mon père n’était pas un accident… il a mis fin à ses jours… C’était ma faute… entièrement ma faute ! Pardonnemoi, Emma… » dit-il pleurant toutes les larmes de son corps. - Hal ? fit une voix étrange au-dessus d’eux. Otacon releva la tête vers le perroquet de sa sœur. Puis il regarda a nouveau Emma et d’un geste doux referma ses yeux. Il se leva ensuite, tout tremblant, et se dirigea vers la cage. Il l’ouvrit et prit l’oiseau vert sur son bras.
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- Hal ? répéta le perroquet d’une voix qui ressemblait dans l’intonation à celle d’Emma. L’ami de Snake se mit à pleurer de plus belle, déchiré par la douleur. Soudain une voix s’éleva et fit sursauter les trois hommes. « Attention ! L’Arsenal Gear est prêt au lancement ! Evacuez les niveaux supérieurs immédiatement ! ». Une alarme fut alors émise partout sur la Big Shell désormais presque vide. - On dirait qu’ils coupent les amarres, lança Snake. - Que veux-tu dire ? demanda Raiden surpris. - Qu’on va couler, répondit Otacon fixant et caressant l’oiseau. - Il faut qu’on sorte les otages de là ! rappela Solid. - Où en sont les réparations du Kamov ? demanda Jack. - Finies, répondit Hal. - Nous ne pourrons pas prendre tout le monde ! se souvint Raiden. - Nous prendrons le plus de monde que nous pourrons ! lança Snake. « Ma sœur… » coupa Otacon installant un silence pesant. Les deux autres le fixèrent. Il avait l’air des plus pitoyables. « Elle ne pourra venir avec nous… » acheva-t-il. « Nous allons commencer le compte à rebours très bientôt. Tout le personnel des niveaux supérieurs doit rejoindre la zone d’évacuation, et maintenant ! » lança la voix via les hauts-parleurs. Hal se baissa et ramassa ses lunettes. Ainsi debout devant le corps de sa sœur, il se rappela Shadow Moses. C’était toujours lui, qui survivait. Pourquoi Wolf ? Pourquoi Emma ? Il semblait entendre résonner dans sa tête les hurlements des loups cette nuit maudite en Alaska. Il avait exprimé ses pensées à haute voix à nouveau… mais le temps pressait. Snake lui demanda de s’occuper des otages. « Et vous, les gars ? » demanda Otacon inquiet. Solid répondit : « On a d’autres plans. On va devoir couler ce truc si le virus ne fonctionne pas. ». Las de ne jamais participer aux missions les plus périlleuses, et s’en sentant coupable, Hal dit qu’il devrait les accompagner. Snake s’approcha de lui. « Tu as ta mission, nous avons la nôtre. » - Je ne ferais que vous déranger, hein… - Faux. Il n’y a que toi qui puisses sauver les otages, tu comprends ? rappela-t-il posant ses mains sur ses épaules. - Ouaip, répondit Otacon reprenant soudain confiance. Ecoutez. A vous deux, vous ne pourrez pas détruire cette saleté, ajouta-t-il se mettant à marcher l’air décidé vers la sortie , perroquet sur le bras. Eliminer l’ennemi. C’est notre seule solution. Les deux autres le suivirent, sentant un élan de courage les traverser à ces mots. Ainsi la bande se dirigeait-elle vers l’entrée de l’Arsenal, laissant derrière elle le corps sans vie d’Emma. Une fois devant l’énorme porte, ils s’arrêtèrent. « Hal ? » demanda une fois encore l’oiseau. « E.E ? » répondit Otacon sans réfléchir. Puis s’apercevant de son erreur, il s’écria « Mince », des larmes menaçant à nouveau de couler, et se claqua la tête contre la porte close. - Otacon ! appela Snake agacé mais compatissant. Essaie de sortir le plus d’otages que tu peux. La côte n’est pas loin, donc n’hésite pas à surcharger le Kamov. « Fais-moi confiance… » répondit Hal, contenant ses pleurs. Les deux amis exécutèrent avec une parfaite synchronisation quelques frappes de mains, puis s’enlacèrent,
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priant de se revoir en vie. « Je répète, le personnel des niveaux supérieurs doit évacuer les lieux immédiatement ! » rappela la voix dans les hauts-parleurs. « Je compte sur toi, Otacon », fit une dernière fois Snake alors que son ami s’éloignait. Hal passa l’angle du couloir puis emprunta une porte. L’oiseau se mit alors à lui parler de nouveau avec l’intonation de sa sœur. - Hal, tu me manques. Hal, tu me manques… Tu me manques. Tu me manques. Il prit son courage à deux mains et continua d’avancer. Mais lorsqu’il atteignit l’ascenseur, à bout de forces il céda. Otacon se laissa tomber à genoux, glissant de face contre le mur le plus proche, hurlant son désespoir. L’oiseau surpris s’envola se réfugier à l’autre bout de la pièce. Il sanglota alors : « Toi et moi… nous sommes les mêmes… nous avons tous deux été toujours seuls. Toujours… Nous ne voulions qu’un peu d’amour… nous attendons toujours… nous attendons quelqu’un… quelqu’un qui nous aimerait… Mais nous avons tort… on ne peut pas attendre d’être aimé… on doit se débrouiller pour que cela nous tombe dessus. Il y a quatre ans, j’ai réalisé qu’on ne pouvait pas se contenter d’une famille pour être heureux... Nous devons créer le bonheur nous-même... Si seulement j’avais compris ça plus tôt… J’ai appris que je pouvais aimer. Tout comme tu l’as probablement fait… Emma… » - Tu crois que ça ira pour lui ? demanda Raiden à Snake devant l’entrée toujours close de l’Arsenal Gear. - Il est plus fort qu’il n’en a l’air. Il s’en sortira ! répondit Solid rendant le disque contenant le virus à Jack. - Et maintenant, comment on entre là-dedans ? demanda Jack rangeant le CD. Une seconde de tension régna, puis Snake après un soupir s’adressa au plafond : « Tu peux sortir, maintenant ! ». Raiden surpris vit alors tomber de nulle part et atterrir lestement à gauche de Solid… « Le Ninja ?! Qu’est-ce que… ». - L’Arsenal est sur le point de démarrer, dit l’inconnu pointant son sabre vers Jack et marchant vers lui. On a encore quelques détails à régler… Cette fois, ne nous déçois pas. - Snake, qu’est-ce que c’est que cette histoire ?! - C’est l’heure de dormir, Raiden, répondit-il croisant les bras. Le sabre s’approchait dangereusement. D’un geste vif, Jack attrapa son Socom mais avant qu’il n’ait pu le dégainer entièrement, le tranchant de la lame du Ninja s’était collé à son cou. « Je ne ferais pas ça à ta place… » fit Snake. - Tu changes de camp, maintenant ?! - Changer de camp ? Qui a dit que j’étais dans le tien ? - Et mince ! Le Ninja porta la main au bouton sur son casque, dévoilant son visage à Raiden. - Toi ?! lança-t-il alors n’y comprenant plus rien. - Prêt ? demanda Olga. Et avant qu’il n’ait pu réagir, Jack sentit une douleur terrible au contact de la lame de la fille Gurlukovich. Sa vision se troubla en quelques instants. Il ne vit plus que Snake, bras croisés, le regardant ainsi choir douloureusement. Puis ses yeux se clorent. Quelques minutes plus tard, un énorme grondement parcourut la Big Shell toute
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entière. Les énormes chaînes dans les profondeurs venaient de céder. L’Etai A fut le premier à baller de côté. Il emporta dans sa chute l’Etai B qui tomba quant à lui sur le noyau de la Shell 1. En quelques instants, il ne resta plus rien de la Big Shell. Bouche bée, Otacon observait la scène, priant pour que Snake et Raiden aient réussi à prendre l’énorme ascenseur qui les aurait menés à bord de l’Arsenal. A la surface l’on ne voyait plus que le toit de l’Etai E, seul élément restant de la structure. Prenant de l’altitude tant bien que mal l’hélicoptère étant surchargé, Hal vit alors une ombre gigantesque sous les restes de la Big Shell. Elle couvrait une superficie plus grande que celle de la structure désormais dans les fonds marins. Il sut alors qu’il s’agissait de l’Arsenal Gear qui remontait à la surface. L’engin semblait presque plat. Il ne devait pas dépasser les cinquante mètres de hauteur… Sa longueur devait quant à elle être de quatre cent cinquante mètres environ… Sa largeur devait donc approcher les trois cent mètres. Raiden entendit une voix résonner près de lui. Il ne pouvait percevoir clairement ce qu’elle disait. Puis peu à peu il revint à lui et reconnut le ton froid et rauque d’Ocelot. « ASN, CIA, FBI… il n’existe dans aucune base de données. », dit-il. « L’agent inexistant d’une organisation inexistante… ». Solidus s’en était bien douté. Toutefois, il connaissait cet homme. La table de torture métallique bascula d’une position horizontale à une position verticale et Jack ouvrit les yeux, aveuglé par la lumière ambiante. Où était-il ? Cette salle était en réalité la réplique exacte de la salle de torture de Shadow Moses. Raiden se trouvait sur cette même table sur laquelle Snake avait été électrocuté par Ocelot. Solidus était là, à côté de Shalashaska. Il portait toujours sa combinaison, et y avait ajouté deux énormes « tentacules » qui partaient de ses épaules et flottaient derrière lui. Nul doute que ces armes devaient avoir de multiples fonctions toutes plus terribles les unes que les autres. « Ça fait un bail, hein ? « Jack l’Eventreur »… », lança Solidus. - Tu connais ce type ? demanda Ocelot d’un air surpris. « Tu te souviens de moi, non ? Tu as grandi… ». Soudain l’une des deux tentacules attrapa Jack à la gorge tandis que l’autre se posait sur son front, analysant visiblement son cerveau. Suffoquant, il hurla de douleur quand le frère de Snake le relâcha. « Forte concentration d’implants cérébraux… Ils t’ont aussi modifié la mémoire ? ». Jack tremblait de froid. Il était totalement nu, attaché sur cette table métallique. Il ne portait que sa plaque d’identification au nom du joueur autour du cou. Il était perdu dans ses pensées et souffrait intérieurement sans encore pouvoir se rappeler pourquoi. « Jack l’Eventreur » ? Pourquoi l’évocation de ce nom lui montrait-elle un semblant de souvenir d’hommes déchiquetés hurlant de douleur ? - C’est mon fils, annonça Solidus. Je lui ai tout appris. Raiden fixa avec horreur le vieil homme qui portait un bandeau sur son œil gauche crevé à la manière de Big Boss. Des images lui revenaient. Les cris. Les morts. Le sang. La guerre. Les enfants. « Jack… je n’aurais jamais pensé te revoir », fit l’ex-Président Sears. - Tu… me connais ? demanda Raiden croyant et espérant rêver. « Tu ne te rappelles pas ? Ton nom. Ton talent. Tout ce que tu sais, tu l’as appris de moi… Les années 80… La guerre civile… Tu étais l’un des meilleurs enfants soldats ayant combattu durant ce conflit… Alors que tu n’avais qu’à peine dix ans, tu étais à la tête de l’unité des « Petits garçons ». A l’époque, tes prouesses t’ont valu différents surnoms dont « Le Diable Blanc » et « Jack l’Eventreur ». Jack… j’ai été ton parrain. Je t’ai donné un nom. Quand la guerre fut terminée, tu as disparu du centre de secours. Je me suis toujours demandé ce qui t’était arrivé… J’aurais dû savoir qu’ils te recruteraient… ». Soudain tel un film, des flashs vinrent frapper Jack qui revit toute son horrible enfance gâchée défiler devant lui. Le goût de la poudre. Son odeur. Le sang chaud qui coulait sur ses doigts. Les hurlements de ses proies. Leurs visages déformés par la douleur. Tout lui revint d’un même trait. Ces cauchemars, il les avait vécus. Chaque chose reprenait sa place dans son esprit. Chaque crime, chacune de ses horreurs, chacune de ses erreurs.
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- C’est une intéressant coïncidence, fit remarquer Ocelot visiblement amusé. - S’il est à la solde des Patriotes, il ne doit rien savoir de bien intéressant, réfléchit Solidus à haute voix. - Que devons-nous faire de lui ? - Nous l’utiliserons, comme tu l’as suggéré. - Et la Dead Cell ? - Ignore-les. Soudain Ocelot hurla de douleur alors que son bras droit se mettait à remuer en tous sens. « Encore ? » demanda Solidus surpris. « Se pourrait-il qu’il soit là, lui aussi ? … » fit Shalashaska pensif et inquiet. George Sears rappela que moins d’une heure plus tard, l’Arsenal Gear imposerait sa puissance au monde entier. « Attaque avec des armes standard, je suppose ? », demanda Ocelot. - Oui. On procède comme prévu. Ocelot dit, le dos tourné à Solidus, que le dernier rapport indiquait que le GW fonctionnait bien. Le frère de Snake demanda ce qu’il en était des troupes. Les hommes à bord avaient été équipés conformément aux ordres. Puis observant Solidus, Ocelot dit : « Tu es le portrait craché de Big Boss ». Le « père » de Raiden éclata alors d’un rire froid. - Vraiment ? C’est en partie grâce à ce gosse ! dit-il quittant la salle par une porte à gauche de Jack. Après quelques secondes, Shalashaska dit : « Cette situation me rend très… nostalgique. ». Raiden demanda où il se trouvait. Ocelot répondit qu’il était bien sûr à l’intérieur de l’Arsenal Gear. « Mais en réalité, nous baignons également dans les souvenirs de Shadow Moses... ». Il sortit alors de sa poche le disque qui contenait le virus. « Je le reprends. Tu n’en as plus besoin, pas vrai ? ». La porte à gauche coulissa et Olga entra dans la salle, habillée cette fois de son uniforme grisâtre, tournant le dos à Jack. « Je trouve que l’air est tendu… Nous reparlerons plus tard », dit alors Ocelot s’en allant par la même porte. - Ne bouge pas, dit Olga après quelques secondes. Reste dans cette position. Il y a une caméra derrière toi. - Qu’est-ce que tu… - Je passe en nanocommunication, coupa-t-elle le contactant alors sur son Codec. - Mr X ? Le Ninja ? fit Jack. - Exact. C’est moi. - Mais je te croyais à la tête des troupes russes… - Non… C’était juste un écran de fumée. J’ai été envoyée pour t’aider. - M’aider ? Qui t’envoie ? Le Colonel ? - Non. Les Patriotes. Je… j’ai trompé mes troupes… je les ai trahies… Mon enfant est retenu en otage par les Patriotes… Tout a commencé il y a deux ans, quand j’ai perdu mon père, lors de l’incident du Tanker. Mes hommes et moi n’avions nulle part où aller. Donc nous nous sommés liés avec une organisation russe illégale… - La mafia russe ? demanda Raiden.
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- Quelque chose dans ce goût… En fait, j’ai appris bien plus tard que cette organisation était un sous-groupe des Patriotes… J’étais enceinte. Quand j’ai donné naissance à mon enfant, j’ai compris que j’étais dans un hôpital géré par les Patriotes… Le matin suivant, ma fille avait disparu… Mon bébé est détenu quelque part dans ce pays… - Tu n’as jamais vu ton enfant ? - Non ! Une fois par mois, ils m’envoient une photo de ma petite, par Internet… Je n’ai jamais eu l’occasion de la tenir dans mes bras… expliqua Olga au bord des larmes. - Je vois… au vu de la situation, personne ne peut t’en vouloir de ce que tu as fait. - C’est ton opinion… Raiden demanda ce qu’il en était de Snake. Il pensait en effet qu’ils étaient ennemis. Elle répondit qu’il n’était pas responsable de la mort de son père et qu’elle lui devait même la vie. Deux ans plus tôt, Snake lui avait permis de quitter le Tanker en un seul morceau. Jack supposa donc qu’ils étaient devenus partenaires depuis l’incident. Mais en réalité, elle venait tout juste d’apprendre la vérité lors de sa confrontation avec lui sur la Big Shell. Raiden surpris demanda quand elle s’était battue avec Snake. Elle lui répondit que c’était arrivé lors de l’épisode de la traversée du pont flottant. « Snake… » fit Jack pensif. « Et tu l’as rejoint pour payer ta dette ? ». - Non. Intérêts communs. Mon job était de d’assister. Si Solidus s’échappe avec l’Arsenal, la mission aura été un échec. Si tu échoues, les Patriotes m’accuseront, et tueront mon enfant. Plus clairement, la vie de mon enfant dépend de ta réussite. - Donc tu as fait tout ça pour ton enfant… Mais pourquoi les Patriotes veulent-ils m’aider ?! ils espèrent que je vais les débarrasser de Solidus ? - Non ! Tu es au même rang que moi… et nous ne sommes que des pions. - D’accord, mais des pions de quel jeu ? - Le Plan S3. Tu comprendras bientôt… mais je me demande comment tu prendras la vérité… - Que veux-tu dire ?! - Ecoute, nous n’avons pas le temps d’en parler. L’attaque de Solidus est imminente ! Il doit être arrêté ! Le virus n’avait donné aucun résultat. Il avait sans doute été modifié par les Patriotes. Impossible de dire s’il finirait ou non par fonctionner. Raiden voulait être libéré, mais Olga lui dit qu’il devrait encore patienter quelques minutes. C’est Snake qui avait son équipement… vêtements compris. Le passage plus loin menait à un hangar. Le serpent l’y attendrait. Olga lui avait donné une carte clé pour y entrer. Snake ne comptait pas détruire l’Arsenal Gear. Même pour lui, il était impossible de détruire complètement l’engin. Il fallait arrêter Solidus et ses hommes. Olga resterait dans l’ombre. C’était son rôle. Elle ne pouvait se permettre d’être découverte. - Olga, n’en fais pas trop, ne prends pas de risque si cela peut mettre ta couverture en danger ! - Ecoute, je te libèrerai d’ici peu, dit-elle s’avançant vers lui. Attention ! Elle lui donna un puissant coup de poing dans le ventre et s’en alla par la porte à gauche. Une minute plus tard, son Codec fit sursauter Raiden. C’était Rose. Elle lui demanda si ce qu’avait raconté Solidus était vrai. Il répondit par l’affirmative. « C’était incroyable »,
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pensa Rose. Engager de jeunes enfants et les envoyer à la guerre… Ce n’était pas autorisé dans les conventions internationales. Mais les règles de ce genre n’intervenaient en rien, en guerre. Plus de trois cent mille enfants participeraient aujourd’hui à des combats. Raiden n’était que l’un d’entre eux. « Donc, tu t’en souviens ? Je croyais que ta mémoire avait été… manipulée, par Eux. » - Elle l’a été… mais je fais des cauchemars… chaque jour... Des morceaux de passé que je ne peux pas reconstituer. - Pourquoi ne pas m’en avoir parlé ? demanda Rose. - Tu n’aurais pas compris, répondit froidement Jack. - Tu ne peux pas le savoir, si tu n’essaies pas… La vérité est que Jack ne voulait pas la blesser, l’effrayer. Il n’avait jamais eu de raison pour combattre. Il avait fait ce qu’il avait fait uniquement parce que quelqu’un lui avait placé une arme entre les mains. Et ce « quelqu’un », c’était Lui. Rose lui dit que ce n’était pas sa faute. S’il revenait victorieux d’un combat, Raiden était loué, et on lui donnait un lit et de la nourriture. Il pensait, mais n’en était pas sûr, qu’il avait tenu son premier AK à l’âge de six ans. Il n’était pas comme Snake. Il ne s’était jamais demandé pourquoi il combattait. Il n’y avait pas de but. Pas de porte de sortie. On lui donnait une arme, il demandait combien de personnes il devait tuer. « Si tu n’es pas à la hauteur, c’est toi qui te fait tuer. ». - Tout va bien… personne ne t’en veut, rassura Rose. On leur montrait des films d’action hollywoodiens chaque jours. Ces films avec des types machos et de gros flingues. On appelle ça « formation visuelle ». Ils s’étaient emparé de tout leur être pour les transformer en machines à tuer. Ils mangeaient une fois par jour. Raiden avait encore l’impression de sentir le goût de la poudre à canon qu’ils mélangeaient avec la nourriture. La poudre à canon contient en effet du toluène, qui possède des propriétés hallucinogènes. Ils étaient ainsi drogués. Malléables. - Oh mon dieu… s’exclama Rose choquée. Une fois la guerre civile terminée, les enfants ayant survécu avaient été pris en charge par des ONGs. Ils lui avaient donné une nouvelle vie aux Etats-Unis. Il n’avait pas à s’en plaindre. Mais rien n’avait changé. Les rares personnes qui n’avaient que faire de leur passé étaient celles qui avaient leurs propres secrets et buts inavoués. Ces terribles cauchemars, chaque nuit. Jamais il ne pourrait oublier. Voilà pourquoi il avait si peur de la nuit. La raison pour laquelle il ne dormait pas aux côtés de Rose, qui comme lui pleurait à présent. - Tu aurais dû me le dire… sanglota-t-elle. - Te dire quoi ? Que je suis un tueur ?! Et que je le serai toujours ?! répondit-il d’une voix tremblante mais puissante. Il n’y a rien au monde que je haïsse plus que mon propre passé ! Je ne voulais pas que toi, ou qui que ce soit le connaisse. Maintenant, je sais pourquoi j’ai été choisi pour cette mission. Personne ne peut l’arrêter, l’arrêter pour de bon, sauf moi… Voilà pourquoi on m’a si longtemps laissé la vie sauve… je l’ai su à l’instant où j’ai vu Solidus… - Jack ! Je t’aime tel que tu es ! il faut que tu me croies ! lança Rosemary pleurant comme jamais. Je ne savais rien de toi, je l’admets. Où tu étais né, où tu avais grandi… Mais je le sais, maintenant. Et je sais que ce que je ressens pour toi ne peut que s’intensifier, et je partagerai ton passé s’il le faut… - Ça ne marche pas comme ça… Personne ne peut partager le mal ressenti. Ces sentiments n’ont rien à voir avec les petits souvenirs douillets que les couples partagent. - J’accepte le bon comme le mauvais, Jack. C’est ce qu’on fait quand on aime quelqu’un.
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- Je ne veux partager mon passé avec personne ! Je veux juste… l’oublier… - Jack, je ne t’ai pas raconté… ce que j’ai fait, moi. - Ces deux dernières années avec toi… ont surpassé toutes mes espérances - Jack… - Mais je ne peux pas aller plus loin… Je sais que tu veux te marier… Mais je ne peux pas… Je ne peux pas risquer de former une famille. Il m’est impossible d’effacer mon enfance… - C’est bon Jack… je t’en prie… n’en dis pas plus… Il coupa son Codec. Soudain il faillit perdre l’équilibre. Ses liens s’étaient d’un coup détachés. Complètement nu, son corps portant des tatouages ressemblant à des codes barre, il se mit alors à marcher vers la porte sur sa gauche, prudent. Frigorifié, Raiden traversa un petit couloir dans lequel il trouva un nœud. Il téléchargea ainsi la carte de la zone sur son radar. Quelques mètres plus loin se trouvait une porte. Il l’emprunta et atterrit alors dans une vaste, très vaste salle. Elle se présentait comme un long couloir, large, à deux étages, avec des passerelles au-dessus de la tête de Jack. De nombreux containers étaient placés dans l’allée aux teintes grisâtres et étranges. Le sol… le sol réagissait sous les pas de Raiden. Cela ressemblait à ce que l’on voyait en Réalité Virtuelle… ces hexagones collés les uns aux autres qui « s’allumaient » sous le choc de ses pas… Collé à un container gelé afin d’éviter les gardes, les Arsenal Tengu comme on les appelait, portant tous de robustes combinaisons marron, des casques munis de masques à gaz et un armement complet, dont des P90 et des sabres et étant surtout extrêmement habiles, l’intrus reçut un appel du Colonel. - Raiden. Tu me reçois ? dit-il d’une voix étrange, comme parasitée. Tu dois continuer ta mmission. Cette dernière phrase fit froid dans le dos à Jack. La voix du Colonel avait subitement changé de ton, comme s’il s’était agi d’un robot. Sans doutes les interférences dues à la profondeur à laquelle se trouvait l’Arsenal y étaient-elles pour quelque chose. - J’ai perdu tout mon équipement ! Je dois trouver Snake, répondit Raiden. - Il n’a jamais été un facteur de la simulation. Oublie-le. - Nu, je ne peux pas faire grand-chose… surtout avec cette température… - C’est vrai. Tu ne peux pas attaquer, ni te suspendre aux rebords… Cette dernière phrase s’adresse naturellement au joueur : Raiden cachant ses parties intimes de ses mains, il ne peut effectuer certaines actions sans se découvrir au joueur. - Je crois que Snake a mon équipement ! dit Jack. - Raiden. Elimine Solidus et ses hommes. Tu dois récupérer l’Arsenal intact, dit Campbell de sa voix parasitée. - Colonel, es-tu sous les ordres des Patriotes ? demanda Raiden suspicieux. - Ton rôle – c’est ta mission – est d’infiltrer la structure et de désarmer les terroristes. - Mon « rôle » ?! Pourquoi n’arrêtes-tu pas de dire ce mot ?! - Pourquoi pas ? C’est un jeu de rôle. L’important est que tu joues ton rôle. Et j’attends de toi
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une performance parfaite. Au milieu de sa phrase, Campbell avait subitement changé de ton à nouveau. Sa voix était alors devenue effrayante, inhumaine, comme désincarnée. - Colonel… je viens de me souvenir de quelque chose… - Quoi ? - Je ne t’ai jamais rencontré en personne. Pas la moindre fois, fit remarquer Jack. - Hm… Remplis ta mission ! selon la simulation ! - Colonel ! Qui es-tu ?! - Finies les questions. Nous avons Rosemary. - Qu’est-ce que tu viens de dire ?! sursauta Jack. - Terminé. Son cœur battant à tout rompre, Raiden se mit à réfléchir. C’était impossible. Rien de tout cela ne pouvait être réel. Le garde Tengu devant s’était enfin retourné, et il en profita pour courir vers l’escalier le plus proche. Il s’aperçut alors que de part et d’autre de la salle, en rang, côte à côte et face à face, se trouvaient des unités Metal Gear Ray. Combien ? Trop. Oui, trop. Il fallait trouver Snake. Son Codec sonna à nouveau. C’était Campbell, encore. « Raiden, mets la console hors tension. ». Raiden ne comprit pas. Une fois encore le Colonel s’adressait directement au joueur. « La mission est un échec. Coupe le courant. Tout de suite. Ne t’inquiète pas. C’est un jeu. Ce n’est qu’un jeu, comme d’habitude. ». - Tu vas t’abîmer les yeux en jouant si près de la télévision, intervint Rose. - Mais de quoi est-ce que vous parlez ?! - Raiden. Quelque chose m’est arrivé alors que je rentrais chez moi, jeudi dernier, raconta le Colonel. Il me restait quelques kilomètres à parcourir. J’ai regardé au-dessus de moi et j’ai vu un objet orange scintillant dans le ciel. A l’est. Il se déplaçait très irrégulièrement. J’ai soudain été entouré d’une intense lumière blanche. Et quand je suis revenu à moi, j’étais à la maison. Que m’est-il arrivé, à ton avis ? - Que… - Bien. Oublie. Puis le Codec coupa. A peine avait-il eu le temps de réfléchir à ce qu’il venait d’entendre qu’une fois de plus une sonnerie résonnait dans son oreille interne. Il ne daigna pas répondre. Il n’en avait pas le temps. Snake l’attendait sans doute quelque part, ici. Et en effet il attendait, patient, tapis dans l’ombre. Mais aucune trace de Raiden à l’horizon. De son côté Jack se trouva contraint à entendre les divagations plus qu’étranges du Colonel, le Codec répondant de lui-même aux appels sans raison apparente. « Raiden, j’ai entendu parler de ce jeune psychologue Belge qui fait des miracles. Il est… ultime. Et si tu lui rendais visite ? Il t’aiderait avec joie. Il adorera ton histoire, j’en suis certain. ». Jack croyait perdre la tête. Que se passait-il ? Ce lieu était si étrange. Ces Metal Gear paraissaient à peine réels. Le sol. Les murs. Même les Tengus semblaient issus d’un rêve. D’après son radar il y avait un couloir au bout de la longue allée qui le mènerait à une autre zone. Tremblant de froid il se mit à courir, ignorant les étrangetés du Colonel, zigzagant derrière les gardes, les évitant, se cachant. Puis il atteignit enfin le bout de l’ allée, toujours à l’étage sur les passerelles. Il se dirigea vers une porte coulissante et pénétra ainsi dans ce qui ressemblait à un long tube horizontal. Il s’agissait du couloir qu’il cherchait. Au nord, une porte. Au sud également. Le sol continuait à illuminer ces hexagones sous ses pieds nus alors qu’il courrait vers la porte sud.
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Elle semblait plus éloignée qu’il ne l’aurait cru. Mais il continua à courir. Le Colonel continuant dans ses oreilles à le contacter de temps à autres . « Et pourtant, ça fait un bail que tu joues… Tu n’as donc rien de mieux à faire de ton temps !? ». Ou encore « KawaneshiNusegochi, Kinunobebashi » et d’autres noms japonais, le tout prononcé par sa voix désincarnée, effrayante. Raiden avait décidé de croire qu’il rêvait. Mais qu’il devait trouver la porte pour quitter ce rêve. La porte sud était close. Il se dirigea alors vers la porte nord, reprenant le couloir en sens inverse, essoufflé. Il jeta un œil à son radar et sursauta. L’image avait été remplacée par celle d’une femme d’origine asiatique, tranquillement allongée et fixant la caméra avec un air étrange. Puis il redevint normal. « Variété, niveau 13. Sauve Meryl ! Le retour de Genoma ! » lança le Colonel. Il s’agissait d’une mission de réalité virtuelle dans laquelle il fallait abattre un soldat génome géant avant qu’il n’atteigne Meryl, blessée. La porte nord était également close. Aucune trace de Snake. Que faire ? Le Codec demeurait inutilisable à cause de Campbell. « Dans ma vie antérieure, j’étais une chenille tisseuse américaine. C’était le bon vieux temps… Et toi, qu’étais-tu dans ta vie antérieure ? ». Raiden totalement perdu entendit pour la énième fois son Codec sonner. Mais cette fois, une voix agréable parla. - Jack, je te dois des excuses. - Rose ? Si c’est à propos de notre conversation de toute à l’heure… c’est à moi de m’excuser. Mais il s’agissait d’autre chose… Ce jour, deux ans plus tôt au Federal Hall, n’avait pas été une coïncidence. On avait ordonné à Rose de garder un œil sur Jack. Devant son air surpris, Rosemary continua en disant que l’ordre venait des Patriotes. « Tu es… une espionne ? » demanda Raiden ayant alors l’impression que sa vie entière s’écroulait en quelques secondes. - Je suppose… oui… Je n’aime pas ce mot… répondit-elle d’une voix tremblante. Tu es toujours là ? demanda-t-elle après quelques secondes de silence. « Et coucher avec moi faisait partie de la mission ? » lança Raiden hors de lui. Elle répondit qu’elle était tombée amoureuse de lui. Elle ne pourrait jamais se pardonner ce qu’elle avait fait. Elle Leur avait rapporté tout ce qui concernait la vie personnelle de Jack durant ces deux ans. Ce qu’il avait dit, fait… tout… « Tu as dû bien t’amuser ! » répondit Raiden avec dédain. Mais il y avait des choses qu’elle n’avait dites à personne. Comme ce qu’elle ressentait pour lui… Jack venait de comprendre pourquoi Rose avait été engagée pour la mission. Il aurait dû s’en douter… Comment expliquer le recrutement d’une analyste à la dernière minute ? Rosemary s’excusa, disant qu’elle savait que ses agissements avaient été mauvais. Raiden était dépité. Où qu’il aille, on se servait de lui. Elle s’était réinventée pour être à son goût. Coiffure, vêtements, démarche, centres d’intérêts… Jack aimait la couleur de ses cheveux, de ses yeux… mais ils n’étaient même pas réels. Elle avait dû examiner son profil psychologique de très près… « C’était mon travail ! » se plaignit Rose désespérée. - Excellente performance, lança Raiden. J’ai été complètement dupé ! - Ce que je voulais vraiment… c’est que tu découvres la vraie « moi ». Ça fait mal de jouer cette… romance artificielle… Il était pire de me mentir à moi-même qu’à toi. Plus tu me donnais d’amour… plus ça faisait mal… parce que je savais que la personne que tu aimais n’était qu’un personnage… - Donc c’était artificiel… ce n’était qu’un jeu… rien de vrai… - Oh, Jack… - Je préfère être au courant… J’étais amoureux… je croyais l’être… d’une personne qui n’existe pas. Et j’essayais d’être ce que je n’étais pas en aimant quelqu’un d’irréel… Je ne sais pas qui tu es vraiment ! La personne que je connais n’est pas réelle. Ce n’est pas la femme à qui je parle en ce moment. En un sens, la tromperie vient de moi, pas d’eux…
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- Jack, je croyais agir parce que c’était mon boulot. Mais je suis vraiment tombée amoureuse de toi, et ce n’est pas de la comédie ! - Tu veux me faire croire ça ? Ça va. Tu avais tes raisons, non ? Je comprends… mais nous n’avons plus à nous… - Jack ! coupa Rose. - Quoi ? demanda-t-il froidement, contenant sa rage. - Je… je porte notre… je suis… Jack… Lors de cette dernière phrase, sa voix s’était déformée. Les interférences s’étaient accentuées, et Raiden n’était pas sûr d’avoir bien entendu. Les parasites brouillaient également l’image de Rosemary représentée sur le Codec. « Rose ?! Qu’est-ce qui se passe ?! ». Puis le Codec coupa. Il était là-bas. Au milieu du couloir. Nu. Il se mit alors à courir vers la porte par laquelle il était arrivé plus tôt. Amusé, Snake derrière lui lança, le faisant sursauter : « C’est incroyable de pouvoir se balader comme ça. ». Il portait désormais sa combinaison habituelle, remplaçant celle des SEALs. Elle était d’un gris-bleu pétrole, munie de nombreux rangements pour les armes et munitions, et un lance-missile Stinger relativement lourd était désormais attaché dans son dos. Raiden frigorifié éternua. C’est alors qu’enfin, Snake lui montra son équipement dans une caisse derrière lui. Il revêtit sa Skull Suit, soulagé. « Je te préfère comme ça », dit Snake par le Codec. « Tout ce que tu avais lors de ta capture est là. Désolé pour toute à l’heure. J’ai dû t’utiliser comme appât pour accéder à l’Arsenal… et ça a marché. » - Pourquoi ne rien m’avoir dit à propos d’Olga ? demanda Raiden que la question tracassait. - Tu ne me l’as pas demandé, répondit simplement Solid ce qui agaça l’autre. Si t’es pas content, c’est pareil. Jack demanda où en était le virus. Mais visiblement, ils attendaient toujours des résultats. Etait-ce donc un coup monté par les Patriotes ? C’est en tout cas ce que Snake pensait. D’après ce qu’il savait, l’Arsenal se dirigeait à présent vers Manhattan. Il ne savait pas ce que préparait Solidus, mais il fallait l’arrêter. Il y avait également une troupe de Metal Gear Ray à bord. Vingt-cinq d’après Olga. Solid n’avait jamais affronté un si grand nombre de Metal Gear mais il demeurait persuadé qu’ils y arriveraient. Cela semblait impossible à Raiden. « Nous pouvons le faire, car nous n’avons pas d’autre choix » avait alors répondu Snake. Il avait un impressionnant stock de missiles Stinger. Merci le fait qu’il s’agisse d’un jeu vidéo. C’est alors qu’il se souvint qu’Olga avait laissé quelque chose pour Raiden. Il sortit de son sac une lame et son fourreau qu’il lui tendit. C’était l’épée HF d’Olga. Les épées à Haute Fréquence permettaient de tuer mais également d’étourdir l’ennemi grâce à une décharge électrique, comme Jack avait pu le constater une heure plus tôt environ. Il la prit dans ses mains et demanda pourquoi à Snake. C’était Olga qui le voulait. Et Solid n’était pas fan des épées. Raiden donna quelques coups dans le vide, apprenant à manier son nouveau jouet. Il prenait un malin plaisir à manier la lame. Les épées étaient peut-être bien ses armes préférées… d’où son funeste surnom d’Eventreur. Lorsqu’il eut terminé, il la rangea dans son fourreau, fourreau qu’il accrocha alors sur son dos. Il était temps de partir. Mais Jack voulait encore poser quelques questions à son idole. - Snake… as-tu déjà… pris plaisir à tuer quelqu’un ? - Qu’est-ce que tu racontes ? - Hm… parfois il est difficile de faire la différence entre réalité et jeux…
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- Impression de réalité diminuée, hein ? C’est à cause de l’entraînement en Réalité Virtuelle… - Non. J’ai connu un vrai entraînement, quand j’étais gosse. J’ai menti, Snake. J’ai plus d’expérience du terrain que je ne puis m’en rappeler moi-même. Ce n’est pas la RV qui me fait ça… - Hm… Raiden, nous ne portons pas ces armes pour abattre des gens. Et nous ne sommes pas là pour aider des politiciens non plus. - Tu peux dire ça parce que tu es une légende. Un héros. Moi, je suis Jack l’Eventreur… et j’incarne ce qu’il y a de pire… - Les légendes ne veulent rien dire. Je ne suis qu’un nom qu’on exploite. Tout comme toi. - Les gens ne se rappelleront que de tes bonnes actions, fit remarquer Jack. Ta partie blanche et claire. - Il n’y a pas de côté blanc en matière de meurtres. On n’est pas ici pour nous faire un nom. - Mais pourquoi vous battez-vous, toi et Otacon ? demanda Raiden ne comprenant pas. - L’avenir. Tu peux arrêter dès maintenant d’incarner le pire. - Qu’est-ce que je suis ? Que suis-je supposé faire ? Tous deux se mirent en route vers la porte nord que Snake ouvrit à l’aide de sa carte. Ils pointaient leurs armes. Le M4 de Solid était en tête, le Socom de Raiden suivait de près. « Trouve quelque chose en quoi croire, au fond de toi-même. Et quand ce serait fait, transmet-le au futur ». Raiden demanda alors : « Croire en quoi ? ». - C’est ton problème. Allons-y. Cette partie de l’Arsenal semblait déserte. Pas un bruit. Pas un mouvement. Juste cette atmosphère humide et froide. Otacon les contacta. Il avait sauvé les otages. Tout allait pour le mieux. Il leur demanda comment se déroulait la mission ; Raiden pensa alors à faire appel à son géni informatique. - Il y a quelque chose… Les dernières transmissions du Colonel… étaient… étranges… - Etranges ? Comment ? demanda Hal. - Juste… étranges… Je n’en sais rien… - Y avait-t-il des interférences ? - Je ne sais pas, je dirais que oui. - Il est où, ce Colonel ? - Je ne sais pas ! répéta Raiden. Je n’ai jamais rencontré ce type, en fait. Otacon allait effectuer des recherches. Les deux équipiers s’avancèrent dans cette longue et large allée. Cette tension. Raiden avait constamment l’impression d’être espionné. Il jetait des regards inquiets aux passerelles supérieures. Son cœur cognait contre sa poitrine. Il ne savait trop où il allait. Snake était dans le même état d’inquiétude. Quelque chose se préparait. L’espace d’un instant quelque chose brilla au-dessus d’eux, loin, sur le sombre plafond. Les couleurs grisâtres de l’Arsenal pouvaient aisément camoufler les Arsenal Tengus. « Merde ! » cria Snake se mettant à tirer vers le plafond. Un Cypher les avait repéré, de là-haut. En un instant, des dizaines d’hommes armés jusqu’aux dents tombèrent
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du plafond, certains brandissaient des sabres, d’autres des lance-grenades. Le combat serait difficile. Mais il fallait le faire. Car il n’y avait pas d’autre choix.
Chapitre IX : Le plan S3 Snake se mit à mitrailler avec une précision incroyable les soldats face à eux. Un Tengu s’approcha de trop près et reçut un violent coup de crosse qui lui décrocha la mâchoire. Raiden quant à lui se sentait presque à l’aise au milieu de tout ce sang. Cette boucherie. C’était son élément. Il n’avait plus rien à perdre désormais. Rose n’existait pas. La mission n’avait jamais été ce qu’il croyait. Ces soldats, existaient-ils ? Et Snake ? Et luimême ? Il tirait avec rage, tuant tout ce qui l’approchait de trop près. Bientôt ne subsistèrent plus que quelques Tengus armés d’épées. Sans réfléchir, alors que l’un d’eux se précipitait vers lui, Jack dégaina la lame de son fourreau et la planta dans le ventre du pauvre qui hurla de douleur tandis que Raiden enfonçait plus encore l’épée d’Olga. Il poussa du pied le mourant qui souffrait le martyre, récupérant sa propre épée désormais tâchée de sang. Il était Jack l’Eventreur et ses ennemis le craignaient. Les derniers hommes paniqués se replièrent vers la salle suivante, séparée de cette allée par un petit couloir. Solid se demandait si Raiden ne devenait pas fou. C’était vrai. Il prenait plaisir à tuer. Tout comme lui avait pris plaisir à tuer lorsqu’il était à Shadow Moses... Jack n’avait plus peur. Le début de la mission l’avait mis mal à l’aise à cause de l’éclairage. Le soleil n’était pas
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un élément auquel il avait été habitué lors de la RV. Mais désormais, ils étaient en intérieur. Et il faisait sombre. Et il avait décidé de suivre Snake, coûte que coûte. Alors qu’ils se dirigeaient vers le couloir face à eux, Otacon les contacta. « Raiden, ton Colonel, je sais où il est. ». Surpris, Jack lui demanda simplement où. - A l’intérieur de l’Arsenal, répondit Hal. - Quoi ?! demanda Raiden plus surpris que jamais. - J’ai vérifié toutes les possibilités, mais je n’arrête pas d’en revenir à l’Arsenal. Ce n’est pas un point de relais, c’est bien l’origine du signal… Et, le protocole de cryptage est exactement le même que celui de l’intelligence artificielle de l’Arsenal… le GW. - Et qu’est-ce que ça veut dire ?! - Je crois que ça signifie… que tu parles depuis le début à une intelligence artificielle. - C’est impossible ! répliqua Jack perturbé et perdu tant les Patriotes allaient loin. - Le Colonel n’est pas le GW. Mais le GW stimule l’activité corticale de la zone inactive de ton cerveau en manipulant les signaux de tes Nanomachines… Le Colonel a, en partie, été créé par toi-même. Il correspond à tes attentes et à ton expérience. - C’est dingue ! lança Raiden ayant peine à en croire ses oreilles. - Mais c’est probablement vrai… Il est possible que le virus commence à infecter le GW, ce qui explique le comportement du Colonel… - Tout… n’était qu’illusion… ? Tout ce que j’ai accompli ? fit Jack perdu. - Raiden ! - Snake ? répondit l’autre d’une voix tremblante. Qu’est-ce qui se passe… ? - Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que tu es là, devant moi. Pas une illusion. En chair et en os. C’est toi qui choisis. Si tu veux laisser tomber… - Non. Je ne peux pas faire ça... Allons-y. Le sol continuait à s’allumer sous formes d’hexagones liés sous leurs pas. Jack était perdu. Les Patriotes. Ils lui avaient fabriqué une vie de toute pièce. Et en l’espace de quelques minutes, ils la lui avaient détruite. Oui. Il allait se battre. Pour l’enfant d’Olga. Se battre pour la noble cause de Snake. Son Codec le fit émerger de sa rêverie. « Raiden, ils ont Rose ! », lança la voix cette fois normale du Colonel. - Quoi ?! demanda Jack surpris : c’était exactement ce qu’il craignait. - Rose est détenue dans la cale ! Snake s’interposa et dit que c’était un piège. « A l’aide ! » hurla alors la voix de Rosemary l’espace d’un instant. « Rose ! » appela Jack. Solid lui ordonna de se reprendre. « Mais, Snake… ». C’était un piège ! Puisque le Colonel n’existait pas, il était impossible qu’il ait pris Rose en otage. « Ouais, tu as raison… ». Snake répondit « Bien sûr que j’ai raison. ». C’est alors qu’une pensée traversa l’esprit de Jack. Son sang ne fit qu’un tour. Effrayé, il demanda : - Et Rose… et… et si elle n’existait pas ?! « Réfléchis un peu ! » lança Solid. « C’est ta… ». Raiden le coupa d’une voix tremblante. Et s’il ne l’avait jamais vraiment rencontrée ? Le serpent comprit que ce que disait
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ce jeunot était censé. Si le Colonel était issu de son imagination, tout ce dont il se souvenait au sujet de Rose pouvait être… - Pas de conclusion hâtive ! coupa Snake. - C’est bien toi et Otacon qui pensez que le Colonel n’a jamais existé ! - Raiden ! appela l’autre tentant de le rappeler à la raison. Etait-ce donc cela, ce dont Olga avait parlé ? Cette vérité qui serait difficile à accepter ? Perdu dans le brouillard de ses pensées, Jack suivait Snake. Le couloir traversé, ils découvrirent une salle circulaire dont la périphérie était une sorte de gouffre. Ils crurent d’abord que c’était sur les murs mêmes que glissaient des sortes de messages informatiques verts. Mais en y regardant de plus près, ils virent qu’un espace d’une cinquantaine de centimètres les séparait. D’abord le sol. Maintenant ces messages. Si l’on eût dit à Raiden qu’il s’agissait d’une simulation en Réalité Virtuelle, il ne se serait pas même posé de question et y aurait cru. Une échelle se trouvait à l’autre bout de la pièce. Il fallait la gravir pour atteindre la prochaine zone. Alors qu’ils atteignirent le centre de la salle, le premier Tengu sortit de sa cachette et tomba de nulle part. Puis un second homme apparut à l’opposé. Snake et Raiden, dos à dos, furent bientôt totalement encerclés par huit soldats armés de P90 et de sabres. Les grands yeux jaunes de leurs masques les observaient, guettant le moindre mouvement. Jack prit une profonde inspiration. Il tira le premier. La vie quitta le Tengu face à lui. Il sortit alors son épée, et fonça vers les soldats portant des armes blanches. Les lames s’entrechoquèrent, étincelantes. Jack aimait ce genre combat plus que tout autre. Il se sentait enfin plus sûr de lui, il maîtrisait ces soldats high-tech à l’aide d’une simple épée. Il était désormais seul face à trois hommes. Snake s’occupait des autres avec son M4. Raiden désarma l’un de ses ennemis et l’acheva sans pitié. Soudain il sentit quelque chose de froid pénétrer son dos. Cette douleur terrible traversa son corps tout entier alors que le Tengu, derrière lui, lui retirait la vie de cette lame qui le transperçait du dos au ventre. Dans son Codec, Raiden entendit Snake hurler son nom. Il lui sembla voir l’écran virtuel qui apparaissait lorsque l’on échouait dans une mission en réalité virtuelle. « Ession Michouée » indiquait l’afficheur détraqué. Le joueur ne comprenant pas ce qui venait d’arriver posa la manette, intrigué. Soudain une main agrippa Jack et la voix de Solid lui demanda « Mais qu’est-ce qui se passe ? ». Raiden ouvrit les yeux. Il n’avait rien. Pas la moindre trace de coup. Il avait eu une sorte d’hallucination. Çà et là jonchaient les corps inertes et ensanglantés des Tengus. Ils avaient remporté la bataille. Sonné, Raiden se releva et rangea l’épée dans son dos, préférant son Socom sur l’instant. Des bruits de pas. Quelqu’un approchait dans le couloir derrière eux. La personne portait sans doute des bottes au vu du bruit émis. Snake se retourna en même temps que Jack. Ils pointaient tous deux leur arme vers la porte qui coulissa alors. « Fortune », avait alors reconnu Raiden. La femme que la chance ne voulait quitter se trouvait là, portant toujours cette sorte de maillot de bain une pièce caoutchouteux, et surtout son imposant canon électrique. D’un geste discret et vif de la tête, elle dégagea ses cheveux blonds bouclés, attachés derrière sa nuque noire. - L’attente a été longue, Solid Snake. La racine de toutes mes peines ! lança-t-elle pointant alors du doigt le serpent. - Quoi ? fit Snake surpris. - Il y a deux ans, tu as tué mon père. Depuis, notre vie est un Enfer. Tous les gens que j’aimais m’ont été enlevés, les uns après les autres, et quoi que je fasse, je ne peux pas les rejoindre ! C’est un cauchemar sans fin… La seule raison pour laquelle nous vivons, c’est d’en voir le bout. Et notre attente est presque terminée… - Dites-moi que vous n’êtes pas sérieux au sujet du lancement de cette arme nucléaire… lança Raiden.
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- Puisque personne ne peut me tuer, je vais tuer le plus de monde possible, répondit Fortune. A commencer par toi, Solid Snake ! Elle leva son imposante arme et la pointa vers le serpent. Raiden lança « Mince ! » et fit un pas en avant mais Snake le devança et dit « On dirait que je suis à l’honneur, aujourd’hui. Je te rejoindrai ! ». Jack hésitant rangea son Socom. Il ne pouvait laisser là son équipier face à un ennemi intouchable. Mais le héros de Shadow Moses savait sans doute ce qu’il faisait. Raiden prit simplement le lance-missile de Solid et l’accrocha sur son propre dos. Il marcha ensuite rapidement en direction de l’échelle alors que l’extrémité du canon de Fortune grésillait d’impatience. Snake avait lui aussi reculé vers l’échelle, prenant discrètement ses distances. Il dit alors : - Tu veux le repos éternel ? J’vais te le donner, moi ! Jack posa le pied sur le barreau et, hésitant toujours plus, se retourna. - Qu’est-ce que tu comptes faire ?! Les balles ne l’approchent même pas ! - Je trouverai bien quelque chose. Les sorcières n’existent pas. - Tu crois pouvoir me tuer ? demanda Fortune. - Je ne sais pas ce que ton groupe a traversé, fit Solid. Mais mettons les choses au clair : je n’ai pas tué ton père. - Crois-tu que quiconque croirait à tes mensonges ?! - Raiden ! Tire-toi de là ! ordonna Snake haletant, son cœur accélérant à chaque instant. Jack inspira profondément et se tourna vers le sommet de l’échelle, décidé à ne pas en détourner le regard. Snake inspira profondément également. Un cri pour se donner du courage émana de la bouche du serpent alors que son M4 commençait à expulser les balles vers Fortune. Raiden ne devait pas se retourner. Ce n’était pas son combat. C’était le choix de Solid. Bientôt le canon de Dame Chance parla à son tour et Jack vit le mur devant lui s’illuminer de bleu électrique à chaque explosion. Soudain il se rendit compte qu’il ne voyait pas le bout de cette échelle. Tout devint flou autour de lui, et lorsque sa vision lui revint, il se demanda où il se trouvait. Socom en main, il eut plus que jamais l’impression d’être en pleine simulation. Le sol ressemblait à du verre et continuait de s’éclairer sous ses pas. Aucun signe de l’échelle par laquelle il était arrivé. Le ciel semblait à peine réel tant il était sombre et inquiétant, presque apocalyptique. D’ailleurs, je pense qu’il était bel et bien irréel. A quelques centimètres au-dessus de la surface du sol flottaient des messages informatiques et des bandes lumineuses formant des figures fermées, chacune l’une dans l’autre, toujours plus grandes, jusqu’au bord de l’énorme hexagone sur lequel Raiden se trouvait. « Je t’ai regardé combattre, Jack », résonna la voix de Solidus. « On dirait que tu te souviens de la façon dont tu assassinais tes victimes dans le temps. Ou peut-être est-ce l’un des effets du Plan S3… » - De quoi est-ce que tu parles ?! hurla Raiden dans le néant autour de lui. « La surprise fut totale quand Ocelot a découvert les données sur le S3 dans le GW. Pas mauvaise du tout, cette idée… Utiliser le feu pour combattre le feu, en créant le parfait assassin dans le but de mettre à la retraite le frère de Solid Snake… « S3 » signifie « Simulation de Solid Snake ». C’est un programme de développement visant à reproduire artificiellement Solid Snake, le parfait combattant. Le résultat ? le commando Fox Hound. Quand Fox Hound n’existe plus, c’est une simulation de Solid Snake formée à travers la Réalité Virtuelle… Ça ne te rappelle rien, Jack ? Je suis désolé de te voir réduit à être l’une des marionnettes des Patriotes. Mais j’ai fait bon usage de toi, et de leur plan également… La soudaine apparition de Solid Snake, ton arrivée, cela prouvait que les Patriotes avaient infiltré mes rangs. Je devais découvrir l’agent avant que la mission n’atteigne la phase finale… Tu m’as bien aidé… le parfait appât… Jack, ces jours, durant la guerre civile, ils sont bien réels.
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Chaque jour était absolu. Partagé entre la vie et la mort. Tu t’en es enfui. Et maintenant, te voilà de nouveau mené en guerre… mais cette fois plus rien n’est réel… » Un grondement fit sursauter Raiden. Il se retourna pour voir Solidus apparaître de nulle part. Il glissait littéralement sur le sol, les étincelles laissées par les bottes de sa combinaison enflammant les traînées qu’il laissait derrière lui. Jack pointa son Socom vers son « père », plongeant dans ses yeux bien qu’un seul ne soit valide. Il portait toujours ces tentacules étranges. - Fini de jouer, Raiden ! Au moins, tu sais de quoi il en retourne, désormais. Et il n’y a plus aucune raison de te garder en vie. Le sol trembla. Et il sut. Jack sut que sur sa gauche, un Metal Gear s’approchait. Il jeta un œil et sursauta. Ce n’était pas un, mais trois engins de mort qui s’avançaient vers l’hexagone. « Je te donne un adversaire à ta portée ! Maintenant, tu n’as plus qu’à mourir, mon petit Jackie !» lança Solidus sautant et disparaissant alors dans le néant. Les Rays s’étaient placé en triangle, celui du milieu plus proche de Jack que les deux autres. Ce dernier se pencha alors à son niveau et ouvrit sa gueule métallique en quatre, hurlant un cri de bête d’acier. A lui seul, armé de son petit lance-missile Stinger, il devait abattre ces monstres blindés. Que devait-il faire ? Etait-ce une simulation ? Pouvait-il mourir ? Plus rien. Dans sa tête, plus rien ne fonctionnait. Rien hormis le fait que s’il ne se mettait pas en mouvement, il serait mort dans la minute. Les deux Metal Gear sur le côté, en retrait pointèrent d’un même geste leur énorme bras vers Jack, commençant alors à mitrailler la zone. Il était temps. Grand temps de réagir. Raiden se mit à courir en tous sens, effectuant quelques cascades que lui-même ne savait pas réalisables. Haletant il manqua de trébucher, puis il dut rassembler toutes ses forces pour reprendre sa course folle : trois missiles à tête chercheuse le pourchassaient maintenant sans relâche à travers l’hexagone. Il n’y avait aucune porte de sortie. Il était à la fois pris au piège, et libre. Libre face à ces dinosaures d’acier blindé. Libre de se battre ou de mourir. Jack sans réfléchir, d’instinct, visa la gueule du Ray le plus proche alors que celui-ci se préparait à l’ouvrir en quatre afin d’expulser son terrible laser, d’un bleu électrique, qui le découperait en morceaux. Et à l’instant où les quatre parties du bec d’oiseau de Metal Gear se séparèrent, le missile fonça à toute vitesse et le frappa de plein fouet, du sang artificiel étant éjecté de son cou. L’engin se mit à tituber. Il s’en
alla, faisant demi-tour, descendant de l’hexagone et se dirigeant ainsi vers l’horizon. Choqué, Raiden s’aperçut avec horreur qu’au loin se trouvaient absolument toutes les unités Ray de l’Arsenal et qu’un nouveau Metal Gear se détachait déjà du groupe de plus de vingt monstres, alors que celui qu’il avait touché s’effondrait en chemin, hors service. L’un des deux engins restants sauta sur l’hexagone, le sol se mettant à trembler de façon terrible, et fixa Jack de ses « yeux » verts. Pendant ce temps le Ray qui s’était détaché du lot vint se placer près de l’autre, qui était resté en retrait, et commença à mitrailler à son tour. Et tout était à refaire . Raiden se demanda s’il n’avait pas rêvé ce qu’il venait d’accomplir. Il en abattit un autre après moult efforts, qui fut remplacé moins de trente secondes plus tard. Il était tel un pauvre mortel face à la terrible Hydre dont les têtes repoussaient chaque fois qu’il les coupait. Hors l’Hydre était vaincue à condition de trouver la tête principale. Mais cette fois, la tête principale n’était autre que le GW, l’intelligence artificielle qui contrôlait les bêtes… Et Jack était tout à fait incapable de penser correctement ne serait-ce qu’une seconde. Il ne resta, après un temps de combat qui sembla durer une éternité, que quatre engins à détruire. La bataille lui semblait interminable. Après tout, à quoi bon se battre si un autre Ray venait remplacer celui que l’on venait de détruire ? Continuant à se défendre, Raiden à bout de souffle s’aperçut qu’il manquait de missiles. Et sans missiles il ne pouvait plus rien. Un Metal Gear s’approcha à toute vitesse l’air menaçant et ouvrit d’un coup le bec en hurlant, se penchant aussi près de lui que possible. Jack tira une dernière fois
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dans la gueule du monstre qui tomba en arrière perdant son « sang », et perdant l’équilibre. A bout de force, Raiden sentit alors ses genoux fléchir, puis sa jambe droite se claqua au sol tandis qu’il utilisait son Stinger comme appui pour demeurer ainsi accroupi. Plus rien ne pourrait arrêter les Metal Gear. Il avait échoué. Quoi qu’il fasse, il ne pouvait gagner face à ce qui lui semblait être une infinité de Rays. Les deux unités restantes, bientôt rejointes par une troisième, vinrent se placer en cercle autour de lui, seul au centre de l’hexagone. - C’est inutile… murmura-t-il les muscles de ses bras engourdis par le poids du lance-missile. « J’espérais de toi un peu de plus de combativité, Jack. » dit Solidus sa voix résonnant depuis le ciel apocalyptique. La patte droite de l’engin de mort le plus proche se leva au-dessus de Raiden qui, par pur réflexe, trouva la force de se relever et de reculer d’un pas, laissant à terre le lance-missile. Il était debout, mais n’avait plus le courage de se sauver. C’était trop tard. Il était mort. Il avait échoué. Etait-ce un ange qu’il voyait tomber de ce ciel effrayant ? Non. Olga, dans son uniforme gris, apparut et s’interposa entre le Ray et Raiden. « Ah ! tu t’es enfin décidée à te montrer ! » lança Solidus visiblement satisfait. - Olga, ne fais pas ça ! lança Jack. Ils vont tout découvrir ! - Je les retiendrai pour te donner le temps de fuir, répondit-t-elle avec son accent russe. - Et toi… ? demanda Raiden fixant Olga qui demeurait de dos. - Hm ! fit-elle pour toute réponse après un temps de réflexion. - C’est du suicide ! - Tes nanomachines transmettent tes signes vitaux aux Patriotes. Si tu meurs… mon enfant meurt. Tu comprends ? expliqua la fille de Sergei d’une voix tremblante. - L’enfant… se rappela Jack. - Je vois… résonna la voix de Solidus. Voilà pourquoi tu as vendu tes troupes. Tant de morts… qui ont perdu la vie parce qu’ils te faisaient confiance ! N’étaient-ils pas tes camarades ?! - Non ! répondit Olga dégainant son USP. Pas de simples camarades ! Ils étaient ma famille ! - Ah ! - Je sais que je vais droit en Enfer… Mais au moins… mon enfant… - Quelle attitude admirable ! coupa Solidus alors qu’un grondement se faisait de nouveau entendre. Si tu as un désir de mort… Il apparut soudain en glissant, enflammant le sol derrière lui, et acheva : « …je vais me faire un plaisir de l’assouvir ! ». Ses puissantes tentacules foncèrent droit vers Olga qui commença à lever son arme, mais trop peu rapide. « On se reverra en Enfer ! » hurla le frère de Snake désarmant la jeune mère de sa tentacule gauche et l’attrapant à la gorge de sa tentacule droite. Raiden ne sut que faire. Il fit un pas vers Olga, voulant l’aider mais se sentit figé sur place, impuissant. La combinaison de Solidus toute entière était entourée d’une aura bleue. Alors ce dernier dégaina de la main droite son puissant P90 et le fit tournoyer sur son doigt, fixant la traîtresse avec avidité. Il s’arrêta de jongler, stoppant le canon juste face à la tête d’Olga, le doigt sur la détente. Jack sentit son cœur s’emballer. Il était trop tard. Dans un dernier effort, suffocante, la pauvre femme dit avec difficulté : « Vis… il le faut… ». Un coup de feu. Raiden sursauta et ferma les yeux. La balle avait traversé le crâne d’Olga. Le visage de Jack était couvert de son sang. Il se força à ouvrir les yeux. Il devait affronter la réalité. La jeune femme était là, inerte, toujours retenue par la tentacule de Solidus qui envoya alors son corps sans vie au loin, quelques mètres derrière Jack qui choqué, plus perdu que jamais, détruit moralement comme physiquement, tomba à genoux de nouveau les larmes aux yeux,
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murmurant le nom d’Olga. - Tu as aimé le spectacle, Jack ? demanda le frère de Snake. Mais revenons-en à nos moutons... Solidus fit un signe aux Metal Gear derrière lui, qui se remirent à bouger. Mais de façon anormale. Devant le regard plus surpris que terrorisé de Raiden, le « père » de ce dernier se retourna vers les engins de mort. Que se passait-il ? Les yeux de toutes les unités Ray affichaient désormais une lumière rouge. Leur façon de se déplacer était saccadée, irrégulière. Ils tremblaient. Eux aussi étaient perdus, pensa Jack. Dans sa radio, Solidus entendit alors Ocelot dire que l’intelligence artificielle, le GW, était hors de contrôle. « Quoi ?! » lança l’ancien Président fou de rage, observant les engins autour de lui, se méfiant de tout mouvement suspect. Tous les Metal Gears hurlaient de cette plainte métallique qui leur était propre, la gueule grande ouverte. D’après Ocelot, la cascade d’impulsions de l’ensemble du réseau neuronal fournissait des données anormales. Il ne pouvait pas l’éteindre. Solidus demanda alors ce qu’il s’était passé. - Peut-être une sorte de virus. - Les Patriotes ?! demanda Sears. - Je ne sais pas, répondit Shalashaska. - Ocelot… qu’est-ce que tu as trafiqué ?! - C’est trop tard ! Les contrôles de l’Arsenal sont totalement détraqués. Les signaux d’alerte sont de plus en plus nombreux. Les Metal Gear commençaient à saigner aux niveau des bras et des jambes. L’une des bêtes approchait de Solidus l’air menaçant. Celui-ci s’écria alors, en rage : « Stupides machines ! ». Il s’abaissa, cria, et le col de sa combinaison se ferma tandis que ses muscles doublaient de volume comme sur la passerelle de connexion reliant les deux Shells quelques heures plus tôt dans l’après-midi. Le Ray plongea alors vers lui, la gueule grande ouverte, alors que l’ancien Président effectuait un saut énorme, enflammant le sol à l’endroit où il se trouvait deux secondes plus tôt. En plein vol, il tira une dizaine de balles avec une précision remarquable entre les quatre parties du bec du Metal Gear qui saigna un peu plus à chaque impact et tomba finalement, hors service. Quand il atterrit, Solidus se retourna et vit un autre monstre pointer son énorme bras vers lui, mitraillant la zone où il se trouvait. Sears courut vers lui, zigzagant avec une agilité incroyable entre les balles, et sauta finalement sur sa tête, s’aidant pour se faire de ses tentacules, enflammant une fois encore le sol, et de là tira encore quelques balles sur le crâne de l’engin avant d’y planter les deux épées HF qu’il portait à la ceinture, détruisant le monstre d’acier. Le troisième Ray, qui avait plus de mal que les autres à tenir debout, leva la tête vers Solidus, qui sans le regarder tira trois balles entre ses deux yeux rouges, l’achevant. « Maudits Patriotes ! » lança-t-il alors. Quand il revint vers Jack, il l’observa quelques secondes. Puis sans réfléchir il lança sa tentacule droite afin de le prendre à la gorge, comme il l’avait fait avec Olga. Il le souleva de quelques mètres et pointa son arme vers lui. Puis réfléchissant, il décida qu’il pouvait encore être utile… - J’ai capturé Snake, dit une voix à quelques mètres d’eux. Surpris, Raiden tenta de tourner la tête vers la droite et vit Solid, menotté dans le dos, l’air hargneux mais calme, suivi de Fortune qui le bouscula en avant. « Amène-le », dit alors Solidus. Soudain Jack sentit une terrible douleur et s’évanouit. Lorsque, enfin, il reprit connaissance, Raiden vit d’abord, couché, un Metal Gear Ray en état de marche, le modèle de base volé par Ocelot deux ans plus tôt en réalité. Ce dernier devait être piloté par un être humain et non par l’intelligence artificielle GW. Le ciel était normal. Le sol l’était aussi. Ils étaient visiblement sur le toit de l’énorme Arsenal Gear.
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Ocelot était là. Snake et Fortune également. Quant à Solidus, il se trouvait juste en face de lui. « Tu es réveillé, Jack ? Le GW, l’intelligence artificielle de l’Arsenal, a subi des dommages irréparables. J’admets que je t’avais sous-estimé... Je vais devoir te faire parler, mon fils ! ». Sa tentacule fonça et l’agrippa de nouveau. Elle dégageait une fumée brûlante, une sorte de poison sans doute. Raiden en inhala par erreur une bouffée et sentit ses poumons brûler affreusement, il eut donc grand peine à retenir sa respiration bien longtemps et hurla une sorte de suffocation ignoble jusqu’à ce qu’enfin le poison s’arrête de fumer. - Qu’est-ce que tu espères de lui ?! demanda Fortune. Tu sais qu’il ne sait rien. - Ce n’est pas de lui dont j’attends des réponses. Il laissa tomber Jack qui voulut amortir sa chute mais se fit plus mal encore, ses mains étant menottées dans son dos tout comme celles de Snake. - Que veux-tu dire ? demanda Dame Chance, surprise. - Ce ne sont pas tes affaires, répondit Solidus. - Oh, vraiment… Cela tombe bien , j’ai moi aussi quelques affaires personnelles à régler, dit-elle se retournant alors. - Tu prévoies de détourner l’Arsenal ? demanda calmement Sears. L’estomac de Fortune fit un bond. Il savait. Qu’allait-il en dire ? Qu’allait-il lui faire ? Il ne la tuerait pas, de toute façon… c’était une certitude… il aurait bien peine à y parvenir… - Tu vas me rouler dans la farine, hein ? demanda de nouveau l’ancien Président. - Qui a parlé ? Ocelot ? - Pas exactement… C’est moi qui ai utilisé Ocelot pour te mettre cette idée en tête, dans un premier temps. - Quoi ?! fit Fortune plus surprise encore. - Je prévoyais de te donner l’Arsenal depuis le début. - Et pourquoi une telle générosité, tout d’un coup ? - Hm ! Je ne suis pas un philanthrope. L’Arsenal est loin d’être imprenable. Il a besoin d’autres Metal Gear comme gardiens, de contenir des ogives nucléaires puissantes et de bénéficier d’un important soutien aérien, marin et terrestre. S’il n’est pas protégé, toute attaque d’envergure le transforme en un gigantesque cercueil. Saisir l’Arsenal Gear n’a jamais été mon réel objectif. - Quel était cet objectif, alors ? « Une liste des noms… des Patriotes ! Ils prévoyaient d’étendre leur contrôle aux flux de données numériques grâce au GW et à l’Arsenal. Cela signifie que les informations qu’ils veulent filtrer sont contenues dans le GW. Et l’une de ces informations est la liste des douze membres les plus hauts placés des Patriotes, constituant le Conseil des Sages. ». Et une fois qu’il aurait su qui ils étaient, il les aurais supprimés les uns après les autres, pendant que la Dead Cell faisait diversion avec l’Arsenal finalement dénué d’intérêt… Fortune comprit qu’il les utilisait depuis le début. - Parce que tu n’en faisais pas autant ? - Mais ton plan tombe à l’eau avec la destruction du GW, hein ? fit remarquer Dame Chance.
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Solidus répondit contre toute attente qu’il y avait un autre moyen. Fortune assez sceptique dit alors qu’elle allait appliquer leur propre plan et prendre l’Arsenal puisque l’autre n’en voulait pas. La bombe à hydrogène purifié était prête à partir. « Une frappe nucléaire ne les arrêtera pas… » tenta Solidus. Mais Fortune restait persuadée que cela réduirait leurs forces, ainsi que l’emprise qu’ils avaient sur les masses. Il fallait commencer par le commencement. « Bien sûr… C’est ce que vous vouliez… Je ne vous arrêterai pas. Bonne chance !» répondit le frère de Snake avec sincérité. - Merci, mais j’en ai bien assez, rappela-t-elle se retournant alors. Un rire froid la força, de nouveau, à s’arrêter dans son mouvement. Ce rire était désagréable. Il s’intensifiait d’instant en instant. Les bottes d’Ocelot, garnies d’éperons, s’avancèrent au centre du groupe. Fortune demanda inquiète ce qui faisait rire ainsi le vieil homme. « Les charades, il n’y a que ça de vrai ! » répondit Shalashaska de sa voix rauque et froide. « J’en aurais encore volontiers partagé d’autres… mais le temps nous prend de court. ». - De quoi est-ce que tu parles ? demanda Solidus méfiant. - Tout ce que tu as fait ici était écrit, répondit Ocelot. C’était un script... Un petit exercice que nous avons mis en place. - Exercice ? demanda l’ancien Président mal à l’aise. - Le Plan S3 a été conçu pour rendre des soldats aussi doués que Solid Snake. C’est ce que je t’ai dit… Mais l’entraînement en Réalité Virtuelle que ce garçon a suivi n’est pas l’essentiel du projet… dit-il pointant du doigt Raiden qui se sentit soudain tel un pantin. Crois-tu vraiment que c’est toi, et toi seul qui as déclenché cette crise terroriste, Solidus ? C’est cela même, l’entraînement du Plan S3… et c’est également la recréation de Shadow Moses. - Quoi ?! lança le frère de Snake hors de lui. Ocelot continua alors : « La mort de Ames et du Président. Le Ninja. Le virus informatique qui imite FoxDie. Croyais-tu vraiment qu’il s’agissait là d’une coïncidence ? Les Nanomachines de Ames ont servi à arrêter son Pacemaker. J’ai également organisé l’apparition du Ninja. Et quant au Président, bien que Johnson ait réalisé ce qui se tramait, il a joué le rôle qu’on lui avait alloué. Le virus informatique, lui, est le penchant numérique de FoxDie. Il a également été conçu pour éliminer du GW toutes les informations concernant les Patriotes. Ton plan était un échec avant même son exécution, Solidus. En revanche, pour Fatman, l’histoire est toute autre. Il était l’un des nôtres. Une sorte d’examinateur que nous avions engagé pour tester les progrès du garçon avant qu’il ne soit amené à accomplir l’exercice proprement dit. Pour faire collaborer ce cinglé, nous avons dû faire participer Stillman. Si le garçon n’avait pas été capable d’empêcher la Big Shell d’être détruite, cet exercice se serait arrêté net. Le projet ne tolère aucun échec. » - Que veux-tu dire ?! demanda Solidus alors que tout le monde tremblait de rage, de froid ou frissonnait n’en croyant pas ses oreilles. - Devant la situation adéquate, l’histoire adéquate, n’importe qui pourra devenir Snake. Même les bleus peuvent se battre comme des hommes expérimentés. Nous parlons là de la création instantanée d’un être génial ! Et cet entraînement, Colonel, nous procure largement assez de données pour formuler un tel programme. Vous. La Dead Cell. Olga. Vous n’êtes rien de plus que des pions servant à créer la parfaite simulation ! Solidus, toi et le garçon avez été sélectionnés à cause de votre relation, similaire à celle entre Snake et Big Boss. Fortune. Toi et le reste de la Dead Cell servez d’Unité FoxHound que Snake a rencontré à Shadow Moses. Vous êtes le plus impressionnant ramassis de monstres existant… hormis FoxHound… Nous avons eu beaucoup de mal à vous monter contre le garçon. Cette histoire de bombe à hydrogène purifié n’est rien à côté du reste. Le projet était déjà sur les rails quand j’ai coulé ce Tanker, avec ton père, il y a deux ans.
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Fortune sursauta alors que la haine se faisait de plus en plus difficile à contenir, tandis que Shalashaska continuait : « Balancer ton mari en prison était également prévu dans le plan. Nous t’avons dit que ton éradication de la Dead Cell il y a six mois était un acte des Patriotes. Nous avons provoqué et encouragé ta haine... Alors tu as opté pour la vengeance… tout comme nous l’avions prévu... ». La pauvre femme serrait le poing. Jamais elle n’avait détesté à ce point quelqu’un. Elle lui ferait payer. Oui. Il paierait de sa vie. - Tout a été… orchestré ? demanda-t-elle. - Excepté l’apparition du vrai Solid Snake… Je me demande qui t’a fait venir, toi… Fortune transpirait. Son cœur battait plus vite que jamais. Depuis le début de son discours elle n’avait pas quitté les yeux bleus d’Ocelot, bouche bée, perdue dans ses pensées, désireuse de se venger. Elle leva son canon, oubliant tout le reste, que ce soit Raiden, Snake ou Solidus, l’Arsenal qui voguait sur les eaux ou le ciel de cette sombre nuit. - Tous nos malheurs… commença-t-elle visant son ennemi. Juste pour participer à ton projet ?! Soudain rapide comme l’éclair, Shalashaska dégaina son colt de la main gauche et tira. Tout le monde sursauta. Personne n’en croyait ses yeux. Fortune avait reculé d’un pas sous le choc et l’extrémité de son canon électrique était maintenant posée au sol. La jeune femme fit glisser son regard du Single Action Army encore fumant vers sa poitrine. « Comment est-ce que… » fit-elle voyant de ses yeux le trou dans sa combinaison comme dans son corps. - Tu n’es pas Dame chance. Tu n’as rien que nous ne t’ayons donné. - Quoi ? demanda-t-elle tombant à genoux sous les yeux choqués et émus des trois autres. - Sais-tu pourquoi aucune balle ne pouvait t’atteindre ? Cela n’a rien de magique. Ce n’est pas non plus une de ces croyances New Age, et encore moins des pouvoirs psychiques ou je ne sais quoi. Tout avait été mis en place par les Patriotes ! - Mis en place ? demanda la voix tremblante de Fortune. - Tu portes un bouclier à l’épreuves des balles électromagnétiques produites par les Patriotes. Tes camarades de la Dead Cell aimaient ton père et ton mari. Nous avions besoin d’une misérable dans ton genre pour les maintenir concentrés. Tu es un pantin depuis le début, tout comme Olga.
- Non… répondit-elle se sentant idiote et voyant tous ses malheurs n’être en réalité qu’une façade inexistante. - Tu es devenue une sorte d’héroïne tragique, grâce au script que les Patriotes avaient écrit pour toi… Apitoyée sur ton sort, absorbée par ta propre infortune, tu ne pouvais t’empêcher de dramatiser. - J’aurais pu mourir à n’importe quel moment si je l’avais voulu… ? Tout le monde restait là, silencieux, ému, impuissant. Les regards de Snake et de Raiden ne s’étaient pas croisés une seule fois depuis le début du discours d’Ocelot concernant Fortune. Jack se contentait de baisser la tête, tandis que Solid écoutait, dégoûté de telles manières de procéder pour un simple plan. La pauvre femme dans un ultime effort
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réussit à se tenir droite, demeurant tout de même à genoux, et à soulever son canon. « Hm ? Je croyais l’avoir eue au cœur… » fit Shalashaska. Fortune visa le torse d’Ocelot et tira. Le traître ne bougea pas d’un cil. - Le tir a manqué… ? demanda Raiden surpris. Snake avait très bien compris. Le tir avait été dévié. Tout comme les balles étaient déviées lorsque l’on tirait sur Fortune à l’aide d’une arme normale. « Oh, ça me revient… Ton cœur est à droite », dit Shalashaska. Fortune tira à nouveau, sa vision troublée ne lui ayant pas permis de voir clairement le coup précédent dévier. - Tu gâches tes munitions, ma chère, nargua Ocelot. Tu vois ce petit bidule ? demanda-t-il montrant, attaché à sa ceinture, une sorte de boîtier. Les miracles, ou le surnaturel, ça n’existe pas. Il n’y a que la technologie de pointe. Solidus qui contenait sa colère depuis quelques minutes ne pouvant plus rester passif pointa son P90 vers ce sale traître et le mitrailla, hurlant sa haine. Mais rien n’y fit. Aucun des projectiles ne pénétra le corps d’Ocelot. Fortune à bout observa la scène et murmura « Salaud… » avant de tomber à la renverse, crachant son sang. Le Ray qui était couché en avant, prêt à accueillir un pilote, bougea soudain : le cockpit s’ouvrait. Une seconde plus tard, Ocelot sautait dessus et regardait Solidus en rage jeter au sol son P90 et attraper ses deux tentacules qu’il pointa vers son ennemi tirant ainsi des missiles… qui de nouveau furent déviés. Les regardant tous les quatre de haut, Shalashaska fit un signe de la main et plongea dans la bête qui se mit alors à bouger, ses yeux bleus s’illuminant. Alors que le Metal Gear se redressait ouvrant sa gueule en quatre puis la refermant une fois debout, Raiden et Snake se relevèrent également, cachés derrière Solidus. La voix d’Ocelot s’éleva résonnant depuis le cockpit du Ray, et couvrant le faible vent : « Maintenant que j’ai acquis suffisamment de données, il ne me reste plus qu’à récupérer l’Arsenal… et nettoyer les déchets générés par l’exercice. ». - Essaie un peu ! provoqua Sears dégainant ses deux épées HF, sa combinaison déjà prête au combat. Le bras de Ray se pointa droit vers Solidus, et de son extrémité jaillirent des tonnes de balles que l’ancien Président broya et dévia à l’aide de ses deux lames, avec une vitesse incroyable, presque surhumaine. Solid sentit alors un fragment de projectile l’effleurer et frapper la chaîne des menottes dans son dos. Surpris, il tenta d’écarter ainsi les bras, aussi douloureux le geste soit-il, mais il ne parvint pas à casser les maillons pour se libérer. Ocelot, las, lança alors « Bien, alors que penses-tu de ça ? ». Le Ray se redressa de nouveau, et écarta les bras, prêt à lancer comme il l’avait fait après la destruction du Harrier ces petites bombes qui, une fois dans le ciel, explosaient et bombardaient la zone de missiles. « Mince ! » s’écria Snake forçant de nouveau sur ses bras. Mais le silence et l’immobilité des deux autres l’intrigua. Il releva la tête et vit Fortune, debout face au Ray, les bras tendus en avant. Avait-elle perdu l’esprit ? Le Ray se pencha, prêt à tirer. « Fortune ! » appela Raiden. « Idiote ! Dégage de là, bordel ! » lança Solidus tenant fermement ses deux lames. Shalashaska, observant Fortune, dit à travers le mégaphone : « Je te l’ai dit… ta chance a tourné. Prenez donc votre récompense : l’ensemble de la charge explosive du Ray… Crevez ! » Six bombes furent éjectées juste au-dessus du Ray, suivies de six autres, puis encore six autres et ainsi de suite. Chacune libéra cinq missiles qui plongèrent tous vers le petit groupe. « Tout le monde à terre ! » hurla Solid, chacun suivant son conseil excepté Fortune. Cette dernière resta là. Les bras tendus en avant. Se concentrant de toutes ses forces. Tous trois entendirent les missiles fuser et exploser çà et là. Mais loin d’eux. Surpris, ils relevèrent un à un la tête. Les missiles s’éloignaient à leur approche de Fortune. Ils déviaient. « Qu’est-ce que ?! Impossible ! » enragea Ocelot dans son cockpit. Le phénomène apparaissait de plus en plus clairement. Les missiles, groupés, tombaient en piquée vers la pauvre femme, et à un mètre d’elle à peine, déviaient vers différentes directions. Les traînées de fumée laissées par les engins étouffaient Fortune, qui avait déjà peine à respirer. Enfin, Metal Gear n’eut plus de bombes à éjecter.
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- C’est bel et bien Dame Chance… fit Snake. « Mon nom est Helena Dolph Jackson », dit la fille du Commandant Scott Dolph, assassiné par Ocelot deux ans plus tôt, observée par les trois hommes émus à qui elle venait de sauver la vie. « Je suis la fille d’un fier et noble soldat… ». Elle manqua de tomber et cracha encore quelques gouttes de sang. « Je… je revois ma famille… ». Et Fortune s’effondra sur le côté, tombant tel un pantin dont on coupe les fils, morte. « Mince ! » lança Shalashaska derrière sa moustache blanche, se demandant si les Patriotes eux-même ne s’étaient arrangés pour que les missiles dévient à leur approche de la pauvre femme. « Essayez donc ceci ! » cria Ocelot. La gueule du Ray s’ouvrit en quatre. Il était sur le point de lancer ce puissant rayon laser capable de découper n’importe quoi. - Non ! hurla Solid se débattant plus fort encore, tirant sur ses bras à les arracher. Cette fois, il avait gagné. Il n’avait plus qu’à appuyer sur ce bouton pour réduire en miettes les deux Snake et la copie de Solid. Il approcha sa main droite, portant comme toujours ses gants rouges. Et alors qu’il effleurait le système de déclenchement du laser, son avant bras tout entier se mit à trembler comme jamais. Non... Non, pas maintenant… Il devait en finir. Mais c’était au-dessus de ses forces. A travers le mégaphone, le cri d’Ocelot se propagea tout autour de l’Arsenal, un hurlement à glacer le sang. Ray se redressa alors de tout son long, sa queue balançant lentement derrière lui. La tête était à présent à vingt mètres au-dessus des trois autres. Le cockpit s’ouvrit alors, et Shalashaska sortit, le gant de son bras droit cette fois absent. - Mes frères ! hurla-t-il d’un ton qui n’était pas le sien. - Liquid ! lança Snake qui réalisa enfin qu’il n’avait pas rêvé cet épisode sur le Tanker. - Ça fait longtemps que j’attendais ce moment ! répondit le jumeau de Solid à travers le bras greffé de Shalashaska. - C’est impossible… fit Solidus bouche bée : Liquid Snake était mort de Fox Die, ce puissant virus, à Shadow Moses. - Tout le temps que j’ai passé dans ce bras, je l’ai passé à attendre le bon moment pour me réveiller ! - Tu étais à l’intérieur d’Ocelot… ? demanda Sears. - Oui. Endormi dans le bras d’un espion des Patriotes ! - C’était toi, il y a deux ans ? interrogea Snake. - Exactement ! Je le contrôlais ! Snake, c’est moi qui ai donné les informations sur l’Arsenal à ton partenaire, pour t’amener ici ! - Quoi ?! - Tu étais le seul à pouvoir me réveiller, après tout ! Je mettrai les Patriotes hors d’état de nuire une bonne fois pour toutes ! Solidus surpris, demanda : « Tu sais où ils sont ?! Comment ? ». Liquid répondit que ce n’était pas par hasard qu’il avait choisi Ocelot en tant qu’hôte. Il ajouta qu’avant de partir, il lui fallait régler quelques problèmes familiaux avec eux. Il n’y avait de place que pour un Snake et un Big Boss. L’ancien Président tenta désespérément de tirer quelques missiles depuis ses tentacules mais le bouclier électromagnétique d’Ocelot était toujours actif. Liquid plongea alors dans le Ray qui se mit de nouveau à bouger. « Il est temps de dire au revoir ! » lança-t-il. Snake devait agir. Il jura, et recommença à se débattre en tous sens faisant son possible pour briser le lien abîmé de ses menottes. Metal Gear fit un quart de tour vers la
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gauche, se plaçant ainsi au bord de l’Arsenal Gear. « Vous aimez le surf ? C’est un excellent moyen de déplacement ! » lança Liquid. Solid déterminé sentit la chaîne commencer à céder, et dans un ultime effort, il écarta les bras d’un coup sec. Il faillit trébucher. Ses membres endoloris enfin libérés lui permirent de se mettre à courir vers le Ray sous les yeux ébahis de Solidus et de Raiden. « Liquid ! Arrête ce truc ! » hurla Snake. Amusé, le pilote du Metal Gear lança à travers le mégaphone : « Hé, Snake, tu viens avec moi ? ». Solid était désormais sous l’engin de mort. Mais ce dernier fléchit soudain les genoux, et les tendit d’un coup, plongeant en pleine mer. Surpris, Jack vit Snake suivre le Ray, sautant à sa poursuite en hurlant, effectuant un magnifique saut de l’ange. Un énorme bruit sourd se fit entendre et une impressionnante vague vint s’échouer sur les bords de l’Arsenal. Solid avait disparu avec Liquid. « Snake ! » hurla Raiden de toutes ses forces, inquiet. Ainsi lui, copie du serpent, n’avait pas été apte à se libérer et à poursuivre le Ray. Voilà soudain que le sol se mit à trembler. Lui et Solidus tombèrent alors que l’énormissime Arsenal pénétrait dans le port de Manhattan, passant sous le pont George Washington, voguant ainsi sur la rivière d’Hudson. Par chance, l’énorme plate-forme ne toucha pas le pont, passant quelques mètres seulement en-dessous. La nuit commençait déjà à laisser place au jour. Raiden sursauta. L’Arsenal se dirigeait droit vers la ville. Il apercevait déjà la Freedom Tower en construction au loin à l’ancien emplacement du World Trade Center, ainsi que l’Empire State building. Quelques minutes plus tard à peine, l’engin se heurta à un premier bâtiment. Puis un second. Puis un troisième. Il détruisait tout sur son passage, ralentissant sa course à chaque impact. Soudain il stoppa net, en plein cœur de Manhattan, et les deux bougres qui assistaient au spectacle sans pouvoir y rien changer furent éjectés du toit de l’Arsenal. Jack ferma les yeux, se préparant au choc, incapable d’amortir sa chute à cause de ses mains toujours liées. Ce fut plus court qu’il ne l’aurait cru. Il était tombé sur un toit. Solidus se releva et regarda autour de lui de son œil valide. « Le Federal Hall ! » lança-t-il reconnaissant l’endroit, éclatant soudain de rire en tournant sur luimême. - Qu’est-ce qui te fait rire ? demanda froidement Raiden. - Tu sais quel jour on est, aujourd’hui ? demanda l’ancien Président. La question lui fit penser à Rose. Elle qu’il avait rencontrée ici, sur le Federal Hall… qu’il pensait avoir rencontrée… Il répondit alors simplement « Le 30 avril… ». - C’est exact. George Washington est devenu le premier Président des Etats-Unis il y a deux cent ans aujourd’hui. Et c’est arrivé juste ici. Nous allions clamer une nouvelle déclaration d’indépendance. L’avènement d’une nouvelle nation. Ici. Sous nos pieds. La fin du règne secret des Patriotes. La libération de ce pays. C’est ici que c’était censé commencer. C’est ici que la liberté aurait pu naître. - Tout ce que tu veux, c’est le pouvoir, quel qu’en soit le prix ! lança Raiden agacé. - Jack. Ce n’est pas le pouvoir, que je veux. Ce que je veux, c’est reprendre aux Patriotes des choses comme la liberté, les droits civils, le libre arbitre… les principes fondateurs de ce pays. Ils sont tous sur le point d’être éradiqués par la censure numérique… Jack, écoutemoi… Nous naissons tous avec une date d’expiration. Personne ne vit éternellement. La vie n’est qu’une période de grâce, durant laquelle nous devons prendre le meilleur de nos gênes et le transmettre aux générations futures ! Les données de la vie sont transmises de parents à enfants. C’est comme ça que ça marche. Mais nous, nous n’avons ni héritier, ni héritage. Moi et mes frères, nous sommes appelés « Les enfants terribles ». Clones de notre père, notre capacité de reproduction naturelle nous a été enlevée artificiellement. Quel sera notre héritage, si nous ne pouvons pas passer le relais à nos enfants ? Une preuve de notre existence… une marque de quelque sorte que ce soit. Quand le parent passe le relais à l’enfant, cela dépasse le cadre de l’ADN. Cette transmission s’accompagne d’un transfert d’informations. Tout ce que je veux, c’est qu’on se rappelle de moi. A travers les gens. A travers l’Histoire. Les Patriotes essaient de protéger leur pouvoir, leurs intérêts, en contrôlant le flux d’informations numériques. Mais je veux que MA mémoire, MON existence, perdurent. Contrairement à un intron de l’Histoire, on se souviendra de moi comme d’un exon ! Ce sera
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mon héritage. Ma marque dans l’Histoire ! Mais les Patriotes ont rejeté jusqu’à cela. Je vaincrai les Patriotes, et nous libérerai tous ! Et nous deviendrons ainsi « Les fils de la Liberté » !
Chapitre X : Le Federal Hall.
Jack sursauta. Son Codec sonnait. Qui pouvait-ce être ? Il répondit et s’aperçut avec stupeur que le Colonel était au bout de la ligne. « Raiden, nous reçois-tu ? Nous sommes toujours là. », commença la voix désincarnée. Jack demanda comment cela était
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possible, l’intelligence artificielle ayant été détruite. « Seulement le GW », répondit le faux Campbell. Raiden demanda qui ils étaient. Pour commencer, ils n’étaient pas ce que l’on pourrait qualifier d’« humains ». Au cours des deux cent années précédentes, une sorte de conscience s’était formée par couches successives au sein de la Maison Blanche. Ce n’était pas un phénomène bien différent de celui des océans qui avaient vu naître la vie quatre milliard d’années plus tôt. La Maison Blanche avait été leur milieu primaire. La base de leur évolution. Ils étaient informes. Ils incarnaient la discipline et la moralité dont les Américains se vantent tant. Comment quiconque pourrait-il espérer les éliminer ? Aussi longtemps que cette nation existerait, ils existeraient également. Raiden agacé lança : « Assez de ces conneries ! Si vous êtes immortels, pourquoi enlèveriez-vous à chacun sa liberté ? Pourquoi censureriezvous le Net ? ». La voix de Rose, qui défaillait également, demanda à Jack de ne pas être désobligeant. Le Colonel demanda alors s’il ne voyait donc pas que leurs plans servaient les intérêts humains et non les leurs. Devant l’air surpris de Raiden, Rose lui demanda d’écouter attentivement et d’être bien sage. Le faux Campbell reprit alors la parole. La carte du génome humain avait été achevée au début du siècle. Il en avait résulté que l’évolution de la race humaine n’avait plus aucun secret pour Eux. « Nous avons commencé par nous lancer dans le génie génétique. Finalement, nous avons réussi à numériser la vie elle-même. » compléta Rosemary. Le Colonel contrasta en disant qu’il y avait des choses qui n’étaient pas incluses dans les informations génétiques. - Que voulez-vous dire ? demanda Jack. - Les souvenirs humains, les idées, la culture, l’Histoire… énonça le faux Campbell. - Les gènes de contiennent aucune trace de l’Histoire humaine, continua Rose. - Sont-ce des choses qui ne doivent pas être transmises ? Ces informations doivent-elles être laissées à la merci de la nature ? demanda le Colonel sans attendre de réponse. - Nous avons toujours laissé des traces de nos vies, reprit Rosemary. A travers mots, images, symboles… Des tablettes aux livres. - Mais les nouvelles générations n’ont pas été informées de toutes les informations. Un petit pourcentage dans le lot a été sélectionné et transmis. Processus très proche de celui des gènes, vraiment. - C’est ainsi qu’est formée l’Histoire, Jack ! - Mais dans notre monde numérisé, les informations insignifiantes s’entassent, éternellement banales. Jamais périmées. Toujours accessibles. - Des rumeurs sur des problèmes futiles, de mauvaises interprétations, des calomnies… - Toutes ces données sans importance, continua le Colonel, sont préservées sans aucun filtrage, s’accumulant à un rythme alarmant. - Elles ne font que ralentir le progrès social, elles réduisent le taux d’évolution.
- Raiden, tu crois que notre objectif est d’instaurer la censure. - Tu veux me faire croire que ce n’est pas le cas ? demanda Jack. - Tu te trompes ! répondit Rose. Ce à quoi nous aspirons n’est pas le contrôle du contenu, mais la création d’un contexte.
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- Création d’un contexte ? répéta Raiden. - La société numérique aggrave les tares humaines, et tend à favoriser le développement de semi-vérités, reprit le Colonel. Regarde simplement les étranges paradoxes de la moralité autour de toi. - Des millions sont dépensés pour des armes capables de tuer les êtres humains. - Les droits des criminels sont plus respectés que l’intimité de leurs victimes. - Alors que d’autres gens souffrent de la pauvreté, on donne pour la survie d’espèces en voie d’extinction. Dans chaque génération, on nous répète la même chose. - Soyez bons envers les autres gens. - … Mais soyez toujours les premiers en tout, acheva Rose. - Chaque être est spécial, unique. Croyez en vous-même et vous réussirez. - … Mais il est évident que seule l’élite peut réussir. - Tu exerces ton droit à la « liberté », et en voici le résultat, fit remarquer le Colonel. Toute une rhétorique. Pour éviter les conflits et les heurts. Toutes sortes de vérités arbitraires sont énoncées, selon l’intérêt de chacun, s’accumulant au nom du politiquement correct et des valeurs. - Chacun se retranche derrière sa propre petite communauté close, effrayé à l’idée d’affronter un plus large auditoire. Ils restent dans leur petit monde, ajoutant leur propre morceau de « vérité » dans cette immonde société. - Les vérités fondamentales ne s’affrontent ni ne s’allient. Personne n’est désavoué, mais personne n’a raison. - Même la sélection naturelle ne peut entrer en jeu, ici. Le monde entier est en train de sombrer dans « la vérité ». - C’est ainsi que le monde finira. Pas par un « bang », mais par un murmure. - Nous essayons d’empêcher cela d’arriver. - C’est notre responsabilité, en tant que dirigeants. Tout comme en génétique, les informations inutiles et les souvenirs doivent être filtrés pour stimuler l’évolution des espèces. - Et tu crois que tu es qualifié pour décider de ce qui est nécessaire et de ce qui ne l’est pas ?! s’énerva Jack. - Absolument. Qui d’autre pourrait barboter dans l’océan de déchets que vous produisez pour en tirer des vérités valables ? Nous les interprétons ensuite pour les transmettre aux générations futures. - C’est ce que veut dire « créer un contexte ». - Je peux décider moi-même de ce qu’il faut croire et transmettre ! lança Raiden. - Cette idée t’est-elle seulement propre ? demanda le Colonel. - Ou est-ce quelque chose que Snake t’a dit ? ajouta Rose. Jack piégé soupira. Selon le faux Campbell, c’était là la preuve de son incompétence. Il n’était pas apte à exercer son plein gré. Raiden lança que ce n’était pas vrai.
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Qu’il avait le droit. Les deux autres reprirent. Est-ce que quelque chose comme un « moi » avait jamais existé en lui ? Ce qu’il appelait « moi » n’était qu’un masque pour cacher l’être qu’il était vraiment. En ces temps de vérités préfabriquées, le « moi » n’était qu’une chose que l’on utilisait pour préserver les émotions positives qu’il nous arrivait de ressentir. Une autre possibilité était que ce « moi » soit un concept emprunté dans l’idéologie de se donner l’impression de posséder une certaine force. « Foutaises ! » lança Jack. Le Colonel demanda alors s’il préférait que quelqu’un d’autre le lui dise, et demanda à ce qu’on lui explique. - Jack, dit Rose, tu es le meilleur. Et tu n’es arrivé si loin que grâce à ton « moi ». - Oh, que se passe-t-il ? demanda le faux Campbell. Est-ce que tu te sens perdu ? Pourquoi n’essaierais-tu pas de sonder ton âme ? - SI tu crois pouvoir y trouver quoi que ce soit… se moqua Rosemary. - Ironique, que toi-même, qui t’es inventé ce « moi », tu aies rejeté la faute sur quelqu’un d’autre au moindre souci. - Ce n’est pas ma faute ! Ce n’est pas ma faute ! imita Rose. - Quand tu nies, tu ne fais que chercher une autre « vérité », plus commode, afin de te sentir mieux dans ta peau. - Abandonnant en un instant la soi-disant « vérité » que tu avais déjà embrassée. - Est-ce que quelqu’un de ce genre doit être capable de décider ce qu’est la « vérité » ? - Est-ce que quelqu’un comme toi, a le droit de décider ? Et ils continuèrent ainsi à secouer Jack comme jamais. Tout ce qu’il avait fait, c’est outrepasser sa liberté. Il ne méritait pas d’être libre. Ce n’étaient pas Eux qui étouffaient le monde. C’étaient les humains ! Chaque individu était censé être faible. Mais en réalité, une personne a elle-seule était capable de détruire le monde. Bien trop de pouvoir, pour une espèce bien trop peu mûre. Avant de léguer quelque chose, il fallait savoir quoi, et comment. Jusqu’à présent, ces questions torturaient les humais. Maintenant, Ils pensaient à leur place. Ils étaient leurs gardiens, après tout. - Vous voulez contrôler les pensées et les comportements des êtres humains ?! « Bien sûr. Tout étant quantifiable en ces jours… Et c’est ce que cet exercice visait à prouver. », répondit le Colonel. Après tout, Jack était tombé amoureux de Rose. Tout comme prévu. Ocelot ne savait pas toute la vérité, visiblement. Ils dirigeaient la nation entière. Le sort d’un soldat, aussi doué soit-il, leur était indifférent. Le « plan S3 » ne signifiait pas « Simulation de Solid Snake », mais « Sélection pour la Santé de la Société ». Le S3 était un système permettant de contrôler la volonté et la conscience des hommes. Le S3 n’était pas Raiden, soldat formé à l’image de Solid Snake. C’était une méthode. Un protocole qui crée les circonstances qui avaient fait de quelqu’un ce qu’il était. C’étaient Eux, qui incarnaient le S3. Pas lui. Ce qu’il avait expérimenté constituait le test ultime de l’efficacité du système. - C’est insensé ! réplique Jack. - Tu as entendu ce qu’a dit le Président Johnson ! répondit le faux Campbell. Sa voix se transforma en celle du défunt Président et dit : « Le système GW de l’Arsenal est la clé de leur suprématie ». Puis sa voix redevint normale. - L’objectif de cet exercice était d’établir cette méthode. Nous avons utilisé Shadow Moses comme exemple pour l’exercice.
