Cerveau & Psycho
Cerveau & Psycho
TOC, manie du contrôle, perfectionnisme…
COMMENT VAINCRE SES OBSESSIONS
Juin 2021
N°133
N° 133 Juin 2021
L 13252 - 133 - F: 6,90 € - RD
VAUT-IL MIEUX TRAVAILLER AVEC OU SANS MUSIQUE ?
TOC, manie du contrôle, perfectionnisme…
COMMENT VAINCRE SES
OBSESSIONS NEUROSCIENCES A-T-ON RECRÉÉ LA CONSCIENCE EN LABORATOIRE ?
BIEN-ÊTRE UNE NOUVELLE THÉRAPIE CONTRE LES ÉMOTIONS NÉGATIVES HYPERSENSIBILITÉ CONCEPT SÉRIEUX OU DIAGNOSTIC BANCAL ? NOMOPHOBIE QUAND L’ATTRAIT POUR LES ÉCRANS DEVIENT UNE ADDICTION
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NOS CONTRIBUTEURS
ÉDITORIAL
p. 26-31
SÉBASTIEN BOHLER
Eva-Lotta Brakemeyer
Professeuse de psychologie clinique et de psychothérapie à l’université de Greifswald, en Allemagne, elle propose notamment la thérapie de bien-être comme suivi des thérapies classiques, notamment dans le traitement de la dépression.
Rédacteur en chef
p. 40-46
Anne-Hélène Clair
Psychologue, docteure en neurosciences et chercheuse à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière, à Paris, elle est l’autrice de plusieurs ouvrages sur les troubles obsessionnels compulsifs (TOC).
p. 56-63
Vincent Trybou
Psychologue clinicien et psychothérapeute, il pratique la thérapie comportementale et cognitive, la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), la pleine conscience et la thérapie des schémas, pour traiter les troubles anxieux, de l’humeur et de la personnalité.
p. 64-66
Nicolas Gauvrit
Psychologue du développement et enseignantchercheur en sciences cognitives à l’université de Lille, il observe le développement des croyances irrationnelles et des superstitions dans la société.
I
Le cerveau, cet obsédé du contrôle
l vous est sûrement arrivé un jour de vérifier que le gaz était coupé avant d’aller vous coucher. Une précaution n’est jamais de trop. Mais que serait-il arrivé si, à peine allongé, vous aviez voulu vérifier encore une fois ? Cela aurait été un surcroît de prudence, certes superflu, mais peu handicapant. En revanche, imaginez que le doute vous ait saisi à chaque fois que vous vous glissiez de nouveau sous les draps, vous faisant aller et venir entre la chambre et la cuisine dix, vingt ou trente fois dans la soirée ? On pourrait dire que l’instinct de précaution de votre cerveau aurait perdu les pédales et commencerait à transformer votre vie en enfer. C’est tout le problème avec notre cerveau : des mécanismes initialement utiles à la survie peuvent se transformer en vrai désavantage. Le TOC (trouble obsessionnel compulsif) résulte d’un tel glissement d’un contrôle utile vers un contrôle pathologique. Et certaines personnes intègrent ce schéma dans leur personnalité : on les appelle alors les « POC », ou maniaques du contrôle. Vous les découvrirez dans le dossier central de ce numéro. Relâchons le contrôle. Cultivons, par exemple, l’émerveillement. Cette posture mentale neutre, sans a priori, qui s’ouvre à des choses simples du quotidien, sans crainte ni désir de maîtrise, nous reconnecte à nous-mêmes et au monde. Ou développons notre humilité, autre anticontrôle : comme nous l’explique Sylvie Chokron, accepter de ne pas tout savoir, c’est s’exposer, c’est ne plus maîtriser. Avec, à la clé, une meilleure mémoire, plus d’autorité et d’intelligence. Le contrôle est un cadeau empoisonné de l’évolution : il nous a servi pendant des millénaires dans un milieu hostile, ne le laissons pas gâcher notre quotidien quand celui-ci se veut, en comparaison, relativement sûr. £
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SOMMAIRE N° 133 JUIN 2021
p. 14
p. 18
p. 26
p. 39-63
Dossier
p. 32
p. 6-38
DÉCOUVERTES p. 6 ACTUALITÉS Les drogues rendent-elles créatif ? Dépressifs : le plaisir retrouvé Huntington : enfin l’espoir d’un traitement ? Twitter : un test pour les fonctions cognitives En amour, quel est votre style d’humour ? Quand la méditation rend égoïste
p. 39
p. 26 PSYCHOLOGIE
La thérapie du bien-être
Cultiver les ressentis positifs du quotidien pour réduire les affects négatifs : c’est le but de la thérapie du bien-être, dont les résultats commencent à être mesurés. Silke Hoffmeyer, Bita Stelling, Marie Tobin, Susanna Tschipke et Eva-Lotta Brakemeier
p. 14 FOCUS
p. 32 NEUROSCIENCES
Cette illusion très répandue est due à un biais de notre cerveau, appelé « extramission ».
Dans des expériences récentes, des scientifiques ont fait pousser des embryons de cerveaux en culture. Ils ont émis des ondes semblables à celles de bébés prématurés. Que se passerait-il s’ils développaient une forme de conscience ?
Le regard peut-il déformer les objets ? Robert Martone
p. 18 CAS CLINIQUE GRÉGORY MICHEL
Les cerveaux artificiels ont-ils une conscience ?
Sara Reardon
COMMENT VAINCRE SES OBSESSIONS p. 40 PSYCHIATRIE
LE CERCLE VICIEUX DES TOC
Les personnes atteintes de trouble obsessionnel compulsif osent rarement consulter, et s’enfoncent alors dans un véritable enfer. Mais des thérapies existent. Anne-Hélène Clair
p. 48 INTERVIEW
OBSESSIONS, COMPULSIONS : ÇA SE SOIGNE ! Antoine Pelissolo
p. 56 PSYCHOLOGIE
ATTENTION, POC ! OU LES MANIAQUES DU CONTRÔLE…
Le secret d’Inès, accro au smartphone… À 14 ans, Inès développe une addiction terrible aux écrans et aux réseaux sociaux. Un lourd secret en est la cause…
Ils ne laissent rien passer. Veulent tout ranger. Tout contrôler. Ce sont les POC, les personnalités obsessionnelles et compulsives. Sortir de cette manie du contrôle est possible, à condition d’être suivi par un professionnel.
Ce numéro comporte un encart d’abonnement Cerveau & Psycho, jeté en cahier intérieur, sur toute la diffusion kiosque en France métropolitaine. Il comporte également un courrier de réabonnement, posé sur le magazine, sur une sélection d’abonnés. En couverture : © Getty Images/Peter Dazeley
Vincent Trybou
N° 133 - Juin 2021
5
p. 68
p. 94
p. 64
p. 70
p. 74
p. 80 p. 92
p. 64-73
p. 74-91
ÉCLAIRAGES
VIE QUOTIDIENNE LIVRES
p. 64 RAISONS ET DÉRAISONS
p. 74 PSYCHOLOGIE
NICOLAS GAUVRIT
Tous superstitieux ?
