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« Le modèle de création de valeur du private equity est intact »
Alors que l’économie est appelée à ralentir, les acteurs du private equity appréhendent la conjoncture avec une certaine « sérénité ».
Comme l’explique Stéphane Pesch, CEO de la LPEA, si les levées de fonds sont actuellement moins importantes, l’attention se porte sur le renforcement de la valeur des actifs en portefeuille.
En matière de private equity, comment s’est renforcé l’écosystème luxembourgeois ces dernières années ?
Les grands acteurs du private equity positionnent désormais leurs AIFM (alternative investment fund managers ) au Luxembourg, profitant de véhicules comme les limited partnerships (LP) ou les reserved alternative investment funds (Raif). Ce que viennent chercher les acteurs, c’est avant tout une plateforme stable et performante qui offre la possibilité de distribuer des produits, voire de lever des fonds à travers l’Europe. Mais ils trouvent ici bien plus qu’une boîte à outils et un passeport associé aux véhicules qu’ils y établissent. Nous sommes parvenus à développer un ensemble de services au niveau du middle office sur lesquels peuvent s’appuyer les gestionnaires d’actifs. De la gestion des risques aux enjeux de conformité en passant par les fonctions de valorisation des actifs, le Luxembourg dispose dorénavant d’une expertise qui répond à de nombreux besoins des gestionnaires, qui recrutent et fortifient ainsi leurs équipes locales.
Quelles pourraient être les répercussions des décisions prises par les banques centrales, dans l’optique de faire baisser l’inflation, sans oublier l’incertitude économique du moment, sur l’investissement dans le private equity ?
La conjoncture actuelle est moins propice au lancement de nouveaux véhicules et à la levée de fonds. Cela n’empêche cependant pas les gestionnaires de déjà planifier, malgré certains délais à prévoir, les prochains fonds qui seront lancés cette année. L’incertitude économique actuelle invite les investisseurs à la prudence et à temporiser. Le contexte ne remet pas pour autant en cause les stratégies et les démarches d’investissement déjà engagées, bien au contraire. Comme vous le savez, l’investissement dans le private equity s’envisage à travers des approches à long terme, suivant des stratégies de création de valeur définies par des pointures de la finance, de l’entrepreneuriat et de l’excellence opérationnelle. Dans la situation actuelle, qui n’est pas forcément idéale en ce qui concerne la valorisation des actifs dans le cadre d’une stratégie de sortie, les gestionnaires vont se concentrer sur la gestion de leur portefeuille existant, en cherchant à renforcer la valeur à terme des sociétés détenues où à en intégrer de nouvelles au sein de leur portefeuille.
L’idée de démocratiser l’accès à l’investissement dans le private equity est régulièrement évoquée. Voyez-vous le marché évoluer dans cette direction ?
C’est l’une des voies poursuivies avec la nouvelle mouture de l’Eltif ou encore les fonds de type Partie II, qui émergent de nouveau au Luxembourg. Il y a une opportunité, à travers ces évolutions, de parvenir à s’adresser à une communauté plus large d’investisseurs. Toutefois, il faut relativiser. Je ne pense pas que ces investissements seront accessibles à tous les particuliers. Le ticket d’entrée moyen, après une démocratisation progressive via ces produits spécifiques, pourrait s’établir autour de 25.000 euros, comme récemment vu dans le marché, voire au-delà. Nous ne sommes pas encore dans une telle logique d’industrialisation. Et les défis en matière de démocratisation, considérant le fonctionnement des fonds de private equity, sont encore nombreux et exigeront de procéder à des adaptations.
Quels sont les grands enjeux qui attendent les acteurs du private equity au Luxembourg ?
La réglementation relative à la finance durable constitue un défi et une opportunité majeure pour les années à venir. Comme pour tous les investissements, les gestionnaires sont appelés à composer avec les critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance. Si les démarches ESG sont, de manière générale, plutôt bien appréhendées par les sociétés de gestion elles-mêmes, c’est au niveau des entreprises dans lesquelles elles investissent que c’est plus difficile. Il faudra accompagner les sociétés cibles vis-à-vis des enjeux de transition, d’une part, afin qu’elles parviennent à rendre compte de leurs impacts environnementaux et sociaux, et d’autre part, pour les aider à les minimiser.
509 MILLIARDS D’EUROS
Selon le dernier AIFM Reporting Dashboard, établi par la CSSF (situation au 31/12/2021), 509 milliards d’euros d’actifs sont gérés au départ du Luxembourg par des acteurs du private equity. En outre, cet indicateur n’inclut pas les investissements dans la dette privée, évalués par une récente étude menée par KPMG pour l’Alfi, à 267,8 milliards d’euros (source et méthodologie différentes).
Le Luxembourg s’est positionné comme un domicile de premier choix pour ces actifs en Europe et 18 des 20 principaux acteurs mondiaux dans le domaine du private equity gèrent des investissements dans le monde entier y compris grâce à leurs structures luxembourgeoises.