INDÉPENDANCE
Le monde change, le continent doit
Vite. par Zyad Li ma m
L’Afrique du Sud face à la tempête Trump
Interviews
SOPHIE BESSIS

◗ DOUNIA HADNI
BUSINESS
Terres rares : l’Afrique, champ de bataille








































Le monde change, le continent doit
Vite. par Zyad Li ma m
L’Afrique du Sud face à la tempête Trump
Interviews
SOPHIE BESSIS
◗ DOUNIA HADNI
BUSINESS
Terres rares : l’Afrique, champ de bataille
Ce l a fa it a pp roxi ma ti ve me nt s oi xa nt e an s, plu s ou moins , qu e l’Afriqu e est ind ép endante (et pour certains, comme la Namib ie, un peu plus de trente an s) C’est pe u au re ga rd de l’ hi stoi re mu ltim ill én aire du conti n e nt et de l’hu ma ni té, et c’est nettement moins que les deux siècles d’oppression de « l’homme blanc ». Pour tant, en soixante ans, malgré la di ff ic ul té de con st ruire de s nation s com me de ssin ée s su r un co in de ta ble, malgré l’ hé ri ta ge so cio -é con omiq ue dé sa st re ux de l’ ère co lonial e, mal gré l e p oids d e l a p au vreté et l a p er m an en ce des conflits, l’Afriqu e a changé Elle se transform e, ani mé e par de s fo rc es pu is sa nte s et st ru ct urell es Une réalité nettement plus complexe que la perception com pl ais ante et car ic at ural e d’un contin ent immobile et mal gouverné. Qu’on le veuille ou non, l’Afrique immense est en mouvement.
Au début des années 1960, nous étions à peine 30 0 millions d’Africains. Aujourd’hui, nous sommes un peu plus de 1,5 milliard (x5), et demain, à l’horizon 2050, probablement aux alentours de 2 milliards. Un continent marginal, dépeuplé (en par ticulier par l’esclavage et la traite), se retrou ve en un peu plus de deux générations démographiqu ement au centre du mo nd e. De ma in , un hu main su r qu atr e se ra af ri ca in L’Af ri qu e com ptera pl us d’ hab itants qu e l’Europe, l’Amérique latine et l’Amérique du Nord réunies Cette jeunesse sera source d’oppor tunités, de modernisation, mais aussi de ruptures, de tensions.
Elle exigera une mobilisation des États pour la formation, l’emploi, la santé La démographie fait l’histoire. L’Af riqu e, vi eu x contin ent pe up lé de ce ntai ne s de millions de jeunes, sera au cœur des enjeux du siècle
Pour le meilleur ou pour le pire, ou pour les deux en même temps probablement
Nous ét ion s tr ès , tr ès pa uvres . Nous sommes to uj ou rs pa uvr es , mai s ne tt em ent moi ns , et la dynamique est différente Notre richesse a été multipliée par 50 Nous sommes passés d’un PIB estimé de 50 milliards de dollars à un PIB de 2 60 0 milliards de dollars (constant) Des pays enchaînent des taux de croissance élevés sur de longues périodes [voir notre Dé couver te Côte d’Ivoi re, pag es 48 -78] Ce rta in s pe uvent préten dre à l’ ém erge nc e ré el le En accentuant des politiques vertueuses de croissance, l’Afrique pourrait toucher la barre des 5 000 milliards en 2030. Et viser, en projections « modérées », un seuil de 10 000 milliards en 20 50. Et un seuil de 15 000 milliards de dollars en projections « optimistes ». Soit le niveau de la Chine aujourd’hui.
Cette progression n’empêche pas la précarité ni sur tout les in ég ali tés. Ce rtai ns Af ri ca in s vivent littéralement au XXIe siècle, dans le monde global, et d’autres, nombreux, sont pris au pi ège d’un Moyen Âg e éc onomi qu e et so ci al. Entre 35 % et 40 % de s Af ric ain s vi ve nt en cor e av ec moin s de de ux do lla rs pa r jo ur. Ma is 35 0 mi llio ns so nt entré s dan s le pé rim èt re, ce rtes im préc is et frag il e, de la « cla ss e moye nn e ». Le s ta ux de mor ta lité in fa nt il e ont été réduits de plus de 70 % depuis les années 1960, malgré l’explosion démographiqu e. Il y a encore de la marge (43 dé cès pour 1 000 naissances en Afriqu e po ur un e mo ye nn e mon dial e de 27 po ur 1 000 ). Mais c’est tout de même une grande victoire. Nous viv io ns à l’ ép oqu e mo in s de 40 an s. No us vivon s aujourd’hui en moyenne 65 ans. Hier, moins de 10 % de s Af ricain s po uvai ent se préval o ir de sa vo ir li re, com pter, éc ri re Aujo urd’hu i, nou s at te ig non s de s ta ux d’alp h ab ét is ati on de 60 % (a ve c de s po inte s à 90 % en Afriqu e du Nord et en Afriqu e australe).
Ce continent, autrefois largement rural, s’urbanise à la vitesse grand V. 45 % des Africains vivent aujourd’hui en ville. D’immenses mégalopoles appara is se nt (K in sh asa, Jo burg, Le Ca ire, Na irob i, Casabl an ca , Ab id ja n…), av ec d’ im me nses prob lè me s, mais aussi d’imm enses oppo rt unités Ces ci tés so nt des accélérateurs de croissance, de modernisation, de mixité, d’émancipation C’est aussi ici que naissent des ar tistes, des créateurs, des cultures, des sons, des œuvres à la portée globale, qui transforment l’image qu e l’Af riqu e a d’el le -m êm e et l’ imag e qu’e ll e projette ve rs le mond e ex té ri eu r. Cu lturel le me nt, nou s nou s lib éron s, sa ns compl exe Et no us bé né fi cion s des révolutions technologiques En 1960, les Africains n’avaient pas ou presque de lignes de téléphone fixe. Aujourd’hui, on estime qu’ils sont plus de 50 0 millions à pouvoir bénéficier d’un accès Internet Avec 1 milliard de connexions mobiles actives
Ph ys iq ue me nt , le s ch an ge me nt s se vo ie nt , l’Af rique est di fférente. Elle se construit malgré tout, malgré sa difficulté à mobiliser les financements. Beaucoup reste à fa ire, ma is ceux qu i so nt su ff isam me nt âgés pour avoir voyagé dans les années 1970 et 1980 peuvent en témoigner Le décor, la dynamique ne sont plus les mêmes. Nous avons changé d’époque
L’Afrique change, se transforme, mais le réalisme compte. Le phénomène est fragile, la ré gression est toujours possible, les conflits sont beaucoup trop nombreux et dévastateurs. La croissance est là, mais il faut viser plus, plus durablement. Pour briser le paradigme de la pauvreté étern ell e, pour exister vraim ent, pour entrer dans des processus de développement à l’asiati qu e, nou s devo ns all er bea uco up pl us vite (a près to ut, l’Af ri qu e to ut enti ère d’au jo urd’ hu i pè se éc onomiquement autant qu e la France), et de manière plus au daci eu se Se conce ntre r su r ce qui com pte : la création de richesses, la libération des énergies, la promotion de l’entreprise et de la créativité, l’inclusivité so cial e, l’inté grati on, et la co nst ructi on de l’ état de droit, chemin nécessaire vers le pluralisme
Cette exigence d’accélération, de démultiplication , de paci fication intérieure devrait nous engager tous, collectivement. Parce que le monde est lui aussi en train de changer. Avec la montée des populismes en Europe, aux États-Unis, le ralentissement de la Chine. Avec la crise durable du climat, ses impacts et les replis illusoires qu’elle génère Donald Trump, incarnation presque caricaturale de l’ époque, ne cache
pas son dédain pour le continent Et pour le codéveloppement. Le président et son allié Elon Musk ont lit téralement oblitéré l’USAID, l’agence américaine d’aide, premier donateur mondial (40 % du montant global).
