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Terre Outre-mer
LES BALEINES À BOSSE, DE SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON AUX ANTILLES
Joël Detcheverry, dit Coco, a tout de suite reconnu le mammifère marin qu’il vient de photographier. Ce passionné de la mer fait de la photo-identification pour mieux connaître les baleines de Saint-Pierre-etMiquelon et, en particulier, les baleines à bosse.
– Il faut savoir que chaque queue de baleine est unique, c’est comme les empreintes digitales. Quand tu vois une queue noire avec telle tache, 10 ans après, tu vas retrouver la même tache au même endroit. Le but, c’est de prendre en photo la nageoire caudale des baleines. Et ensuite, à travers nos bases de données, on compare les photos avec celles qu’on a déjà prises ici. On en a à peu près 1500, je crois, donc on voit celles qui reviennent régulièrement. On fait du matching d’images. La photo-identification est pratiquée sur la route de migration des baleines, depuis les îles au large du Canada, puis aux ÉtatsUnis et dans les Antilles également. