Beautiful Ados

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JR, 18 ans, San Francisco, Californie, en 2007.

Une jeunesse américaine

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Michael Sharkey : « Comme beaucoup de ses pairs lesbiennes, JR vit sa vie quelque part au milieu de notre système binaire de genres et de rôles attribués. » JR : « Qui sait que je suis homosexuelle ? Mes amis et ma maman. Ils ont vu une photo de ma copine dans mon portefeuille. »

La série Queer Kids in America de Michael Sharkey est un hymne à l’adolescence homosexuelle. Si ses mises en scène rappellent la photo de mode, Sharkey s’inscrit plutôt dans la photographie sociale avec cette série porteuse d’un message. Le propos ? Grandir gay aux États-Unis reste compliqué. Texte Iris Derœux Photo Michael Sharkey

>>> Têtu novembre 2011

Têtu novembre 2011

L

e photographe américain Michael Sharkey entreprend son travail sur les Queer Kids in America en 2006, deux ans après le début de sa carrière comme portraitiste. Il veut alors développer un projet plus personnel et constate un certain silence des médias sur l’homosexualité des adolescents. « J’ai voulu enquêter, puis rendre les choses extrêmement belles pour que les gens s’y intéressent », résume l’artiste new-yorkais. Sharkey trouve ces jeunes, âgés de 13 à 20 ans, en passant par des associations LGBT à travers le pays. Après un premier contact, il demande à photographier « toute la bande de copains ». En cinq ans, son travail a tant circulé sur les blogs gays américains que les ados viennent maintenant frapper à sa porte. « J’en ai photographié entre 70 et 80 », note Michael, qui poursuit la série. Son procédé est rodé : shooting dans un décor longuement étudié, puis réalisation d’une vidéo des ados, dans laquelle chacun témoigne. « Il ne s’agit pas d’en faire un groupe glamour, mais de montrer la force et la volonté de ces jeunes qui endurent pourtant pas mal de souffrances », raconte le photographe. Le message fait écho à son enfance dans la banlieue de Denver, dans le Colorado, au début des années 1980. Il grandit homosexuel dans une communauté largement homophobe, « une expérience solitaire et terrifiante ». « Lorsque j’écoute les jeunes, il est évident que les choses ont changé, qu’il existe par exemple des figures médiatiques gays, des dispositifs pour combattre les agressions et un réseau associatif étudiant LGBT. Mais à la maison, rien n’a bougé… Il y a tant de parents homophobes. Ces parents haïssent leurs enfants », constate-t-il tristement. « J’ai envie de les secouer, de leur dire de se réveiller », insiste Sharkey, qui reçoit des centaines d’e-mails d’adolescents américains qui témoignent de leur solitude, qui racontent avoir été mis dehors par leurs parents. Ce dialogue entamé avec les ados lui donne envie d’en faire plus. Que ces jeunes deviennent un groupe de soutien, que leurs histoires inspirent d’autres ados, ailleurs qu’aux ÉtatsUnis… Michael Sharkey poursuit donc son travail, sans donner trop d’importance à la critique. L’avalanche de commentaires homophobes déclenchée par la publication de ses images sur le site web du magazine Time, par exemple. « Quelle que soit l’avancée des idées conservatrices, le changement social est en cours et on ne reviendra pas en arrière », conclut-il, passionné, confiant.


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