LM magazine 163 - octobre 2020

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N°163 / OCTOBRE 2020 / GRATUIT

ART & CULTURE

Hauts-de-France / Belgique



SOMMAIRE – MAGAZINE LM magazine 163 - octobre 2020

NEWS – 8 PORTFOLIO – 12 Louise Mertens Surfaces sensibles

RENCONTRE © Rébecca Dautremer / Tishina

Rébecca Dautremer - 58 Dessine-moi un classique David Dufresne - 68 Objectif lutte Benjamin Tranié - 120 Le Rade se rebiffe

LE MOT DE LA FIN - 130 Brandalism

Colorama - Yinka Ilori © Julien Pitinome Collectif Œil

Le STAB © Aubin Lipke

STYLE Colorama - 20 Les Feux de la rampe

Vélodrome André-Pétrieux - 32 En Nord massif

Stab Vélodrome - 28 Jeux de piste

Vélo dans le Limbourg - 36 Eaux et fôrets


SOMMAIRE LM magazine 163 - octobre 2020

– SÉLECTION MUSIQUE – 40 Pomme, Aloïse Sauvage, Nicolas Godin, Alain Chamfort, Tourcoing Jazz Festival, Louis Chedid, Vincent Delerm, Miossec, Maxime Le Forestier, Mons Street festival, ciné-concerts ONL, Little Dragon, Agenda…

CHRONIQUES Disques – 56 Astaffort Mods, Catastrophe, The Flaming Lips, Or Not Thibault Pomme © Emma Cortijo

Livres – 58 Rébecca Dautremer, Antonio Scurati, Matt Kindt, Kate Elizabeth Russell, Emmanuel Carrère, Fabrice Tarrin et Fred Neidhardt

ÉCRANS – 68

En Quête © Carl de Keyzer

Un Pays qui se tient sage, Adieu les cons, City Hall, Calamity - Une enfance de Martha Jane Cannary, A Dark Dark Man

EXPOSITION - 78 En Quête, La Colère de Ludd, Panorama, La Maison POC "Prendre Soin", Great Black Music, Vu.e de dos, Biennale de l’image possible, Agenda…

THÉÂTRE & DANSE – 104

Cabaret Madame Arthur © Bruno Gasperini

Une Épopée, Les Hauts-de-Bain, Croquis de voyage, Parlures 3, Si je te mens, tu m’aimes ?, Le Cabaret de Madame Arthur, Science-fictions, Mailles, Le Dernier relais, Agenda...



MAGAZINE LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 LA MADELEINE - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09

www.lm-magazine.com

Direction de la publication Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com

Couverture Cyborg Louise Mertens louisemertens.com behance.net/louisemertens

Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard (Labège) Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Madeleine Bourgois, Marine Durand, Grégory Marouzé, Louise Mertens, Raphaël Nieuwjaer, Françoise Objois, Pauline Thurier et plus si affinités. LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours

L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM magazine est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

PAPIER ISSU DE FORÊTS GÉRÉES DURABLEMENT



© Ronit Barang

NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS

CAUCHEMAR EN CUISINE

All Things Sweet and Painful

ALLEZ LES VERS !

© Design Shigeru Ban / photo Satoshi Nagare © The Nippon Foundation

Design Bob Hendrikx © Loop Biotech

Comment ça ? Vous n’avez pas préparé Halloween ? Heureusement, on vous a dégoté un service à thé au poil. Œuvres de l’Israélienne Ronit Baranga, ces tasses en céramique révèlent des bouches affamées plus vraies que nature, tandis que les soucoupes et théières agrippent vos convives avec leurs doigts charnus... Une gamme de produits recommandée par la famille Addams. WWW.RONITBARANGA.COM

Living Cocoon

TOILETTES TRÈS PUBLIQUES

Recycler, c’est bien, mais êtes-vous prêts à finir en compost ? Conçu à partir de mycélium par le Néerlandais Bob Hendrikx, ce cercueil accélère le processus de décomposition de votre pauvre dépouille – absorbée en un petit mois par le sol. Mouais... Sinon, il y a aussi l’urne en glace du Québécois Alfred Dallaire, histoire de disperser vos cendres sur l’eau - c’est plus frais. LOOP-OF-LIFE.COM

La transparence, ce mal du siècle, a fait de nouvelles victimes au Japon. Un parc tokyoïte a vu pousser des toilettes publiques aux parois translucides. Mais pourquoi ? Il s’agirait de rassurer les usagers sur leur état de propreté et d’empêcher quiconque de s’y cacher. Heureusement, une fois occupés, ces cabinets retrouvent leur opacité. Vivons heureux... SHIGERUBANARCHITECTS.COM



© Frédéric Iovino - Louvre-Lens

BANQUET DANS LE NOIR Le dîner aux chandelles ? C’est surfait. Privilégiez le repas plongé dans la plus totale obscurité. En marge de l’exposition Soleils noirs, le Louvre-Lens organise un banquet dans le noir, histoire d’exacerber les sensations gustatives. Ces ténébreuses agapes sont assurées par le pâtissier-traiteur lensois Jean-Claude Jeanson, accompagnées par des textes et musiques (bien) choisis par la comédienne Lucie Boissonneau. Allez-y les yeux fermés !

Douce France © Jour2fete

Teatro Gonlondrino © CCroes

Lens, 02.11, Scène du Louvre-Lens, 18 h 15 > 20 h 30, 10 / 5 €, www.louvrelens.fr

M FESTIVAL

LE MOIS DU DOC

Non, ceci n’est pas un festival à la gloire de Matthieu Chedid. Ici, il est plutôt question de marionnettes, et de formes aussi variées que les sujets. Dans les Empreintes de Jeanne, la compagnie de l’Interlock inaugure par exemple un poétique théâtre de papier, où une vieille dame part à l’aventure, main dans la main avec son enfance... On dit "aime".

Quand les écrans rendent plus intelligent. Cette manifestation rassemble 143 documentaires et convie 44 cinéastes dans les Hauts-de-France pour débattre et regarder le monde tel qu’il est. À Amiens, Geoffrey Couanon présente Douce France, une enquête sur le projet Europacity, voué à bétonner l’une des dernières terres agricoles parisiennes...

Lille, 15 > 25.10, maison Folie Moulins 5 € > gratuit, maisonsfolie.lille.fr

Hauts-de-France, 01 > 30.11, divers lieux, moisdudoc.com, www.exquise.org




LOUISE MERTENS Empreintes digitales 6 Née à Anvers, passée par la prestigieuse école Sint Lucas, Louise Mertens n’a jamais quitté sa cité natale (« une ville belle et cool ») où elle dirige désormais son studio artistique. Ses créations, elles, ont parcouru le monde. Cette plasticienne a notamment signé en 2016 la couverture du livre des sœurs Jenner, séduites par le futurisme glamour de ses collages réalisés pour Levi’s ou Dolce & Gabbana. Minimalistes, abstraites, ses images mêlent analogique et numérique, art et mode, et brouillent la frontière ténue entre réalité et digital. Dédoublés, recouverts de traces de peinture ou de figures géométriques, ses portraits évoquent des palimpsestes oniriques. Passionnée de culture japonaise, cette "digital native" travaille d’abord des « J’ESSAIE DE RÉVÉLER textures avant de les fusionner numériqueL’INVISIBLE. » ment avec ses photographies. « Je démarre avec une forme de chaos, dit-elle. Ensuite, j’épure progressivement pour retrouver l’harmonie ». S’agit-il de relever les traits de ses modèles ? Une humeur ? L’Anversoise cultive le mystère, et s’est fixée le cosmos pour horizon. « Mes œuvres renvoient à l’inconnu. J’essaie de révéler l’invisible, ce qui nous échappe dans le monde physique, confie-t-elle. Je donne également vie à des créatures ressemblant à des humains, mais avec des attributs propres aux robots ». À l’opposé des machines, Louise fonctionne toutefois sans programme préalable, se laissant guider par le hasard et les accidents – souvent heureux. « Mes formes ou combinaisons de couleurs les plus abouties sont nées de longues recherches. J’aime la beauté de l’échec ». Et ça lui réussit plutôt bien. Julien Damien À VISITER – À LIRE –

louisemertens.com

L’interview de Louise Mertens sur lm-magazine.com

portfolio – 13








COLORAMA

Les Feux de la rampe

Rider sur une œuvre d’art ? Oui, c’est possible. La Condition Publique, à Roubaix, inaugure un skatepark indoor conçu par le créateur anglo-nigérian Yinka Ilori. Baptisée Colorama, cette pièce atypique mêle design et sport dans un style pop et coloré. Ouvert aux fans de glisse (skate, rollers ou trottinette) comme aux néophytes, testé et approuvé par le champion d’Europe Vincent Milou, ce spot unique en son genre promet des tricks inédits.

© Julien Pitinome Collectif Œil

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© Adrien Battez

Colorama - Yinka Ilori X Vincent Milou © Nicolas Lee

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6 Jadis fleuron de l’industrie textile (on conditionnait ici la laine issue du monde entier), la Condition Publique affirme désormais son statut de laboratoire créatif. Réhabilité au début des années 2000 par l’architecte Patrick Bouchain, ce bâtiment en briques rouges, classé "Monument historique", est devenu un bouillon de culture, entre lieu d’innovation, de vie, d’exposition et maintenant… de sport ! « PLACE À LA CULTURE DU SKATE ! » L’idée d’un skatepark est née il y a trois ans. « Le but est d’ouvrir nos portes à tous. De rassembler le public autour de différentes pratiques, explique Jean-Christophe Levassor, le directeur de la Condition Publique. Nous avons ouvert des ateliers de street-art, médias, un fablab… place à la culture du skate ! ». Très bien, mais qui pour concevoir le projet ? Yinka Ilori s’est imposé comme une évidence…

Racines – Installé à Londres, ce designer s’est révélé il y a dix ans avec un mobilier vintage "up-cycling". « J’ai commencé à concevoir des chaises, se souvient-il. J’écumais les rues à la recherche

Yinka Ilori © Julien Pitinome Collectif Œil

de vieux meubles, avant de les transformer en œuvres d’art à part entière ». Son style est reconnaissable entre tous : pop, ludique et surtout « colorful ! Je fusionne les héritages nigérians et anglais. J’entretiens une conversation entre les tissus ouest-africains, les histoires typiques de mon enfance et le design contemporain ». Éclectique, ouvert sur le monde, c’est pourtant la première fois qu’il conçoit un skatepark. La proposition roubaisienne l’a séduit d’emblée. « Le skate est une forme d’art unique, une sorte de ballet », insiste le designer, qui ne se risquerait toutefois pas sur une planche à roulettes. « J’ai trop peur ! À 33 ans, je risquerais de me casser une cheville. Mais promis, un jour j’essaierai ».

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© Julien Pitinome Collectif Œil

Pour l’heure, laissons les acrobaties au champion Vincent Milou (voir ci-contre) et à Yinka la maîtrise d’ouvrage.

Effet miroir – Elevé au sein des 1 500 m2 de la Halle B de la Condition Publique (CP), Colorama comprend différents modules en bois : des rampes, cloisons ou obstacles (dont les courbes ont été élaborées avec des pros de la glisse). Immanquables, de grandes colonnes arborent des tonalités tantôt pastel ou vives (vertes, fuchsia, bleues…) avec des touches dorées. Autour, les murs sont recouverts de carreaux rouges, verts et orangés rappelant l’extérieur du bâtiment. « Ce travail sur la brique fut capital. Je tenais à cet effet miroir avec la façade que je trouve magnifique, assure Yinka. C’est un clin d’œil à la mémoire du lieu ».

Confinement oblige, le chantier a été suivi à distance et confié début mai aux constructeurs de la CP. Les élèves du lycée professionnel SaintRémi, à Roubaix, ont aussi mis la main à la pâte.

« UN PROJET QUI MARQUE L’ALLIANCE ENTRE ART, SPORT ET SOCIAL. » « Ce projet marque ainsi l’alliance entre art, sport et social » s’enthousiasme Jean-Christophe Levassor, qui espère susciter des vocations. « Le skatepark est ouvert à tous, quels que soient l’âge ou le niveau. Des animateurs encadrent les écoliers ». Peut-être les champions de demain, ou des designers inspirés… Julien Damien

Roubaix - La Condition Publique mercredi + week-end : 13 h-19 h, gratuit, laconditionpublique.com / L’interview de Yinka Ilori sur lm-magazine.com

À LIRE

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Colorama - Yinka Ilori X Vincent Milou © Adrien Battez

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VINCENT MILOU Sacré champion d’Europe en 2019, en Russie, le Français Vincent Milou figure parmi les meilleurs skateurs du monde. Il a gratifié Colorama de quelques flips dont il a le secret. Impressions ?

Quand as-tu débuté ? Je savais à peine marcher quand je suis monté sur la vieille planche de mon père, planquée dans le garage. Depuis, je n’ai jamais arrêté. À force de réaliser des vidéos dans la rue, j’ai été repéré par des sponsors… Jusqu’à taper dans l’œil de Willy Santos… Oui, c’est une légende du skate, qui lui-même avait été repéré par le grand Tony Hawk. Willy a ensuite créé sa marque de planche et m’a invité à le suivre. Ça m’a offert un pied-à-terre aux États-Unis, la Mecque... Aujourd’hui, je vis la moitié de l’année à Long Beach, dans le comté de Los Angeles, et je parcours le monde.

© Nicolas Lee

Crash-test

Vas-tu participer aux JO de Tokyo ? Seuls les 20 meilleurs mondiaux sont qualifiés. Pour l’instant je suis 12e, j’ai remporté les championnats d’Europe l’an passé. Avec les points engrangés je devrais remonter au sixième rang. C’est donc en bonne voie, mais je serai fixé en mai 2021. Comment trouves-tu Colorama ? C’est vraiment un spot inspirant. Yinka Ilori a placé ses couleurs au bon endroit. Le ratio entre hauteur et inclinaison des modules est aussi bien équilibré, et beaucoup de ces éléments évoquent le mobilier urbain. Le skate est avant tout une question de liberté, et Colorama te donne juste envie de t’exprimer et d’exécuter de belles figures, à la hauteur du lieu. style – 26



© Aubin Lipke

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STAB VÉLODROME

Vitesse supérieure

C’est sûr, le cyclisme sur piste brille moins par ses paysages que le Tour de France, mais demeure bien plus spectaculaire – essayez de vous endormir devant une épreuve de keirin, où les coureurs frôlent les 80 km / h. Particulièrement développée au Japon, mais plus méconnue par chez nous que sa grande sœur sur route, cette discipline est avant tout affaire de sensations. À Roubaix, le Stab Vélodrome nous met le pied à l’étrier.

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6 Jean Stablinski n’aurait sans doute pas renié ce baptême. En offrant son nom à ce Vélodrome couvert, la région Hauts-de-France souhaitait avant tout promouvoir les valeurs locales. « La persévérance, l’excellence, la confiance en soi et la nécessité de se dépasser », énumère Adrien Noppe. Cellesci ne seront sans doute pas de trop pour qui veut s’attaquer à cet anneau de 250 mètres de long, tout en mélèze de Sibérie, et surtout pourvu de redoutables inclinaisons. « IL FAUT ATTEINDRE UNE CERTAINE VITESSE POUR JOUER AVEC LA FORCE CENTRIFUGE. » « Oui, ici les codes sont bouleversés, poursuit le directeur du site. Il n’y a pas de frein, vous ne pouvez pas vous arrêter et restez en position allongée. Il faut de plus atteindre une certaine vitesse pour jouer avec la force centrifuge ». Et ne pas craindre d’affronter un mur de sept mètres (soit la largeur de la piste) incliné à plus de 44 degrés !