Nous avons tous quelque part une patte de lapin qui traîne. La faute à notre cerveau qui aime se rassurer face à l’incertitude de la vie. p. 68 LA QUESTION DU MOIS
p. 92-98
Réapprendre à s’émerveiller
Éprouver ce sentiment est une inestimable source de bien-être. Martin Hecht
p. 80 ÉCOLE DES CERVEAUX JEAN-PHILIPPE LACHAUX
Les psychopathes sont-ils supérieurement Travailler en intelligents ? musique… ou pas ? Hanna Genau
p. 70 L’ENVERS DU
DÉVELOPPEMENT PERSONNEL
YVES-ALEXANDRE THALMANN
L’hypersensibilité existe-t-elle ?
Une personne très émotive, qui prend la mouche facilement, puis fond en larmes… On parle aussitôt d’hypersensibilité, sauf que ce concept est totalement bancal.
La musique peut aider à réviser à certaines conditions – qu’il vaut mieux respecter ! p. 84 PSYCHOLOGIE
Oups ! Vous avez été spoilé…
Pas de panique : des études montrent que le plaisir de voir votre série ne sera pas gâché. Sebastian Dieguez
p. 88 LES CLÉS DU COMPORTEMENT SYLVIE CHOKRON
Les « je-sais-tout »… ont tout faux !
L’humilité, et non l’arrogance, confère intelligence, mémoire et autorité. N° 133 - Juin 2021
p. 92 SÉLECTION DE LIVRES L’Autorité parentale… autrement ! Psychologie de la médiation et de la gestion de conflits Faire la morale aux robots Du nouveau dans l’hypnose Une brève histoire du cerveau Il voulait croquer la Lune p. 94 NEUROSCIENCES ET LITTÉRATURE SEBASTIAN DIEGUEZ
Le Misanthrope : l’homme qui aimait trop l’humanité
La pièce de Molière dépeint un personnage ambivalent, déchiré entre idéalisme et déception.
DÉCOUVERTES
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p. 14 Focus p. 18 Cas clinique p. 26 La thérapie du bien-être p. 32 Les cerveaux artificiels ont-ils une conscience ?
Actualités Par la rédaction COGNITION
Les drogues augmentent-elles la créativité ? Une substance contenue dans un champignon hallucinogène semble développer la créativité en agissant sur le réseau cérébral du vagabondage mental. N. L. Mason, Translational Psychiatry, vol. 11, p. 209, 2021.
© Shutterstock.com/Jolygon
C
omment avoir des idées plus originales et les combiner pour créer des objets ou des œuvres d’art d’un type nouveau ? Depuis quelques années, les recherches sur la créativité ont suggéré que certaines drogues pouvaient avoir un effet intéressant. Dès 2017, des études menées sur les effets de l’alcool montraient qu’une prise d’alcool modérée améliorait la capacité à établir des liens entre des concepts parfois éloignés (par exemple, deviner quel mot peut être associé à la fois aux termes « agneau », « chat » et « ordinateur »), ce qui est un facteur important d’innovation. Mais hélas, l’alcool nuit à une autre aptitude mentale appelée « contrôle cognitif », indispensable pour transformer les intuitions en œuvre d’art, en théorie scientifique ou en solution pratique. Ce qui rend cette substance inutile en matière de véritable création.
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PHARMACOLOGIE
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Dépression : le plaisir retrouvé ? L. S. Morris, Neuropsychopharmacology, vol. 45, pp. 975-981, 2020.
FAIRE DIVERGER LA PENSÉE… Plus une personne parvient à imaginer d’utilisations diversifiées de la chose en question, plus elle déploie une forte « pensée divergente ». La pensée divergente est en quelque sorte le premier volet de la créativité, la part génératrice, qu’il faut ensuite compléter par un contrôle du résultat, notamment d’après des critères de faisabilité, de praticité, d’esthétique, etc. Les mesures réalisées par l’équipe de Natasha Mason ont montré que, pendant l’absorption de psilocybine,
les sujets avaient l’impression d’être plus créatifs mais ne l’étaient pas, voire l’étaient moins. En revanche, une semaine après, ils obtenaient de bien meilleures performances dans ce test de pensée divergente. Puis, en analysant le fonctionnement de leur cerveau grâce à la technique d’IRM fonctionnelle, on s’est aperçu que le réseau d’aires cérébrales sous-tendant le vagabondage mental (la capacité à dériver sans cesse d’une pensée à l’autre, sans direction fixée a priori) voyait son activité augmenter. Ce réseau d’aires appelé « réseau du mode par défaut » est systématiquement impliqué lorsque nous sortons du cadre habituel de pensée pour proposer des solutions inattendues. … ET LA RECENTRER La psilocybine, correctement administrée sous surveillance médicale, pourrait donc stimuler l’imaginaire et l’innovation pure. Reste à canaliser cette force de proposition du cerveau en utilisant les zones frontales et pariétales, afin de choisir les usages les plus adaptés à un cahier des charges, par exemple. Or ces zones « de contrôle » requièrent une lucidité et une concentration intactes. Ce qui, en général, a tendance à s’éroder en cas de prise de drogues. Au fait, avez-vous trouvé la réponse à la devinette du début ? Le mot mystère était… « souris » ! £ Sébastien Bohler
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our une personne sur trois atteintes de dépression majeure, les antidépresseurs classiques sont sans effet. Une autre molécule psychoactive, la kétamine, livre alors des résultats intéressants. Des recherches menées à la faculté de médecine Icahn du Mont-Sinaï, à New York, montrent qu’elle normalise l’activité d’une zone du cerveau qui permet d’anticiper les plaisirs. L’anticipation du plaisir est une des clés du tonus psychique qui fait défaut dans la dépression. Au plus fort de la tristesse, le patient n’éprouve plus de joie à rien, parce qu’il ne parvient plus à se projeter ni à désirer quoi que ce soit. Cet émoussement émotionnel se traduit par le sentiment d’être englué dans un présent pesant et interminable. Or la capacité de se projeter vers une gratification future dépend du bon fonctionnement d’un repli du cortex cérébral appelé « cortex cingulaire antérieur subgénual ». Le problème est que celui-ci est hyperactif chez les dépressifs, constamment stimulé par de fortes concentrations du neurotransmetteur glutamate libéré par une autre aire cérébrale, l’hippocampe, et qu’il ne peut plus fonctionner normalement. Laurel S. Morris et ses collègues ont tiré parti de la capacité de la kétamine à se fixer sur les récepteurs du glutamate et à empêcher leur activation. Dès lors, le cortex cingulaire antérieur subgénual des patients s’est apaisé. Leur envie de passer des tests cognitifs récompensés par de l’argent est revenue, signe de leur capacité à se motiver et à se projeter dans le futur. Une voie de traitement confirmée, donc, pour les patients ne réagissant pas aux antidépresseurs traditionnels. £ S. B.
