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Département de Mayotte

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MAYOTTE : TOUS UNIS POUR REDONNER VIE À L’ÎLE !

Du 5 au 7 décembre, « Mon île propre », la toute première opération collective de nettoyage et de sensibilisation initiée à l’échelle de l’ensemble du territoire par le Conseil Départemental et le Sidevam 976, a connu un vif succès. Focus.

UNE OPÉRATION INÉDITE À MAYOTTE

Durant trois jours, munis de gants et de sacs-poubelle, les scolaires, les agents de l’administration, les salariés des entreprises et le grand public se sont mobilisés, sur un périmètre précis de nettoyage, pour collecter tous types de déchets – excepté les dangereux –dans les zones urbaines et rurales de Mayotte, les espaces naturels, les sites remarquables.

Cette opération d’envergure a nécessité une importante logistique. Des bennes ont été déployées sur l’ensemble du territoire pour les encombrants, les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), mais également les déchets ménagers et les batteries. « Si la mise à disposition des déchets de la part du concitoyen a duré seulement trois jours, l’opération de collecte par les entreprises en bord de route a perduré encore les 15 jours suivants », confie le docteur Hidaya Chakrina, directrice de communication du Département de Mayotte.

L’ensemble de la population mahoraise a été conviée à prendre part à l’opération « Mon île propre ».
© Hannah Dominique

NETTOYER, ET SURTOUT SENSIBILISER

Au-delà du passage à l’action, l’objectif de l’opération a été de sensibiliser la population à l’importance du tri des déchets, en montrant que chaque geste compte pour préserver l’environnement. Le préfet de Mayotte François-Xavier Bieuville a souligné : « Mayotte n’est pas une île propre, il faut le reconnaître. On a une problématique d’écoresponsabilité. Il faut que nos concitoyens comprennent que le moindre détritus, le moindre objet en plastique, la moindre canette mettent des dizaines, des centaines d’années à disparaître dans la nature et impactent durablement l’environnement. »

À titre d’exemple, Habit’Âme a participé, aux côtés de VINCI, à cette grande opération « Mon île propre ». « Nous avons ramené nos machines pour montrer au public comment nous pouvons recycler les déchets plastiques. Chacun est reparti avec un objet qu’il a fabriqué, comme un peigne, un porte-clé… », décrit Hannah Dominique, gérante de Habit’Âme.

Le Sidevam comptabilise entre « 35 000 et 40 000 participants » lors de ces trois journées. Tout comme le Département de Mayotte, il souhaite pérenniser « Mon île propre », peut-être avec un ramassage en deux parties, « avant et après la saison des pluies ».
© Hannah Dominique

« MON ÎLE PROPRE », UN BILAN POSITIF, UNE OPÉRATION PÉRENNE

• 43 000 participants dans les 17 communes de l’île, 185 associations, 50 partenaires privés

• 25 000 tonnes de déchets collectés sur tout le territoire mahorais

• 400 carcasses de véhicules évacuées au sein de la commune de Mamoudzou

Comme chacun sait, le 14 décembre 2024, Mayotte a été très lourdement frappée par le cyclone tropical intense Chido, qui a généré des conséquences dévastatrices pour la population et l’environnement. Éclairage avec Hannah Dominique.

INTERVIEW

HANNAH DOMINIQUE, COFONDATRICE ET GÉRANTE DE LA STARTUP HABIT’ÂME À MAYOTTE

Hannah Dominique
• Quel regard portez-vous sur la situation ?

- Une profonde tristesse, un sentiment d’impuissance. Toute l’île de Mayotte est à reconstruire. Cette catastrophe climatique a non seulement causé des morts, détruit des habitations et infrastructures, mais c’est également toute la forêt, la faune, la flore qui sont à terre. La population est privée de nourriture, d’eau, d’électricité. Toutes les terres agricoles sont dévastées. Les coulées de boue impactent le lagon. Les lémuriens sont désorientés et sont davantage visibles en milieu urbain, et meurent très souvent sur la route. Une explosion du braconnage des tortues est à craindre. Les déchets s’entassent, ce qui va amener des maladies. C’est un drame à la fois humanitaire et environnemental.

Malgré ce paysage de désolation, une grande solidarité s’est mise en place. La population, sans relâche, frappe la tôle pour reconstruire les habitations. Il y a aussi un sentiment de colère, car Mayotte se sent abandonnée du monde.

Habit’Âme souhaite apporter son soutien en donnant des matériaux de construction, mais aujourd’hui, c’est très compliqué, car seulement 40 % du territoire est raccordé à l’électricité et notre site de production fait partie des 60 % restants. Nous accompagnons les associations à travers la distribution de repas, la fourniture d’aides d’urgence, etc.

Comme les locaux de nombreuses entreprises, le siège de Habit’Âme a été ravagé par ce cyclone hors norme.
© Hannah Dominique
• Comment envisagez-vous l’avenir de l’île ?

- Il y a un monde d’avant et un monde d’après ! Nous devons transformer ce drame en opportunité pour repenser nos modes de consommation, construire des bâtiments dignes et respectueux de l’environnement, arrêter la déforestation, remettre au goût du jour une forêt endémique et une terre qui s’autoprotège.

Le cyclone tropical intense Chido a atteint une puissance telle que Mayotte n’avait pas connu de phénomène similaire depuis 90 ans. Les vents ont dépassé les 220 km/h et ont littéralement soufflé les habitations précaires, ainsi que de nombreuses constructions en dur par ailleurs.
© Hannah Dominique

HABIT’ÂME RECYCLE LE PLASTIQUE

Soutenue par le Département de Mayotte, lauréate de la 9e édition du concours Innovation Outre-Mer dans la catégorie Cleantech & recycling, Habit’Âme est une entreprise de l’économie sociale et solidaire (ESS). Elle récupère les déchets plastiques du territoire pour les transformer en matériaux de construction de second œuvre, en mobilier et objets divers. De plus, elle sensibilise aux enjeux environnementaux via des ateliers en milieu scolaire, dans les entreprises et collectivités, forme aux métiers du recyclage... Habit’Âme emploie 13 salariés, dont sept en insertion. Elle a pour but ultime la création de logements modulables en kits à Mayotte, accessibles à tous et à base de plastique recyclé.

Chido a semé la désolation partout sur l’île. Le bilan humain provisoire de son passage, communiqué par la préfecture de Mayotte en date du 24 décembre, faisait état de 39 morts et de 4 260 blessés, dont 124 grièvement.
© Hannah Dominique
Rédaction et interview : Sandrine Chopot
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