Washington veut également bouleverser le commerce mondial avec la remise en place de tarifs douaniers Y compris très probablement avec l’Afrique. Le système préférenti el de l’AG OA , mi s en pl ac e pa r Bi ll Cl into n en mai 20 00, est menacé L’af faire n’est pas qu’économique L’assaut politico -é conomique sur l’Afrique du Su d [v oi r pag es 32 -3 9] mo nt re à qu el po in t le tru mpi sm e est au ssi un e vo lo nt é de domin at ion Pretoria est « coupab le » à plus ieur s de grés : pour sa supposé e politique « anti -Blancs », pour le « wokisme » con su bs ta nt ie l à la na tio n ar c- en -c ie l, po ur so n appr oc he mu lti ra cial e, po ur so n po siti on ne me nt pro-Palestiniens (et ce depuis les années de combat de Nelson Mandela et de l’ANC) et sa politique internationale relativement indépendante.
Face à l’ampleur de la turbulence, une Afrique sans réaction, recroquevillée, comme si cela ne la concerna it pa s vraiment, une Afrique où certaines él ites ne cachent pas, par ai ll eur s, un e fa sc ina ti on pour tant stérile pour les homm es forts, le trumpisme ou le poutinisme, cette Afrique- là aurait beaucoup à perdre de ce nouvel ordre mondial. De cette nouvelle séquence, où le chacun pour soi va devenir la norme. Et où les plus fragiles vont sévèrement trinquer L’aide va baisser fortement et structurellement. C’est aussi la fin d’un long cycle de mondialisation à l’origine de la chute spectaculaire de la pauvreté dans les pays du su d. Les pays riches, déjà peu pa rtag eurs, fragilisés par les crises, vont se concentrer sur eux- mêmes.
Le choc à court terme sera rude pour l’Afrique. Mais nous devons voir au -delà de ce système moura nt. Il fa ud ra com pe nse r par des fo rc es et des ressources intérieures Ne plus accepter que notre santé, que notre humanitarisme dépendent presque exclusivement de donateurs ex térieurs Nous devrons créer plus de richesses, en étant plus compétitifs, et repenser notre commerce ex térieur. Nous devons levrager mieux encore nos arguments, en augmentant notre pouvoir de négociation avec les uns et les autres, les nouveaux acteurs, les nouvelles puissances, les nouvelles entreprises En projetant aussi, c’est impor tant, un e im ag e pl us créd ib le de no us -m êm es En no us débarrassant des slogans creux sur l’anti -impérialisme ou le néocolonialisme La souveraineté vraie se base
Au si èg e de l’Un ion af ricain e (UA), à Ad dis -A be ba
su r un e r ich esse autonom e et un reg ard réa liste su r ce qui nous entoure et sur nos intérêts. Le monde nouveau est ce qu’il est. À nous d’y prendre notre place. Tout cela est, bien sûr, facile à écrire… Cette nouvelle indépendance, cette indépendance 2.0 sera longue à construire. L’une des clés du reset, l’une des méthodes pour survivre et prospérer serait paradoxalement de revenir à l’origine, de proposer un modèle moderne de panafricanisme, de redonner du contenu à la notion d’intégration, de penser et promouvoir un futur collectif, celui par exemple dessiné par l’agenda 20 63 de l’UA (« Af ri ca we wa nt ») No us avon s bea ucoup en commun. Sur le plan historique et dans notre relation au monde. Nous avons un grand projet, complexe, de marché uniqu e. Nous avons des richesses en hydrocarbures, des ressources minérales, fluviales, agricoles Et pour tant, nos divisions l’empor tent Plutôt que de mettre nos forces en commun, nous nous combattons. Plutôt que de présenter un front uni lors des
discussions internationales, nous arrivons fragmentés, avec un faible pouvoir d’influence et de négociation. À la merci d’une donation, d’une « faveur » rendue par une grande puissance. Les sujets ne manqu ent pas sur lesquels nous pourrions rechercher des positions commun es et ef ficac es : cl imat, AG OA , di scu ssio ns commerciales, nouvelle architecture financière internationale, G20, Nations unies, présence au Conseil de sécurité des Nations unies…
Fa ce à ce tt e ex ige nc e d’un e no uv el le indépe nd an ce, de ce n o uvea u pa na fr ic an ism e, fa ce au x ex ig ences de cette jeu ne sse nom breu se, pu issa nte et ér uptive, le s fe mm es et le s ho mm es d’Éta t por tent un e im me nse resp onsabilité. C’est à eu x de bie n go uv erner la re s pu bl ica, la ch ose pu bl iqu e, c’est à eux de s’émanciper des pratiques archaïques du po uvoi r, de trac er un che mi n de mod ernité, de créativité, de liber tés, afin de répondre à la promesse africaine ■
P.08 P.32
N° 463 AV RI L 20 25
Indépenda nce 2.0 par Zyad Limam
8 ON EN PARLE
C’EST DE L’A RT, DE LA CU LT UR E, DE LA MODE ET DU DESIGN Fusion, hybr idation
28 PA RCOURS
Sarah Lélé par Astr id Kr ivian
31 C’EST COMMENT ?
Une intelligence afr icaine ? par Emmanuelle Pontié
114 VINGT QU ESTIONS À… Chadia Chaibi Loueslati par Astr id Kr ivian
TEMPS FORTS
32 L’A fr iq ue du Sud face à la tempête Tr ump par Cédr ic Gouver neur
40 « Sortir de la civilisation judéo-ch rétien ne » par Fr ida Dahmani
80 « Le Coran vu d’ailleu rs » à Tu nis par Fr ida Dahmani
86 Max Lobe : « J’ai fait le pari de ne pas rester spectateu r » par Catherine Faye
92 Dounia Hadni : « Il faut s’accorder le droit de décevoir » par Astr id Kr ivian
98 Jean-Claude Barny : « À Blida, avec Frantz Fanon » par Astr id Kr ivian
Afrique Magazine est interd it de diffusion en Algér ie depuis mai 2018. Une décision sa ns aucu ne just i cation. Cette grande nation africaine est la seule du continent (et de toute notre zone de lect ure) à exercer une mesure de censure d’un autre temps.
Le maintien de cette interd iction pénalise nos lecteu rs algériens avant tout, au moment où le pays s’engage dans un grand mouvement de renouvellement. Nos am is algér iens peuvent nous retrouver su r notre site Internet : www.afriquemagazine.com
DÉCOUVERTE
47 CÔTE D’IVOIRE : UNE ÉMERGENCE À 360 ° par Zyad Limam, avec Emmanuelle Pontié, Philippe Di Nacera, Jihane Zorkot , Amélie Monney-Maurial
48 Changements d’époq ue
53 Parcou rs chiffrés
56 Émergence, mode d’emploi
60 Ça, c’est la Côte d’Ivoire !
78 Babimania
104 Terres rares : l’Afrique, champ de bataille
108 Fran k Dixon Mugyenyi : « La géologie ne connaît pas de frontières »
110 Quelles alternatives pour se passer de l’USAID ?
111 L’aq uacult ure africaine en plein essor
112 Les promesses de l’énergie solaire « hors réseau »
113 Les Massaïs s’opposent aux crédits carbone par Cédr ic Gouver neur
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C’est ma in te na nt , et c’est de l’ar t, de la cu ltu re , de la mo de , du de si gn et du vo ya ge
LA FONDAT ION H accuei lle à Anta na na rivo un solo show majeur de l’ar t iste br itan nico-n igér ia n YI NK A SHON IBAR E : une grande prem ière su r le cont inent.
