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L’AFD SOUTIENT LES ÉTATS INSULAIRES DANS LEUR ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Ramener les données climatiques à l’échelle des petits États insulaires pour leur permettre d’élaborer leurs stratégies d’adaptation : c’est l’objectif du projet CLIPSSA, lancé en 2021 par l’AFD. Les trois collectivités françaises du Pacifique et le Vanuatu pourront profiter, d’ici 2026, de ces données inédites dans leur combat face au dérèglement climatique.

Les États insulaires du Pacifique sont en première ligne face au changement climatique. Érosion côtière, ressources en eau et sécurité alimentaire menacées… Ce sont eux qui subissent de manière la plus brutale le réchauffement global. Pour s’adapter, ils ne peuvent s’appuyer que sur les données existantes en termes d’évolution climatique. Ces données, notamment celles publiées par le GIEC, sont indispensables pour élaborer des stratégies au niveau mondial, mais elles ne sont pas adaptées à la petite échelle de ces États du Pacifique.

À vocation régionale, le projet de recherche-action CLIPSSA vise à développer des données scientifiques inédites sur le climat futur du Pacifique Sud (d’ici 2100) et à identifier les impacts clés du changement climatique, notamment dans le secteur agricole et la gestion des ressources en eau.
© Isaake Tuikalepa

CLIPSSA : DES DONNÉES NOUVELLES SUR LE CLIMAT FUTUR DU PACIFIQUE SUD

À leur demande, l’Agence française de développement (AFD) a initié, en 2021, le projet CLIPSSA, qui signifie « Climat du Pacifique, savoirs locaux et stratégies d’adaptation ». Quatre territoires en bénéficient : la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, la Polynésie française et le Vanuatu.

En lien avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et Météo-France, des données inédites voient le jour : températures, cyclones, précipitations… « Des données qui influencent la capacité des États insulaires à faire de l’agriculture, à avoir accès à l’eau… », détaille Charlotte-Fleur Cristofari, experte climat à la direction régionale océan Pacifique de l’AFD.

© Isaake Tuikalepa

Cette collecte de données va de pair avec des travaux de recherche auprès des communautés locales, notamment à Wallis-et-Futuna, dans le but de comprendre comment les agriculteurs s’adaptent. « Ont-ils déjà ajusté, par exemple, leurs pratiques de culture du taro ? Observent-ils un changement des cycles de précipitations, de semences ou de récoltes ? Ces données sont capitales dans le cadre de la sécurité alimentaire », insiste Charlotte-Fleur Cristofari. « L’objectif est que les pouvoirs s’emparent de ces données et qu’ils s’en servent comme outil d’aide à la décision. » Afin de prendre les meilleures décisions possibles, de manière éclairée, car il en va de la survie de ces joyaux du Pacifique.

INTERVIEW CROISÉE

ISAAKE TUIKALEPA, INGÉNIEUR D’ÉTUDES EN ANTHROPOLOGIE ET EN AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, ET DIDIER LABROUSSE, CHEF D’ANTENNE DU SERVICE TERRITORIAL DE L’ENVIRONNEMENT (STE) À FUTUNA

Isaake Tuikalepa
Didier Labrousse
• Quels sont les enjeux économiques et culturels du projet CLIPSSA sur Wallis-et-Futuna ?

Isaake Tuikalepa - L’agriculture, en plus de son rôle vivrier, tient une place très importante dans la culture futunienne. Les récoltes entrent dans les circuits d’échanges coutumiers, garants de la cohésion sociale. Le changement climatique et ses impacts sur l’agriculture sont un enjeu majeur pour la population locale. CLIPSSA permet de rendre compte des pratiques agricoles à Futuna, de comprendre leur évolution et donc leur capacité d’adaptation afin d’aiguiller les politiques publiques. Les travaux ont aussi permis d’identifier les leviers et les freins de la commercialisation des produits agricoles.

CLIPSSA est un projet qui a débuté en juillet 2021, pour une durée de trois ans et demi, d’un montant de 3,8 millions d’euros.
© Isaake Tuikalepa

Didier Labrousse - Les changements climatiques concernent également la pêche récifale et côtière, du fait de l’augmentation des températures océaniques, de la variation des courants et donc du déplacement des poissons, notamment les pélagiques. Il y a donc un impact sur la ressource et l’alimentation. De nombreux enjeux existent aussi par rapport à l’eau, ressource agricole essentielle pour la culture du taro irrigué. L’eau provient des rivières à Futuna et les épisodes de sécheresse raréfient la ressource. Par ailleurs, les petites nappes phréatiques de Wallis sont menacées par l’élévation du niveau de la mer.

Porté par l’AFD, l’IRD et Météo-France, CLIPSSA aide à renforcer les capacités d’adaptation de la région au changement climatique.
© Isaake Tuikalepa
• Quelles sont les problématiques spécifiques à Wallis-et-Futuna ?

Isaake Tuikalepa - Principalement l’érosion côtière avec l’élévation du niveau de la mer, le blanchissement des coraux, la gestion de la ressource en eau. Les agriculteurs ont une capacité d’adaptation remarquable. Si les anciennes variétés plantées sont moins résistantes aux changements du temps, les nouvelles variétés s’intègrent facilement dans l’agriculture locale. Elles font l’objet d’expérimentations permettant leur usage par les agriculteurs et leur diffusion à plus grande échelle.

Didier Labrousse - La montée du niveau de l’océan et la fréquence des aléas climatiques érodent et font reculer le trait de côte. Or, l’habitat en zone littorale et les infrastructures routières n’offrent que peu d’alternatives de déplacement et de relogement des populations. Il n’existe qu’une route côtière à Futuna. C’est une île haute, mais avec peu de plateaux aménageables. Cela implique donc également une réflexion sur la répartition des sols entre urbanisation et agriculture.

Rédaction et interview : Julien Mazzoni

+ d’info ici : Le projet CLIPSSA

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