Forme olympique – Si le Stab Vélodrome accueille des athlètes de haut niveau (dont « les pépites de demain ») et des équipes internationales (il servira de "base arrière" pour les JO de Paris), il s’ouvre aussi © C. Waeghemacker

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à un plus large public, organisant des baptêmes de piste. Comment s’y essayer ? Il faut simplement mesurer 1 m 35. « Casque, vélo... tout le matériel est fourni », indique le directeur, qui espère bien susciter des vocations dans la région. Les plus timorés pourront toujours privilégier la version statique (et fitness) de la petite reine, disposée dans l’aire centrale...

Le tour du propriétaire L’enceinte du "Stab" s’étend sur près de 11 000 m2, peut recevoir 1 500 spectateurs et demeure unique en son genre au nord de Paris. Inauguré en septembre 2012 au sein du Parc des Sports de Roubaix, il se situe juste à côté du Vélodrome André-Pétrieux, écrin des joutes finales du Paris-Roubaix

(voir page 32). « L’histoire et la modernité se côtoient donc dans un même périmètre », se réjouit Adrien Noppe, qui imagine déjà « un véritable pôle du cyclisme ici,

« L’HISTOIRE ET LA MODERNITÉ SE CÔTOIENT DANS UN MÊME PÉRIMÈTRE.» avec, pourquoi pas, un musée du Paris-Roubaix ? ». Oh, pour l’heure rien d’acté, mais il faut savoir rester à l’affût – comme Jean Stablinski, pas surnommé "le renard" pour rien... Julien Damien Roubaix - 59 Rue Alexander Fleming (Parc des sports), +33 (0)3 20 65 31 60 velodrome-couvert-roubaix.com / mer : 10 h-12 h sam : 14 h-18 h • dim : 12 h-14 h 20 € par personne (30 min)

BAPTÊMES SUR PISTE

© Aubin Lipke

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© Julien Damien

VÉLODROME ANDRÉ-PÉTRIEUX La piste aux étoiles C’est l’un des "cinq monuments" du cyclisme, et l’une des plus redoutables courses au monde. Cette année encore, le Paris-Roubaix s’offrira un final acharné dans le Vélodrome André-Pétrieux, dont il est un peu la cerise sur le gâteau - de boue. Ce 25 octobre, après 259 kilomètres (dont 55 pavés !), les coureurs boucleront l’Enfer du Nord par une ovation au cœur ce site désormais mythique. Petite reconnaissance de la piste.


6 Roubaix et la petite reine, c’est une grande histoire. Son premier vélodrome a été édifié en 1895 face au Parc Barbieux, à l’initiative de filateurs, Théodore Vienne et Maurice Pérez. C’est le début de la bicyclette à deux roues égales, et les courses ont le vent en poupe. Pour promouvoir leur bébé, nos industriels décident de créer un événement : le Paris-Roubaix. Sa particularité ? Un long passage pavé. Autant dire que le vainqueur gagne son passeport pour la postérité. Durant la Première guerre mondiale, face à la pénurie de bois, le vélodrome du Parc Barbieux est démonté... Un autre édifice voit le jour dans le Parc des Sports en 1936, qui accueille sa première arrivée du Paris-Roubaix en 1943, jusqu’à aujourd’hui. Pèlerinage – Au premier abord, le site ne paie pas de mine. Et pourtant, « c’est un lieu mythique, et même de pèlerinage, assure

Le pavé, emblème de la course Paris-Roubaix © Julien Damien

Laurent Stragier, guide-conférencier pour l’office du tourisme local. On vient du monde entier pour le visiter ». Il faut dire, l’endroit a vu passer sont lot de légendes : Eddy Merckx (trois victoires), Bernard Hinault, vainqueur pour son unique

« ON VIENT DU MONDE ENTIER POUR LE VISITER.» participation (1981), Tom Boonen évidemment, recordman avec Roger De Vlaeminck (quatre trophées chacun). Leurs noms sont gravés sur des plaques dorées dans les douches de l’école attenante, où les coureurs se débarbouillent une fois l’effort achevé.

Final d’enfer – Longue de 500 mètres, cette piste affiche deux virages inclinés à 28 degrés, obligeant une dernière accélération... « Les cyclistes doivent alors parcourir un tour et demi dans le sens inverse des aiguilles d’une montre », explique Laurent Stragier, présent

Douches de champions © Julien Damien

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Paris-Roubaix 2019 © Sébastien Candelier, Ville de Roubaix

dans les gradins « tous les ans ». Car le vélodrome, c’est "the place to be". Voire « l’instant suprême de la course. Vous voyez surgir l’hélico, les motards de la police, le speaker chauffe le public et, soudain, les coureurs entrent... Là, tout le monde se lève ! Rien que d’en parler, ça me redresse les cheveux, s’exclame-t-il. Lorsqu’un cycliste arrive seul, c’est l’ovation, mais quand ils sont plusieurs, alors là c’est fantastique ! ». L’explication finale peut avoir lieu. À ce moment-là, l’Enfer du Nord prend des allures de paradis. Julien Damien Vélodrome André-Pétrieux Roubaix - 39, rue Alexander Fleming (Parc des sports), www.roubaixtourisme.com PARIS-ROUBAIX : À LIRE /

25.10

La version longue de cet article sur lm-magazine.com



LE LIMBOURG À VÉLO En roue libre Pédaler au milieu d’un lac ? Entre les cimes des arbres ? C’est possible. Au nord-est de la Belgique, dans la province du Limbourg, la petite reine est plus qu’un moyen de transport écologique. Elle s’apparente à une expérience « quasi-divine », pour citer le Time Magazine. En 2018, l’hebdomadaire américain classait la piste cyclable de Bokrijk, à Genk, parmi les « cent destinations remarquables et innovantes dans le monde ». Alors, prêts à tutoyer la canopée ? Pédaler au cœur de l’eau ?

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© Toerisme Limburg

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© Toerisme Limburg

6 Longtemps, le Limbourg fut célèbre pour son industrie houillère. Après la Deuxième Guerre mondiale, ses sept mines assurèrent la prospérité de la Belgique. Après leur fermeture au début des années 1990, « le cyclotourisme devint l’une des solutions pour remettre l’économie de la province sur les rails », indique Igor Philtjens, le président de Visit Limburg, l’organisation soutenant le tourisme. Avec plus de 2 000 km d’itinéraires balisés et des terrils végétalisés, cette région frontalière des Pays-Bas s’est

imposée comme une pionnière dans le domaine. Et elle n’est pas près de céder son maillot jaune. Car depuis, on enchaîne ici les projets extravagants, à commencer par la piste cyclable de Bokrijk.

« LE CYCLOTOURISME REMIT L’ÉCONOMIE DE LA PROVINCE SUR LES RAILS.» Conçue en 2016 au cœur de la réserve naturelle de De Wijers ("le pays aux 1 001 étangs"), cette voie longue de 212 mètres traverse un... lac. Plus fort : sa surface se situe


© Toerisme Limburg

à hauteur des yeux des cyclistes, « afin de donner l’illusion de pédaler dans l’eau "pour de vrai" ».

Bien perchés – Histoire de prendre de la hauteur, vous pouvez aussi frôler les cimes. En l’occurrence celles des conifères de Bosland, le plus grand domaine boisé de Flandre – plus de 5 000 hectares. Cette piste a vu le jour en 2019 dans la commune de Hechtel-Eksel, toujours dans le Limbourg. Le circuit de 700 mètres prend cette fois la forme d’un double anneau observant une

pente de 4 %, emmenant les rouleurs jusqu’à dix mètres d’altitude, pour une petite promenade entre les branches. « C’est un peu comme si vous vous éleviez avec les arbres. Vous voyez, sentez et ressentez la forêt ! », s’enthousiasme Igor, jamais à court d’idées. D’ici l’automne, on pourra aussi traverser le Parc national des Hoge Kempen, soit 5  700 hectares de bois et de landes. De quoi ajouter un peu plus de selle à ses balades. Julien Damien À VISITER

/ www.visitlimburg.be style – 39


POMME 6 « Je suis celle qu’on ne voit pas / Je suis celle qu’on n’entend pas », murmure Pomme en ouverture de son deuxième album, Les Failles (2019). Bon, ce n’est plus exactement le cas. Pour preuve les babioles (Victoire de la Musique, ce genre) qu’a reçues ce disque, joliment produit par Albin de la Simone. N’empêche. On imagine mal Claire Pommet sur une scène gigantesque – peutêtre aurait-elle pu s’y essayer cet été, mais la crise en a décidé autrement. Et si c’était tant mieux ? Car on ne se voit pas la partager avec une foule gigantesque. Attention ! On n’est pas en train d’évoquer une petite chose fragile : sous ses airs d’éternelle adolescente, cette Lyonnaise de 24 ans en impose, n’a pas la langue dans sa poche et, sur scène, fait preuve d’un charisme étonnant. Celui d’une grande timide qui prend sur elle. Derrière cette façade, elle peut dérouler ses chansons faussement douces, qui témoignent de mille et une failles, entonnées d’une voix chaude et écorchée. L’instrumentation (guitare, clavier, autoharpe) confère à l’ensemble un cachet antique et moderne. Intemporel. Thibaut Allemand

Mons, 23.10 (reporté au 04.05.2021), Théâtre royal, 20 h, 30 > 10 €, www.theatreroyalmons.be

* sous réserve des conditions sanitaires

© Emma Cortijo

Bruxelles, 22.10, Cirque Royal, 20 h, 31 € www.cirque-royal-bruxelles.be Bruxelles, 24.10, Botanique, 19 h, complet ! Lille, 25.11, L’Aéronef, 20 h, 28 > 20 €, www.aeronef.fr

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© Julot Bandit

Aloïse Sauvage

L’indomptable

Ni une actrice qui chante ni une rappeuse au cinéma. Aloïse Sauvage joue sur tous les tableaux, mais ne s’enferme dans aucun. Cette ancienne circassienne mêle avec génie hip-hop et poésie, danse et acrobatie. Elle nous en met plein la vue et les oreilles avec son premier album, Dévorantes. Noyée dans un sweat trop grand pour elle, équipée de son cycliste et ses chaussures de rando, Aloïse Sauvage est parée pour se hisser au sommet. L’artiste originaire de Seine-et-Marne révèle maints talents depuis son plus jeune âge. De l’apprentissage de la flûte traversière au conservatoire, en passant par les arts du cirque à l’académie Fratellini, jusqu’aux apparitions au cinéma. En 2017, elle se fait remarquer dans 120 Battements par minute de Robin Campillo, avant de revenir récemment devant la caméra de Nakache et Toledano (Hors Normes). On se souvient d’ailleurs de sa montée des marches au Festival de Cannes, préférant un costume bleu électrique à la traditionnelle robe de soirée. Non, Aloïse Sauvage n’est pas du genre à passer inaperçue. Depuis 2018, c’est la musique qui l’occupe, pour notre plus grand bonheur. La voix est douce et le verbe tranchant. Homophobie, dépression, cancer… aucun sujet ne l’intimide. Elle manie la langue de Molière aussi bien qu’elle se projette dans les airs en concert. Aloïse Sauvage surprend à chacune de ses performances ! Indomptable, elle sait apprivoiser son monde. Pauline Thurier T ourcoing, 09.10, Le Grand Mix (annulé) Bruxelles, 08.10 (reporté au 06.05.2021), Botanique À ÉCOUTER

/ Dévorantes (Initial Artist Services)

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© Camille Vivier

NICOLAS GODIN Cinq ans après Contrepoint, présenté comme un hommage à Bach, Nicolas Godin, moitié de Air, signe un deuxième album à la construction remarquable. Cet architecte de formation l’avait initialement élaboré pour accompagner une exposition de grandes constructions signées Le Corbusier, John Lautner… Belle idée, mais sur scène ? Eh bien, ces bâtisses prennent des allures de mobil-home et passent le test des planches avec brio. Il n’est pas dit qu’Alexis Taylor (Hot Chip) ou Kadhja Bonet poursuivent l’expérience du disque en concert, mais les compositions, spacieuses et lumineuses, se suffisent à elles-mêmes. T.A. Bruxelles, 05.10 (concert reporté en 2021), Botanique, 19 h 30, 24,50 > 17,50 €, botanique.be

Alain Chamfort © Julien Mignot

ALAIN CHAMFORT X JACQUES DUVALL Paris, début des années 1980 : planté par Gainsbourg en rase campagne, Alain Chamfort se retrouve démuni. Il fait alors appel au Belge Jacques Duvall, présenté par Lio. Début d’une amitié marquée par de nombreuses collaborations. Pour cette tournée pas comme les autres, les deux complices content quelques anecdotes et revisitent des raretés et tubes réarrangés par Boris Gronemberger. Le genre de soirée intimiste qu’on regretterait de manquer… T.A. ruxelles, 07.10, Atelier 210, 19 h 30, 21 / 18 € B La Louvière, 08.10, Le Théâtre, 20 h, 20 / 15 € (Alain Chamfort – concert solo) Mons, 24.01.2021 Théâtre Royal, 20 h, 39 > 29 €, surmars.be



TOURCOING JAZZ FESTIVAL

Du souffle !

Qui dit jazz, dit souvent improvisation. Nul doute que 2020 n’en a pas manqué, du côté du Tourcoing Jazz Festival. La crise sanitaire a laissé les organisateurs dans le flou mais, à l’heure où l’on rédige ces lignes, tout semble bien parti pour cette 34e édition. Oui, ça va encore jazzer.

Laura Perrudin © Jean-Baptiste Millot

Au rayon des regrets, on peut évidemment citer l’absence du légendaire Magic Mirrors et les annulations de Gilberto Gil, Avishai Cohen ou GoGo Penguin. Ceci posé, l’affiche de cette année donne encore de quoi se réjouir. Des grands noms en pagaille ? C’est vrai. Mais cela ne suffit pas à construire un bon festival. Le supplément d’âme se situe ailleurs : pas mal de ces artistes sont déjà passés à Tourcoing – Laurent de Wilde, Richard Galliano, Piers Faccini, Roberto Fonseca, Thomas Enhco... Et plus d’une fois, pour certains. Leur visite régulière confère un côté familial et intime à l’événement. Comme un rendezvous annuel que l’on ne manquerait surtout pas, malgré les masques, gestes barrière et autres protocoles. Du côté des surprises, citons les Danois Bremer / McCoy qui poussent jazz ET dub dans leurs retranchements. Ou encore la Rennaise Laura Perrudin, harpiste et laborantine mêlant note bleue, electro, hip-hop, soul et pop, dans un creuset absolument fascinant. Enfin, si l’on a toujours apprécié le saxophoniste Stefano Di Battista, on l’admire d’autant plus de se frotter au répertoire de son compatriote, il maestro Morricone. Thibaut Allemand Tourcoing, 10 > 17.10, divers lieux, 32 € > gratuit, www.tourcoing-jazz-festival.com / 10.10 : Stefano Di Battista – More Morricone // 11.10 : Yakir Arbib, Laurent De Wilde & Ray Lema, Bremer / McCoy // 12.10 : Richard Galliano, Piers Faccini // 13.10 : Sarah Lenka, Ayo // 14.10 : Kiss & Bye Trio, Laura Perrudin, Roberto Fonseca, Juan Carmona Quartet... 15.10 : The Unchained Quartet, Thomas Enhco & Stéphane Kerecki, Brad Mehldau 16.10 : Saxtoy, Franck Tortiller & Misja Fitzgerald-Michel, Vincent Peirani & Emile Parisien, Les Amazones d’Afrique // 17.10 : No Sax No Clar, Chamberlain, Thomas Dutronc…

PROGRAMME

musique – 46



Quoi de neuf ???