YINK A SHONIBA RE CBE RA (1962) est un artiste britannico-nigérian connu dans le monde entier pour son travail interdisciplinaire sur des sujets liés à l’identité culturelle, au postcolonialisme et à la mondialisation Ses œuv res font partie des collections de la Tate de Londres
ou du MoMA à New York et ont été présentées à la Serpentine Galler y ou à la Biennale de Venise. La Fondation H l’invite aujourd’hui à déployer dans ses locaux d’Antananarivo une exposition monographique inédite sur le continent. Parmi les œuvres choisies pour retracer ses vingt ans de carrière
ressort l’étonnante Af rican Librar y (2018) Une installation monumentale constituée de 6 000 livres reliés en wax, estampillés des noms des personnalités qui ont façonné l’Afrique postcoloniale. Une interface digitale permet d’en savoir plus sur chacune d’elles. Intitulée « Safiotra » – un mot
malgache qui définit l’hybridation de deux éléments pour créer une nouvelle entité, tout en préser vant leurs caractéristiques distinctes –, l’expo présente également une série de sculptures emblématiques de l’artiste et est enrichie d’une sélection d’œuv res majeures de la collection de la Fondation H, sous le commissariat de Shonibare. Un projet curatorial qui explore la construction de l’histoire africaine depuis les indépendances ■ Luisa Nannipieri
« SAFIOTRA [HYBRIDITÉS/ HYBRIDITIES] », Fondation H, Anta na na rivo (Madagascar), du 11 avril au 28 février 2026. fondation -h.com
RE NDE ZVO US
Àl ’I MA,u ne collection except ionnel le constituée de pièces de grande va leu r SAUV ÉESDUDÉSASTR E.
OASISCON VOITÉEpoursapositionstratégiquedansles enjeux ég ypto-perses, port desrichesses de l’Orient, de l’Arabie,del’A frique et de la Méditerranée,Gazarecèlequantitédesites archéologiques de toutes lesépoques, depuis l’âgedubronze. Depuis le débutde la guerre Israël-Hamas en octobre 2023,l’Unesco observe, en se basant surdes images satellitaires,des dommages sursoixanteneuf sitesculturels gazaouis,détruisantchaquejourunpeu plus le patrimoinedeceterritoire. En partenariat avecleMusée d’art et d’histoire de Genève (M AH), devenu le musée-refuge d’une collection deprèsde529 œuv resappartenant àl’Autoriténationale palestinienne,l’Institutdumonde arabemet en lumièrelarichesse et la fragilitédeces témoignagesdes civilisationségyptienne, néoassyrienne, grecqueouromaine. Unesélection de 130chefsd’œuvre, issusdes fouilles franco-palestiniennesdémarrées en 1995,dont la spectaculairemosaïqued’Abu Baraqeh, ainsi quedes artefactsprovenant de la collection privée de Jawdat Khoudary,présentés pour la première fois en France, attestentainsi de cinqmilleans d’histoire menacéspar la guerre et la prédation. Plusencoredepuisque Donald Trumpaannoncé vouloiren prendrelecontrôle et créer la «Riviera du Moyen-Orient».À travers un patrimoinetrèsfragilisé mais encore bien vivant,c’est une réflexion surleprestigieux passédel’enclave palestinienne,sur sa mémoireetson identité.Brûlant et nécessaire. ■ Catherine Faye
«TRÉSORS SAUVÉS DE GAZA.5 000 ANSD’HISTOIRE», IM A, Paris(France), jusqu’au 2novembre2025. imarabe.org/fr
Àécouter maintenant !
Florence Adooni
A.O. E. I.U.,Phi lophon /Modulor
La grâcemêlée àla dextérité: surcenouvel album, A.O.E.I.U. (pour« An Ordinary ExerciseinUnity »),la chanteuse ghanéenne incarneson fraf ra-gospel et rappelle sonamour pour le highlife. Pleind’âme mais aussidansants, se jouant des ry thmiques et desvariationsvocales, lessept morceaux sont instantanément intemporelstoutens’inscrivantdans l’air du tempsartistiquedeKumasi.
Ki n’GongoloK in iat a Ki ni at a,Hel ic oMusic/Aut re di st ribut ions
Superbeentrée en matière, Kiniata exploreles possibilités tant organiques que sy nthétiques de la pop made inKin shasa.Sil’on se laisse porter parlegrooveimparable de ce groupe,son discours n’en estpas moins engagé,d’autantque sesinstruments ont étéfabriqués parlesoindes musiciens, utilisantdumétal ou du plastique. Du pur DI Ymixantafropop,électro et punk !
Pier re Kwenders
Te ars on th eD an ce oor,Moonshine .
Né àK inshasa, ce multiinstrumentiste surdoué basé àMontréal, et fondateurducollectif poly-artistique Moonshine, rev ient avec un EP où il inv iteaussibienla chanteusenigériane Lady Donlique le producteur ghanéenGafacci.Ces Tears on theDancefloor témoignent toujours de sonépatantehybridité musicale, mêlant lessonorités d’où qu’elles viennent,aussibienenanglais qu’en tshiluba et kikongo. ■ SophieRosemont
Le «NelsonMandela du Proche-Orient» poursu it sonCOM BAT POUR LA PA IX,sei ze ansaprès le bombardement israél ienq ui at ué troisdeses fi lles et sa nièce da ns leu rmaisondeGaza…
«J’A ILECHOIX D’ÊTRE en colère,tellement de gens s’attendent àceque je haïsse. Je leur répondsque je ne haïrai pointcar il yaencoredel’espoir. »Ainsi parleledocteur Izzeldin Abuelaishdanscedocumentairefranco-canadien quiraconte le parcours exemplairedecet homme, dont le noma étécitéplusieurs fois pour le prix Nobel de la paix Gy nécologue obstétricien réputé,nédansuncampde réfugiés de Gaza il yasoixante-dixans,ilaété le premier médecin palestinien autorisé àexercer dans un hôpital israélien.Maisunsoirdejanvier 2009,alorsqu’il se trouve chez lui, dans la bandedeGazaenproie àune opération militairedeTsahal, un char tire un obus sursamaison, tuanttrois de sesfilles :Bessan,Mayar et Aya, ainsique sa nièceNoor. Séquence fortedufilm :ilpar vientà joindreun amijournaliste israélienqui se trouve alorsendirectsur un plateautéléetqui va faireentendre, viason mobile,la voix de ce père criant sa douleur et décrivantses enfants touchésàlatête. Quinzeans plus tard,leDrAbuelaish se souvient :« Leurs cervellestapissaient lesmurs de leur chambre… »D’autresimagesdel’époque le montrenten survêtement, tachédusangdeses enfants, accompagnant dans un hôpitalisraélien unenièce de 12 ansgrièvement
UN MÉDECINPOU RLAPAIX (Canada, France), de TalBarda. Avec le Dr Izzeld in Abuela ish. En sa lles blessée puis,passé l’état de choc, continuant àparlerde« la coexistence» entreIsraéliensetPalestiniens. Aucune volonté de vengeance–« la haineest destructrice », dit-il –, mais un long combat juridiquepourobtenir,en vain,des excusesdel’Étatd’Israël. RéfugiéauCanada, àToronto, avec sescinqenfants survivants,ilpublie en 2010 un livre traduiten23langues (Je ne haïrai point,RobertLaffont), donts’est inspirée la cinéaste francoaméricaineTal Barda,nativede Jérusalem, pour raconter ce parcours hors du commun. Elleadûajouter uneséquenceaprès lesattaquesduHamas du 7octobre 2023,car plus de 50 membres de la famille du praticien sont mortsdepuisàGazasousles bombes israéliennes.Unnouveau degré dans la tragédie quinefait queconforter la conviction du Dr Abuelaish: «L’avenirdes Palestiniensetdes Israéliens estprofondémentlié.» ■ J.-M.C
C’estdansu ne cham bred ’hôtel japona iseq ue le légendai re CH AN TEUR MA LI EN aenreg istrécenouvela lbum célébrant
sona mour de la guita re.Rencont re.