© Shutterstock.com/Billion Photos
Plus récemment, des chercheurs des universités de Bâle et de Maastricht ont mis en évidence une propriété intéressante de la psilocybine. Cette molécule hallucinogène contenue dans le champignon psilocybe (qui a une répartition géographique assez étendue) est un psychotrope hallucinogène qui provoque des visions colorées et très vives. Les scientifiques ont voulu savoir si cette molécule donnait « des idées » aux personnes en état d’hallucination : pour cela, ils leur ont fait passer un test dit des « usages alternatifs ». Dans ce test, il s’agit de trouver autant d’utilisations possibles à un objet, par exemple une brique : on peut se servir de cet objet comme presse-papiers, comme marteau, comme casse-noix, comme marchepied, etc.
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Le secret d’Inès, accro au smartphone…
© Shutterstock.com/MJgraphics
À 14 ans, Inès change radicalement : d’enfant studieuse et calme, elle devient une ado irritable, en retrait socialement, complètement dépendante de son smartphone. Un lourd secret l’a transformée et rendue addicte aux écrans et aux réseaux sociaux.
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DÉCOUVERTES Cas clinique
GRÉGORY MICHEL
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Professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l’université de Bordeaux, chercheur à l’Institut des sciences criminelles et de la justice, psychologue et psychothérapeute en cabinet libéral, et expert auprès des tribunaux.
l y a quelques années, une maman me contacte par courriel pour que je rencontre sa fille, Inès, devenue « insupportable depuis plusieurs mois et qui aurait besoin de parler à un psy » ! Au téléphone, cette dame me précise qu’elle vient de se séparer de son mari et que la situation avec Inès est maintenant fortement tendue : « Elle monte très vite dans les tours, s’emporte rapidement, surtout avec moi, et a tendance à s’isoler dans sa chambre. »
EN BREF
£ Inès, jeune fille gentille et studieuse, devient vite insupportable et renfermée sur elle-même, au moment du divorce de ses parents. £ Surtout, elle ne quitte plus son smartphone ni sa tablette, en passant des heures sur les réseaux sociaux. Diagnostic : elle est nomophobe – a peur de ne pas avoir son téléphone à portée de main – et est addicte aux jeux de défi sur internet. £ Mais elle a une bonne raison… liée à la séparation de ses parents.
14 ANS ET FORT BIEN APPRÊTÉE Le papa, pourtant convié au premier rendezvous, ne vient pas. Je reçois donc la mère et la fille quelques jours après. Dans la salle d’attente, d’un ton assez familier, la maman me dit d’une voix à la fois puissante et aiguë : « Patrick n’a pas pu venir à cause de son travail. Mais ce n’est pas grave… Je suis là. » Inès me regarde d’un air renfrogné. Visiblement, elle n’a aucune envie d’être là. Remarquablement fashion victim, elle porte un rouge à lèvres carmin et un maquillage appuyé, et s’habille de façon apprêtée, avec un vrai souci du détail. De toute évidence, cette jeune fille fait extrêmement attention à son apparence physique. Dans le cabinet, à peine assise, la maman se met à parler très vite et très fort, d’un ton saccadé et autoritaire, sans laisser personne s’exprimer, surtout pas sa fille… Le flot de ses paroles est si précipité et continu qu’il semble s’apparenter à une tachyphémie, un trouble du débit verbal. Peu à peu sa logorrhée devient moins bredouillante, mais reste rapide et incoercible lorsqu’elle évoque les difficultés de sa fille : « Depuis quelques mois, nous ne pouvons plus rien lui dire. Elle se braque instantanément et se met vite en colère. Au collège, ses notes dégringolent… Et elle passe tout son temps sur son portable et sa tablette. J’ai
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parfois l’impression qu’elle est bipolaire : elle s’énerve vite, puis ne fait plus rien et s’enferme dans sa chambre. On se demande si elle n’est pas dépressive aussi. Avec Patrick, nous pensons qu’elle doit être suivie. » UNE MAMAN LOGORRHÉIQUE La jeune fille, dans le fauteuil voisin de sa mère, reste impassible, indifférente. Elle laisse dire, s’affichant en simple spectatrice. Elle regarde sa mère s’agiter et pérorer en pure perte. Mais quand cette dernière me dit « nous nous séparons avec son père, mais nous nous entendons très bien, hein ma chérie, et c’est vrai que nous sommes tous les deux très pris par notre travail et qu’avec la séparation, ça ne va pas s’arranger… », Inès pose, avec insistance, son regard sur moi – un regard qui n’a plus rien de détaché. Bien que son corps reste figé et statique, son visage devient vraiment expressif émotionnellement. Elle présente un air dubitatif et interrogatif, comme si elle se demandait ce que j’en pense. J’interromps alors sa mère : « Et qu’en pense Inès ? » Tout à fait simplement, la jeune fille répond, sans jeter un regard à sa mère : « Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Je viens pour faire plaisir à mes parents, enfin, surtout à elle. Mais si je dois parler à un psy, alors je suis d’accord », dit-elle en me regardant. Explorons l’histoire d’Inès. À tout juste 14 ans, elle est scolarisée en troisième. Elle a un demifrère âgé de 19 ans, né du premier mariage de sa mère. Étudiant en école d’architecture, ce dernier a vécu en garde alternée une semaine sur deux avec chacun de ses parents avant, à l’adolescence, de choisir d’habiter principalement avec son père, lui-même architecte. La jeune fille n’a de contact avec son demi-frère que via les réseaux sociaux, car il étudie au Canada. Le père d’Inès est
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La thérapie du bien-être
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DÉCOUVERTES Psychologie
Par Silke Hoffmeyer, Bita Stelling, Marie Tobin et Susanna Tschipke, qui étudient la psychologie à l’université de Greifswald, en Allemagne. Eva-Lotta Brakemeier y est professeuse de psychologie clinique et de psychothérapie et directrice du Centre de psychothérapie psychologique (ZPP).
Une forme de thérapie basée sur les ressentis positifs complète efficacement d’autres traitements utilisés notamment contre la dépression. Comment fonctionne cette approche, et pour quels bénéfices mesurables ?
EN BREF
£ Pour une bonne santé mentale, il est important de prendre soin de son propre bien-être subjectif. Le psychiatre italien Giovanni Fava a élaboré une thérapie brève qui met l’accent sur cet aspect : la thérapie du bien-être. £ Dans le cadre de cette thérapie, les patients tiennent notamment un journal de bien-être quotidien et cherchent des occasions de détente et de « flux », où l’on est entièrement absorbé parce que l’on fait.
© Shutterstock.com/Alina Kruk
£ La thérapie du bien-être intègre des concepts importants de la psychologie positive, mais ne vise pas explicitement à provoquer des émotions très agréables. £ Il s’agit davantage d’aider les personnes atteintes de divers troubles à trouver un équilibre entre les moments difficiles et les facteurs de réconfort et de consolidation du psychisme.
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ar un bel après-midi chaud, le soleil brille, vous êtes allongé dans une chaise longue et regardez la verdure. Tout semble parfait. Puis vous vous souvenez que vous devez absolument terminer une dernière chose pour le bureau. La date limite est dans deux semaines. Vous avez déjà fourni pas mal d’efforts, mais pouvez-vous vraiment vous permettre de vous reposer sur vos lauriers maintenant ? Cette pensée ne vous lâche pas. Vous craignez de manquer l’échéance parce que vous vous êtes détendu pendant trop longtemps. Tout d’un coup, vous ne vous sentez plus aussi à l’aise dans votre fauteuil. Une seule pensée a suffi pour gâcher ce qui était pour vous un beau moment… Et si notre difficulté à être heureux ne provenait pas tout simplement d’une tendance que nous avons parfois à assombrir les moments de bien-être par des préoccupations inutiles, qui pourraient attendre un autre moment ? Dans les années 1990, le psychiatre italien Giovanni Fava, de l’université de Bologne, s’est demandé ce que nous pouvions faire par nousmêmes afin de préserver notre bien-être. Il se posait cette question simple : pourquoi tant de
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Les cerveaux artificiels ont-ils une conscience ?
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DÉCOUVERTES Neurosciences
Dans des expériences récentes, des scientifiques ont fait pousser des neurones dans des boîtes de Petri, et ces cellule ont donné naissance à des sortes de petits cerveaux. Ces organoïdes étaient actifs, produisant des ondes semblables à celles de bébés prématurés. Et s’ils devenaient conscients ? Par Sara Reardon, journaliste scientifique.
© Fabio Buonocore
D
ans le laboratoire d’Alysson Muotri, des centaines de cerveaux humains miniatures, de la taille d’un grain de sésame, flottent dans des boîtes de Pétri, animés d’une activité électrique. Ces structures minuscules, appelées « organoïdes cérébraux », sont cultivées à partir de cellules souches humaines. Elles sont devenues un nouvel objet d’études pour de nombreux chercheurs qui étudient les propriétés du cerveau. Muotri, neuroscientifique à l’université de Californie à San Diego (UCSD), leur a trouvé toutes sortes d’applications inhabituelles. Il les a connectés à des robots marcheurs, a modifié leurs génomes en y introduisant des gènes « fossiles » d’hommes de Néandertal, les a envoyés en orbite à bord de la Station spatiale internationale et les a utilisés comme modèles pour développer des systèmes d’intelligence artificielle plus proches de l’intelligence humaine. Et comme de nombreux scientifiques, Muotri s’est temporairement tourné vers l’étude du Covid-19, en se servant d’organoïdes cérébraux pour tester l’efficacité de médicaments contre le coronavirus SARS-CoV-2... Mais une expérience a davantage attiré l’attention que les autres. Dans un article publié dans Cell Stem Cell en août 2019, le groupe de Muotri a rapporté la création d’organoïdes de cerveau humain produisant une activité coordonnée, sous
EN BREF
£ Aujourd’hui, les chercheurs parviennent à créer des sortes de cerveaux humains miniatures, appelés « organoïdes », de plus en plus complexes. £ Ces organoïdes doivent notamment permettre d’étudier les maladies mentales, mais s’ils devenaient conscients, il en résulterait de délicats questionnements sur un plan éthique. £ Les scientifiques peinent toutefois à s’accorder sur les facteurs à surveiller et sur l’attitude à adopter, notamment en raison des difficultés à définir la conscience.
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forme d’ondes qui ressemblaient à celles observées chez les bébés prématurés. Les ondes ont continué pendant des mois avant que l’équipe n’arrête l’expérience. Ce type d’activité électrique coordonnée, qui se propage à l’encéphale tout entier, est l’une des propriétés d’un cerveau conscient. Cette découverte a conduit les éthiciens et les scientifiques à soulever une série de questions morales et philosophiques : les organoïdes peuvent-ils être autorisés à atteindre ce niveau de développement avancé ? Des organoïdes « conscients » devraientils bénéficier d’un traitement spécial et de droits qui ne sont pas accordés à d’autres amas de cellules ? Est-il possible de créer une conscience à partir de rien ? De nombreux neuroscientifiques et bioéthiciens avaient déjà imaginé des cerveaux sans corps et conscients d’eux-mêmes. Quelques mois auparavant, une équipe de l’université Yale à New Haven, dans le Connecticut, annonçait avoir au moins partiellement redonné vie à des cerveaux de porcs tués quelques heures auparavant. En retirant les encéphales des crânes des animaux et en les infusant avec un cocktail chimique, les chercheurs avaient ravivé les fonctions cellulaires des neurones et leur capacité à transmettre des signaux électriques.
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Dossier 39
SOMMAIRE
p. 40 Le cercle vicieux des TOC
COMMENT VAINCRE SES
p. 48 Interview Obsessions, compulsions : ça se soigne ! p. 56 Attention, POC ! Ou les maniaques du contrôle…
OBSESSIONS Obsédé(e) par votre travail,
vous ne vous arrêtez que lorsque la tâche est accomplie et bien faite. Obsédé(e) par la propreté, vous passez l’aspirateur chaque matin… Êtes-vous « toqué(e) » ? Voilà la question à laquelle les plus grands spécialistes répondent dans ce dossier : si votre passion ou petite manie est une « obsession positive », qui ne vous fait pas souffrir au quotidien et ne vous prend pas tout votre temps, vous n’êtes pas atteint de trouble obsessionnel compulsif, encore nommé TOC. À la limite, vous êtes une personnalité obsessionnelle ou perfectionniste, cherchant à tout contrôler, y compris votre entourage, et peut-être qu’un jour vous devrez consulter un psy si vous devenez insupportable… En revanche, si vous vous lavez les mains plusieurs fois de suite pendant des heures, car vous craignez de transmettre le Covid-19 à autrui, votre obsession de contamination devient en quelque sorte une « passion négative » s’accompagnant de compulsions – le lavage (trop) fréquent –, qui vous prennent toute votre énergie. D’où un handicap et une souffrance. La bonne nouvelle, c’est que les thérapies cognitivocomportementales (entre autres) fonctionnent souvent très bien et atténuent drastiquement les rituels disproportionnés. Surtout si vous consultez dès les premiers mois… Il ne faut donc pas hésiter à voir un médecin. Bénédicte Salthun-Lassalle
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Dossier
LE CERCLE VICIEUX
DES TOC Par Anne-Hélène Clair, psychologue, docteure en neurosciences et chercheuse à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM), à Paris.