© DR

Ils sont dans le paysage francophone depuis une trentaine d’années, parfois beaucoup plus, parfois un peu moins. Ils ne s’apprécient pas tous, loin de là. Mais ils forment quatre des multiples facettes de la pop francophone – on dit pop au sens large, puisque se croisent ici chanson française, rock, folk… Thibaut Allemand

LOUIS CHEDID Les Chedid, quelle famille ! On a aimé Andrée. On adore Louis, un peu moins les autres... Soit. Depuis les joliment nommés Balbutiements, en 1973, le moustachu rieur fait sonner la pop française. Autant marquées par la poésie de Brassens que par la légèreté mélancolique d’Anne Sylvestre, ses chansons séduisent sans en faire trop... Il n’a pas encore été remixé car ses morceaux ont rarement été des tubes massifs. N’empêche, aussi discret soit-il, le septuagénaire fait désormais partie du patrimoine : une école publique porte son nom, c’est un signe… T.A. L ens, 14.10, Le Colisée, 20 h, 35 > 17,50 € // Roubaix, 16.10, Le Colisée, 20 h 30, 46 > 15 € Bruxelles, 28.11, W:Hall, 20 h 30, 40 € // La Louvière, 26.01.2021, Le Théâtre, 20 h, 25 > 8 €


© Richard Dumas

© Julien Bourgeois

VINCENT DELERM

MIOSSEC

« Je ne sais pas si c’est tout le monde », se demandait Vincent Delerm dans son excellent premier film, concentré d’élégie souriante sur les choses de la vie. Eh bien oui, Vincent, ce fut tout le monde qui resta coincé durant deux mois, ou presque. Et c’est pour cela que ces concerts, jadis printaniers, deviennent automnaux – la saison idéale pour se replonger dans Panorama, réussite absolue et somme de mélodies trempées dans un spleen libérateur. Reste désormais à savoir quelle mise en scène nous attend…

Le Brestois aura 56 ans à Noël. Serait-ce l’horloge qui provoque chez lui ce rythme stakhanoviste ? Ces derniers mois, Miossec fait feu de tout bois. Après une tournée électrique au début de l’année, il célèbre désormais les 25 ans de Boire (déjà ?) et entonne avec sa compagne, Mirabelle Gilis, des chansons composées durant le confinement (réunies sur Falaises). Le temps de rédiger ces quelques lignes, combien de projets auront jailli de ce tendre granit, comme le surnommait Bashung ?

Bruxelles, 14.10, Cirque royal, 20 h, 38,15 € Lille, 15.10, Théâtre Sébastopol, 20 h 38,80 / 35,80 €

Mons, 23.10, Théâtre Le Manège, 20 h  25 > 18 € // Dunkerque, 13.11, Le BateauFeu, 20 h, 9 € // Oignies, 29.01.2021 Le Métaphone, 20 h 30, 21 > 15 €

MAXIME LE FORESTIER Un éternel sourire, un poing levé, l’autre dans la poche. Voilà comment on se représente Maxime Le Forestier. Bientôt 50 ans après le tube San Francisco et la protest song narquoise (Parachutiste, toujours d’actualité), la voix de notre saltimbanque n’a pas pris une ride et ses engagements n’ont pas dévié d’un iota. Cet héritier de Brassens, dont il a exploré et défendu le catalogue à plusieurs reprises, poursuit son petit bonhomme de chemin. Paraître ou ne pas être (2019), son dernier LP, en est la plus belle preuve. Bruxelles, 23.10, Cirque Royal, 20 h, 49 > 39 € Mons, 24.10, Théâtre Royal, 20 h, 45 > 39,50 € musique – 49


Turfu © DR

MONS STREET FESTIVAL

6 Ce festival célèbre les cultures urbaines, sous toutes leurs formes, sans jamais être à la rue. Breakdance, street art, slam... et parfois tout en même temps (ne manquez pas Dimension de Funky Feet). Parmi cette diversité d’approches, on est heureux de découvrir Broken Art de Nicolas Dedecker et Benoît Baudson. Les cinéastes reviennent dans ce film sur un événement qui fit grand bruit. En 2016, le graffeur tournaisien Denis Meyers vidait 1 500 bombes de peinture pour réaliser une fresque gigantesque (Remember Souvenir) au sein de l’ancienne usine Solvay, à Bruxelles. Côté musique, Mons n’est jamais avare de belles surprises. En témoigne Choolers Division, un duo de rappeurs trisomiques. En l’occurrence, Kostia Botkine et Philippe Marien n’ont rien à envier à leurs comparses dits "valides" – et sont même validés depuis 2013. En clôture, Turfu conjugue passé et présent, tradition et modernité, en mariant accordéon, batterie et synthé dans une ode finaude au temps présent. J.D. Mons, 07 > 21.11, maison Folie, Théâtre le Manège, Cinéma Plaza, surmars.be / 09.11 : Projection de Broken Art de Nicolas Dedecker et Benoît Baudson 12.11 : Soirée d’ouverture en slam • Fresque de PRO176 (M.U.R) // 13.11 : Soirée hip-hop combinée humour et énergie // 14.11 : Double Impro // 18.11 : Après-midi street en famille 19.11 : Choolers Division // 20.11 : Cie N’Soleh : Faro-Faro // 21.11 : Turfu

SÉLECTION

musique – 50



Après avoir rendu hommage et donné du corps, du coffre et un supplément d’âme à la saga Star Wars, l’Orchestre national de Lille (et celui de Picardie) se penchent sur le cas de Sir Alfred Hitchcock. Lequel doit beaucoup aux partitions amples et envoûtantes de Bernard Herrmann. Occasion nous est donnée de frissonner à nouveau, sur grand écran. Non, ce ne sont pas exactement des airs à chanter sous la douche. N’empêche, que seraient les films d’Hitchcock sans les partitions mémorables de Bernard Herrmann ? Lorsque ce New-Yorkais rencontre le cinéaste, en 1955, il a déjà de la bouteille. À 44 ans, ce disciple de Wagner et Stravinsky a signé des partitions pour Welles (Citizen Kane, 1941) ou Mankiewicz. Entre 1955 et 1966, il habillera neuf bobines du maître du suspense. Avant la rupture et des travaux pour Truffaut, Scorsese, De Palma… Bref, Herrmann n’est pas exactement un manchot. D’ailleurs, il ne se contente pas de composer une fois le film achevé, mais rejoint la salle de montage et joue avec les ambiances. Tout en silences et dissonances : songez aux arpèges en montagnes russes de Vertigo, traduisant le vertige de James Stewart. Pour Psychose, Herrmann réalise un coup de maître : si Hitchcock l’a d’abord imaginé sans aucune musique, il finit par concéder un budget minuscule à l’Américain. Ce dernier va jouer sur les stridences d’un quatuor à cordes pour traumatiser des générations de spectateurs – dont un certain John Williams, qui s’en souviendra en travaillant sur une comédie familiale avec un requin… Thibaut Allemand Ciné-concert Psychose (par l’Orchestre de Picardie) : Lille, 30.10, Nouveau Siècle, 20 h, 35 > 6 € // Ciné-concert Vertigo (par l’ONL), 31.10, Lille, Nouveau Siècle, 18 h 30, 35 > 6 €, www.onlille.com musique – 52

Vertigo © Paramount pictures

Ciné-concerts Psychose et Vertigo Le grand frisson



LITTLE DRAGON

© DR

Soyons clairs, jusqu’ici on se fichait pas mal de ces Suédois et de leur electropop certifiée lénifiante depuis 1996 (eux disent "downtempo"). Sauf que leur arrivée chez les laborantins de Ninja Tune, il y a deux ans, changea la donne. Cette fructueuse collaboration accoucha en ce funeste mois de mars 2020 de New Me, Same Us. Soit un élégant équilibre entre house (et sa basse très funk) et r’n’b vintage – un virage salutaire que laissait déjà présager leur featuring, en 2016, avec Kaytranada. Comme quoi, mieux vaut tard que jamais. J.D Bruxelles, 21.10, Botanique, complet !

et aussi…* JEU 01.10 NICOLAS MICHAUX + UNDER THE REEFS ORCHESTRA (LES NUITS)

Bruxelles, Botanique, 20h, 20,50>13,50€

VEN 02.10 HERVÉ

Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 18>6€ CINÉMA – KARAOKÉ : GREASE

Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h30, 22€

MAR 06.10 GLAUQUE + SÜEÜR (LES NUITS)

Bruxelles, Botanique, 19h, 20,50>13,50€

MER 07.10 BÄRLIN

Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 5/2€ ONL : MÉTAMORPHOSES

Lille, Nouveau Siècle, 20h, 55>6€

VEN 09.10

VEN 16.10 THE UNREAL STORY OF LOU REED BY FRED NEVCHE & FRENCH 79

Lille, L’Aéronef, 20h, 15>7€

SAM 17.10 BACH, MESSE EN SI (DIR : ALEXIS KOSSENKO)

Marcq-en-Barœul, Église du Sacré Cœur, 20h30, 20>6€

JEU 22.10 PAVANE POUR GEORGE V (DIR. JEAN-CLAUDE CASADESUS)

CLÉA VINCENT

LE RETOUR D’IDOMÉNÉE

Lille, Nouveau siècle, 20h, 55>6€

Lille, Opéra, 18h, 18,50>5€

Amiens, La Lune des Pirates, 20h, 5€

ISHA

LE CORPS DES SONGES - NOSFELL

PANTHA DU PRINCE

NACH

VIKASH 06 : CINÉ-CONCERT SUBSTITUTE

SAM 03.10

Arlon, L'Entrepôt, 20h, 22/20€

DIM 04.10 L'INATTENDU FESTIVAL : CAMPRA - CHARPENTIER

Lille, Opéra, 16h, 10>3€

LUN 05.10 SUZANE + THE PIROUETTES + ALICE ET MOI + SILLY BOY BLUE (LES NUITS)

Valenciennes, Le Phénix, 20h, 24>10€

Hénin-Beaumont, L'Escapade, 20h, 12>6€

SAM 10.10 FRÉDÉRIC FROMET…

Calais, Centre culturel Gérard Philipe, 20h30, 15€

JEU 15.10

JEU 29.10 Bruxelles, Botanique, 19h30, 25,50>19,50€

Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 10/6€

VEN 30.10 TAHITI 80 + BENNI + RÉMY SWASH

Arlon, L'Entrepôt, 20h, Gratuit

SAM 31.10

Bruxelles, Botanique, 19h, 27,50>21,50€

NEMANJA RADULOVIC

NICOLAS MICHAUX

JAWHAR + WATCHOUTFORTHEGIANTS + PHILEMON (LES NUITS)

THOMAS FERSEN

PAUL PERSONNE

Bruxelles, Botanique, 19h30, 20,50>13,50€ * sous réserve des conditions sanitaires

Lille, Nouveau Siècle, 20h, 33/27€ Namur, Théâtre, 20h30, 39,50>21,50€

Bruxelles, Botanique, 19h30, 10€ (Livestream : 2 €) Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h30, 46>37€

musique – 54



Astaffort Mods Ouverture Facile (A Tant Rêver Du Roi) Vous connaissez Sleaford Mods ? Nous aussi. Avouons qu’au onzième LP, ça tourne en rond. Et, reconnaissez-le, vous n’entravez rien aux paroles. Nous non plus. Or, imaginez le même son… avec des textes en français. Tentant, non ? C’est exactement ce que propose Astaffort Mods. À l’origine, sans doute, une blague potache, comme pas mal des projets de ces gonzes venus de l’axe maudit AgenBordeaux. Membre (entre autres) de X-Or (dont la reprise reggae du tube de Jean-Pax Méfret, Diên Biên Phu, vaut le détour), ce trio avait brillamment marqué l’année 2018 avec un premier LP rempli de tubes immortels (Le Shift, Denis, Piqueboufigue…) et réitère l’exploit avec un deuxième essai balayant, en vrac, la vie en open space (L’Odyssée du putain d’espace), une virée foireuse en free-party (Teuf Teuf), une dérive psychanalytique bien étrange (Confidance) ou encore… l’organisation d’un festival (euh… Festival). Tout respire le vécu, la bière et l’animal, les punchlines sont de très haute volée et l’accent du sud-ouest, totalement outré, se transforme en flow parfait. C’est bien simple, ils n’ont pas à rapper, leur seule diction a du rythme. C’est énervé, féroce, drôle. Bref, l’un des albums de l’année. Thibaut Allemand

Catastrophe GONG! (Tricatel) Les Parapluies de Cherbourg se dépliaient au moment de la guerre d’Algérie... Nos temps troublés ne sauraient-ils être mis en musique façon Michel Legrand ? La précieuse bande de Catastrophe relève le gant. Avec son deuxième album, le collectif réenchante le monde comme Jacques Demy tout en gardant notre triste époque en ligne de mire. GONG! est une comédie musicale qui sonne à la fois comme une célébration nietzschéenne du lever du soleil, un réveil doux et brutal, un gospel postSnapchat. Produit par David "Tahiti Boy" Sztanke, ce disque bondit sur les ruines et réfléchit avec le corps. Un pied dans l’époque, l’autre à la marge, c’est le déséquilibre qui fait danser. Hip-hop, music-hall et formes libres s’entrechoquent tel un big bang porteur d’espoir. Merci les amis ! Rémi Boiteux


The Flaming Lips American Head (Bella Union / PIAS) On vous a déjà fait le coup : cette fois, les Flaming Lips renouent avec l’inspiration de The Soft Bulletin et de Yoshimi Battles the Pink Robots, leurs deux coups de maître de fin et de début de millénaire. La suite avait révélé quelques albums intéressants, mais le goût de Wayne Coyne pour les concepts fumeux a régulièrement desservi la musique. En se rabibochant avec le folklore U.S., American Head devrait mettre tout le monde d’accord : les amoureux des diverses périodes du groupe et les inconsolables. Le psychédélisme de la production de Dave Fridmann et le lyrisme naïf de Coyne, maîtrisés comme jamais, livrent ici le meilleur. Comme dans une version apaisée du Soft Bulletin, les Lips plongent dans leurs souvenirs d’enfance, d’adolescence et de défonce. Ils portent un éclairage à la fois mélancolique et acidulé sur les temps qu’ils ont traversés. Pianos, chœurs et guitares pastorales se croisent, conférant à chacun de ces 13 titres une émotion particulière, sans un mouvement de trop. On vous a déjà fait le coup, mais cette fois c’est la bonne : American Head est le plus bel album jamais enregistré par The Flaming Lips. Rémi Boiteux

Thibault Or Not Thibault (Chapter Music) Non contents d’avoir choisi l’un des plus beaux noms de groupe de la Terre, ces Australiens se sont également placés dans les pas des plus grands – soit la voie StereolabBroadcast. Une autoroute où il fait bon rouler, certain que l’on trouvera à peu près tout ce dont le mélomane a besoin : des rythmiques carrées et souvent "motorik", un chant mutin et éthéré, un clavecin embrumé, des mélodies acidulées… Certes, tout ceci a déjà été entendu. Mais pourquoi la nouveauté ou l’inédit devraient-ils primer à tout prix ? Âme de la formation, Nicole Thibault (exMinimum Chips) se fiche de ce genre de considérations et poursuit tranquillement sa quête de la pop song parfaite – elle y parvient plus d’une fois. T. Allemand disques – 57


/ Des Souris et des hommes, de John Steinbeck et Rébecca Dautremer (Tishina), 420 p., 37 €, www.editions-tishina.com - Sortie le 14.10

À LIRE


© Camille Vaugon

RÉBECCA DAUTREMER Dessine-moi un classique interview Propos recueillis par Julien Damien

D’un côté, un géant de la littérature américaine du xxe siècle. De l’autre, une illustratrice mondialement reconnue. Les voici réunis dans un roman graphique qui fera date – on prend les paris. Célèbre pour ses albums "jeune public", Rébecca Dautremer met en images Des Souris et des hommes de John Steinbeck. Paru en 1937, ce roman suit deux ouvriers agricoles, Lennie le simple d’esprit et George le débrouillard, sillonnant une Amérique écrasée par la Grande Dépression. Cette histoire d’amitié, l’une des plus belles et cruelles jamais écrites, trouve un souffle inédit grâce au style foisonnant de l’artiste française. Entretien. littérature – 59


Comment êtes-vous devenue illustratrice ? J’ai étudié à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, et me destinais plutôt au graphisme et à la photographie. Les éditions Gautier-Languereau m’ont alors proposé un premier album tandis que j’étais étudiante. Les choses sont arrivées naturellement, sans que je cherche à intégrer ce milieu… j’ai toujours eu une bonne étoile ! Au bout de quelques années, je me suis consacrée pleinement à l’édition illustrée pour l’enfance. On se souvient par exemple de Princesses… Oui, cet album s’est vendu dans le monde entier. Il m’a ouvert beaucoup de portes. Petit inconvénient :

j’ai été cataloguée comme "dessinatrice de princesses"… Or, j’ai très tôt dépassé ce registre. C’est encore le cas avec Des Souris et des hommes. Comment qualifieriez-vous votre style ? J’ai toujours adoré les images emplies de détails. Depuis toute petite, j’admire les tableaux de la Renaissance, de Brueghel. Bien plus modestement, je cultive ces petites histoires cachées, ces nombreux niveaux de lecture… Au fil du temps, je m’intéresse davantage au rapport texte-image, à la narration. Pourquoi choisir ce roman de Steinbeck ? Nous cherchions un texte relativement court, que l’on pourrait


conserver entièrement. Des Souris et des hommes est alors apparu comme une évidence. C’est une fable mythique. De plus cette époque, la Grande Dépression, me fascine visuellement. Souvenez-vous des photographies de Dorothea Lange.