BLOUSE BL ANCHEbrodéededoré, lunettes noires,humilitésouriante.
SalifKeita estfaceànous, dans les loges de RadioFrance. Il se prépare àinterpréter quelques titres de son nouvel album, So Kono,oùilreprend, en plus d’unepoignée d’inédits, des chansons déjà bienconnues :« Tassi», «Soundiata »ouencore« Laban» Sa voix yrésonne au plus près des cordes,parfois accompagnéedeBadié Tounkaraaungoni et de Mamadou Koné auxpercussions.Cette approche épurée fait toutelaforce de ce disque quiconfirmelecharismedu chanteur, descendantdel’illustresouverain mandingueSoundiata Keita. AM : So Kono,« danslamaison» en mandingue,est en ef fet très intime.Pourquoi le choix decet enregistrement en solitaire, ou presque?
SalifKeita : On m’asouvent demandé de montrer commentje composais mes morceaux,qui naissent quandjesuis seul avec ma guitare. Et c’estune fois quej’aitrouvémes mélodies queles
parolesmev iennent… Je l’ai toujours dit, la guitareest ma première femme. Ma moitié !Cette complicité,c’est ce quejevoulais partager avec So Kono. Réinterpréterces morceaux m’aaussi rappeléles momentsdurantlesquels je lesai composés,les émotions qui m’animaient souvent,chezmoi,dans monv illageauMali, au bord du fleuve Cetalbum,vousl ’avezenregistré et produitdansune chambre d’hôtelàKyoto,villehautement spirituelle…
Nousavons visité destemples, avonsdécouvert l’originalitédela culturejaponaise, quiélève l’âme, invite àlaméditation. D’autant que, lorsque je compose, je suis vraiment habité parlaspiritualitéhéritée de mesancêtresmandingues. Quand on estalbinosetqu’on estostracisé dèsleplusjeune âge, ce quiaété mon cas, cettecroyance-là est précieuse. Même si lesalbinossont moinspersécutésaujourd’huietque desassociationssesont créées pour lutter contre cettediscrimination…
SALIFKEITA, So Kono, Nø Førmat.Sor tiele11avr il En concer tauTrianon le 21 ma i.
La musique, c’estvotre maison àvous?
Oui,ellem’a prouvé queje n’étaispas venu au mondepar hasard.Que je devais assumerma destinée.Etmêmequand je suis loindechezmoi,ellemepermet de ne pasmesentirseul. ■ propos recueillispar Sophie Rosemont
Madeleine,d ’après M.- G. Benoist «Modèle noir », 2024.
MI VEKA NN IN revisite leschefs-d ’œuv re du Louv re.
C’ESTdanslePavillon de verre, dans lequel la nature et le paysages’invitent, quel’artiste,d’abord forméà l’ébénisterie et àl’architecture, expose son travail,consistantici en une réinterprétation d’œuvres célèbres dont il se saisit. Cettedémarche politiqueinterroge noshéritages,collectifs et intimes,etpropose unerelecture àcontresens de l’histoire. La techniquedecet arrière-petit-filsdeBéhanzin(r. 18891894), dernierroi du Dahomeyetopposantàlacolonisation françaiseauBénin,s’inspire du vaudou,dont il utilisedes élixirs issusdepratiques rituelles. Il en imbibe destissusrécupérés qu’ilcoudensembleetsur lesquels il repeintles toiles qu’il reproduitenyinsérantson autoportrait.Parmi lesœuvres choisies,le Radeau de la Méduse –lenaufraged’une frégate en partance pour lescolonies,aularge de la Mauritanie –, où RoméoMivekannin se glisse dans la peau de l’homme noir quiagite le drapeaudel’espérance, figure héroïque que Géricaultavait représentéepours’insurgercontre l’esclavage, au sommet du tableau. Exceptéqu’ici, l’hommeregarde le spectateur.Tel un clin d’œil. Telleune revanche. ■ C.F.
«ROMÉO MIVEKA NNIN,L’ENV ERSDUT EMPS », Louv re-Lens, Lens (Fra nce),jusqu’au2jui n. louvrelens.fr/
Un POLA RSOCIA L percutant, où policiers et ma lf rats cava lent d’Abidja nà Angoulême.
LE TROISIÈMEvolumedes aventures du commissaireKouamés’inspire desnombreux voyagesdeMargueriteAbouetenCôte d’Ivoire.Elley aobser vé la montée en puissancedes réseaux criminels et la réalité amère d’unejeunessequi,cherchant àfuir, tombedansladrogueousejette dans lesméandresdel’émigration clandestine. AccompagnéedeDonatienMar ypour le dessin,lascénaristedelaBDculte Aya de Yopougon proposedanscetroisième tome unehistoire plus sombre,plusbrutale queles précédentes. Dèslacouverture, on retrouve l’incorruptibleetintraitable Marius Kouamé et sonfidèleadjoint Arsène,assaillispar des silhouettesmenaçantes,presque zombifiées. L’intriguedébute parune affairedetraficde drogue international,à Abidjan, où un caïd s’échappedeprison, laissant derrière lui lescadav resdedeuxpoliciers corrompus Elles’étend ensuiteautrafichumain, àA ngoulême, où unejeune Ivoirienne adisparu,enlevée parunréseaudetraite de personnes. Deux affaires redoutables, quimènentversunfinal haletant. ■ C.F.
MARGU ER IT EABOUETETDONATIEN MARY, Commissaire Kouamé –Tome3 : On ne fait pasdefeu sous un arbre en fleur, Gallimard, 102pages,22 €
FI LM
Aprèsu nBIOPICA LGÉR IENresté trop conf identiel l’an dern ier, uneproduct ionf ra nçaise vientéclai rerlav ie de FR AN TZ FA NON, dont on célèbrelecentena iredelanaissance.
IL EX ISTE PEUDEPHOTOSdel’auteurdes Damnés de la terre,penseur du colonialisme et du racisme, inspirateurdes BlackPanthers. Sonparcours éclair (ilest mort à36ans,en 1961)s’est fait en partie dans la clandestinité, auxcôtésdes indépendantistes algériens. Centans aprèssanaissance en Martinique, le cinéasted’origine guadeloupéenne JeanClaude Barny(Le Gang desAntillai s)lui redonne chair sous lestraitsdel’impeccable comédien franco-camerounaisA lexandre Bouyerdansunfilm efficace, mais parfois réducteur :raccourcisbiographiques, personnagessecondaires esquissés, musique surlignant lepropos… L’an dernier, le cinéaste algérien Abdenour Zahzah avait présenté àBerlinuntoutpremierbiopic*, sortifin novembre2024dansles salles
algériennes–maistoujourspas en France –, où ledocteur Frantz Fanonétait incarnépar le subtil Franco-Haïtien AlexandreDesane. Un film en noir et blancassez figé,mais peut-êtreplusauthentique,tournédans leslocauxmêmes de l’hôpitaldeBlida où le praticienavait exercé(alorsque JeanClaude Barnys’est replié en Tunisie, pays quiavait accueilliFanon aprèssaf uite de l’Algériefrançaise). On se demandeceque pourrait donner un troisièmeFanon,annoncé cesdernièresannéespar RaoulPeck, le réalisateurde IAmNot Your Negro… ■ J.- M.C.