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Que se passe-t-il dans la tête des personnes qui se lavent les mains dix fois par jour pendant une heure… ? Souvent honteuses, elles n’osent pas consulter de médecins pour leur « trouble obsessionnel compulsif », ou TOC. Pourtant, des thérapies efficaces existent.
EN BREF
£ Certaines personnes ont des pensées ou comportements répétitifs, comme vérifier cinq fois leur porte avant de sortir. Ce sont des compulsions, incontrôlables et non désirées. Elles sont liées à des obsessions, des pensées récurrentes, qui rendraient les sujets anxieux. £ Si le quotidien de l’individu s’en trouve entravé, on parle de trouble obsessionnel compulsif, ou TOC.
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£ La maladie est due à un dysfonctionnement de certaines zones cérébrales. Des traitements se révèlent efficaces : ils corrigent ces anomalies cérébrales.
uand j’étais adolescente, mes copines m’appelaient Monk, parce que je me lavais les mains toutes les heures, souvent sans raison valable… », relate une jeune femme souffrant de troubles obsessionnels compulsifs, ou TOC, qui, à seulement 30 ans, se décide enfin à consulter un médecin pour ses compulsions qui empoisonnent son quotidien. Nous avons presque tous en tête ce fameux personnage de série télévisée, Monk, (trop) méticuleux, qui vit une lingette à la main, effrayé par tout microbe, mais arrive tout de même à garder une activité professionnelle. Si la peur de la saleté et le lavage incessant des mains, ou encore les vérifications des portes, du gaz, etc., sont les types de symptômes les plus connus de la pathologie, il en existe bien d’autres. Mais peu importe, en fait, le comportement répétitif que la personne atteinte réalise en boucle. Ce qui compte, c’est la présence des critères diagnostiques du trouble obsessionnel compulsif. Quels sont-ils ? QU’EST-CE QU’UN TOC ? Le TOC est une maladie dont le diagnostic est forcément posé par un médecin (généraliste ou psychiatre) ou un psychologue, à l’aide de critères internationaux reconnus, définis
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INTERVIEW
ANTOINE PELISSOLO
PSYCHIATRE, CHEF DU SERVICE DE PSYCHIATRIE SECTORISÉE AU CENTRE HOSPITALIER UNIVERSITAIRE HENRI-MONDOR, À CRÉTEIL, ET SPÉCIALISTE DES TOC ET DES TROUBLES ANXIEUX.
OBSESSIONS, COMPULSIONS : ÇA SE SOIGNE ! En clinique, quelles sont les obsessions et compulsions les plus fréquentes que vous observez chez les patients atteints de trouble obsessionnel compulsif, ou TOC ? Les obsessions les plus répandues sont celles de contaminations, liées à la propreté et à la souillure, et celles dites « d’erreur », liées à la crainte de mal faire les choses. La plupart des patients ont au moins une de ces thématiques : la peur des
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DOSSIER COMMENT VAINCRE SES OBSESSIONS
ATTENTION, POC ! OU LES MANIAQUES DU CONTRÔLE… Par Vincent Trybou, psychologue clinicien cognitivocomportementaliste et psychothérapeute au Centre des troubles anxieux et de l’humeur (CTAH), à Paris.
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Obsédées par le gâchis, la réussite, l’excellence, toujours à tout vérifier, contrôler et avoir raison contre tous… Les personnalités obsessionnelles compulsives, encore appelées « POC », sont difficiles à vivre. Au point que leurs proches les forcent parfois à consulter un psy.
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ervé, la quarantaine, arrive dans mon cabinet un lundi matin. Il est accompagné de sa femme. C’est elle qui l’a forcé à venir. Pour une raison très simple. Elle ne le supporte plus. « Il est constamment en train de tout critiquer, me dit-elle devant lui, rien n’est jamais comme il veut. Il me demande sans cesse pourquoi j’ai encore acheté un pantalon, pourquoi on prend du dentifrice trop cher, pourquoi les lumières sont allumées. Il note toutes nos dépenses dans un carnet, au centime près ! Il est constamment sur le dos des enfants pour les devoirs. Il est capable de les mettre plus bas que terre quand ils n’ont pas de bonnes notes. Les câlins et la chaleur humaine, il ne connaît pas. C’est un homme rigide, froid, donneur de leçons. Il est têtu, buté. Il a toujours raison. Personne ne trouve grâce à ses yeux, sauf les gens à la télévision qui parlent comme lui. La société est là pour faire une génération d’assistés, notre monde est décadent, selon mon cher mari… » « FAITES COMME MOI ET TOUT IRA MIEUX ! » Hervé écoute sa femme, le visage fermé. Puis il m’explique que ce rendez-vous est une perte de temps, que madame est dépensière et qu’il est important de tirer les enfants vers le haut. Il décrit également des soucis au travail avec ses
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VIE QUOTIDIENNE
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p. 80 Travailler en musique... ou pas ? p. 84 Oups ! Vous avez été spoilé... p. 88 Les « je-sais-tout »... ont tout faux !
Réapprendre à s’émerveiller Tomber en contemplation devant un brin d’herbe ou un rayon de soleil sur un vieux mur… Cette capacité du cerveau est sous-exploitée à notre époque utilitariste. Or elle remplirait une fonction essentielle, à la fois pour l’individu et pour ses relations avec les autres. Comment la retrouver ?
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Par Martin Hecht, titulaire d’un doctorat en sciences politiques, en histoire et en sociologie.
orsque Wolfgang Abel, critique gastronomique et auteur de guides de voyage, se promène dans sa chère Forêt noire, il est souvent perplexe. « Je vois toujours des cyclistes pédaler dans la campagne comme s’ils étaient en compétition et passer devant les plus beaux points de vue, avec la performance pour seul objectif », raconte-t-il. Presque aucun ne s’attarde dans ces endroits magnifiques. « Il est devenu rare de simplement regarder ce qui nous entoure », selon Abel. On entend et on lit souvent que nous ne savons plus nous émerveiller. Au départ, ce phénomène s’inscrit dans le cours normal du développement individuel : nous découvrons de plus en plus de choses en grandissant, et une fois que nous les avons appréhendées cognitivement, elles nous semblent familières lorsque nous les rencontrons à nouveau. Ainsi, nous créons des « routines de résonance », selon l’expression du neuroscientifique allemand Joachim Bauer, qui font progressivement disparaître l’émerveillement. « Notre cerveau a tendance à économiser la quantité de travail, explique le chercheur. C’est nécessaire, mais il en résulte une diminution de son excitabilité. »
EN BREF
£ Selon certains experts, nous vivons une époque de désenchantement : la vision rationalisée du monde et les routines perceptives que nous acquérons en grandissant nous empêchent souvent de nous émerveiller. £ Nous avons tout intérêt à retrouver cette émotion, qui dépend de la façon dont on regarde le monde et qui peut s’expérimenter avec les objets les plus ordinaires. £ Outre la joie qu’il suscite, l’émerveillement nous rend en effet plus solidaires, probablement parce que l’ego passe au second plan.