« J’AI ENVISAGÉ CE LIVRE COMME UN CARNET DE CROQUIS. » Quelle en est votre lecture ? Je trouve le propos captivant : la première puissance mondiale, à un moment de son histoire, a connu la famine à cause d’un système financier absurde. Les Hommes ont vécu dans une extrême misère matérielle et morale. En même temps,

le récit révèle des sentiments forts. Aucun personnage n’est vraiment sympathique, la pauvreté les rend tous teigneux, mais on les aime… Comment avez-vous travaillé ? J’ai varié les codes graphiques. Certaines pages séquencées comme une BD alternent avec de grandes peintures à la gouache. Parfois, je me suis inspirée de l’art brut pour traduire les visions de Lennie. D’autres images restituent la patine et le folklore des illustrations de l’époque. J’ai notamment détourné de fausses affiches de théâtre, de cinéma… Surtout, je me suis interdit toute retouche. Je n’ai jamais effectué de croquis préparatoires, ni changé de papier, prenant le risque d’assumer des



littérature – 63


dessins moins bons. J’ai envisagé ce livre comme un carnet de croquis, et je me suis lâchée ! Le texte est dense, il contient beaucoup de dialogues… Oui, et il se prête bien à l’adaptation d’un roman graphique. Au fond, c’est quasiment du théâtre. J’ai appréhendé les personnages sous le prisme du jeu d’acteur, comme sur une scène. Steinbeck donne également peu d’indications quant aux décors. Comment avez-vous composé avec cette difficulté ? Pour moi c’est un atout, je peux ainsi m’emparer plus librement du livre. À LIRE /

Combien de temps cela vous a-t-il pris ? Oh mon dieu ! J’ai travaillé durant 16 mois, 15 heures par jour, 7 jours sur 7… ça a été une horreur. En réalité, il m’aurait fallu plus de deux ans !

« UNE PROPOSITION RADICALEMENT DIFFÉRENTE D’UNE BD. » Est-ce votre plus grand défi ? Oui, pour le mélange des registres, le rapport texte-image. C’est une proposition radicalement différente d’une BD, offrant une lecture inédite ! Illustrations © Rébecca Dautremer éd. Tishina

La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

À VISITER

/ rebeccadautremer.com

littérature – 64



Antonio Scurati M, l’enfant du siècle (Les Arènes)

Plus de 800 pages pour retracer l’itinéraire de Mussolini, de 1918 à 1924 ? Sur le papier, ça peut faire fuir. Pourtant, c’est un choc. Historique d’abord, car on plonge dans ces années durant lesquelles une Italie fiévreuse a tremblé avant de se jeter dans les bras du Duce. Dépeint comme un homme aux abois, cet animal politique ne fut jamais un véritable théoricien, fonctionnant à l’instinct, sentant l’air du temps, admirant la modernité (c’est l’époque de la vitesse, des moteurs, du futurisme des artistes Marinetti et Russolo), tout en utilisant le prestige de la Rome antique. M est également un choc littéraire. Scurati a le goût des phrases qui claquent et brosse les sentiments avec une économie de mots – ce qui n’empêche pas le lyrisme. Nous voici à Milan, Rome, Fiume (le romantisme armé de d’Annunzio…), nous passons d’un homme à l’autre, suivant Mussolini dans son jeu de dupe avec le pouvoir, ses rivaux, ses amis aussi. Entre chaque chapitre, l’auteur italien glisse un rapport de police, une coupure de presse, une lettre – documents historiques et authentiques en contrepoint au récit. Couronné du prix Strega (le Goncourt local), cet ouvrage fera date. Vivement la suite. 868 p., 24,90 €. Thibaut Allemand

Matt Kindt MIND MGMT. Rapport d’opérations 2/3 (Monsieur Toussaint Louverture) Cette série d’espionnage paranormale nous plonge au cœur des luttes intestines que se livrent les factions survivantes de la manipulation du réel. Ce deuxième tome d’une BD hors-norme pose le prodige Matt Kindt en vrai malade de la narration, tel un Mark Z. Danielewski du crayon. Ici l’intrigue, déjà touffue, quitte les rails de l’enquête pour brasser plus large, dans le temps et l’espace, l’histoire du "management des esprits". Avec son style graphique faussement sommaire, l’ouvrage, souvent à deux doigts de nous perdre, nous rattrape sans cesse par son audace. Le troisième et dernier tome déterminera si nous avons affaire à une œuvre pivot, de la trempe d’un Watchmen, ou à une rocambolesque curiosité. Mais, déjà, l’inventivité de la chose justifie le voyage. 344 p., 24,50 €. Rémi Boiteux


Kate Elizabeth Russell Ma Sombre Vanessa

Emmanuel Carrère Yoga

(Les Escales)

(P.O.L)

Vanessa, 15 ans, jeune fille timide et guère sociable, entame une relation "amoureuse" avec un homme de « trois fois son âge ». Un tableau familier pour qui a suivi l’actualité de ce début d’année… Et pourtant, Kate Elizabeth Russell portait ce premier roman en elle depuis 18 ans. Comme dans le texte majeur que Vanessa Springora a consacré en janvier à Gabriel Matzneff, l’Américaine décortique l’emprise qu’exerce l’adulte, ici Jacob Strane, professeur de littérature adulé, sur l’enfant qui se pense femme. Dix-sept ans après le premier viol, alors que son ex-amant se fait rattraper par la vague #MeToo, l’héroïne peine toujours à se reconnaître comme victime. Un ouvrage percutant sur la notion de consentement.

Yoga n’est pas « un petit livre subtil et souriant sur le yoga ». C’était pourtant l’objectif initial de son auteur, qui se voyait déjà en tête des ventes lorsqu’il entama, en janvier 2015, un stage de dix jours consacré à la méditation. Le récit commence ainsi mais le voilà bousculé par les événements. De cette retraite en silence on passe à l’attentat de Charlie Hebdo, on sombre à l’hôpital Sainte-Anne... Puis on revoit la lumière en Grèce, où Carrère a animé quelques semaines un atelier d’écriture auprès de migrants, dont il tire de magnifiques portraits. La plume toujours limpide, l’auteur de D’autres vies que la mienne se souvient, s’auto-analyse, invente – car la fiction s’invite, par bribes, dans cette chronique de quatre années de vie où la joie est aussi rare que précieuse. 400 p., 22 €. Madeleine Bourgois

448 p., 21,90 €. Marine Durand

Tarrin & Neidhardt Spirou chez les Soviets (Dupuis) En 1990, Spirou était déjà allé à Moscou, grâce à Tome & Janry. Il y avait affronté Mafia et KGB. Le propulser à nouveau sur la Place rouge, au début des années 1960, était un pari risqué. Il est brillamment relevé par Fabrice Tarrin et Fred Neidhardt. Fanatique de Franquin, la paire reprend les codes du maître (vêtement, décors…), multiplie les clins d’œil à l’univers du rouquin, notre actualité et celle de l’époque, et signe le meilleur Spirou "officiel" depuis un bail (le grand œuvre d’Émile Bravo ne faisant pas partie de la série). C’est enlevé, surprenant, parfois féroce, souvent ironique et, par-delà les péripéties, les auteurs glissent une jolie réflexion sur les dérives du stalinisme et celles de l’ultralibéralisme. Bref, une réussite absolue, camarades ! 56 p., 12,50 €. Thibaut Allemand livres – 67


David Dufresne © Patrice Normand

interview Propos recueillis par Julien Damien

DAVID DUFRESNE Les raisons de la colère


« L’État revendique pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime ». Cette phrase, signée du sociologue Max Weber, résonne plus que jamais aujourd’hui. Elle est aussi le point de départ du nouveau film de David Dufresne. « Qu’est-ce que l’État ? La violence légitime ? Qui lui dispute son monopole ? », s’interroge l’ancien journaliste (Libération, Médiapart) et désormais réalisateur. Pour ce documentaire, il a collecté de nombreuses images de violences policières filmées par des amateurs, principalement lors du mouvement des gilets jaunes. À l’heure où le maintien de l’ordre suscite le débat dans l’Hexagone, Un Pays qui se tient sage invite intellectuels, fonctionnaires ou citoyens à une conversation à bâtons rompus. Comment ce film est-il né ? C’est le prolongement de 30 années d’observation de la police, menée à travers des reportages, des livres et plus récemment des signalements de violences policières recueillis sur mon compte Twitter "Allo, Place Beauvau". De cette matière très factuelle j’ai tiré un roman, Dernière sommation, livrant une vision intime de ces événements. Puis je me suis rendu compte que j’avais la possibilité d’ausculter la violence d’État sous un angle plus collectif. Quel est votre parti pris ? Le but n’est pas de provoquer des clashs, plutôt d’instaurer un dialogue. Je m’efface derrière une conversation à plusieurs.

Des témoins, intellectuels ou victimes réfléchissent à voix haute aux actions de la police, devant des images prises durant les manifestations des gilets jaunes.

« CES IMAGES NOUS MONTRENT L’HISTOIRE, AVEC UN GRAND "H". » D’où viennent les images du film ? Elles m’ont été fournies par des vidéastes amateurs et professionnels par email ou via les réseaux sociaux. L’authenticité de chacune a été vérifiée. Tout le travail fut de remonter à la source. Il a fallu recouper, recontextualiser... C’est d’ailleurs l’une de mes fiertés : nous avons retrouvé 95 % des auteurs, qui ont été crédités et payés.

écrans – 69


Bout Portant © Le Bureau - Jour2fete - 2020

Étant donné le sujet brûlant du film, le financement a-t-il été facile à obtenir ? Nous n’avons pas sollicité les chaînes de télé, pour éviter le formatage du récit et les préoccupations politiciennes... C’est un film d’artisan, on n’a pas demandé d’autorisations pour le réaliser. C’est pourquoi on le projette au cinéma, un endroit où subsiste une forme de liberté.

« LA BRUTALITÉ DES POLICIERS N’EST PAS TOUJOURS LÉGITIME. » Justement, pourquoi projeter au cinéma ces images d’amateurs, souvent vues à la télévision ? Pour leur rendre hommage et sortir du principe du zapping. Par exemple en les débarrassant de toutes mentions ou titres comme sur les chaînes d’info. En tout cas, ce fut un choc pour moi de les voir sur grand écran...

Pour quelles raisons ? Tenez, la séquence où Jérôme Rodrigues perd son œil. Il s’effondre alors que son Smartphone tourne toujours, placé à hauteur du visage. On voit la Colonne de la Bastille en arrière-plan. Un homme apparaît dans le cadre et tape dans les mains pour réveiller Rodrigues... c’est une scène de guerre, du cinéma vérité. Quand ces images sont diffusées sur les réseaux sociaux ou à la télé, je ne suis pas sûr que les gens en prennent la mesure. Sans notification, sur grand écran, elles nous montrent l’Histoire, avec un grand "h". Sur le fond, n’est-il pas logique que la violence de la police réponde à celle des manifestants ? On se souvient des fonctionnaires lynchés au pied de l’Arc de Triomphe le 1er décembre 2018, lors de l’acte 3 des gilets jaunes...


Parfois, la violence des policiers provoque celle des manifestants. Beaucoup d’agents m’ont avoué que, ce jour-là, ils avaient fait n’importe quoi. 10 000 bombes lacrymogènes ont été lâchées sur l’Arc de Triomphe... où il y avait 5 000 manifestants, soit deux par personne. Si vous regardez bien la scène (je la montre intégralement), les policiers lancent des grenades de désencerclement à une foule qui leur est totalement indifférente. L’État serait-il donc fautif ? Parfois. La brutalité des policiers n’est pas toujours légitime, ni même maîtrisée. Le maintien de l’ordre s’appuie sur deux principes : la stricte nécessité de l’usage de

la force et la proportionnalité. Ici, les fondamentaux ne sont pas respectés. C’est le propos du film : ne peut-on pas envisager d’autres méthodes ? Et pourquoi utiliser la police comme unique réponse ? Le film parle aussi du rapport de la population au politique, de la violence économique, insidieuse et symbolique. Pensez-vous que Gérald Darmanin verra le film ? Ça m’étonnerait, un ministre de l’Intérieur a rarement 1 h 26 à caser dans son agenda, mais s’il me demande de le présenter, j’irais sans problème. Peut-être que Macron, qui va au cinéma et au théâtre comme chacun sait, s’y intéressera ? Un Pays qui se tient sage. Documentaire de David Dufresne. Sortie le 30.09

À LIRE

/ La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

Arc de Triomphe © Le Bureau - Jour2fete - 2020


© Jérôme Prébois – ADCB Films

ADIEU LES CONS

Bis repetita ?