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- Je me demande si tu n’aurais pas préféré un contexte imaginaire ? demanda Rose. - Nous avons choisi cette toile de fond à cause de ses circonstances extrêmes. Cet exercice permettait de tester la capacité du système S3 quant à la gestion de crises. De voir si le modèle était capable de déclencher, contrôler, et résoudre ce genre de situation. Il devait être capable de tout. Et maintenant, il a montré ses talent. Raiden, il y a également des raisons pour expliquer ta sélection. Solidus a formé un tas d’autres enfants-soldats. Sais-tu pourquoi nous t’avons choisi, toi ? - Hm ? fit Jack. - Parce que tu étais le seul à refuser d’affronter ton passé. Tous les autres se souviennent de ce qu’ils ont fait, et en souffrent quotidiennement. - Mais toi, tu te détournes de tout ce qui te déplaît. - Tu fais ce que tu veux, comme tu le veux, tu ne vois que ce que tu veux voir, et tu ne te soucies que de toi-même… - Oui… Rose peut le confirmer, fit remarquer le Colonel. - Tu as refusé de me voir pour ce que j’étais. Je t’ai menti, mais j’espérais que tu découvrirais la supercherie. Tu as fait semblant d’être compréhensif, d’être gentleman. Tu n’as en fait jamais fait le moindre pas vers moi. La seule fois où tu l’as fait, c’est quand je t’y ai contraint. - J’essayais juste de ne pas… commença à s’excuser Raiden. - Quoi ? « Tu essayais de ne pas me blesser » ? Mon cher… la personne que tu ne voulais pas blesser, c’est toi-même. Tu as tout fait pour nier la vérité, la camouflant sous ta prétendue gentillesse. Tu n’as fait que penser à toi… Même si tu prétends avoir agir dans mon intérêt, cela reste à prouver. Au final, tu n’as jamais agi que pour toi, et je n’ai jamais compté pour toi. - Ah ah ah ! Très juste, fit remarquer le Colonel. Vois-tu, tu représentes parfaitement la masse que nous voulons protéger. Voilà pourquoi nous t’avons choisi. Tu as accepté le script que nous t’avions écrit, obéi à nos ordres et fait tout ce que nous t’avons dit de faire. L’exercice est un succès ! Le faux Campbell prit la voix d’Emma et dit : « Ne t’avais-je pas dit que le GW était encore incomplet ? Ce n’est plus le cas, grâce à toi ! ». Jack sursauta. Quel idiot il avait été. - Ta personne. Tes expériences. Tes victoires. Tes échecs… Tout est secondaire. Le réel objectif est de les régénérer et les manipuler. Cela nous a pris beaucoup de temps d’aboutir à cette réussite, mais les résultats valent ce sacrifice. Assez parlé, maintenant ! Il est temps d’exécuter le dernier exercice. Raiden, abat Solidus ! - A d’autres ! J’en ai assez d’exécuter bêtement ce qu’on me dit ! répliqua Jack. - Oh, vraiment… N’oublierais-tu pas quelque chose ? Puis copiant la voix d’Olga, le Colonel dit : « Si tu meurs, mon enfant meurt… ». Raiden était dans une impasse. - Si tes signes vitaux n’étaient plus relayés par tes Nanomachines, l’enfant d’Olga mourrait… Sans parler de Rose… qui est reliée au même type de dispositif. - Rose… est-ce qu’elle existe vraiment ? - Bien sûr que j’existe, Jack, dit la voix de l’intelligence artificielle à l’image de Rosemary. Tu
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dois me croire. - Et mince ! lança Raiden forcé une fois de plus à obéir aux ordres, mais cette fois totalement à contrecœur. - Ce sera un combat à mort, dit la voix désincarnée du faux Campbell. - Ce qui est sûr, c’est que Solidus veut te tuer ! - Nous collecterons les dernières données depuis ce dernier combat ! annonça le Colonel. Ensuite, nous pourrons considérer cet exercice comme clos. Alors, Jack l’Eventreur ? Qui va triompher ? Sera-ce Solidus, création des Patriotes ? Ou toi, création de Solidus… ? Nos chers monstres adorés… amusez-vous bien. Le Codec coupa alors, et Raiden releva la tête. Son « père » s’avança de quelques pas. « Jack, mon fils… Mes frères clonés et moi-mêmes sommes considérés comme des monstres, car soi-disant nés de gènes malfaisants. Toi, tu es unique. Tu n’en restes pas moins un monstre. Issu d’une sombre histoire secrète. Nous devons décider quel monstre aura le privilège de survivre… Oh… Au fait, Jack… c’est moi qui ai tué tes parents. » Sa haine envers l’ex-Président s’intensifia violemment en un instant. Raiden commençait tout juste à se demander si Solidus n’avait pas l’idéal le plus juste. Certes, mais la manière de procéder, elle, était des plus injustes. Cette dernière phrase sortie de la bouche de Solidus résonnait dans sa tête. Sa voix calme et froide, son visage identique à celui de Big Boss et proche de celui de Solid malgré le vieillissement accéléré, ses manières, son énorme combinaison qui rendaient ses muscles trop gros. Tout chez Solidus le répugnait désormais. Il n’avait jamais connu ses parents. Il n’avait d’eux aucun souvenir. Il ne pensait en réalité qu’aux bains de sang qu’il laissait derrière lui. Aux visages suppliants de ceux qu’il avait assassiné. Aux cris de ceux à qui il avait sans pitié ôté la vie, juste parce que lui, Solidus, le lui avait demandé. Jack ne se battrait pas pour les Patriotes. Il ne se battrait pas pour le plan S3. Il se battrait pour l’enfant d’Olga, pour Rose, et pour enfin être vengé de son passé dérobé. Mais n’était-ce pas là une fois encore un exemple de ce qu’avançaient l’intelligence artificielle quelques minutes plus tôt ? N’était-il pas en train de transformer une « vérité » en une autre pour se cacher son erreur ? Solidus empoigna l’épée Haute Fréquence de Raiden, qu’il lui avait prise alors qu’il était évanoui sur l’Arsenal. Il la lança alors vers Jack qui tendit les mais en avant, de manière à ce que la lame rompe la chaîne de ses menottes. Il ramassa ensuite l’épée et se mit en garde, face à George Sears qui dégaina alors ses deux épées. « J’ai d’autres raisons de vouloir ta mort, Jack. Les données concernant les Patriotes à l’intérieur du GW ont été effacées. Mais il y en reste des traces... à l’intérieur de toi. » - Quoi ?! - Chaque information a été relayée par les Nanomachines de ton cortex cérébral, et a ensuite été diffusée dans le réseau neuronal qu’ils ont formé. Ils renforcèrent tous deux leur position de garde, ne se quittant pas des yeux, le bruit de leur violent mouvement faisant fuir quelques oiseaux qui s’étaient posés près d’eux. Le col de la combinaison de Solidus coulissa, le protégeant de nouveau. « Prépare-toi », dit-il alors. Soudain il lui fonça dessus. Raiden bloqua le premier coup à l’aide de sa lame, et riposta par un coup de pied qu’il regretta bien vite tant la combinaison de l’ennemi était solide. Il devait se battre. Il avait tué ses parents. Il avait tué Olga. Il devait se battre pour la petite fille de cette dernière. Se battre pour découvrir la vérité sur Rose. Il frappa à son tour et Solidus sauta en arrière, atterrissant au bord du toit, à quelques mètres au-dessus de la statue à l’image de George Washington. Une pensée vint alors à Raiden. Que signifiait le sigle GW ? Il ne s’était bizarrement jamais posé la question. Ce nom avait-il un quelconque rapport avec le premier Président des Etats-Unis ? Le clone de Big Boss glissa au sol, se déplaçant ainsi à une vitesse folle, embrasant le toit sur son sillage, et achevant sa course en percutant Jack qui tomba à terre. Solidus avait recommencé à glisser çà et là, transformant bientôt le toit en un labyrinthe de flammes. Quand il revint vers Raiden, Solidus voulut planter son épée dans le ventre de son « fils ». Celui-ci para le coup et riposta par un coup de coude
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dans la mâchoire. Jack ne pouvait se permettre de faiblir, contrairement aux flammes, qui bien vite disparurent, laissant planer une fumée noire et dense à leur place, ce qui rendit le combat inquiétant pour les deux monstres qui se cherchaient désormais sur le toit du Federal Hall. Le « fils » ne vit qu’une silhouette sauter à l’aide de ses deux tentacules et lui tomber dessus. Puis une de ces mêmes tentacules le saisit à la gorge, le soulevant à quatre bons mètres de hauteur et l’étouffant. Jack tenta de la trancher à l’aide de son épée, mais la chose était solide. Solidus réagit tout de même en le secouant violemment et en l’envoyant valser à l’autre bout du toit. Raiden manqua de chuter et se rattrapa de justesse au bord du précipice. Il entrevit, loin au-dessous, la statue de George Washington, de dos. Il grimpa avec difficulté, en rampant la tête lui tournant fortement, et se releva enfin. La fumée s’était dissipée, mais bientôt, une main le saisit et il sentit une tête se claquer contre la sienne. Sonné, il demeura allongé quelques instants durant lesquels Solidus amorça un geste pour l’abattre. Au même moment, la voix d’Olga dans son Codec, via le faux Colonel, répéta sa dernière volonté : « Reste en vie… il le faut… ». Jack roula de côté alors que la lame du frère de Snake se plantait dans le sol. Ce dernier tira dessus afin de la reprendre, et alors qu’il soulevait enfin l’épée, il sentit une douleur atroce parcourir son bras droit. Son oeil invalide l’avait empêché de voir Raiden lui porter un puissant coup qui avait fait « saigner » sa combinaison, qui rappelons-le était très similaire au blindage d’un Metal Gear Ray. Agacé, il glissa de nouveau à l’opposé du toit. « C’est bien, Jack, mais il est temps de passer à la vitesse supérieure ». Raiden vit alors Solidus contracter la plupart de ses muscles, qui firent voler loin derrière-lui son système de tentacules. Il glissa encore une fois vers l’autre, et frappa de ses deux épées juste alors qu’il arrivait près de son « fils ». Jack para le double coup de l’ancien Président à l’aide la lame d’Olga, tout en sautant en arrière. Ils se fixèrent, entre trois yeux, chacun s’apprêtant à attaquer de nouveau. Solidus, plein de haine, se décida le premier. Lançant ses deux bras de haut en bas tout en avançant d’un pas, il effectua une double coupe diagonale. Mais Raiden avait anticipé le mouvement et au même moment avait tournoyé, se décalant de côté, afin de passer juste derrière Sears. Ce dernier sentit alors la lame de Jack traverser sa combinaison, traverser sa chair, et lui ôter la vie, d’une coupe horizontale dans son dos. Il haleta. Sentant son uniforme grésiller et saigner derrière lui. Atteint d’une douleur inqualifiable. Il tituba en direction du bord du toit, du côté de la statue à l’image de George Washington. En chemin, il lâcha d’abord une épée, puis l’autre. Il se pencha du haut toit et regarda en bas. Il ne voyait qu’elle. La statue levant la main droite, prêtant serment, du premier Président des Etats-Unis. Il saisit une prise sur l’Arsenal échoué à sa droite, s’aidant à se retourner vers Jack. Ce dernier le vit murmurer quelques mots qu’il n’entendit pas. Puis lentement, Solidus bascula en arrière, levant la main gauche vers le ciel relativement clair de ce début de matinée du 30 avril 2009. Raiden bizarrement ému entendit un bruit sourd quelques instants plus tard. Accroché à l’arrière de la base de la statue de George Washington, l’ancien Président, brisé, tendit la main droite dans un dernier effort vers son idole. Son idéal. Son souffle faiblissait. Son cœur ralentissait. Il avait échoué. Il n’avait pas su arrêter les Patriotes. On ne se souviendrait pas de lui comme de l’homme qui a libéré le pays de l’emprise d’un groupe malveillant. Et on l’oublierait comme on oublie un vulgaire terroriste. Seul sur le toit du Federal Hall, Jack baissa son épée, abandonnant enfin sa position de garde, réalisant qu’il avait tué l’assassin de ses parents. Qu’il allait peut-être retrouver Rose. Que l’enfant d’Olga vivrait. Quelques minutes plus tard, sans trop en prendre conscience, Raiden était descendu dans la rue. Face au Federal Hall. Fixant la statue de bronze qui reposait là, le corps de Solidus attaché à elle. Sans qu’il s’en aperçut réellement, des bruits de pas commencèrent à marteler le sol partout autour de lui. Les gens accouraient, voulant voir ce qu’il s’était passé. Les policiers se dirigeaient droit vers le corps inerte de George Sears. Tous cens gens avaient un but. Une raison d’être ici. Une identité qui leur était propre. « Qui suis-je vraiment… ? » se demanda-t-il à haute voix. « Personne ne sait qui il est, ou ce qu’il est », répondit une voix derrière lui. Jack sursauta et une main saisit son épaule gauche alors qu’il se retournait vers Solid Snake. « Les souvenirs que tu as, et le rôle qu’on t’a assigné, ce sont des fardeaux qu’il te faudra porter tout au long de ta vie. Qu’importe de savoir si telle chose était réelle ou non. Dans
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notre monde, la réalité absolue n’existe pas. Beaucoup des choses que nous pensons réelles sont en fait fictives. Ce que tu crois voir n’est réel que si ton cerveau te le dit. » - Alors… en quoi suis-je censé croire ? Qu’est-ce que je laisserai derrière moi, quand je ne serai plus là ? demanda Raiden perdu. - On peut transmettre aux gens le fait d’avoir la foi, ce en quoi nous avons cru… Les choses pour lesquelles nous serions prêts à nous battre. Que l’on ait raison ou tort importe peu. Ce qui importe, c’est à quel point on croit à ce que l’on avance. Ces choses peuvent changer le futur. Les Patriotes sont également une sorte de fiction ininterrompue, quand on y pense... - Hm… - Ecoute, n’entends pas les mots tels qu’ils sont dits. Trouve ce qui se cache derrière eux, puis décide. Tu peux trouver ton propre nom… et ton propre avenir. - Décider pour moi ? demanda Jack hésitant. - Et quoi que tu choisisses, tu seras toi-même. - Je ne sais pas si j’en suis capable… répondit-il pensant aux mots des Patriotes lui prouvant qu’il ne méritait pas d’avoir le droit de prendre des décisions. Snake tenta de le rassurer. Il savait que l’on n’avait pas vraiment laissé de choix à Raiden, cette fois-ci. Mais tout ce qu’il avait ressenti, tout ce à quoi il avait pensé durant cette mission lui appartenait. Et ce qu’il déciderait d’en faire était son choix à lui. Jack demanda s’il fallait qu’il recommence tout. Solid répondit que oui. Qu’il fallait remettre le compteur à zéro. Repartir avec un nouveau nom. De nouveaux souvenirs. Il choisirait son propre héritage. C’était à lui de décider. Cela ne dépendait que de lui. Alors que les sirènes des voitures de police chantaient autour d’eux, Snake passa devant Jack et lui demanda ce qu’étaient ces plaques qu’il portait autour du cou. « Des Dog Tags ? » demanda-t-il alors que Jack les ôtait. Raiden les observa. Le nom, la date de naissance, et d’autres informations concernant le joueur y figuraient. Le jeune blond leva la tête vers Snake qui lui demandait s’il connaissait la personne à qui appartenaient cette plaque. - Non, répondit Jack après quelques secondes d’hésitation. Je n’avais encore jamais entendu ce nom. Je choisirai mon propre nom. Et ma propre vie ! Je trouverai quelque chose à transmettre ! Puis il lança au loin le Dog Tag, rejetant ainsi symboliquement le joueur comme je l’expliquerai lors du chapitre suivant. Raiden se tourna de nouveau vers Solid, qui lui fit un signe de tête, auquel il répondit de la même manière. « On m’a aussi appris de bonnes choses… », fit remarquer Jack pensif. - Je sais, répondit Snake. Nous avons hérité de la liberté grâce à tous ceux qui se sont battus pour elle, dit-il fixant le Federal Hall. Nous avons tous la liberté de répandre un idéal. Même moi. Jack avait enfin compris. Il avait enfin un idéal à défendre. Qu’importe si ses idées venaient de lui, ou lui avaient été données par d’autres. L’important était qu’il croit à l’idée en question. Qu’il soit prêt à se battre pour elle. Qu’il la répande. C’était ça, user de sa liberté. - Snake, et l’enfant d’Olga ? - Ne t’inquiète pas, coupa Solid. Je le trouverai, compte là-dessus. Aussi longtemps que tu resteras en vie, il ira bien. Rassuré, Jack posa alors la question qui le démangeait depuis quelques minutes.