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Le sociologue Max Weber (1864-1920) qualifiait déjà l’époque moderne de « temps du désenchantement », où il est doublement difficile de s’émerveiller. D’une part, parce que la croyance en Dieu, autrefois profondément ancrée, a diminué dans le monde occidental. D’autre part, parce que nous sommes plus informés que les générations précédentes (donc nous dépendons de routines de résonance bien plus efficaces). PLUS INFORMÉS, MAIS PLUS DÉTACHÉS Dès l’enfance, nous sommes bombardés de connaissances et de sensations, qu’elles proviennent des actualités, de photographies ou de films. Des plus hautes montagnes aux océans, des forêts tropicales aux déserts, il semble que nous connaissions le monde avant même de l’avoir parcouru. Si nous nous étonnions d’un rien autrefois, nous sommes aujourd’hui plus informés, et donc un peu plus détachés. Quelque chose d’autre fait obstacle à l’émerveillement, comme une malédiction liée à la connaissance conceptuelle. Nous avons l’habitude de catégoriser le monde : ce que nous reconnaissons, nous le classons, nous le rangeons mentalement, motivés dans la plupart des cas par un
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Une bulle de savon dans le soleil, le balancement d’un arbre, un oiseau qui se pose… Mille petites choses du quotidien sont susceptibles de susciter l’émerveillement.
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OUPS ! Vous avez été spoilé…
Tout le monde connaît le sort du Titanic. Pourtant, cela ne nous empêche pas de profiter du film.
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EN BREF £ Rien n’est plus insupportable qu’un énergumène qui vient vous révéler la fin d’un film avant que vous n’ayez eu le temps de le voir ! £ Pourtant, les études scientifiques ne montrent qu’un effet mineur des spoilers sur notre appréciation de l’œuvre. Cet effet serait même parfois positif ! £ Il résulterait de plusieurs mécanismes cognitifs et neuronaux, qui entrent parfois en concurrence.
Malheur ! Vous avez été pris dans une conversation autour de votre série préférée, et quelqu’un a raconté la fin. Tout votre plaisir est gâché… Vraiment ? Pas si sûr… Par Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences au Laboratoire de sciences cognitives et neurologiques de l’université de Fribourg, en Suisse.
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ourquoi aime-t-on qu’on nous raconte des histoires ? Certainement en grande partie pour le plaisir de la découverte. Une bonne intrigue parvient à garder notre attention en éveil, et nous surveillons ses développements en anticipant et en guettant les révélations jusqu’au dénouement. En tout cas, cela expliquerait pourquoi nous sommes si hostiles aux divulgations précoces, ce qu’on appelle les spoilers (du verbe anglais to spoil : « gâcher »). Les spoilers sont en effet devenus un sujet sensible, souvent source de disputes et de tensions... Qui ne s’est pas retrouvé au cœur d’une discussion où les participants parlent d’un film ou d’une série que l’on n’a pas soi-même vu, et qui menacent ainsi de dévoiler des péripéties surprenantes et importantes, que l’on aurait préféré découvrir par soi-même ? C’est l’essence du spoiler : il est indésirable, il gâche notre anticipation d’une œuvre, et il crée des conflits. À tel point que beaucoup de plateformes en ligne préviennent d’un « Spoiler Alert ! » les indications qui en disent trop sur certaines œuvres. Et que les recherches mettent en évidence une forte rancune envers les personnes qui spoilent. Mais n’exagère-t-on pas l’importance de cette notion ? Que veut dire cette préoccupation pour
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le secret d’intrigues fictionnelles, et que dévoilet-elle de notre façon de consommer des récits ? UN CONCEPT RÉCENT De fait, la préoccupation pour les spoilers semble assez récente. Dans son acception actuelle, le terme apparaît en 1971, dans un article du magazine satirique américain National Lampoon, qui se fait une joie de dévoiler la fin d’œuvres classiques comme Citizen Kane, Le Parrain et Psychose. Pendant longtemps, le concept ne concerne d’ailleurs que la résolution finale de films à suspense, et une blague pénible consiste à dévoiler si le héros meurt ou pas en sortant de la salle de cinéma, alors que la file se presse pour la séance suivante… Mais c’est aussi une façon de s’attaquer à des dispositifs narratifs un peu forcés et artificiels. L’incroyable révélation finale qui change tout n’a en effet pas toujours été bien vue, et reste encore considérée comme une astuce un peu facile et convenue, voire racoleuse, qui cache une certaine pauvreté de l’œuvre en général. Mais indépendamment de tout jugement de valeur artistique, est-ce vrai que les spoilers gâchent le plaisir des gens ? En 2011, une étude provocante de Jonathan Leavitt et Nicholas Christenfeld, de l’université de San Diego, en
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SYLVIE CHOKRON
Membre du laboratoire de psychologie et neurocognition à Grenoble et responsable de l’équipe Vision et cognition, à la fondation ophtalmologique Rothschild, à Paris.
Les « je-sais-tout »... ont tout faux ! Ils prennent la parole avec arrogance, ne laissent personne s’exprimer, adoptent un ton condescendant si vous n’êtes pas d’accord avec eux. L’humilité n’est pas leur point fort. Dommage pour eux ! Car cette qualité est associée à une intelligence supérieure, une meilleure mémoire et des capacités de leadership plus développées.
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epuis le début de l’épidémie de Covid-19, on a parfois l’impression d’être entouré d’experts qui détiennent tous la vérité avec un grand V. Et on se dit que, décidément, l’humilité sur le plan intellectuel n’est pas la règle depuis quelques mois sur les plateaux de télévision ou dans les différents médias, y compris chez les scientifiques. Pourtant, notre impuissance à endiguer cette épidémie ainsi que ses conséquences médicales, sociales ou économiques aurait pu nous rendre plus humbles… Ce problème ne se limite pas, et de loin, aux plateaux de télévision. Toutes et tous, nous avons
EN BREF £ Ils sont partout dans les médias, mais aussi à votre table : ceux qui savent tout et dénigrent les opinions contraires. £ Les recherches en psychologie montrent que ce trait – le manque d’humilité – pousse parfois à prétendre savoir même des choses qui n’existent pas. £ Cette attitude est perdante. C’est au contraire l’humilité qui, selon les études, est associée à plus de mémoire, d’intelligence, de connaissances et de créativité.
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été confrontés un jour à des personnes de notre entourage plus ou moins proche qui ne sont malheureusement pas enclines au doute. Ces gens ont généralement une confiance aveugle dans leurs propres opinions, qu’ils considèrent comme bien supérieures à celles des autres, auxquelles ils n’accordent d’ailleurs que très peu de crédit… Pensez à cette belle-sœur qui vous a parlé, en long, en large et en travers, des déchets nucléaires lors du dernier repas en famille, le week-end dernier. Non seulement elle était persuadée d’avoir fait le tour de la question en regardant un reportage sur une chaîne documentaire, mais quand vous avez voulu nuancer son propos elle est montée sur ses grands chevaux en disant que vous n’y connaissiez rien. Puis, voyant que vous rameniez inlassablement vos arguments sur la table, elle vous a opposé votre niveau d’études, prétendument inférieur au sien… Qu’a-t-elle à y gagner ? D’après ce que nous disent les études de
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LIVRES
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p. 92 Sélection de livres p. 94 Le Misanthrope : l’homme qui aimait trop l’humanité
SÉLECTION
A N A LY S E
Anne Charlet-Debray
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Faire la morale aux robots Martin Gibert Flammarion
ÉDUCATION L’Autorité parentale… autrement !, Catherine Schwennicke Mardaga, 2021, 144 pages, 14,90 €
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uel parent ne s’est jamais senti désorienté devant sa progéniture qui refusait son autorité ? De fait, le rôle d’éducateur est très difficile, et chacun l’assume avec plus ou moins d’aisance, selon sa personnalité et celle de ses enfants – qui sont loin de tous se ressembler, y compris au sein d’une même fratrie. Dans cet ouvrage, la psychologue Catherine Schwennicke nous explique comment « reprendre la main sereinement ». Adepte d’une méthode appelée « approche neurocognitive et comportementale », développée par le psychothérapeute Jacques Fradin, elle a accompagné de multiples parents et enseignants sur ce chemin. En s’appuyant sur de nombreux exemples, elle commence par nous apprendre à distinguer une opposition ponctuelle, bien naturelle et tout à fait saine, d’un comportement véritablement problématique. Les enfants présentant un caractère « dominant » seraient ainsi les plus difficiles à gérer, parce que leurs réactions sont imprévisibles et déstabilisantes. Il convient alors d’adopter une attitude non verbale adéquate et une « intelligence adaptative », sans se laisser envahir par le stress et la culpabilité. L’autrice nous livre une série de conseils fort utiles pour cela. Il y aurait notamment dix règles d’or à appliquer (comme poser des questions ouvertes du type : « Qu’est-ce qui te motive à faire ça ? ») et cinq réactions catastrophiques à éviter (par exemple laisser transparaître des émotions comme l’agacement ou la tristesse, qui risquent d’être vues comme un succès par l’enfant dominant, en lui donnant l’impression d’avoir du pouvoir sur ses parents). Des techniques dites « cognitivo-comportementales » permettent aussi de désamorcer les situations critiques. Au final, l’autrice donne envie au lecteur de prendre le taureau par les cornes, de se retrousser les manches et de tenter de devenir un parent solide, calme et bienveillant, mais tout de même capable de faire respecter son autorité. Un livre enthousiasmant, qui procure aussi bien un mode d’emploi qu’une philosophie de vie. Truffé de questionnaires, de tests et d’exercices, il sera d’un grand secours pour les parents qui se sentent démunis. Anne Charlet-Debray, psychologue clinicienne, est psychothérapeute pour enfants et adultes.
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2021, 168 pages, 17 €
PSYCHOLOGIE SOCIALE Psychologie de la médiation et de la gestion des conflits Stéphanie Demoulin Mardaga
2021, 336 pages, 34,90 €
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ans un conflit, tout semble souvent bloqué. Stéphanie Demoulin, professeuse de psychologie sociale et spécialiste de la négociation, montre ici comment la médiation par un tiers, souvent juriste ou psychologue, permet de s’en sortir par le haut et de trouver une solution créative. L’autrice examine notamment les biais cognitifs et émotionnels qui conditionnent notre perception des conflits, ainsi que les façons de les surmonter. Un ouvrage très complet, à lire si vous envisagez un métier dans le domaine de la médiation ou si vous êtes englué dans un conflit qui vous paraît sans issue.
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e n’est pas demain la veille qu’on pourra se défausser sur des machines de notre responsabilité politique et morale », assène Martin Gibert, philosophe et chercheur en éthique de l’intelligence artificielle, en introduction de cet ouvrage. Car aussi performants que deviendront ces systèmes, nous devrons toujours leur implanter les principes qui les guident. Mais lesquels choisir ? L’auteur résume les principaux débats en cours et les divergences qui animent aussi bien les experts que les novices, à travers des expériences de psychologie titillant les limites de nos conceptions morales. Un petit livre limpide et stimulant, qui ose mener son raisonnement jusqu’au bout pour déboucher sur des propositions concrètes.
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COUP DE CŒUR Christophe André
HISTOIRE DES NEUROSCIENCES Une brève histoire du cerveau Matthew Cobb Dunod
2021, 464 pages, 24,90 €
THÉRAPIE Du nouveau dans l’hypnose Jean Becchio et Bruno Suarez Odile Jacob
2021, 256 pages, 22,90 €
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ctualiser et simplifier l’hypnose pour la faire entrer dans le XXIe siècle : c’est ce que proposent ici les médecins et hypnothérapeutes Jean Becchio et Bruno Suarez, avec les « techniques d’activation de conscience ». Préfacé par la neuroscientifique Ghislaine DehaeneLambertz, leur ouvrage décrit en détail ces techniques : genèse, indications (douleur, dépression, phobies, etc.), déroulement des séances, mode d’action supposé… Parsemé d’histoires de patients qui intriguent ou émeuvent, il présente en outre un intérêt pratique, grâce à une vingtaine d’exercices d’« autoactivation » proposés en conclusion.
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elon l’astronome britannique Martin Rees, un cerveau d’insecte est plus complexe qu’une étoile. C’est dire l’ampleur de la tâche visant à comprendre cet organe si particulier, a fortiori quand il s’agit de celui de l’homme. Cette « brève » – 464 pages tout de même – histoire du cerveau retrace alors les grandes expériences qui ont jalonné son étude. Elle s’attarde au passage sur la puissance et les limites des métaphores successivement utilisées pour décrire l’encéphale, de l’automate hydraulique à l’ordinateur. Une leçon d’histoire des sciences, en même temps qu’un panorama passionnant et accessible des récentes avancées en neurosciences.