Albert Dupontel revient devant et derrière la caméra avec Adieu les cons. Secondé par les excellents Nicolas Marié (vu dans 9 Mois ferme) et Virginie Efira (nouvelle camarade de jeu du cinéaste), le trublion livre une fable qui ne dépaysera par ses fans. Au risque de se répéter ? Avec cette comédie située dans la lignée d’Enfermés dehors, Albert Dupontel revient à un cinéma plus modeste que son précédent Au revoir là-haut. Apprenant qu’elle est condamnée par la maladie, Suze Trappet, 43 ans, veut retrouver l’enfant qu’elle a dû abandonner à 15 ans. À la faveur de cette quête, elle croise JB, quinquagénaire en burn out, et M. Blin, un archiviste aveugle. Les voilà lancés dans une aventure improbable... Hommage aux Monty Python (dédié à Terry Jones, il offre un caméo à Terry Gilliam), le film tangue entre esprit punk et fable sentimentale. Lorsqu’il s’attaque aux maux de notre société, Dupontel fait mouche ! Ses saillies envers la déshumanisation de notre monde n’ont rien à envier à celles de Delépine et Kervern. Le bât blesse lorsqu’il cherche à nous tirer des larmes. Omniprésente, la musique de Christophe Julien surligne toutes les émotions ! Virginie Efira demeure épatante, malgré des dialogues parfois lourdauds (« Je t’aime, ce sont les mots les plus importants à dire dans une vie… »). Il faut attendre la conclusion, subversive, pour que l’auteur de Bernie retrouve enfin sa verve. Malgré sa générosité ou sa belle mise en scène, Adieu les cons donne in fine une impression de déjà-vu – c’est bête. Grégory Marouzé De Albert Dupontel, avec lui-même, Virginie Efira, Nicolas Marié… Sortie le 21.10 écrans – 72



© Meteore Films

CITY HALL

Bien commun

Observateur infatigable des institutions américaines, Frederick Wiseman décrit avec City Hall le fonctionnement de la municipalité de Boston. De la mairie jusqu’aux confins de la ville, un réseau de services et de lieux se dessine, témoignant d’une formidable exigence démocratique. Un cinéaste moins ambitieux que l’auteur d’At Berkeley (2013) ou In Jackson Heights (2015) aurait trouvé en Martin J. Walsh un bon client, et un sujet de film suffisant. Issu de la classe ouvrière, cet élu démocrate affiche une bienveillance et une simplicité le rendant d’emblée sympathique. Face à une manifestation d’infirmières, il rend hommage à celles qui l’ont soigné enfant, lorsqu’il était traité pour un cancer. Face à des vétérans, il dresse un parallèle émouvant avec sa propre expérience d’alcoolique sevré. Wiseman sait toutefois que la démocratie ne saurait se réduire à un représentant, fut-il estimable. Il s’est donc invité dans des assemblées et autres réunions, pour saisir la façon dont les institutions et les citoyens conçoivent ensemble le domaine des affaires publiques. Contrepoint évident à l’Amérique de Donald Trump, le Boston de Walsh se veut inclusif, égalitaire et résilient. Tâche complexe, tant le pays est fracturé par les discriminations raciales, le désengagement de l’Etat et la violence. Lorsque le soleil se couche sur la baie du Massachusetts, au terme de quatre heures et demie d’une passionnante exploration, la démocratie, ce vieil idéal, a pourtant retrouvé des couleurs. Raphaël Nieuwjaer Documentaire de Frederick Wiseman. Sortie le 27.10


Décidément, le cinéma d’animation français s’affirme comme l’un des meilleurs au monde, et ce film en apporte une nouvelle preuve. L’histoire ? Martha Jane apprend à conduire le chariot familial dans un convoi de l’Ouest américain. Elle va devoir porter un pantalon, se couper les cheveux et affronter tous les dangers, jusqu’à devenir la légendaire Calamity Jane... Avec ce western ambitieux, Rémi Chayé confirme son goût pour les grands espaces et l’aventure. Le graphisme et l’animation sont particulièrement soignés. Les couleurs pastel apportent ce petit supplément d’âme au récit, lequel délivre un message intelligent sur les questions ô combien actuelles d’identité et de genre. Une sacrée réussite, qui n’a rien à envier aux productions américaines ou japonaises. Grégory Marouzé

© Gebeka Films

De Rémi Chayé. Sortie 14.10

© Arizona Distribution

CALAMITY, UNE ENFANCE DE MARTHA JANE CANNARY

A DARK, DARK MAN Sous un drap maculé de sang gît le corps d’un enfant. L’arrivée d’un inspecteur, dans ce coin perdu du Kazakhstan, devrait lancer l’enquête, mais celui-ci maquille l’affaire. Un simplet est accusé, la vie pourra continuer... Ainsi débute A Dark, Dark Man, huitième long-métrage du prolifique Adilkhan Yerzhanov, surtout connu en France pour La Tendre indifférence du monde (2018). Fable sur la corruption, le film séduit par sa mise en scène. Yerzhanov distille un burlesque à froid, qui naît moins de la chute des corps que de leur fixité et de leur embarras. La tension est déplacée hors-champ, et lorsque la violence éclate, c’est dans une étreinte grotesque et poisseuse. La réforme ne viendra pas, mais un autre horizon se dessine, aux marges de la société : le salut est dans l’idiotie. Raphaël Nieuwjaer De Adilkhan Yerzhanov, avec Daniar Alshinov, Dinara Baktybayeva, Teoman Khos… Sortie le 14.10 écrans – 75




Carnevale anni 1970, 1975-1980 © Marialba Russo

exposition – 78


EN QUÊTE

Affaires sensibles

Sevrés d’expositions en cette sinistre année 2020 ? Alors direction l’Institut pour la Photographie de Lille, qui en réunit une dizaine. Le parcours se déploie dans un ancien hôtel particulier, au cœur de la capitale des Flandres. Le thème ? L’enquête. Dans un monde submergé par les images, cette série d’accrochages gratte le vernis parfois lissé de la réalité, décalant notre regard sur le territoire, l’autre et l’histoire. Pour qui s’est déjà maquillé comme une voiture volée lors d’un chahut à Dunkerque, l’entrée de ce parcours ne sera pas dépaysante. La première salle focalise sur les mascarades et carnavals européens. Mais en guise de "beste clet’che", nous voilà face à des créatures chimériques : monstres à cornes, poilus, aux dents longues…

« LES SUJETS REGARDENT SOUVENT NOTRE TERRITOIRE, MAIS TOUCHENT LE MONDE. » Charles Fréger, tel un anthropologue, a rencontré diverses figures de "l’homme sauvage" (Wilder Mann) du vieux continent. Ses portraits illustrent un rituel ancestral, et universel : « il s’agit pour chaque culture de célébrer la fin d’un monde, et la régénération d’un autre » – ça ne vous rappelle rien ? Les expositions suivantes embrassent

de nombreuses problématiques, de l’écologie à la ruralité, en passant par la migration. Elles nous emmènent en Espagne, en Angleterre... et souvent dans les Hauts-deFrance. Six d’entre elles concernent en effet la région. « Oui, les sujets regardent souvent notre territoire, mais touchent le monde », assure Anne Lacoste, la directrice de l’Institut pour la Photographie.

Mémoires vives – De chez soi à l’autre bout de la planète, de l’intime à l’universel : l’effet de zoom est vertigineux. À l’instar de Je suis d’ici, de Bertrand Meunier. Après avoir parcouru la Chine, le Français s’est interrogé : « que devient mon vieux pays ? ». Privilégiant les zones "périphériques", en l’occurrence Mons-en-Barœul (métropole lilloise), il a saisi des êtres ou paysages essentiellement en noir et blanc.

exposition – 79


Le Dictateur, Hynkel s’adresse au peuple de la Tomainie © Avec la courtoisie de Roy Export Co. Ltd.

En résultent des scènes mélancoliques mais sublimant la banalité. Ici une jeune femme pensive allongée sur son lit, là un couple regardant l’horizon, soucieux... « Je suis attaché à la notion de mémoire, dit-il. Notre devoir de photographe est de témoigner de notre époque ». Au rayon historique, Chaplin se pose aussi là. Avec Le Dictateur

(sorti il y a pile 80 ans), il fut le premier à brocarder la montée du nazisme. Les images de Dan James, son assistant réalisateur, révèlent ici la conception de ce chef-d’œuvre, des scènes coupées et même un final cut alternatif. Depuis l’envers du décor se dessine alors une autre histoire. Mais l’enquête ne fait que commencer... Julien Damien

Lille, jusqu’au 15.11, Institut pour la Photographie, mer > dim : 11 h-19 h • jeu : 11 h-22 h gratuit, www.institut-photo.com / Chaplin et le Dictateur // Mascarades et carnavals (avec Tono Arias, Isabelle Blanc, Martine Franck, Charles Fréger, Cristina Garcia Lodero, Carl de Keyzer, Marie Losier, Marialba Russo, Homer Sykes, Sébastien Fouster) // Motifs // MAPS pour l’Institut pour la Photographie : Réalités données // Ilanit Illouz : Les Dolines // Serge Clément : Fragments et Trans // Bertrand Meunier : Je suis d’ici // Frédéric Cornu : La Ligne d’eau Philémon Vanorlé : Monumentu // Si j’étais

PROGRAMME

exposition – 80



Sylvie Pichrist, Dessiner sur l’oceĚ an (film still), 2019, collection de la Province de Hainaut


LA COLÈRE DE LUDD

Pertes et profits

En cette rentrée, le BPS22 a dû s’adapter. Le sinistre Covid a chamboulé toute sa programmation… Mais à Charleroi, on a de la suite dans les idées, et un sacré fonds d’œuvres. Le musée est ainsi dépositaire de la collection de la Province de Hainaut, riche de 8 000 pièces. Cette exposition en réunit une quarantaine récemment acquise, illustrant la vaste notion de dépossession. « Ce thème me tenait à cœur, car j’ai perdu un être cher cette année », confie Dorothée Duvivier. D’un drame personnel, la commissaire de cette exposition a bâti un propos universel, illustrant une multitude de dépossessions : « de soi, du langage, de la nature, de ses terres aussi, à travers le colonialisme... ». Baptisé La Colère de Ludd, cet accrochage renvoie ainsi au livre de Julius Van Daal. Celui-ci retrace le combat de ce général qui, en pleine révolution industrielle anglaise, mena l’insurrection d’ouvriers contre le progrès par la destruction de machines. Ils résistaient alors contre la privation de leur savoir-faire, de leur vie.

Dépouillés Deux siècles plus tard, cette histoire (vraie) résonne avec le petit cube d’une tonne de la Mexicaine Teresa Margolles, réalisé avec de l’acier récupéré aux Forges de la Providence. Cette usine mythique de Charleroi fut fermée en 2012, laissant sur le carreau près d’un millier d’employés. L’œuvre figure l’appropriation de centaines de corps pour des tâches difficiles, et ensuite jetés sur l’autel du capitalisme. Plus loin, Benoît Félix nous rappelle que le dépouillement est parfois salutaire, surtout lorsqu’il s’agit d’oripeaux nationalistes. Avec son Drapeau national du ciel, l’artiste belge fustige les replis identitaires, nous incitant à nous unir pour une cause commune : la Terre. Alors, hissez haut ! Julien Damien Charleroi, jusqu’au 03.01.2021, BPS22, mar > dim : 10 h-18 h 6 > 3 € (gratuit -12 ans), www.bps22.be

exposition – 83


Vue d’exposition © Julien Damien

exposition – 84


PANORAMA Détour d’horizon Après nous avoir plongé dans l’œuvre ténébreuse de Roger Ballen, la Centrale retrouve la lumière. Le centre d’art contemporain bruxellois organise un dialogue entre le peintre français Xavier Noiret-Thomé et le sculpteur hollandais Henk Visch. Intitulée Panorama, cette rencontre offre un voyage haut en couleur en compagnie de deux artistes refusant de s’enfermer dans un style. Tant mieux ! D’emblée, nous voici dans la peau d’Alice, prêts à basculer vers le pays des merveilles. Avant d’entrer dans l’exposition, le visiteur voit son reflet déformé par un miroir convexe de style Empire, accroché sur un plat à paella. Œuvre de Xavier Noiret-Thomé, ce mash-up est autant « un clin d’œil au plasticien belge Marcel Broodthaers qu’à la peinture de la Renaissance », dit-il. Le ton est donné. Ce Panorama est l’occasion d’une promenade dans l’histoire de l’art et l’exubérance.

partent dans toutes les directions, du figuratif à l’abstraction ! Ils s’amusent avec les échelles, les codes et les références ».

Le coup du lapin – Articulant un dialogue entre sculptures et peintures dans toute la longueur du vaste espace de la Centrale,

« BRUXELLES C’EST UN PEU LE CHAOS, ET C’EST GÉNIAL ! » À cet effet, le Français installé à Bruxelles s’est trouvé un compagnon de jeu idéal : le sculpteur néerlandais Henk Visch, rencontré en 1993, et avec qui il partage cette même liberté, « presqu’un anarchisme ». Carine Fol, la commissaire, confirme : « ces deux artistes

Vue d’exposition © Julien Damien

exposition – 85


Le Dictateur, Hynkel s’adresse au peuple de la Tomainie © Avec la courtoisie de Roy Export Co. Ltd.

Xavier Noiret-Thomé et Henk Visch © Julien Damien

cet accrochage demeure très pop, dans ses formes ou ses couleurs pétillantes. Il est même… typiquement bruxellois. « Oui, Bruxelles c’est un peu le chaos, et c’est génial !, rit Xavier Noiret-Thomé. La diversité et l’instabilité forment un joyeux équilibre. Finalement, c’est le monde dans lequel on vit aujourd’hui ». On retrouve ce déséquilibre dans sa toile représentant des citrons posés sur une nappe Vichy. Renvoyant aux natures mortes de Cézanne, elle est accrochée très en hauteur, et pourrait presque perdre ses fruits. Ceux-ci tomberaient alors en contrebas, sur les silhouettes anthropomorphiques et

aux postures exagérées de Henk, qui semblent tout le temps hésiter entre verticalité et horizontalité – « les deux positions de l’Homme ». Au bout du parcours, nous débarquons sur un petit ponton menant vers une dernière peinture : un monochrome argenté annonçant en grosses lettres noires "Opera", soit "œuvre", en italien. À ses côtés trône un immense lièvre chromé, comme celui de Lewis Carroll ? Ne reste plus qu’à rebrousser chemin, ou le suivre… Julien Damien Bruxelles, jusqu’au 17.01.2021 Centrale for Contemporary Art mer > dim : 10 h 30-18 h , 8 > 2,50 € (gratuit -18 ans), www.centrale.brussels

exposition – 86



"PRENDRE SOIN"

© Wheel of Care

MAISON POC

Yes we care !

Après Turin, Séoul ou Mexico, Lille a été nommée en 2020 capitale mondiale du design (au nez et à la barbe de Sydney). Au programme ? Des expositions dans toute la métropole (Sens fiction, Les Usages du monde, pour n’en citer que deux), des rencontres, des ateliers et… cinq "Maisons POC". Des quoi ? On vous explique. POC signifie "proof of concept". Ce terme un peu barbare est emprunté au vocabulaire de la recherche scientifique, et désigne ce moment où l’on teste un prototype. Ramenée au monde du design, la démarche prend tout son sens : il s’agit d’imaginer ensemble, citoyens et designers, des solutions pour améliorer concrètement le quotidien. Ces projets sont alors exposés au sein d’une Maison POC. Les sujets sont variés : l’habitat, la mobilité… En l’occurrence, la maison Folie Wazemmes s’intéresse au "soin". Qu’on ne s’y trompe pas, « le terme ne se résume pas à la santé », prévient Olivier Sergent, le directeur. Développée par la philosophe Cynthia Fleury, cette notion (le "care") pourrait se définir comme une autre façon d’habiter le monde, plus respectueuse de l’humain et de la planète. Associé à Antoine Fenoglio (co-fondateur du studio les Sismo), le concept a donné vie à une approche éthique du design. Cette exposition nous montre ainsi comment prendre soin des individus et du vivant. Prenons pour exemple les plantes de la plasticienne Elise Morin, dont les feuilles changent de couleur lorsque les sols sont contaminés. Durant l’expo, toutes les bonnes idées sont bienvenues. Alors entrez, et faites comme à la maison ! Julien Damien Lille, jusqu’au 15.11, maison Folie Wazemmes, mer > dim : 14 h-19 h gratuit, maisonsfolie.lille.fr

exposition – 88



Billie Holiday © William P Gottlieb, 1947

GREAT BLACK MUSIC

Tout simplement noir

N’en déplaise à l’homme à la mèche peroxydée, les musiques noires ont façonné la pop culture mondiale. De Billy Taylor à Michael Jackson, de la naissance de l’afrobeat à celle du hip-hop dans le Bronx, en passant par les faubourgs de Kingston où naquit le reggae, cette exposition itinérante retrace un siècle de Great Black Music, flattant les oreilles comme les yeux. Oh, rien d’exhaustif ici (démarche impossible), mais une sélection bien choisie de photos, vidéos et extraits sonores – près de huit heures, tout de même. Muni d’un "smartguide", le visiteur déambule dans six salles thématiques, et découvre d’abord une belle galerie de portraits : Fela Kuti, Gilberto Gil, Kassav’ ou même… Elvis Presley. S’il est ici question de fierté, le parcours outrepasse une vision ethnocentriste un peu vaine. Funk, rock, blues, soul, rumba, cumbia… l’histoire parle d’ellemême, et la salle Mama Africa nous rappelle que l’Afrique, berceau de l’humanité, est aussi celui de la grande sono mondiale, éparpillée façon puzzle sur les cinq continents – voilà une bonne occasion de le reconstituer. Make Africa Great Again ? Julien Damien