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« Sais-tu où est allé Liquid ? ». La réponse fut affirmative : Snake avait placé un transmetteur sur son Ray. - Est-il parti rencontrer les Patriotes ? demanda Raiden. - Ouais… Mais j’ai l’impression qu’ils avaient donné à Ocelot des informations bidons quant au lieu où ils se trouvent. - Hm… - Rassure-toi. Nous avons une meilleure piste, dit Snake sortant quelque chose d’une des poches de sa combinaison. Ce disque contient la liste de tous les Patriotes. - Mais Ocelot l’a pris… ! fit Jack surpris voulant voir le disque de plus près. - Celui que je t’ai rendu était un faux, coupa le serpent. - Quoi ? demanda Raiden ne comprenant pas. Snake expliqua que ce virus était programmé pour détruire uniquement une partie spécifique du GW., à savoir les informations concernant l’identité des Patriotes. Ce qui voulait dire qu’il y avait un paramètre de code qui définissait la nature des données des informations. Raiden comprit. En analysant le code, ils pourraient probablement trouver où ils opéraient. Solid se retourna et fit quelques pas. - Je veux participer ! lança Jack. - Non, répondit catégoriquement Snake. Tu as des choses à faire, d’abord. Et quelqu’un à qui il faut que tu parles… Et Solid s’en alla, disparaissant dans la foule. Raiden resta là. Seul. Immobile. Cherchant un sens aux mots qu’il venait d’entendre. C’est alors que la réponse vint d’ellemême. Au milieu de tous ces gens pressés, qui lui semblaient presque invisibles, rayonnait une femme, toute de blanc vêtue. Elle lui fit signe, et Jack surpris soupira de soulagement. Rose existait. Il marcha vers elle, d’abord d’un pas hésitant, puis de plus en plus fermement. Il s’arrêta à un mètre de sa bien aimée et se retourna alors vers la foule, demandant alors : « Snake ? », curieux de savoir où était passé son héros. Pour seule réponse, il vit au loin un perroquet, celui d’Emma, s’envoler vers le ciel. - Qu’y a-t-il ? demanda Rosemary inquiète. - Rien, répondit Jack se retournant vers elle embarrassé. Je peux te demander quelque chose ?… Qui suis-je vraiment ? - Comment pourrais-je le savoir ? Raiden déçu soupira. C’est alors que Rose ajouta : « Mais nous allons le découvrir ensembles, pas vrai ? ». Il plongea son regard dans les yeux de la jeune femme et s’approcha d’elle, répondant un simple « Ouais », ému. Il prit son doux visage entre ses mains gantées et le caressa. - Vois-moi comme je suis, d’accord ? demanda Rosemary. - Je sais, répondit Jack d’une voix douce. Et sa bien-aimée, apaisée, posa la main sur son ventre. Sur leur enfant. Elle prit alors un air amusé, et demanda s’il se souvenait de cet endroit. Bien entendu, Raiden répondit par l’affirmative. C’était le lieu de leur première rencontre. - Je me souviens, maintenant ! lança-t-il alors.
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- Hm ? - C’est ce jour, le 30 avril, que je t’ai rencontrée ! - Oh, c’est ça, oui ! répondit Rose après avoir émit un léger rire. Jack pensa alors avoir trouvé que transmettre au futur. Il semble que chaque être vivant veuille transmettre ses gènes. La jeune femme lui demanda s’il parlait du bébé. C’était le cas. Mais les gènes ne sont pas la seule chose que nous transmettons. Il y a trop de choses qui ne sont pas inscrites dans l’ADN. Et il ne dépend que des parents d’apprendre ces choses à leurs enfants. « Quel genre de choses ? » demanda Rose. L’environnement. Nos idées. Notre culture. La poésie. La compassion. Le chagrin. La joie. Ensembles, ils leur apprendraient tout. - Est-ce que c’est… une… demande en mariage ? - Ce que je dis là est tout à fait confidentiel… répondit Jack d’une voix douce. Et il l’embrassa. Amoureusement. Reprenant goût à la vie. Il n’aurait plus peur de partager son passé. Il choisirait sa voie. Il choisirait ses souvenirs. Il vivrait comme lui le voulait. Et personne ne pourrait jamais porter atteinte à son libre arbitre. La vie ne se résume pas à la transmission de nos gènes. Nous pouvons laisser derrière nous bien plus que notre simple ADN. A travers la parole, la littérature, la musique et le cinéma… ce que nous avons vu, entendu, senti… de l’amour à la haine en passant par la peine. Ce sont les choses que Snake voulait transmettre. C’était sa raison de vivre. Nous devons passer le relais. Et laisser nos enfants lire la triste et joyeuse histoire de notre époque. Nous avons pour nous y aider toute la magie de l’ère numérique. La race humaine finira un jour par s’éteindre. Et de nouvelles espèces règneront sur cette planète. La Terre n’est pas peut-être pas faite pour durer. Mais il est de notre responsabilité de laisser derrière nous autant de trace de l’existence de la vie que nous le pouvons. Construire le futur tout en faisant subsister le passé… c’est un tout. - Snake ! Tu es là ? C’est moi ! lança la voix d’Otacon par le Codec. J’ai fini d’examiner ce fameux disque ! - As-tu trouvé la liste des Patriotes ? demanda Solid. - Bien sûr ! Le disque contenait les informations personnelles de douze personnes. Il y a un nom parmi eux… Snake… il s’agit de l’un de nos plus gros donateurs… - Qu’est-ce que ça veut dire ?! réagit le serpent surpris. - Je n’en sais rien… - Hm… Alors... où sont-ils ? demanda Solid. - Nous avions raison, ils viennent tous de Manhattan… mais… hésita Otacon. - Mais quoi ? - Ils sont déjà morts... tous les douze ! Choqué, Snake demanda quand cela était arrivé. « Eh bien… euh… » commença Hal mal à l’aise. « Il y a environ cent ans… ». Solid fut soudain parcouru d’un frisson : « Mais qu’est-ce que… ».
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Chapitre XI : Comprendre Metal Gear Solid 2 14
(d’après un article d’Ultimatesnake que je remercie infiniment pour son aide) Découvrez ce qu’est vraiment le plan S3, pourquoi MGS2 existe sous cette forme étrange, la symbolique du Dog Tag, et toutes les réponses aux questions que vous pouviez éventuellement vous poser… Ce chapitre fait partie du roman à part entière. Il est indispensable. Sans lui, soyez sûrs de ne pas avoir saisi la moitié du scénario.
L’optique scénaristique Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty possède sans conteste le scénario le plus dense et le plus complexe de la saga Metal Gear. Néanmoins ce qui est assez unique làdedans, c’est que cette optique scénaristique s’est imposée devant tout autre chose. Plus clairement, peu importaient les changements de casting, de lieux, ou de toute autre chose. Le scénario, lui, ne bougerait pas d’un iota. Il était le fil rouge. Le fil conducteur de plusieurs années de développement. Afin d’appuyer ces dires, regardons tout simplement le casting. Certains personnages, notamment « Chinaman », n’ont pas été inclus à la version finale du jeu, faute de temps. Cela a-t-il modifié de quelque façon que ce soit le scénario ? Non. Et Chinaman est loin d’être une exception. La logique des jeux vidéo, contrairement au cinéma avec la recherche d’acteurs, veut en effet que l’on crée les personnages avec leurs rôles respectifs. En ce qui concerne Sons of Liberty, on a l’impression que les rôles étaient fixés. Ne restait plus ensuite qu’à trouver le personnage adéquat à greffer sur chacun des rôles. Il a résulté de ce processus une bonne batterie de tests. Par exemple, Vamp était une femme jusqu’à l’apparition de Fortune. Il existe bien d’autres exemples… Cela prouve bien que l’on adapte le casting au scénario. Maintenant, reprenons les lieux d’action de Sons of Liberty. Hideo Kojima, réalisateur du jeu, désirait un lieu mouvant. Mais celui-ci se révélant trop court, il a décidé d’implanter la Big Shell. Ce qui peut paraître bien plus déstabilisant et qui vient confirmer cette hypothèse de scénario en fil rouge, c’est qu’après six mois de développement, Sons of Liberty devait encore se passer non pas sur une plate-forme pétrolière ni même sur un unique tanker, mais en Iran et en Irak. Cette information sort de la bouche même de Kojima. Ce choix a bien évidemment été abandonné au vu de la reprise de tension dans ces pays. Un changement radical qui n’a en rien perturbé Kojima qui, de toute manière, allait imposer ce scénario coûte que coûte. La question qui se pose alors est la suivante : Pourquoi donc un tel acharnement dans le seul but de nous montrer CE scénario ? Voyons cela tout de suite…
La réponse du maître Pour commencer, revenons à l’époque de Metal Gear Solid premier du nom. Autant ce titre a eu du succès d’un point de vue strictement commercial, autant il n’a que peu influencé son époque… Alors qu’il aurait pu… qu’il aurait dû être le porte drapeau d’une génération de jeux révolutionnaire. Alors que cette œuvre montrait à quel point l’interaction joueur/jeu vidéo pouvait être poussée, avec par exemple Psycho Mantis, ce boss qui lisait les données de votre carte mémoire ou simulait une panne de téléviseur afin de mieux disparaître, boss qu’il fallait vaincre en branchant la manette sur le port numéro 2 afin qu’il ne « lise pas les mouvements de vos doigts »… cela en plus de la fréquence de Meryl qu’il nous fallait trouver au dos de la boîte du jeu, de même que des tas d’autres exemples… les développeurs eux, n’ont retenu
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que le côté « fun » de l’infiltration, désormais bien plus intéressante qu’auparavant grâce à la 3D. D’un point de vue autre que commercial, Hideo Kojima ratait sa cible. Frustrant pour un homme tel que lui, « rentre-dedans », mais incompris par-dessus tout. Sons of Liberty est donc né de cette envie de démontrer au monde vidéo-ludique à quel point il n’avait rien saisi de l’intérêt d’un tel titre. Avec cette suite, il allait créer une œuvre résolument égoïste, égocentrique, et volontairement manipulatrice que certains n’hésiteront pas à qualifier de sournoise voire ironique. Sons of Liberty peut donc être qualifié de premier « Allez donc vous faire voir » de l’histoire du jeu vidéo, mystifiant les joueurs. Les réactions ne se firent pas attendre. Le scénario déclencha autant d’applaudissement de fans désabusés, tombés sous le charme d’une telle audace, que de critiques de personnes se sentant frustrées d’être à ce point catégorisées. Réaction qui est peut être encore plus intéressante à regarder : pourquoi tant d’acharnement sur ce titre ? Sans doute, pour certains, car cela leur était insupportable de voir à quel point l’on peut être psychologiquement manipulé, tant bien dans la vie réelle que dans un jeu vidéo censé être à la base une source d’évasion. Ce qui est d’ailleurs le thème de Sons of Liberty, là où la manipulation génétique était le thème du premier volet des Metal Gear Solid.
Quand l’égoïsme se veut salutaire On peut comprendre dès en quoi le fil rouge du scénario était important. Tout devait être fait en ce sens. Néanmoins, Kojima, malgré son talent à nous démontrer cette démagogie n’en a pas oublié son but premier : marquer les esprits en montrant que le jeu vidéo peut s’orner de facettes peu communes dans ce milieu, telles d’introspection et la réflexion personnelle sur le monde réel. En effet, nous manipuler pour nous montrer à quel point l’évolution des jeux vidéo n’a rien retenu de Mgs1 est une chose… mais qu’est-ce qui confirme cette thèse ? C’est ici que la symbolique prend toute son ampleur. A lui seul, le thème des « Patriotes », révélés dans Sons of Liberty, peut nous faire réfléchir sur l’actualité peu glorieuse de notre époque. Mais Kojima veut aller loin, bien plus loin qu’un thème scénaristique, aussi pertinent ce dernier puisse-t-il être. Il y a durant tout le jeu une évolution qui, bien que parfois imperceptible en tant que lien direct à la symbolique de fin du jeu, nous montre une maturité encore jamais atteinte dans un simple jeu vidéo. Pensez donc au fameux « C’est un jeu. Ce n’est qu’un jeu, comme d’habitude… » du Colonel. Preuve de la constante remise en question de celui qui tient la manette entre ses mains. On est dans un jeu, la vraie guerre fait souffrir. Une remise en question qui s’adresse a tout ceux qui pensent que plus un jeu est réaliste et mieux c’est. Mais en fait, peu importe ! puisqu’au final celui-ci ne restera qu’un simple jeu. En allant plus loin, Raiden (personnage indispensable pour poser ce regard nouveau sur la série, regard qui se révèle être le notre) avoue avoir plaisir à tuer. Qui ne ressent pas de satisfaction en éliminant les ennemis ? Mais lorsque l’ennemi nous supplie de ne pas le tuer, et que malgré tout il tombe à genoux la main en avant en hurlant, on ne peut que se remettre en question devant la nécessité de cet acte. Alors que répétons-le, ce n’est qu’un jeu. La manipulation dans le monde est réelle. Quiconque nie cela se cache la vérité. Sons of Liberty nous le montre également. Le joueur fait effectuer à Raiden ce qu’il aurait dû effectuer avec Snake. Il effectue les mêmes actions. Pense de la même manière que si le personnage contrôlé était Solid Snake. Le jeu nous montre que l’on peut également être l’égal d’un tel personnage.
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Le Plan S3, dans sa fausse traduction de « Simulation de Solid Snake » revient dès lors au premier plan. Cette fausse traduction a bien évidemment été choisie avec soin. Grâce à ce plan, le joueur est un bleu, à la manière de Raiden. Et à travers ce plan (qui pour le joueur est donc le jeu Mgs2 lui-même), on nous montre à quel point on est manipulé. On retiendra à la fin du jeu le dialogue ironique où l’on nous rappelle que l’on est conscient de cette manipulation et que malgré tout, on va jusqu’au bout. Simple blague étant donné qu’il s’agit de finir un jeu que l’on a payé ? Bien sûr que non, il faut voir plus loin, et cette obéissance vis-à-vis de l’autorité est un effet bien connue dans la réalité, pouvant aboutir à des conséquences dramatiques comme l’histoire nous l’a enseigné. L’effet de Milgram, révélateur de la faiblesse de l’homme moderne. Le tout sous les sarcasmes du Codec. Pour conclure ce chapitre, revenons sur un acte ô combien symbolique. Lorsque Raiden jette son Dog Tag, plaque d’identification portant votre nom. Que faut il y voir ? Un rejet du joueur ? Possible et troublant. Une chose est sûre : il faut voir cela comme un replacement du joueur. Un replacement vis-à-vis de ses propres actions. On pourrait dire une reconsidération de ses actions passées. De là se conclut ce sentiment d’introspection d’un point de vue ludique. Paradoxalement, c’est une fois le jeu éteint que celui-ci peut réellement débuter. Le contexte, la manipulation psychologique du monde. Tant de choses sur lesquelles on se devrait de lever le voile en suivant le conseil de Snake, qui nous dit ceci à la fin du jeu : « Beaucoup des choses que nous pensons réelles sont en fait fictives.». En espérant que ce chapitre ait su éclaircir les nombreux points incompris qui pouvaient subsister… la réponse à nos dernières questions dans Metal Gear Solid 4 !
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