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Nouvelle-Calédonie

VALORGA CULTIVE LES RICHESSES DES DÉCHETS ORGANIQUES

Depuis sa création en 2018, le cluster Valorga s’attache à optimiser l’impact écologique et économique des initiatives de valorisation des déchets organiques mises en œuvre par sa trentaine d’adhérents. Les objectifs poursuivis : réduire les déchets, utiliser des produits locaux et naturels, créer une filière économique.

La valorisation des déchets organiques s’est d’abord développée autour de la réutilisation des déchets verts, principalement via le compostage. Recycler pour ne plus enfouir, l’enfouissement étant « un non-sens économique et environnemental », considère Chloé Saglibene, animatrice du cluster Valorga. Quitte à payer pour que son déchet soit géré, autant le faire pour qu’il soit traité plutôt qu’enfoui. Cet enjeu a rencontré celui du traitement des boues de stations d’épuration du Grand Nouméa, qui concentre deux tiers de la population calédonienne. La voie du cocompostage a été retenue, explique Chloé Saglibene. « Le principe est de mélanger deux volumes de déchets verts pour un volume de boue. » Une plateforme privée, qui a vu le jour en 2022 à Tontouta, au nord de l’agglomération, vend désormais du compost local.

Au fil des ans, de nouveaux projets émergent chez les adhérents de Valorga. « Une société propose du lombricompostage, une autre de la microméthanisation, qui consiste à produire du biogaz à partir de la fermentation de matières organiques. Et puis, il y a la start-up Neofly qui teste un procédé innovant. Elle transforme des larves de mouches nourries de biodéchets organiques issus de l’industrie agroalimentaire locale en farine riche en protéines pour l’alimentation animale, tandis que les restes servent d’engrais. »

Cocompostage – c’est-à-dire mélange de déchets verts et de boues de stations d’épuration – présenté par Mango Environnement, la plus grande plateforme de compostage de Nouvelle-Calédonie, dans le quartier de Nessadiou à Bourail.
© Valorga

LEVER LES A PRIORI

Dans le cadre d’un appel à projets Ademe national, Valorga va comparer l’impact sur le sol, l’environnement, la culture – comme le maïs ou le fourrage – de deux types de fertilisations, une avec des apports organiques locaux, l’autre constituée d’engrais minéraux importés. L’idée est de lever les craintes et les a priori Pas toujours évident quand les pratiques sont ancrées depuis longtemps. « Il y avait une certaine réticence au début à utiliser les composts locaux en raison d’un manque de confiance dans leur qualité », note Chloé Saglibene. « Faire des études et des démonstrations sur le terrain est le meilleur moyen de convaincre les agriculteurs », poursuit-elle. Pour aider les différents acteurs à s’y reconnaître et les inciter à tester, la structure a réalisé en 2023 un catalogue regroupant les produits disponibles, décrivant leur composition et leur utilisation.

Chloé Saglibene anime le cluster Valorga, qui fédère les acteurs de la filière valorisation des déchets organiques.
© Anne-Claire Pophillat
Journée technique autour de la production de fourrage, avec une démonstration d’épandage de produits organiques.
© Valorga

Au-delà du monde agricole, le cluster explore actuellement d’autres pistes : revégétalisation minière, pépinière… « Nous avons encore pas mal de choses sur lesquelles travailler, mais ça avance petit à petit. » D’autant qu’avec les récentes crises – Covid, guerre en Ukraine, etc. – les articles proposés commencent à devenir attractifs. « Le coût des engrais importés augmente, donc on devient compétitif. Cela montre aussi tout l’intérêt de développer des filières locales. » Favoriser l’autonomie et une moindre dépendance visà-vis de l’import, ainsi que la création d’une économie. L’environnement est également un facteur déterminant. « Il faut préparer les cultivateurs à mieux entretenir les sols afin d’être plus résilients face au changement climatique », ajoute Chloé Saglibene. « On est au début de l’histoire du traitement des déchets organiques. » Et Valorga veut en écrire la suite.

RECYF : LA SECONDE VIE DES POISSONS

Alors que Charles André cherche un projet porteur de sens et d’un intérêt pour son île natale, l’idée lui vient, au retour d’une sortie de pêche, de valoriser les restes de poissons de la filière hauturière, traités jusqu’alors comme n’importe quel déchet. « Entre 1 000 à 1 400 tonnes partent à l’enfouissement chaque année », relève l’entrepreneur. Et cela représente un coût pour les professionnels, qui doivent payer « 16 francs Pacifique le kilo » (0,13 euro).

Charles André propose des sacs de 500 kg pour les professionnels et de 20 kg pour les particuliers, qui utilisent la farine dans leurs jardins.
© Recyf

Or, ces résidus organiques sont riches, naturels et bio. Les exploiter permettrait de préserver l’environnement en évitant de les jeter, et de créer un nouveau produit local, grâce à un procédé déjà utilisé un peu partout dans le monde. Après trois ans de recherche et développement, l’usine démarre son activité début 2024 à Nouméa, à côté des pêcheries situées à Nouville. Recyf produit principalement de la farine et un peu d’huile de poisson. Leurs principales utilisations ? « Vu sa teneur en protéines, notre farine entre dans la composition de l’alimentation animale, notamment pour l’aquaculture, et surtout la crevetticulture, et peut aussi être utilisée comme engrais dans l’agriculture. »

La taille de l’usine est adaptée au marché local. « La ligne de production que nous avons achetée, qui fait 440 m2, est la plus petite du marché au monde », indique Charles André de Recyf. Parmi les projets de développement : capter les déchets de la pêche lagonaire.
© Recyf
Recyf peut fabriquer 300 tonnes de farine de poisson par an, alors que les besoins du territoire calédonien sont estimés à 900 tonnes. « Avec un kilo de déchets, on fabrique 250 grammes de farine et 50 grammes d’huile » précise Charles André.
© Recyf

Et le modèle fonctionne. « Nous sommes rentables tout en étant moins cher que l’import. C’était important que ce soit viable. » Pour Charles André, le process est vertueux. « Cela participe de l’économie circulaire, permet d’être moins dépendant des farines importées, de créer de l’emploi et d’aider le secteur de la pêche en supprimant une charge financière. »

Des entreprises rejoignent Valorga pour valoriser leurs déchets, comme ci-dessus Nouméa Archives, qui « exporte le papier broyé, mais aimerait le réutiliser en local. Il y a eu des essais en tant que paillage et les agriculteurs sont contents », raconte Chloé Saglibene. C’est le cas aussi de la société Bois du Nord, qui recycle ses connexes (copeaux, plaquettes, chips...) ou de CMF-Ecobag, pour ses rebus de carton.
© Repair
Rédaction : Anne-Claire Pophillat
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