6

Bruxelles, 06.10 > 20.12, Les Halles de Schaerbeek, mar > ven : 13 h-18 h • jeu : 13 h-20 h sam & dim : 10 h-18 h, 7 / 6,50 €, www.halles.b exposition – 90



VU.E DE DOS Westeastwest, 2010 © Ria Paquee

6 À l’ère des selfies, du narcissisme digital et de la reconnaissance faciale, cette exposition dresse un anti-portrait de la figure humaine en la présentant… vue de dos (joli pied-de-nez !). Sous-titré "images à contre-courant", le parcours réunit les œuvres d’une vingtaine d’artistes iconoclastes. À travers la série Westeastwest par exemple, l’Anversoise Ria Pacquée compile des clichés de personnes saisies de derrière, de l’Inde au Mali, brouillant les supposées différences entre l’Est et l’Ouest. Des peintures un brin angoissantes du Gantois Michaël Borremans aux nuances de gris infinies du photographe Dirk Braeckman, cette sélection révèle une multitude de techniques et de sujets, tout en explorant un motif esthétique original. Évidemment, c’est renversant. J.D. Namur, jusqu’au 03.01.2021, Le Delta, mar > ven : 11 h-18 h • sam & dim : 10 h-18 h 5 > 1 € (gratuit -12 ans), www.ledelta.be exposition – 92



BIENNALE DE L’IMAGE POSSIBLE Effet miroir Quel est l’impact de l’art sur la réalité ? Peut-il changer le monde ? Telles sont les (vastes) questions posées par la 12e édition de la Biennale de l’image possible. Du mouvement des gilets jaunes aux manifestations pour le climat, des revendications féministes à la crise du Covid, l’histoire s’accélère. Organisé par le centre culturel Les Chiroux, cet événement ausculte ces enjeux par le prisme de la photographie et, plus largement, des arts visuels – tout en investissant des lieux insolites de Liège. Présentée à La Menuiserie (un complexe d’anciens ateliers communaux) l’exposition Me, Myself and I mesure par exemple le poids de nos écrans et des réseaux sociaux ("ce miroir numérique") sur la construction de notre identité. Parmi les jeunes artistes réunis ici, la Suédoise Arvida Byström, égérie du body positive sur Instagram, brise les tabous imposés aux femmes (la pilosité, les bourrelets...). Les Belges Camille Dufour et Rafaël Klepfisch dénoncent eux les 7 péchés du capitalisme (orgueil, luxure...) à travers textes et gravures. Plus fort : ils invitent les visiteurs à les coller dans l’espace public, en contrepoint des publicités - histoire de passer à l’action ! J.D.

6

Liège, jusqu’au 25.10, divers lieux en ville, pass : 15 > 5 € (gratuit -16 ans), bip-liege.org

From the series Alone Online © Arvida Byström

exposition – 94



Cloud 9, Radhika Nair, 2018 © Tim Walker Studio

© Acme

© Peter Mitchell / Rrb Photobooks

PETER MITCHELL

TIM WALKER

Et si une sonde martienne débarquait sur Terre pour photographier la ville de Leeds ? Tel est le point de départ de Nouveau démenti sur la mission spatiale Viking 4. Signée de l’Anglais Peter Mitchell, cette série d’images en couleur mythiques, prises entre 1974 et 1979, montre une cité dévastée par la crise économique. Ces petits commerces en friche ou manufactures décaties, devant lesquels posent employés ou ouvriers, rappellent certains paysages de Charleroi. Et traversent, elles aussi, le temps et l’espace.

Ce Britannique demeure l’un des plus grands photographes de mode actuel. Mais ses clichés sont avant tout pour lui le moyen de « vendre des rêves, et non des vêtements ». Ils se distinguent par un sens aigu de la mise en scène, évoquant Lewis Carroll ou Jérôme Bosch. Tim Walker est aussi connu pour ses portraits de célébrités, d’Alexander McQueen à Grace Jones, révélées comme autant de créatures fantastiques. Ces œuvres sont ici magnifiées par une scénographie à son image : chamarrée et féérique.

Charleroi, jusqu’au 17.01.2021, Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h-18 h, 7 > 2 € (gratuit -12 ans), www.museephoto.be

Genk, jusqu’au 03.01.2021 C-Mine, mar > dim : 10 h-18 h 15 > 6 € (gratuit -12 ans), c-mine.be

PEINTURES DES LOINTAINS. VOYAGES DE JEANNE THIL Artiste dite "orientaliste", Jeanne Thil (1887-1968) rencontra un vif succès en France durant l’entredeux-guerres, notamment pour ses toiles célébrant l’imaginaire exotique de l’empire colonial. Mais aucune exposition ne lui fut consacrée depuis sa disparation. Répartie en six sections, cette trentaine d’œuvres retrace les voyages entrepris et immortalisés de part et d’autre de la Méditerranée. Calais, jusqu’au 28.02.2021, Musée des beaux-arts mar > dim : 13 h-18 h, 4 / 3 € (gratuit -5 ans), www.calais.fr

Jeanne Thil, L’Oasis de Gabès, © Musée du quai Branly-Jacques Chirac



SERIAL EATER Que mangerons-nous demain ? Comment produirons-nous notre alimentation ? Peut-on imaginer une assiette plus éco-responsable, sans se priver des plaisirs de la chère ? Autant de questions posées par le food design. Apparue au mitan des années 1990, cette jeune discipline ausculte nos goûts ou dégoûts, et pique le "serial eater" qui sommeille en nous. Présentée au CID, cette exposition fascinante en réunit les pionniers et les jeunes ambassadeurs, nourrissant l’esprit avant l’estomac. Emome, 2017 © Rae Bei Han Kuo

Hornu, jusqu’au 29.11, Centre d’innovation et de design mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans), cid-grand-hornu.be

PLANT FEVER L’Homme a longtemps réduit les plantes au rôle de ressources ou de décoration. Pourtant de récentes découvertes montrent qu’il s’agit là d’êtres sensibles et "intelligents". Ils pourraient même devenir des alliés face aux défis environnementaux. Cette exposition nous invite à envisager le futur d’un point de vue phyto-centré. Le CID dévoile une cinquantaine de projets de designers mêlant botanique et technologies, à l’image de l’anglaise Helen Steiner, qui communique avec la flore grâce à un ordinateur. Hornu, 18.10 > 14.02.2021, Centre d’innovation et de design, mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans), www.cid-grand-hornu.be

JEAN DUBUFFET, LE PRENEUR D’EMPREINTES Père de l’Art brut, mais aussi écrivain, Jean Dubuffet nourrissait une fascination pour le papier, l’encre et l’imprimerie. Il pratiqua ainsi l’estampe des années 1940 à 1980, inaugurant même son propre atelier de lithographie. Parmi ses créations, citons les fameuses figures à chapeau, les "assemblages d’empreintes"… Sans oublier les 324 pièces de la série Phénomènes, qui constituent le cœur de cette exposition. Chacune de ces planches célèbre un aspect du monde naturel, formant un atlas poétique. La Louvière, jusqu’au 24.01.2021, Centre de la gravure et de l’image imprimée mar > dim : 10 h-18 h, 8 > 3 € (grat. -12 ans) www.centredelagravure.be

TOUT VA BIEN MONSIEUR MATISSE Le Musée Matisse poursuit sa célébration du 150e anniversaire de la naissance du maître. Après avoir éclairé ses premiers pas, il s’intéresse cette fois à son héritage. Comment les artistes contemporains regardent-ils son œuvre ? Ce parcours répond à cette question grâce au travail de huit créateurs. Citons les toiles en relief de Patrick Montagnac ou les fameuses "écritures" de Ben, tandis que les sculptures de Frédéric Bouffandeau magnifie l’espace du parc Fénelon – oui, tout va bien. Le Cateau-Cambrésis, jusqu’au 17.01.2021, Musée Matisse tous les jours sauf mar : 10 h-18 h 6 / 4 € (gratuit -26 ans), museematisse.fr exposition – 98



Sans titre, 1985 © KOUNELLIS Jannis Ville et Musée de Grenoble © J.L. Lacroix

SOLEILS NOIRS Symbole des ténèbres, du mal, mais aussi de l’espoir ou de la modernité, le noir n’a cessé d’inspirer (ou d’effrayer) l’humanité et les artistes. De l’Antiquité à nos jours, cette exposition-événement rassemble quelque 180 chefs-d’œuvre signés Delacroix, Soulages, Velázquez, Malevitch, Botticelli, Kandinsky… entre autres ! Ces peintures, sculptures, vêtements, installations ou vidéos décryptent le sens et l’utilisation de cette couleur à travers les âges. Lens, jusqu’au 25.01.2021, Louvre-Lens, tous les jours sauf mardi : 10 h-18 h, 10 > 5 € (gratuit -18 ans), louvrelens.fr

LA MANUFACTURE. A LABOUR OF LOVE Bien avant l’avènement du fameux "monde de demain", la Néerlandaise Lidewij Edelkoort prévoyait la mort de la mode telle qu’on la connaît – notamment dans son Manifeste antifashion. Anticipant les nouvelles tendances, elle imagine un Labour of Love où le design, l’art et l’artisanat se tiennent par la main. Dans sa manufacture, les processus de fabrication respectent l’environnement et l’humain, les créateurs partagent leurs ressources et recyclent les matières, transformant la laideur en beauté. Lille, jusqu’au 08.11, Gare St Sauveur mer > dim : 12 h-19 h, grat., designiscapital.com

SENS FICTION La science-fiction peut-elle jouer un rôle dans nos futurs usages ? Telle est la question posée par cette exposition montée dans le cadre de "Lille, capitale mondiale du design". Dans un premier temps, celle-ci met en lumière les inventions jalonnant la littérature ou le cinéma qui ont pu inspirer notre quotidien. Une seconde partie réunit auteurs (Maylis de Kerangal, Jean Echenoz, Benjamin Abitan...) et designers contemporains au sein d’un laboratoire inspiré – et inspirant. Lille, jusqu’au 15.11, Le Tripostal, mer > dim : 13 h-19 h, 10 / 7 €, designiscapital.com (+ exposition Designer(s) du design)

MADE IN BELGIUM La Compagnie Centrale de Construction, les Forges... Aujourd’hui disparus, ces noms ont bâti l’histoire belge. Durant le xixe siècle, le Royaume figurait parmi les plus grandes nations industrielles européennes. De l’élévation de ponts à la conception de locomotives, ce savoir-faire s’est exporté par-delà le monde. Cette exposition s’intéresse aux ouvrages exécutés en Egypte – tels les ponts du Nil de la société Baume et Marpent. En parallèle sont aussi révélés des joyaux archéologiques égyptiens. La Louvière, jusqu’au 04.12, Site minier Bois-du-Luc, lun > ven : 10 h-17 h • sam & dim : 10 h-18 h 5  > 3€ (gratuit -12 ans), www.musee-mariemont.be exposition – 100



CLUBISME Le clubisme ? C’est l’art de faire équipe. Les Lillois Philémon Vanorlé et Alexandrine Dhainaut associent sept créateurs contemporains. Chacun a produit une œuvre inspirée de rencontres avec des passionnés, à l’image d’Éléonore Saintagnan. La Bruxelloise a travaillé avec des ornithologues pour créer des sculptures urbaines servant de nichoirs. Citons aussi le Wanderlust Social Club, magnifiant l’amour du foot des supporters d’une formation de 7e division allemande – beau jeu collectif. Lille, jusqu’au 01.11, Espace Le Carré mer > sam : 14 h-19 h • dim : 10 h-13 h & 15 h-18 h, gratuit, www.lille.fr

IBANT OBSCURI

WILLIAM KENTRIDGE

Fuyant Troie détruite par les Grecs, Énée s’égare en Méditerranée. En proie au doute, il descend aux Enfers où son père l’éclairera sur sa destinée. Au bout du chemin, notre héros apprendra que sa lignée fondera la grande Rome, et comptera d’illustres hommes, tel Jules César… Inspirée par l’Énéide de Virgile (le "Homère romain"), cette exposition rassemble une dizaine d’artistes livrant leur perception de la crise – voire des crises. Ils percent l’obscurité en quête d’un avenir meilleur...

Considéré comme l’un des plus brillants artistes de sa génération, le SudAfricain William Kentridge présente à Villeneuve d’Ascq sa première grande rétrospective en France. Dessins, gravures, sculptures, tapisseries, films d’animation... Aussi foisonnante que poétique, son œuvre dénonce depuis plus de 40 ans les sujets les plus sensibles, tels que l’apartheid, la corruption, les migrations ou le rôle de l’Afrique durant la Première Guerre mondiale. Un événement.

Roubaix, jusqu’au 20.12, La Condition Publique, mer, jeu, sam & dim : 13 h-19 h ven : 13 h-22 h, 5 / 2 € (gratuit -18 ans), laconditionpublique.com

Villeneuve d’Ascq, jusqu’au 13.12 LaM, mar > dim : 10 h-18 h 11 / 8 € (gratuit -12 ans) www.musee-lam.fr

LA FERME VÉGÉTALE L’observation de la nature inspire souvent des œuvres remarquables. La preuve : ces deux artistes réunis à La Ferme d’en Haut. D’un côté Caroline Léger qui, en véritable "chorégraphe végétale", crée des installations éphémères, modelées avec des graines, insectes ou racines – le cycle de la vie en somme. De l’autre, le photographe Philippe Pennel présente ses Oiseaux des Hauts-de-France, soit des clichés capturés lors de balades sauvages dans notre région. Vivifiant. Granarium 2 © Caroline Léger

Villeneuve d’Ascq, jusqu’au 13.12, La Ferme d’en Haut sam & dim : 15 h-19 h, grat., lafermedenhaut.villeneuvedascq.fr exposition – 102



Photographie de répétition © Christophe Renaud Delage

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UNE ÉPOPÉE L’aventure c’est l’aventure ! Attrapez vos sacs à dos, glissez-y gourde et pique-nique. Johanny Bert vous emmène… au théâtre ! Avec cette Épopée, le metteur en scène, artiste associé au Bateau Feu de Dunkerque, crée le premier spectacle tous publics se déroulant une journée entière. Un projet scénique hors norme, au service d’un thème fort : l’écologie. « Pourquoi les enfants devraientils se contenter de petites formes théâtrales ? », s’interroge depuis longtemps Johanny Bert. Après trois ans de travail, « l’épopée contemporaine » dont il rêvait voit enfin le jour, et s’annonce prometteuse. Jugez plutôt : quatre actes, quatre auteurs (dont Arnaud Cathrine) sept comédiens-marionnettistes, un multi-instrumentiste pour la musique en live et un programme incluant entracte, pause goûter et sieste acoustique ! « J’aimerais que les enfants sortent du spectacle en ayant l’impression d’avoir vécu une aventure un peu folle en famille », ajoute l’ancien directeur du CDN de Montluçon, espérant se montrer à la hauteur « de leur bouillonnement intérieur ».