PATHOLOGIE Il voulait croquer la Lune, Mimi Baird et Eve Claxton Michel Lafon, 2021, 302 pages, 18,95 €
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ébut d’accès maniaque vu de l’intérieur : « Je me sentais merveilleusement bien mais également agité, fiévreux, hyperactif et impatient. J’avais l’impression d’être possédé par une énergie démoniaque. J’étais en plein accès de manie. » Et vu de l’extérieur : « Il parlait distinctement mais à une vitesse folle, à l’instar de ses pensées. Il était volubile et surproductif. Il s’exprimait à renfort de grands gestes et de grimaces faciales. Il lui est arrivé d’escalader des meubles pour bondir sur un piano afin d’observer une horloge de plus près. Lors d’une promenade, il a insisté pour grimper à plusieurs arbres et mâts de drapeau. » La maladie bipolaire est un trouble psychiatrique sévère, alternant épisodes d’extrême excitation (accès maniaques) et périodes de profonde dépression. De nombreux ouvrages lui ont déjà été consacrés, mais celui-ci est unique : il mêle les notes personnelles de Perry Baird, jeune et brillant médecin atteint du trouble, les observations des soignants, et le récit de sa propre fille, Mimi. On y assiste à la lente destruction par la maladie d’un homme brillant et créatif, à une époque (l’Amérique des années 1940) où aucun traitement n’était disponible, autre qu’enfermement en hôpital psychiatrique et électrochocs. Tout est incroyablement fort, d’une sincérité brute : les notes de Baird sont dans leur jus, par moments incomplètes ou incohérentes, comme l’était parfois sa pensée ; il en va de même des observations des psychiatres, terrifiantes de précision mais aussi d’impuissance à secourir. Ironie de l’histoire : Baird, qui était aussi chercheur, avait publié avant de sombrer un article scientifique prémonitoire, paru en 1944 : « Biochemical component of the manic-depressive psychosis ». Il y analysait les bases biologiques du trouble. Peu après, en 1948, l’Australien John Cade découvrit l’efficacité des sels de lithium dans la prévention des rechutes de la maladie, qui allait radicalement changer le destin de tous les patients atteints de bipolarité. Mais il était trop tard pour Perry Baird, qui finit par être lobotomisé en 1949, à l’âge de 46 ans. Christophe André est médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris.
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LIVRES Neurosciences et littérature
SEBASTIAN DIEGUEZ Chercheur en neurosciences au Laboratoire de sciences cognitives et neurologiques de l’université de Fribourg, en Suisse.
Le Misanthrope L’homme qui aimait trop l’humanité
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Les misanthropes détestent-ils vraiment le genre humain ? La pièce de Molière met plutôt en évidence un personnage ambivalent, déchiré entre idéalisme et déception – ce que les recherches en psychologie retrouveront trois siècles plus tard.
ous pensez que la plupart des gens sont immoraux, ingrats, irrespectueux, hypocrites, stupides et incompétents ? La politique vous dégoûte, les foules vous rebutent, vous ne supportez pas la présence d’autrui, et vous concevez l’histoire de l’humanité comme une suite ininterrompue de destructions, de guerres, de massacres et d’inégalités, sans aucun espoir de rédemption ? Alors vous êtes sans doute un misanthrope. Généralement définie comme la haine de l’humanité dans son ensemble, la misanthropie frappe d’emblée par son caractère excessif et inhabituel. Après tout, les humains sont des êtres sociaux qui recherchent la compagnie, tissent des amitiés, collaborent pour améliorer leur bien-être… Et comment peut-on détester uniformément l’espèce dont on fait partie ? Il y a décidément quelque chose d’étrange et d’illogique avec les misanthropes. Un côté mystérieux qui
EN BREF
£ Dans la pièce de Molière, Alceste rejette tout le monde et se réjouit d’être rejeté en retour. £ Les recherches en psychologie confirment ce cercle vicieux : les misanthropes se comportent de façon exécrable avec les autres, déclenchant cette attitude détestable qu’ils dénoncent. £ Elles mettent également en évidence un second cercle vicieux : la misanthropie dégrade la santé, ce qui renforce la misanthropie en retour.
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n’avait pas échappé à Molière, créateur d’Alceste, le plus connu d’entre eux. Bien évidemment, l’aspect ridicule de ce caractère est aussi au centre de la comédie. UN ATRABILAIRE À LA COUR Évoluant dans la société de cour de Louis XIV, où règnent les normes, les apparences et l’étiquette, le misanthrope Alceste est excédé par le caractère factice du comportement de tous ceux qui l’entourent. Dès la première scène, on découvre un personnage extraordinairement à cheval sur l’éthique et la vertu, qui se plaint de ce que les autres ne suivent pas les mêmes standards de rectitude morale que les siens. En somme, tout le monde sauf lui ment, manigance, flatte, profite et manque de sincérité, et le héros atrabilaire est profondément heurté par le jeu des convenances sociales, qu’il perçoit comme artificiel et détestable. En apparence, Alceste n’a tout simplement
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À retrouver dans ce numéro
p. 12
EXTRAMISSION
Pour les anciens Grecs, la vision était une force émise par l’œil, d’après un principe appelé « extramission ». On sait aujourd’hui que l’œil reçoit la lumière des objets, et cette conception est appelée « intromission ». p. 80
MUSIQUE APAISANTE
Écouter de la musique aiderait à faire taire la petite voix intérieure qui nous murmure en plein boulot : « Si tu allais voir tes amis ? » ou « Que vas-tu faire dimanche ? ». En effet, elle occupe notre cortex auditif, qui ne peut plus alors entendre ces discours internes.
p. 32
ORGANOÏDE
Les organoïdes cérébraux sont des minicerveaux cultivés en laboratoire à partir de cellules souches différenciées en neurones. Ces cerveaux miniatures produisent des ondes électriques semblables à celles observées chez un bébé prématuré, et peuvent se connecter spontanément à des muscles de souris disséqués, en prenant le contrôle et parvenant à les faire remuer « à volonté ».
p. 18
SMARTPHONE ADDICT
p. 64
N° 13
« Cela a été terrible… On en est venues aux mains… Elle a hurlé… J’ai dû lui arracher son téléphone des mains. Elle a claqué la porte et jeté par terre la photo de nous trois qui était dans sa chambre. » Une maman à propos de sa fille, 14 ans, addicte à son smartphone
En Allemagne, certains vaccinodromes n’ont pas de cabine n° 13. Les autorités craignent d’éveiller les craintes superstitieuses des personnes venues se faire vacciner. p. 84
p. 56
POC !
POC : personnalité obsessionnelle compulsive, obsédée par le contrôle et l’ordre. Selon elle, tout irait beaucoup mieux sur Terre si tout le monde faisait comme elle. Rien ne doit traîner ou être laissé au hasard. Aucune confiance, rien que des vérifications – un véritable enfer pour l’entourage.
BOX-OFFICE
Les films qui marchent le mieux au box-office seraient ceux dont la fin est… spoilée ! Connaître le dénouement d’une intrigue n’obérerait finalement pas l’envie de découvrir l’œuvre… De quoi rassurer artistes et producteurs.
p. 18
KYLIE JENNER
Le « Kylie Jenner challenge », un défi sur internet qui consiste à se faire gonfler les lèvres un suçant un goulot de bouteille, a occasionné de graves lésions et déchirures des lèvres, nécessitant des actes de chirurgie réparatrice.
Imprimé en France – Maury imprimeur S. A. Malesherbes – Dépôt légal : Juin 2021 – N° d’édition : M0760133-01 – Commission paritaire : 0723 K 83412 – Distribution : MLP – ISSN : 1639-6936 – N° d’imprimeur : 253 943 – Directeur de la publication et gérant : Frédéric Mériot