*Son titrec om pl et est Ch roniques fidè le s su rvenue sausiècleder nier àl’hôpita lpsych iatrique Bl ida- Joinvi lleautemps où le Dr Fr antz Fa non ét aitc he fdelac inqu iè me divi sion entre1953 et 1956 .P ri xd elaSemaine de la cr it ique au Fe spac ol e1er ma rs de rnier
FA NON (France), de Jean-ClaudeBar ny. Avec Alexandre Bouyer,Débora h François,Mehdi Senoussi. En sa lles
« LA COULEUR PARLE TOUTES LES LANGUES ».
Œuvres choisies de la collection Al Than i, Hôtel de la Mari ne, Paris (France), jusqu’au 5 octobre 2025 hotel- de -la-marine.paris/
TÊTE DE RELIQUAIRE en bois, fer et laiton (Gabon), amphorisque en cristal de roche et os (Empire romain), figure royale en jaspe rouge (Égypte), perle en forme de chouette en or (Pérou), coupe en lapis-lazuli et coquillage (Mésopotamie), hache-ostensoir en jade néphrite, fibre de coco et poils de chauve-souris roussette (Nouvelle-Calédonie) Chacun de ces trésors de la prestigieuse collection Al Thani, couv rant la période néolithique jusqu’à l’époque contemporaine, fait écho à l’une des quatre couleurs et des deux nuances qui constituent les six sections du parcours de l’exposition à l’Hôtel de la Marine : noir cosmique, blanc lumière, rouge vital, jaune d’or, bleu précieux et vert végétal. Quelque 80 œuvres de civilisations diverses, issues des cinq continents (A frique, Amérique, Asie, Europe, Océanie), y sont ainsi présentées avec des interprétations sur la signif ication de leur teinte, dans le contexte où elles ont été créées Pour les historiens de l’ar t, regarder les œuv res sous l’angle de la couleur revient à s’interroger sur le lien entre leur matérialité et leur sy mbolique. Le choi x d’un matériau, la technique utilisée pour le transformer en une production ar tistique, l’usage éventuel d’une création et son évolution au cours du temps interagissent avec la signification des tonalités dans une culture, selon une temporalité donnée À l’aune de la richesse de l’inventiv ité humaine et du pouvoir universel de l’ar t à travers les âges ■ C.F.
AL BU M
C’est un bijou inclassa ble, entre ja zz et psychédélique, que propose le POÈT E ET MUSICI EN ANGL AIS or ig inai re de Tr in idad.
DES TE XTES ULTR A-POÉTIQUES tout en étant narratifs, parcourant les tragiques traumas et la magie des héritages, une trame musicale d’une grande richesse, concoctée par le producteur et multiinstrumentiste Dave Okumu. Bienvenue dans le voyage sonore de Rowing up River to Get Our Names Back Enroulé autour du spoken word très performant d’Anthony Joseph, des chœurs à se damner, des cordes funky, des cuivres en fusion, des échos dub, du psyché distillé çà et là… N’en jetez plus ! De « Satellite » à « Milwaukee & Ashland », tout suit le fil rouge d’un récit afro-futuriste passionnant, né d’une nouvelle écrite il y a deux décennies, The Af rican Origins of UFO’s ■ S.R
ANTHONY JOSEPH, Rowing up River to Get Our Names Back, Heaven ly Sweetness.
NC ON TR E
La jour na liste, autrice et dessinat rice belged ’origi ne gui néen ne signe Wa xParadoxe,u ne ba ndedessi née
pa ssionnante et docu mentée su rL’H ISTOIR EET
LESENJ EU XACT UELS DE CE TISSUCHATOYA NT,
pa rcou rued ’u ne quêteident it ai re de son héroïne.
AM : Quelssontles paradoxesduwax ?
Justine Sow: Découv rirses multiples facettes révèle plusieurs cont radictions. C’estunproduit cult urel doté d’unelourde charge identitaire: despersonnes revendiquentleurappartenance, leur relation affective àcetissu,t ypiquement africain àleurs yeux.Maisil estaussitrèscommercial, utilisépour générer du profit demanière désincarnée. L’apport de l’Afrique dans sonsuccèsest indéniable.Perçucommeemblématique despersonnes quiétaient sous le joug colonial, il aété créé au XIXe siècle pardes colonshollandais, quisesont emparés d’unetechniquedeteintureà la cire en Indonésie. Àt ravers le mouvement No Wa x, certains ref usentde porter du waxpourmettreenavant le st is su st radition ne ls af rica in s. Indi s so ciable du cont inent, il est africain sans l’être.J ’aiprofité de ces pa radoxesdansunbut constr uc tif pour raconter l’histoire de ce tissu, mais aussil’histoire humaine–les
déplacements de populations, lesinspirations, la culture.Aux Pays-Bas,l’usine historique de Vlisco proposeunproduit de luxe ;c’est unefaçon pour lesélitesdesedistinguer. Mais elle rivalise difficilement aveclewax confectionné en Asie,moins cher,parfois de bonnequalité,qui inonde le marché africain Parfoisinspirés de l’iconographieafricaine, les motifs de ce tissu auxcouleurséclatantespossèdent un sens,une histoire, un message,une symbolique. LescommerçantesenAfrique les ontbaptisés, parexemple:« Monmaricapable », «L’œil de ma rivale », «Lafamille », «Fleursdemariage»,« Ouvrir son cœur », «Chérinemetourne pasledos »…
LesA fr icaines ontinvest ilewax de touteleur culture, ellesenont fait un produitvivantenl’insérant dans desmoments de vie, tels queles naissances,les mariages,les ritesfunéraires,lepassageàl’âge adulte, etc. Le nometlesensdecertainsmotifsvarient d’un pays àl’autre,enfonction du tempsaussi. Cetobjet a sa propre vie.
En menant son étude surlewax,votre héroïne belgo-congolaise, qui vità Bruxelles,effectue aussiune quêteidentitaireetrenoueavec sesoriginesafricaines.Pourquoi ?
L’ex plorationdecetissu se mueenexplorat ion d’elle-même, de sonh istoirefamil ia le,deson af rica nité àelleetàson père, et de sonhér it age. J’ét abli s un pa ra llèleent re la comple xité cu lt urel le du wa xet lesparadoxes identita ires d’un per sonnagemét issé et af rode scenda nt.Viv re da ns le rega rd de l’autredev ient in suppor table, il faut trouverson propre chem in.D’aucu ns considèrent queles facettes plur ielles de nosidentitésgénèrent destiraillementsintérieurs,alorsqu’on le vitavecune harmonie personnelleauquotidien. ■ propos recueillispar AstridKrivian
JUSTIN ESOW, WaxParadoxe, Baya rd Graphic, 136pages,22 €
Emm anue l Ag grey Ti eku ,
A Nati on Und er S iege, 20 24
Le ju ry du pr ix El lipse a dévoilé les fi na listes de sa 5e éd it ion dédiée au Ghana : ils exposent ce mois-ci leu rs œuvres au MI X DESIGN HU B, à Accra. PR IX EL LI PS E
DEPUIS 2021, le prix Ellipse met à l’honneur les scènes artistiques émergentes du continent et de ses diasporas. Cette année, il a impliqué les artistes résidant au Ghana et les Ghanéens résidant sur le continent sur le thème « Effet Papillon ». Le jury a dépouillé 82 candidatures et sélectionné cinq finalistes qui, du 11 au 27 avril, présenteront leur travail lors d’une exposition collective à Accra. Le Mix Design Hub, lieu polyfonctionnel emblématique de la scène artistique locale, accueillera dans sa galerie de 1 000 m2 des pièces qui touchent à la photo, à la peinture ou encore à la composition plastique et texturée. Dela Anyah crée ses œuvres abstraites à partir de pneus, chambres à air et plaques d’immatriculation usées. Il réinvestit les techniques de vannerie et fait de la dégradation des matières son langage expressif. Emmanuel Aggrey Tieku utilise, quant à lui, des textiles abandonnés qu’il revalorise à travers des techniques de teinture et d’assemblage pour composer des ovnis, entre sculptures et canevas, interrogeant le spectateur sur
Ci -c ontre, De la A nya h, El em enta ry
Re bir th, 20 23 Ci -d essous , Nana Fr im po ng
Od uro, Atte ntio n See ki ng, 20 24
Se na Bu rg un dy, Dave Ri sing, 20 23.
l’identité, la surconsommation et l’héritage colonial. Côté peinture, les paysages oniriques de Sena Kofi Appau, alias Sena Burgundy, mettent en scène des figures bleues, symboles d’une introspection universelle.