L’envers du dehors Parce que l’on ne peut concevoir une épopée sans « grande cause à défendre », l’artiste a choisi la sienne : la protection de la planète. Mais il a préféré une narration poétique et symbolique

au message pédagogique. L’histoire ? Une famille vit heureuse en pleine autarcie, dans une maison isolée. « Mais un jour, un événement magique bouleverse les deux enfants ». Ils vont devoir affronter le monde – ça ne vous rappelle rien ? Pourtant, cette pièce a été imaginée bien avant le Covid-19. Rencontres déterminantes, per-

« J’AIMERAIS QUE LES ENFANTS SORTENT DU SPECTACLE EN AYANT L’IMPRESSION D’AVOIR VÉCU UNE AVENTURE UN PEU FOLLE EN FAMILLE. » sonnages fantastiques… le périple prend la forme d’une quête, servie par une esthétique jouant avec les illusions et les échelles de taille. Tel Ulysse sur son navire, il n’y a plus qu’à embarquer. Marine Durand Dunkerque, 10.10, Le Bateau-Feu 14 h, 9 € (+ 05, 08 & 09.10 : scolaires, 10h) www.lebateaufeu.com Béthune, 20 & 21.05.2021 La Comédie (Le Palace), 10 h, 20 > 6 € www.comediedebethune.org / L’interview de Johanny Bert sur lm-magazine.com

À LIRE

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LES HAUTS-DE-BAIN

Nouvel élan

Le sous-titre ne pourrait être plus clair : "Concentré régional d’un festival chorégraphique qui n’a pas eu lieu". Loin de se laisser abattre après l’annulation en mars du Grand Bain, l’équipe du Gymnase a monté une session de rattrapage, resserrée autour des compagnies de danse des Hauts-de-France.

Aberration © Jihye Jung

Nos régions ont du talent. Ce n’est pas Leclerc qui le dit mais Céline Bréant, la directrice du Gymnase, qui a orchestré ce festival de cinq jours. « Tous les artistes locaux ont répondu présents », se réjouit-elle. Ces sept propositions portent haut les couleurs du nord de la France, et résonnent avec la situation actuelle. Prenez le solo Aberration, d’Emmanuel Eggermont. Complétant son « étude chromatique » entamée avec Polis et La Méthode des Phosphènes, le Lillois s’intéresse cette fois à la couleur blanche, mais aussi à « notre aptitude à nous relever après un bouleversement soudain ». L’époque n’est pas favorable aux rassemblements, et le seul en scène est à l’honneur. Tatiana Julien n’a elle besoin de personne pour incarner une génération désenchantée entrée en résistance, sautant du ring de boxe au catwalk (Soulèvement). Qu’en est-il des spectacles qui prévoyaient un contact entre performeurs et public ? Eh bien il a fallu ruser. Thibaud Le Maguer adapte donc son Rituel imprévu.e en s’appuyant sur makesense, un jeu de cartes (collaboratif) permettant de « faire surgir les émotions à partir du langage ». Un spectacle sans interaction physique, mais pas moins touchant. Marine Durand Roubaix, 06 > 10.10, Le Gymnase & Théâtre de l’Oiseau-Mouche, 10 > 5 € www.gymnase-cdcn.com / 06.10 : Thibaud Le Maguer : Rituel imprévu.e avec makesense // 07.10 : Mélodie Lasselin et Simon Capelle : Barbare • Tatiana Julien : Soulèvement // 08.10 : Emmanuel Eggermont : Aberration // 09.10 : Scheherazade Zambrano Orozco : K()SA • Amélie Poirier et la Cie de l’Oiseau-Mouche : Madisoning // 10.10 : Cyril Viallon : He’s Still a Maniac, Opus II

PROGRAMME

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© École du Nord / Simon Gosselin

CROQUIS DE VOYAGE La grande évasion

Ils s’appellent Louis, Mathilde, Suzanne, Maxime, Orlène, Antoine, Joaquim, Oscar… Soit au total 18 jeunes gens, pour autant de destinations à travers la France et l’Europe et, in fine, la création de spectacles originaux. Tel est le défi auquel ont répondu les étudiants de la sixième promotion de l’Ecole du Nord, à Lille. Roulez jeunesse ! « Le théâtre est une fenêtre qui s’ouvre sur l’autre », clame Christophe Rauck, le directeur du Théâtre et de l’École du Nord. Pour sûr, ce dispositif unique en France, imaginé par la comédienne et metteuse en scène Cécile Garcia-Fogel, remplit parfaitement le cahier des charges. Le principe ? Proposer aux étudiants en troisième (et dernière année) de formation de partir quatre semaines en solo sur les routes de France et d’Europe. À pied, en train ou en camion, mais sans ordinateur ni téléphone portable, avec seulement un livre dans les bagages, et l’ouverture d’esprit comme viatique. En ces temps troublés de distanciation physique et de repli sur soi, ces jeunes professionnels n’ont pas hésité à partir à la rencontre de leurs semblables. Un tel périple, c’est l’assurance de revenir transformé. C’est bien connu, les voyages forment la jeunesse, et peut-être les dramaturges ou interprètes de demain. Car le résultat de cette itinérance se découvre sur scène, à la maison Folie Moulins. Sous quelles formes ? Mystère. Une chose est certaine, leur enthousiasme risque d’être communicatif et, puisque la surprise demeure un élément clé du projet, jouons le jeu ! François Objois Lille, 09 > 11.10, maison Folie Moulins, ven : 19 h • sam & dim : 14 h gratuit, www.theatredunord.fr théâtre & danse – 108



© Frédéric Iovino

SI JE TE MENS, TU M’AIMES ? L’affaire est délicate. Lola et Théo, neuf ans, s’aiment puis se disputent au sein de leur école. Mais cette banale chamaillerie va prendre des proportions inattendues, lorsque les parents des deux "parties" décident de s’en mêler (ou s’emmêler ?). Après le beau Simon la Gadouille, Arnaud Anckaert poursuit sa collaboration avec l’auteur gallois Rob Evans, et lui commande cette fois un texte original, à destination du jeune public. Au service de cette enquête, deux comédiens interprètent toute une galerie de personnages. Le récit aborde des questions bien actuelles : la peur de l’autre ou la violence des sentiments. J.D. Villeneuve d’Ascq, 13 > 16.10, La Ferme d’en Haut, mar : 14 h & 19 h • mer : 10 h & 18 h jeu : 10 h & 14 h • ven : 10 h, 13 > 6 € // Armentières, 09.02.2021, Le Vivat, 19 h, 10 / 8 € Dunkerque, 24 & 27.03.2021, Le Bateau Feu, mer : 19  h • sam : 17 h, 6 € Béthune, 13.04.2021, Le Palace, 14 h 30 & 18 h, 20 > 6 €

Le Prato amorce aussi sa rentrée littéraire. Pour cette troisième édition des Parlures, Gilles Defacque livre quelques-unes de ses dernières fulgurances textuelles. Au sommaire ? Des Radotades de la Confinerie, saupoudrées de quelques lignes du Journal inlassable d’un Quelqu’un, et servies avec quelques comptines du corona. Ces calembours et autres poèmes sont accompagnés par l’accordéon d’Arnaud Van Lancker (du Tire-Laine), évidemment. J.D.

Gilles © Jean Freetz

PARLURES 3 : CHAMBRE D’ÉCHO

Lille, 13.10, Le Prato, 20 h, 15 > 5 €, leprato.fr

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Charly Voodoo © Bruno Gasperini

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LE CABARET DE MADAME ARTHUR Queer véritable Dans l’antre de Madame Arthur, la chanson française s’encanaille. Les divas portent la barbe avec panache, et la fantaisie seule fait loi. Installé depuis 70 ans à Pigalle, le célèbre cabaret transformiste pose ses valises pleines de strass et de plumes à Arras, le temps d’un show burlesque qui rebat les cartes de l’identité. Elle surgit du lourd rideau de velours, tailleur pied-de-poule, casque colonial et paupières pailletées de bleu. Se plante derrière le micro, entonne naïvement le tube le plus désuet de Michel Delpech – « Il était cinq heures du matin / On avançait dans les marais / Couverts de brume » – avant de brandir un fusil de chasse et de ponctuer d’une détonation jouissive les différents couplets ! Chaque week-end chez Madame Arthur, "Corrine", Sébastien Vion à la ville, aime surprendre son public. Qui le lui rend bien, depuis la réouverture

de cette salle mythique de l’aprèsguerre en 2015.

Bon chic bon genre C’est le cabarettiste aguerri Jérôme Marin alias Monsieur K, avec l’équipe de la boîte de nuit parisienne Le Divan du Monde, qui a mis sur pied ce spectacle plus « hystérique qu’historique ». En une heure, ses « créatures chimériques », Corrine donc, mais aussi Tony Blanquette, Patachtouille ou Charly Voodoo, y incarnent une douzaine de personnages sensuels, drôles et extravagants. Et se jouent

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avec une liberté folle des frontières de genre. « On fait jaillir quelque chose de l’ordre de la réflexion sur le masculin et le féminin », indique le directeur artistique, sans pour autant se prendre trop au sérieux.

French Touch Enfiler une perruque, appliquer des faux-cils, se glisser dans un corset, « c’est partir en vacances de soi-même », explique Brenda Mour. Assister à leur show, c’est aussi découvrir tout le répertoire français de la Belle Époque à aujourd’hui, un peu revisité. Et si les chansons de Mistinguett, Mylène Farmer ou des Rita Mitsouko s’enchaînent dans

un fastueux étalage de coiffes et de costumes, il ne s’agit pas simplement de transformisme. Pianiste formé au conservatoire, chanteur d’opéra, accordéoniste… les meneuses de revues, sous couvert de plaisanteries grivoises, affichent une longue carrière d’artistes derrière elles. Qui de la bourgeoise coincée se dévergondant sur Antisocial ou de la ballerine emplumée singeant Zizi Jeanmaire répondra présente au Tandem ? Madame Arthur préfère rester discrète, les tableaux évoluant chaque semaine. Corrine, elle, est repartie en chasse : pardessus l’étang, on aurait vu passer des oies sauvages… Marine Durand

Arras, 08.10, Théâtre, 20 h 30, 22 / 12 €, tandeam-arrasdouai.eu

Patachtouille © Bruno Gasperini

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© Weird Cut

SCIENCE-FICTIONS

Concordance des temps

2120, quelque part sur Terre. Des hommes tombent sur un film de science-fiction, réalisé de nos jours et imaginent ce que sera la vie 100 ans plus tard. Fantasmes, angoisses et suppositions... on trouve tout cela (et bien plus encore) dans la fable futuriste créée cet automne par le collectif Mariedl. Qui, aujourd’hui, pense encore l’avenir comme un progrès ? Cette interrogation a guidé Selma Alaoui, qui s’inspire du roman Les Dépossédés de l’Américaine Ursula K. Le Guin (1974). « Elle a poussé ses explorations anthropologiques et sociologiques beaucoup plus loin que Philip K. Dick », relève la plus belge des metteuses en scène françaises, qui reconnaît un compagnonnage de pensée davantage qu’une adaptation. Car c’est au plateau, à partir de la sensibilité et des improvisations de ses comédiens, qu’elle a conçu la dramaturgie de Science-Fictions. Dans un décor d’ancienne aire urbaine envahie de végétation, on découvre ce que pourrait être demain. Soit un monde imparfait, ni « ultra technologique » ni « complètement dévasté », mais accordant plus de place au pouvoir de la fiction. En 2120, l’industrie du cinéma a disparu et notre descendance peine à appréhender le drôle d’objet filmique retrouvé. Leur monde est froid, minimaliste, loin du bazar régnant aujourd’hui sur Terre. Selma Alaoui utilise la vidéo et le théâtre pour soutenir la narration, confronter les esthétiques et les temporalités : des flash-back de notre époque enrichissent cette réflexion sur le futur, qui, avant tout, questionne notre présent. Marine Durand Bruxelles, 06 > 22.10, Théâtre Varia, mar, jeu, ven & sam : 20 h 30 • mer : 19 h 30 21 > 9 €, varia.be // Liège, 27 > 31.10, Théâtre de Liège, mar, jeu & ven : 20 h, mer & sam : 19 h, 23 > 5 €, theatredeliege.be



MAILLES Dorothée Munyaneza © Richard Schroeder

6 Dans Samedi Détente (2014), Dorothée Munyaneza revenait sur son enfance déchirée par la guerre au Rwanda. À travers Unwanted (2017), elle croisait des récits de victimes de viols durant ce même conflit. Sa dernière création s’annonce plus lumineuse. Avec Mailles, la musicienne, auteure, danseuse et chorégraphe tisse les parcours de six femmes noires, rencontrées lors de ses périples autour du monde. Elles viennent du Brésil, d’Angleterre, d’Haïti ou du Mali, sont comédiennes, chanteuses, écrivaines ou danseuses de flamenco... Soit autant d’héroïnes « libres, puissantes, audacieuses et porteuses d’histoires de peuples marginalisés, assure Dorothée Munyaneza. Des femmes mobilisées dans l’adversité, prêtes à affirmer leurs droits ». Habillées des vêtements aux teintes éclatantes de Stéphanie Coudert, conjuguant leur vécu, elles forment un chœur puissant. Une pièce polyphonique célébrant la résilience et la beauté. J.D. Charleroi, 23 & 24.10, Les Écuries, 20 h, 15 > 5 €, www.charleroi-danse.be Villeneuve d’Ascq, 24 & 25.11, La Rose des Vents, 21 h, 21 > 6 €, www.larose.fr (Next Festival) théâtre & danse – 118



© Joséphine Rioli

interview Propos recueillis par Julien Damien

BENJAMIN TRANIÉ Le rade se rebiffe Benjamin Tranié s’est révélé dans le rôle du beauf sur Radio Nova, où ses saillies graveleuses pliaient en deux Yassine Belattar (son « p’tit cubi de Boulaouane ») et des milliers d’auditeurs. Pour son premier spectacle, il délaisse la coupe mulet et les t-shirts sales, mais jongle toujours avec les casquettes. Dans son premier spectacle, Le Dernier relais, ce comédien originaire de Seine-et-Marne incarne une flopée de personnages borderline. Du pilier de bar à la vieille prostituée, chacun raconte les dernières heures d’un vieux rade à coups d’aphorismes dignes de Michel Audiard ou des Deschiens. Âme sensible...


Comment êtes-vous devenu humoriste ? Je bossais dans la pub et me produisais en parallèle sur des scènes en amateur, à Paris. Un jour, Yassine Belattar se trouvait dans la salle. À l’époque, il montait La Grosse Émission sur Comédie +. Personne ne l’a jamais regardée (rires), mais ça reste la meilleure école de ma vie. J’étais payé en plus, ce qui m’a permis de lâcher mon boulot ! Deux ans plus tard Yassine m’a proposé d’écrire des chroniques sur Radio Nova, c’est à ce moment-là que tout a vraiment commencé.

« ON PARDONNE TOUT À UN MEC EN MARCEL. » Oui, dans l’émission Les 30 Glorieuses en incarnant un beauf. Pourquoi ce personnage ? Parce qu’il n’a pas de filtre. Il se fout de l’opinion des autres. Et puis ça m’amusait de balancer des horreurs affublé d’une nuque longue sur Nova, la "radio-bobo", c’était un parfait contrepied. Sur TPMP, je serais venu habillé en costardcravate avec de petites lunettes. Ce beauf est-il inspiré d’un personnage réel ? J’ai grandi à Coulommiers mais je vais vous décevoir : il n’y a pas beaucoup de gens comme ça là-bas (rires). Ce personnage me

fascine depuis toujours. Pour mes 18 ans, mes parents avaient même organisé une fête surprise où tout le monde s’était déguisé en beauf ! On m’avait offert une paire de tiags et deux places pour Patrick Sébastien. Comment composez-vous avec ce rôle aussi outrancier, à l’heure où les susceptibilités sont à fleur de peau ? Au début j’écrivais juste pour faire marrer mes potes. C’est drôle parce que dans la vraie vie je suis plutôt réservé. Avec le beauf, je m’offre des libertés parce que c’est un personnage. J’aurais des difficultés à dire les mêmes choses sans une panoplie. On pardonne tout à un mec en marcel et aux cheveux un peu crades... Que raconte votre spectacle ? C’est l’histoire d’un restaurantautoroutier, Le Dernier relais, qui a été racheté par Burger King. On vit donc ses ultimes heures avec les habitués ou ceux qui le découvrent. Comment est-il né ? Je ne voulais pas m’enfermer dans le rôle du beauf. J’adore jongler avec les personnages et ce spectacle me permet d’en incarner une douzaine. Qui va-ton croiser ici ? Il y a le commercial qui rachète le lieu, un Parisien insupportable qui

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n’a jamais traversé le périph’. Il y a aussi le patron du bar, une prostituée de parking, un pilier de comptoir, un zadiste qui se bat contre cette fermeture... Au final, c’est une vraie pièce de théâtre où je joue tous les rôles !