Son univers, nourri par le cinéma et la musique, et inspiré par la philosophie nosce te ipsum (connais-toi toi-même), offre un aperçu de sa quête d’identité.
Tous les deux photographes, Reginald Boateng et Nana Frimpong Oduro ne pourraient avoir une esthétique plus différente. Si le travail du premier est axé sur la richesse des textures et des couleurs inspirées par le tissu Kente et veut offrir un regard contemporain sur la vie quotidienne et l’héritage ghanéen, le deuxième puise ses inspirations dans le surréalisme Il crée une poésie visuelle en tonalités sombres, où l’homme émerge de l’eau, incarnant fluidité, émotion et profondeur. Le lauréat du prix sera annoncé le 4 juin. Il bénéficiera d’une bourse de production et exposera à la foire internationale AKAA, à Paris, en octobre. ■ L.N
Une chronique familiale âpre et colorée dans un pays est-africain plus connu pour ses guerres que son cinéma… Ce film, d’une grande puissance visuelle, VIENT D’ÊTRE RÉCOMPENSÉ AU FESPACO.
C.F.
L’ex pédition palpitante de l’écrivain bourlingueur au x mille vi sages. RÉCIT LÉGENDAIRE, ce roman de Henr y de Monfreid (1879-1974) est inspiré par sa vie d’aventurier. Préfacée par Loïc Finaz, amiral et spécialiste de la traque des sous-marins, cette réédition de l’extraordinaire épopée du commerçant et auteur français, publiée pour la première fois en 1931, est un brév iaire pour la liberté. « Liberté face aux éléments (mer ou désert) et leurs tempêtes, […] face aux événements et leurs palinodies, […] face aux hommes (dont les pires ne sont pas toujours les ennemis officiels) et leurs trahisons ou mesquineries, […] face au sort qui alors n’est pas toujours un destin » Encouragé à écrire par Joseph Kessel, l’« écrivain-corsaire » y narre ses péripéties sur la mer Rouge, qui le retiendra sa vie durant Arrivé à trente-deux ans à Djibouti, il devient commerçant en cuirs et cafés, mais cette existence le lasse vite Il achète un boutre, se lance dans la pêche aux perles d’abord, puis dans le commerce des armes. Entre espionnage, bagarres et poursuites, un voyage passionné. ■
HENRY DE MONF REID,
Les Secrets de la mer Rouge, Grasset, 400 pages, 24 €
UN VILL AGE de pêcheurs nommé Paradis, sur la côte somalienne Drôle de nom quand tout autour s’étend un désert de sable frappé par les vents et les attaques de drones Depuis la mort de sa femme, Mamargade y élève seul son petit garçon, le malicieux Cigaal, quand Araweelo, sa sœur tout juste divorcée, vient vivre avec eux. Commence alors une cohabitation pleine de non-dits, chacun essayant de s’en sortir comme il peut Même s’il s’agit d’habitants très pauv res de cette région, le cinéaste n’en fait jamais des victimes. Natif de Mogadiscio, où il a grandi avant d’émigrer en Autriche, Mo Harawe a tenu à tourner avec une équipe 100 % africaine : une gageure, dans un pays sans industrie cinématographique (le tiers des techniciens vient d’Ég ypte et du Kenya). Premier film somalien sélectionné au Festival de Cannes l’an dernier, il s’est vu décerner le 1er mars à Ouagadougou, dans le cadre du Fespaco, l’Étalon d’argent de Yennenga, remis par le jury que devait présider feu Souley mane Cissé, lequel n’aurait probablement pas renié ce film d’une grande force visuelle ■ J.-M.C
LE VILLAGE AU X PORTES DU PARADIS (Aut riche, Somalie), de Mo Harawe. Avec Ah med Al i Fa ra h, Anab Ah med Ibra hi m, Ah med Moha mud Sa leba n. En sa lles
Quat re femmes af rica ines, leurs amou rs, leurs aspi rations, leurs dési rs. Un récit transcenda nt de CH IM AM ANDA NGOZI ADICHI E, écriva ine majeure de la scène littérai re contempora ine.
ENTR EMÊL ANT des flash-back de leur enfance et de leur début d’âge adulte avec des épisodes se déroulant dans le présent – pendant la pandémie de Covid-19 –, L’Inventaire des rêves raconte les destins croisés de quatre femmes immigrées aux États-Unis. Chiamaka, écrivaine de voyage, Zikora, avocate, et Omelogor, ancienne banquière devenue étudiante diplômée, sont nigérianes ; Kadiatou, femme de chambre d’hôtel, est guinéenne. Dès les premières phrases, la narration à la première personne de Chiamaka donne au roman un ton mélancolique : « J’ai toujours rêvé d’être connue par un autre être humain telle que je suis vraiment, déclare-t-elle Parfois, nous vivons durant des années avec des désirs intenses que nous ne pouvons nommer. Jusqu’au jour où une fissure apparaît dans le ciel, s’élargit et nous révèle à nous-mêmes […]. » Seule, en plein confinement, elle se souv ient de ses anciens amants, se débat avec ses choix et ses regrets. Zikora, sa meilleure amie, a tout réussi, jusqu’à ce qu’elle se retrouve abandonnée par le père de son enfant. Omelogor, la cousine de Chiamaka, effectue une brillante carrière, mais commence à se questionner sur sa propre valeur Le récit est ensuite déchiré par la tragédie de l’histoire de Kadiatou, agressée sexuellement par un client influent de l’hôtel de luxe américain où elle travaille – une histoire inspirée du cas réel de Nafissatou Diallo et de Dominique Strauss-Kahn. Vingt-deux ans après la publication d’Americanah (2013), succès planétaire, Chimamanda Ngozi Adichie raconte la vie de ces femmes, une par une, sous différents angles, et reconstitue progressivement le puzzle du parcours émotionnel des personnages. Revenant sans cesse à une question centrale : est-il possible d’être véritablement connu(e) par un autre être humain ? Traduite dans plus de cinquante-cinq langues, l’auteure de L’Hibi scus pourpre (2003) et de L’Autre Moitié du soleil (2008) aborde ici la nature même de l’amour. Sans jamais cesser d’élever la voix contre toutes les formes de discrimination et de pensée unique ■ C.F.
CHIM AM ANDA NGOZI ADICHIE, L’Inventaire des rêves, Ga lli ma rd, 656 pages, 26 €
Le Louv re ém irat i, en pa rtenar iat avec le MUSÉE DU QUAI BR AN LY, consacre la prem ière exposition d’ar t af rica in de la région
AU X ROIS ET REIN ES DU CONT IN EN T.
Sc ulptu re de co q, Ed o, roya um e du Bé ni n, Nig er ia
EN PR ÉSENTA NT plus de 350 objets issus des collections du musée du quai Branly et de plusieurs institutions africaines, la première exposition dédiée à l’art du continent aux Émirats arabes unis se penche sur le rôle central que l’expression artistique a eu dans la formation des concepts d’autorité, d’identité et de pouvoir en Afrique subsaharienne. Les pièces, qui comprennent notamment des tenues royales d’une grande finesse et des figures spirituelles importantes, ont été réparties sur trois sections. Celle consacrée à l’Afrique de l’Ouest met en lumière l’héritage artistique d’Ife, du Bénin, du Dahomey, et des peuples Akan et Yoruba, explorant le rôle de l’art dans la formation du pouvoir et de l’identité La section dédiée à
l’Afrique centrale présente les royaumes Kongo, Luba et Teke, et témoigne du lien entre art, spiritualité et autorité.
Celle sur l’Afrique australe et orientale se penche sur les royaumes zoulous et éthiopiens, à travers des objets qui célèbrent les riches traditions artistiques de la région. Le voyage s’achève avec une section à part, consacrée au pop art, à la bande dessinée contemporaine et aux jeux vidéo. Rappelant la richesse et la diversité du patrimoine du continent, depuis l’antiquité à nos jours. ■ L.N.
« ROIS ET REINES D’AFRIQUE : FORMES ET FIGURES DU POUVOIR », Louv re Abu Dhabi (Émirats arabes unis), jusqu’au 25 mai. louvreabudhabi.ae
L’ élégance essent ielle de NEW TA NGIER exalte la ligne des ha bits fa it s ma in et invite à se les approprier, même lorsqu’elle fa it son ci néma.
À LA TÊTE DE NEW TA NGIER DEPUIS 2014, Kenza Bennani revendique une vision de la mode éloignée des codes de l’industrie occidentale. Dès 2020, elle élargit son champ d’action de la maroquinerie textile au prêt-à-por ter, et propose des créations intemporelles qui trouvent leur raison d’être dans les formes et les st ruct ures traditionnelles maghrébines et du continent. Ses silhouet tes contredisent l’imaginaire orientaliste et opulent qu’on tend à associer au x vêtements marocains, et év itent aussi le piège d’une mode qui impose son idéal au x corps. D’où le choi x de ne produire que de confor tables modèles taille unique, personnalisables, que l’on peut aussi bien porter au quotidien avec des baskets que sublimer avec des accessoires pour une grande occasion. Le but est de mett re en avant la fonctionnalité et la st ruct ure des habits, plutôt que leur côté or nemental, tout en valorisant le savoir-faire ar tisanal local. « Les techniques de base sont les mêmes, mais on s’en sert autrement »,
explique la designeuse. « Prenons le point de crochet randa, qu’on utilise pour créer des décorations st yle dentelle sur les kaf tans et les djellabas. Nous, on s’en sert pour des finitions qui nous év itent de recourir au x doublures. »
La marque sort une collection par an et joue avec les couches et les matières pour proposer des tenues que l’on peut porter été comme hiver. Les tissus sont sourcés dans les fins de stocks et ils sont le point de départ du processus créatif Cette année, les trouvailles ont inspiré une collection marquée par le rouge vermillon. Une couleur très présente dans les films d’Almodóvar. Kenza Bennani, qui à ses débuts était costumière, a saisi l’occasion pour faire de cette capsule-là une lettre d’amour au cinéma et à son esthétique Elle y évoque des films qui l’ont marquée, comme De grandes espérances, et des icônes de notre inconscient collectif. Comme une robe d’Elizabeth Taylor dans Cléopâtre ou la statuette des Oscar, qui se dégage de cet étonnant boubou doré. newtangier.com ■ L.N.
DE SI GN
Le créati f TA REK SH AM MA propose trois pièces lu xueuses et modernes fa ites à pa rt ir de matières profondément ég yptien nes, comme L’AL BÂTR E ET LE CA LCAI RE.
DESIGNER et architecte, l’Ég yptien Tarek Shamma vient de dévoiler son dernier projet : la « FLIP collection ». Cette capsule se compose de trois meubles sculpturaux, inspirés par la simplicité intemporelle des blocs de construction des enfants. Les premiers jouets de ce ty pe ont été retrouvés dans des tombes ég yptiennes datant d’il y a quatre mille ans. Jouant sur le contraste entre l’albâtre et le calcaire, Shamma transforme le cylindre, le triangle, le rectangle et le carré en objets à la fois fonctionnels, versatiles et artistiques. La console Dnats (stand), la table basse Tesni (inset) et la table d’appoint Tsiwt (twist) ref lètent sa volonté de créer des objets ref létant les traditions, la culture, les matériaux et l’histoire de son pays, tout en réimaginant leur potentiel à travers des compositions audacieuses et ludiques Le but du créatif, qui vit entre Le Caire et Londres et a travaillé aux côtés des architectes Zaha Hadid et David Chipperfield, avant de lancer son propre studio et de captiver Christian Louboutin, est de préser ver la mémoire et le savoir-faire d’une culture ancestrale avec des pièces tout à la fois résolumment ég yptiennes et universelles tarekshamma.com ■ L.N.
Ch ez Boudou po ur un th ieb inoub liabl e et dans le re sto d’Ote pour de ri ch es saveur s réunionnaises
L’envie de partager LES SAVEURS DE LEURS SOUV EN IRS les a poussés à tenter leur chance à Paris, pour le bonheur de nos papilles.
SON HISTOIRE est devenue virale : le Mauritanien Bakar y Boudou avait transformé la chambre de son foyer en resto à emporter et son talent de cuisinier, notamment pour le thieb, avait conquis des stars comme Kaaris, Fary ou Omar Sy Dans la foulée de son succès, il vient d’ouvrir son premier resto à Paris, Chez Boudou. Une cantine conv iv iale d’une vingtaine de places, avec un espace VIP décoré de tapis et de coussins pour se sentir comme chez soi. En plus de son célèbre thieb, composé et serv i à sa façon, avec alloco maison et sauce Boudou, dont il garde le secret, il peut maintenant proposer des accras ou des pastels et, côté légumes, du gombo et de l’attiéké. La carte comprend aussi du mafé et du yassa, à base d’agneau, poulet, bœuf, poisson ou végé Plus de choix, donc plus de bonheur. Oté, interjection créole de stupeur, est le projet de trois
amis qui ont laissé leurs papilles sur l’île de la Réunion et qui veulent partager la richesse de ses recettes métissées et solaires avec la métropole. On y sert la gastronomie de l’île Intense, conf luence d’Asie et d’Afrique, comme les emblématiques bouchons au poulet et le rougail saucisse. L’ambiance est pop, aux couleurs du drapeau réunionnais, la vaisselle émaillée fait un clin d’œil aux parcours de randonnée autour du volcan et la carte, pédagogique, invite au voyage culinaire entre tradition et modernité (voir les burgers rev isités), misant sur la valeur ajoutée gustative des ingrédients. De la vanille IGP exceptionnelle, du thé et des épices, mais aussi les arrangés maison et les rhums de la distillerie réunionnaise Savanna Un vrai régal. @bakar yboudou / ote -restaurant.com ■ L.N.
Da ns le sud du Ma roc, LE PROJ ET DE SA MA met la trad it ion au serv ice d’un pôle universitai re moderne, qu i revend iq ue son identité loca le.
LA FACULTÉ de médecine et de pharmacie de Laâyoune, dans le Sarah occidental marocain, a fait peau neuve. L’intervention avait été imaginée dès 2015, dans le cadre du projet de développement des prov inces du Sud. Le cabinet Sama Architectes, basé à Rabat, a remporté le concours pour sa construction grâce à un projet qui dialogue avec l’identité et l’environnement de la région, en s’inspirant des oasis. Les volumes épurés et géométriques des bâtiments principaux, inaugurés lors de la dernière rentrée, donnent sur une grande esplanade plantée d’essences locales, qui est le cœur battant de la faculté. Les allées sont protégées par des panneaux ajourés suspendus, qui permettent tant de filtrer la lumière du jour à l’intérieur que de protéger les piétons du soleil à l’extérieur. Ces derniers évoquent les moucharabiehs et ont été décorés avec les motifs géométriques ty piques des ksour du sud-est du pays Le choix des matériaux est un autre clin d’œil à l’architecture traditionnelle : le travertin donne un charme particulier au projet grâce à ses textures variées et à ses lignes ondulées qui marquent les murs ocre, en contraste avec le ciel bleu de la ville. Les trois pôles de la faculté sont reliés par une trame de routes et de cours intérieures ombragées qui canalisent le flux des visiteurs Réaffirmant la modernité et la praticité du lieu sans renier les liens à la tradition samaarchitectes.com/ ■ L.N.
L’HUMORISTE BELGO-CAMEROUNAISE, à 22 ans, est un talent du stand-up prometteur. Avec sa verve, ses punchlines et son naturel, elle parle dans son premier spectacle de double culture, de football, de féminisme, de colonisation. propos re cueillis par Astrid Krivian
Clin d’œil à l’album d’anthologie The Mi seducation of Laur yn Hill de son idole du même nom, La Mauvaise Éducation est l’occasion pour l’humoriste belgo-camerounaise d’explorer les contradictions liées à sa double culture, avec un regard aiguisé, mordant et des punchlines décapantes. Sarah Lélé puise matière à rire dans ce décalage, cette opposition, parfois, entre les valeurs camerounaises inculquées par ses parents, celles transmises à l’école et son expérience en tant que femme de la diaspora dans une réalité européenne. De ce tiraillement, elle fait un atout. « Mon éducation européenne nuance mon éducation africaine, et vice versa. Elles me définissent, font ma force. Je les assume. J’accepte ce conf lit intérieur : en perpétuel débat, mes deux cultures me permettent de questionner, d’évoluer, d’être tolérante », confie l’humoriste, qui a grandi à Bruxelles et s’est récemment installée à Paris. Parmi les traits culturels hérités du Cameroun, elle reste attachée au respect des aînés, à la valeur travail et à cette confiance en soi, souvent perçue par les autres comme de l’arrogance. « Savoir ce que l’on vaut et le mettre en avant, c’est très camerounais. » On veut bien la croire, au vu du talent et de l’aisance scénique de cette artiste de 22 ans au naturel désarmant, à la verve pertinente, pleine de fraîcheur. Sur les planches, elle raconte ses vacances d’enfance passées dans le pays des origines familiales, où on l’appelle « la Blanche », quand en Belgique elle est « la Noire ». Elle parle de football, sa passion : « Les compétitions internationales révèlent des réalités sociales et politiques comme le racisme, l’homophobie », dit-elle De colonisation aussi : « L’histoire coloniale permet de comprendre les sociétés actuelles. » Enfin de féminisme. Elle regrette que le rire soit encore un apanage masculin, surtout dans les relations amoureuses « Être drôle n’est pas un atout féminin. Beaucoup d’hommes veulent que l’on rie à leurs blagues, mais n’acceptent pas qu’une femme ait de l’humour » Sarah Lélé a le stand-up en elle depuis toujours En classe, au collège, ses professeurs apprécient peu son sens de la repartie, sa tchatche, sa volubilité, et l’incitent plutôt à monter sur scène pour un one-woman-show en fin d’année. À l’adolescence, elle parcourt les scènes ouvertes des comedy clubs. Ses parents ne s’y opposent pas, à condition qu’elle poursuive ses études en droit et en science politique après le bac, et qu’elle vise l’excellence. Aujourd’hui adoubée par Gad Elmaleh, elle s’inspire beaucoup de lui. « Modèle pour les autres générations, il représente le haut niveau C’est mon but. Je veux serv ir l’art du stand-up, m’inscrire dans l’histoire de cette discipline, contribuer à ce cercle vertueux Être une star ne m’intéresse pas. » Moment unique de partage, de connexion, le show est aussi un précieux temps d’écoute. « À travers les rires, j’entends quelles répliques touchent le public, le font réfléchir, lesquelles prennent du temps à être encaissées. » Elle compose son spectacle à l’oral, teste et développe ses idées sur scène, face aux réactions directes du public ; ses vannes émergent spontanément dans l’échange. « Je n’ai pas l’esprit mathématique de la blague. Mon spectacle est un prolongement de moi-même. » ■
La Mauva is e Éd ucati on, le s mardi s à 21 h, au Th éâ tre Le Contresc ar pe Pa ri s Ve
«En perpétuel débat, mes deux cultures me permettent de questionner, d’évoluer, d’être tolérante.»
L’ in te llig en ce ar ti fi ci ell e et ses pr o me sses ré vo lu ti on nair es po ur le mon de, et su rtou t po ur l’Af ri qu e, s’ invitent par to ut Au So mm et po ur l’ac tion su r l’IA , en fé vri er de rni e r à Pa ri s, à un e ta bl e ro nd e dé di ée à l’Af riqu e à l’Un es co et au fo rum Af rica AI V il la ge dan s le mê me te mp s… Ou en core en ce to ut dé bu t avri l à Ki ga li , au Rw and a, au So mm et mond ia l s ur l’ inte lli ge nc e ar ti fici ell e, av ec po ur thè me « L’IA et le di vi de nd e dé mograp hi qu e de l’Af riqu e ».
Dan s la fo ulé e do it se lanc er le Co nse il af ricain de l’IA , ann onc é pa r
Sm ar t Af rica , un e all ia nc e d’un e qu aranta in e d’États qui s’at te ll e à promo u vo ir l’uti lis at ion de s no uv el le s te ch no logi es su r le con ti ne nt Le bu t : fo urni r un e plate- fo rm e pe rm et ta nt au x nat ion s de tirer pa rt i du no uv el ou til po ur t ra ns fo rm er le urs éc on omi es , le urs indu stri es et le urs so ci étés
Ca r il es t bie n là , l’en je u de de main . L’ IA po urrait bie n sû r pall ie r bo n no mbre de caren ce s en ma ti ère de sa nté, d’ éd ucat ion , d’agr ic ultu re, de ge stion , etc. El le es t d’ores et dé jà con si dé ré e comm e un e so urce d e prog rè s ve rt ig in eu x.
Bi en sûr, le co n ti ne nt n’es t pa s en co re as se z « fo rma té » po ur la dé ve lopp er et l’ut ilise r. La fa ib le dispo nib il ité d’Inte rn et, so n co ût qu i de me ur e él evé et le s mau va is es co nn ex ion s so nt un ré el ob stac le. Ai ns i qu e la pé nu ri e de da ta ce nt er s né ce ss ai re s au trai te me nt de s mass es de don né es qu i ap prov isi on ne nt le s ap pl ic ati on s ba sé es su r l’IA .
Se me tt re à la pag e ent ra în er ai t, au -d el à d’un e vo lon té fo rt e, de gr os fi na nc em en ts . Po ur aut an t, sa ns ima gin er dè s de mai n un e IA mad e in Afric a, on pe ut es pé re r qu e de s te chn olo gi es pe rformante s, créée s ai ll eurs , pu iss ent êt re im p or té es su r le contin ent af in q u’ il en profi te En at te nd ant qu e le se cteur privé, au -d el à de s so uti en s de s États , s’emp ar e du suj et et inve st iss e.
Po ur qu oi pa s ? L’Af riqu e re go rg e de jeun es , ca pa bl es de se fo rm er ra pide me nt au x se rv ic es nu mé ri qu es no uvea ux et ro dé s au déve lopp em ent d’app lis ad ap té es au x be so in s du q uoti di en af ricai n. Le s in cu ba te urs et pé pi ni èr es de star t- up se dé ve lopp en t, su rtou t en Af riqu e angloph on e. Le vivi er de ta le nt s et l’ap pé te nc e so nt là Et il es t fo rt prob ab le qu e, con trair em en t au x stat is ti qu es ch agri ne s qui pr éd is en t dé jà qu e le co nt in en t se ra de rni er de la cla sse en ma ti ère d’IA , l’Af riqu e su rprenn e le mond e… ■
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