Quelle distance observez-vous avec ces personnages ? La frontière est mince entre l’empathie et la moquerie... Je me suis fixé une limite : il ne faut pas que les gens se sentent insultés. Je viens de Nova en plus, j’ai une étiquette... Mais j’ai écrit avec sincérité en surlignant la réalité. Vous avez soigné le décor, n’est-ce pas ? Oui, pour cette tournée j’en aurai même un nouveau, plus grand ! Sur scène il y a un vrai bar, une enseigne lumineuse, des pubs Suze ou Ricard... Comment définiriez-vous votre humour ? Je dirais graveleux... en tout cas un peu trash et saupoudré d’humour noir. Je lâche beaucoup de blagues en dessous de la ceinture, mais j’avais à cœur pour ce spectacle, comme dans mes chroniques, d’écrire des métaphores filées pour

© Joséphine Rioli

« J’ÉCRIS DES MÉTAPHORES FILÉES COMME KAARIS. »

parler de l’anatomie – un peu à la façon de Kaaris. En gros, je n’appelle pas une bite une bite ! Je préfère donner une image, et c’est là où je me démarque, touchant un public populaire comme les journalistes de Télérama (rires). Il paraît que vous étiez fan des petites annonces d’Elie Semoun... Oui, pour son talent d’incarnation. Il avait l’air de bien s’amuser avec ses perruques et accessoires. J’ai aussi adoré les Inconnus. Par contre aujourd’hui, à l’ère du stand-up, c’est difficile de défendre le sketchà-sketch sur scène, mais c’est encore possible. Jérôme Commandeur mêle par exemple très bien oneman-show et stand-up dans Tout en douceur, comme Laurent Laffitte. Ces mecs-là m’inspirent beaucoup.

L iévin, 09.10, Centre culturel Arc en Ciel, 20 h 30, 13 > 8 €, arcenciel.lievin.fr Lille, 17.12, Le Splendid, 20 h 30, 25 €, www.le-splendid.com théâtre & danse – 122



LE BRUIT DES LOUPS [Étienne Saglio] Orfèvre de l’illusion, spécialiste en magie 2.0, Étienne Saglio nous avait ensorcelés avec Les Limbes. Le Breton a travaillé près de trois ans pour mettre au point son nouveau spectacle. Il ravive ici le frisson des contes pour enfants. Depuis son appartement, un homme taciturne est projeté comme Alice au pays des merveilles dans une forêt mystérieuse, peuplée de plantes anthropomorphes, d’un géant ou d’un vrai loup. Se reconnectera-t-il avec la nature ? Et donc la sienne ? Telle est la question... © Prisma Laval

Valenciennes, 30.09 & 01.10, Le Phénix, 20 h, 24 > 10 € Maubeuge, 14 & 15.10, La Luna, 20 h, 12 > 4 €

LA LOI DE LA GRAVITÉ

KADOC

C’est l’histoire d’une fille masculine et d’un garçon féminin. Dom et Fred ont 14 ans. Ils habitent à Presquela-Ville, une banlieue morne où la norme écrase les vies et proscrit les différences, surtout quand elles font mauvais genre... Publié en 2017, La Loi de la gravité est le récit universel de l’émancipation. Cécile Backès porte sur scène ce beau texte du Québécois Olivier Sylvestre. Elle place ses deux interprètes au sommet d’un grand billboard, et ouvre de poétiques horizons.

Depuis Débrayage (1996), Rémi De Vos a fait de l’entreprise l’un de ses terrains de jeu favoris – citons Départ volontaire ou Ben oui mais enfin bon. Créée en mars au Théâtre du RondPoint, sa nouvelle pièce se drape dans les habits du vaudeville, et épingle l’absurdité du monde du travail grâce à six comédiens inspirés. On y croise, pêle-mêle, un employé au bord du burn-out et en proie à de simiesques hallucinations, un directeur tyrannique, un chefaillon ambitieux... sur fond de quiproquos kafkaïens !

Cécile Backès / Olivier Sylvestre

Béthune, 01 > 10.10 & 24 > 27.11 La Comédie (Le Palace) 20 h, 20 > 6 € www.comediedebethune.org

Jean-Michel Ribes / Rémi De Vos

Lille, 02 > 10.10, Théâtre du Nord, mar, mer & ven : 20 h • jeu & sam : 19 h • dim : 16 h 25 > 8 € // Liège, 25 > 28.11, Théâtre de Liège mer & sam : 19 h • jeu & ven : 20 h, 31 > 5 €

BÂTON [Perrine Mornay / Collectif Impatience] C’est une rencontre entre sport et théâtre. Plus précisément entre Mélanie Potin, championne de twirling bâton (en gros, la version athlétique de la majorette) et Perrine Mornay, metteuse en scène et plasticienne. De ce choc de cultures résulte une performance en duo, où l’une jongle avec son bâton et l’autre avec les mots. Dépassement de soi, rêves, compétition... Les points communs surgissent, et les voilà qui parlent d’amour, d’amitié, de la vie, échappant à toute notion de gravité. Armentières, 03.10, Le Vivat, 20 h, 18 > 2 €, www.levivat.net théâtre & danse – 124


BRASLAVIE BYE BYE ! [R. Bouali / V. Lortchenkov] Rachid Bouali s’est librement inspiré du roman de Vladimir Lortchenkov, Des Mille et une façons de quitter la Moldavie. Accompagné d’un musicienbruiteur, il nous emmène dans un pays imaginaire (la Braslavie), incarnant une galerie de personnages loufoques partageant le même rêve : rejoindre l’Italie. Ils sont prêts à tout : transformer un tracteur en avion, vendre un rein… Ce conteur hors pair aborde ici le douloureux sujet de l’exil à sa manière : tragicomique. © Mattis Bouali

Santes, 03.10, Espace Agora + Escobecques, 09.10, Salle polyvalente + Leers, 10.10, Salle des fêtes André Kerkhove, 20 h 10 > 5 € // Lille, 12 & 13.10, Le Grand Bleu, lun : 14 h 30 & 20 h, 13 > 5 €

LE RETOUR D’IDOMÉNÉE

TRUE COPY

On se souvient de son Vaisseau fantôme, présenté ici même en 2017. Àlex Ollé est de retour à l’Opéra de Lille, avec une mise en scène tout aussi époustouflante et dont le Catalan a le secret (décor monumental, effets vidéo…). Il est accompagné par Emmanuelle Haïm, à la tête du Concert d’Astrée, pour une relecture de la tragédie lyrique d’André Campra (1660-1744). L’intrigue se concentre sur le cœur du livret. Au programme ? Le choix d’un père de sacrifier son fils pour rester en vie…

Connaissiez-vous Geert Jan Jansen ? En 1994, ce Néerlandais fut interpellé dans une ferme du Poitou… au milieu de 1 600 toiles signées Picasso, Dalí ou Matisse, mais en réalité toutes exécutées par ses soins. Ce faussaire de génie berna ainsi le monde de l’art durant plus de 20 ans… Le collectif Berlin lui donne ici le premier rôle. Entre le théâtre documentaire et la performance, ce seul en scène offre une saisissante confession, et interroge les contours flous de la notion de vérité.

E. Haïm / Àlex Ollé / La Fura dels Baus

Lille, 03 > 11.10, Opéra de Lille, lun, mer, ven & sam : 18 h • dim : 16 h, 18,50 > 5 € opera-lille.fr (l’Inattendu Fest. : 03 > 17.10)

Berlin

Villeneuve d’Ascq, 05 & 06.10, La Rose des Vents, lun : 19 h • mar : 20 h, 21 > 6 €, larose.fr Tongres, 08.10, De Velinx, 20 h 30, 14 / 7 € www.develinx.be

4M2 [Sylvain Groud] Quatre mètres carrés : ce fut le nombre d’or de la sacro-sainte distanciation physique. De cette injonction sanitaire, Sylvain Groud a tiré une pièce hors norme. Le directeur du Ballet du Nord a imaginé un dispositif prenant la forme d’un vaste labyrinthe. Les spectateurs serpentent dans ce dédale où sont "confinés" dix interprètes, chacun dans une aire de deux mètres sur deux, derrière des vitres transparentes. Autonomes, ces soli magnifient les notions de liberté de mouvement dont nous fûmes privés. Valenciennes, 07.10, Le Phénix, 19 h > 21 h 30 (départ toutes les 15 min), 24 > 10 € scenenationale.lephenix.fr // Lens, 27.11, Scène du Louvre-Lens, 19 h > 22 h, 5 €, louvrelens.fr


DRUMMING [ATDK / Rosas & Ictus] En 1998, Anne Teresa De Keersmaeker créait Drumming, sur une partition signée de l’Américain Steve Reich, l’un des pères de la musique minimaliste (et déjà mis à l’honneur avec Fase, en 1982). A priori simple, cette oeuvre pour percussions répète le même motif rythmique, se décalant progressivement pour engendrer des canons. Ictus reproduit ce tour de force, et soutient une chorégraphie idoine : une seule phrase dansée et répétée, évoluant de façon infinitésimale. Oui, c’est étourdissant ! © Herman Sorgeloos

Bruxelles, 09 > 31.10, Kaaitheater, complet ! Bruxelles, 10 & 11.11, Bozar, 20 h, www.bozar.be Genk, 03.12, C-Mine, 20 h 15, 28 > 23 €, www.c-mine.be

LA BELGIQUE EXPLIQUÉE AUX FRANÇAIS Pierre Mathues

SABORDAGE

Royaume de l’absurde et de l’autodérision, le plat-pays a trouvé en Pierre Mathues un ambassadeur de choix. Gai, faussement désinvolte, tout en slam et fanfares, il nous explique (aux Français comme aux Belges) comment on peut vivre si longtemps sans gouvernement (depuis…franchement, on a arrêté de compter) que « non, peutêtre », ça veut dire en réalité « oui », les secrets du cramique ou du vogelpick. Mais par contre, rien sur la dernière coupe du monde de foot. Ça va ?

On l’avait laissé en 2016 avec Blockbuster, mashup titanesque de 1 400 séquences de films hollywoodiens illustrant la violence de classes. Le Collectif Mensuel repart en tournée avec Sabordage. Cette fable s’inspire d’une petite île perdue dans le Pacifique (Nauru), fragilisée par l’exploitation de ses gisements de phosphate. Réputé pour ses trouvailles techniques, le trio crée sur scène une maquette de l’îlot évoluant au fil de la pièce, dans une parabole de l’épuisement de notre planète.

La Louvière, 10.10, Le Palace, 20 h, 10 / 8 € www.cestcentral.be // Arras, 27.11, Pharos, 20 h, 7 > 2,50 €

Collectif Mensuel

Dunkerque, 13 & 14.10, Le Bateau Feu mar : 20 h • mer : 19 h, 9 €, lebateaufeu.com

LES SEA GIRLS AU POUVOIR ! [Les Sea Girls / Johanny Bert] Il y a 2 500 ans, le poète grec Aristophane imaginait dans L’Assemblée des femmes un monde meilleur. Pour cause, celui-ci était dirigé par la gent féminine. Au programme ? Partage égalitaire des richesses, droit pour les plus laides et les plus âgées de choisir un compagnon. Il n’en fallait pas plus pour séduire les Sea Girls. Entre comédie burlesque, music-hall (et quelques emprunts au cinéma de Jacques Demy), nos quatre agitatrices prennent les choses en main – et c’est le pied ! Valenciennes, 14 & 15.10, Le Phénix, 20 h, 31 > 10 €, scenenationale.lephenix.fr théâtre & danse – 126



J’KIFFE ANTIGONE [Ladji Diallo] Les mythes sont immortels. Tenez, Antigone. Ladji Diallo le transpose… en banlieue parisienne. Le conteur, musicien et comédien s’inspire de sa propre vie pour raconter l’histoire d’un jeune homme déscolarisé. Un jour, il découvre le théâtre grâce à ce classique de la Grèce antique. Nourri de poésie urbaine, Diallo s’identifie à cette héroïne qui s’opposa au tyrannique Créon. Et s’empare de ses universelles questions : le pouvoir, la justice sociale… Armentières, 15.10, le Vivat, 20 h, 18 > 2 €, www.levivat.net

LUCY IN THE SKY EST DÉCÉDÉE

MISERY

Raconter notre monde, de la découverte de Lucy en 1974 jusqu’à aujourd’hui : tel est le défi de Bérangère Jannelle. Au sein d’un décor polymorphe (qui révèle à la fois un appartement, un paysage…) nous suivons trois jeunes paléoanthropologues et leur professeur. Le récit entremêle les époques et les lieux, leurs recherches sur l’évolution de l’espère humaine et chassés-croisés amoureux. En filigrane cette question, immense : qu’est-ce que l’Homme ?

Qui n’a pas été effrayé par ce classique horrifique de Stephen King, et la prestation de Kathy Bates dans l’adaptation au cinéma de Rob Reiner ? Si l’interprétation de Cathy Grosjean dans le rôle d’Annie (la lectrice psychopathe) promet son petit frisson, la mise en scène de William Goldman vise autre chose. Dans ce huis-clos terrifiant, il s’agit aussi du jeu malsain (et parfois drôle) entre un auteur et son public. Les affres de la création, et sa confrontation (brutale) à la réalité…

Bérangère Jannelle / Cie La Ricotta

Béthune, 15 & 16.10, La Comédie (Le Palace), 20 h, 20 > 6 € www.comediedebethune.org

William Goldman / Stephen King

Bruxelles, 21.10 > 15.11, Théâtre Royal des Galeries, mar > dim : 20 h 15 (matinée : 15 h), 26 > 10 €, trg.be

LA CONVIVIALITÉ [A. Hoedt et J. Piron] Rire avec l’orthographe ? Oui, c’est possible. Remettre en cause sa cohérence ? C’est plus délicat… Pourquoi l’esprit critique devrait-il s’arrêter au seuil de ce monolithe ? Dans leur spectacle-conférence, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron soulignent avec malice les aberrations de règles qu’on croyait intouchables. Tous les deux anciens professeurs de français, ces iconoclastes Belges explorent notre grand bazar lexical, où les accords ne sont pas toujours parfaits.

© Pascal Ito

Auderghem, 27.10, Centre culturel, 20 h, 32 €, ccauderghem.be Namur, 27.11, Abattoirs de Bomel, 20 h, 12 / 10  € maisondelapoesie.be // Bray-Dunes, 28.11, Salle Dany Boon 20 h 30, 10 > 5 €, bray-dunes.fr théâtre & danse – 128



mot de la fin

@fokawolf

Le

BRANDALISM

brandalism.ch / @fokawolf

"Ignorez les enfants, brûlez la planète". Ce message à caractère informatif est signé Brandalism, soit la contraction de "brand", signifiant marque, et de "vandalism". Le collectif de militants écologistes a lancé une vaste campagne d’affichage en Angleterre. Sa cible ? Les grandes firmes automobiles, dont il détourne les publicités vantant les mérites des fameux SUV. Ces grosses voitures ont en effet le vent en poupe : elles représentent un tiers des véhicules neufs, et surtout la deuxième cause d’augmentation des émissions mondiales de CO2. Mauvaise affaire pour le climat.




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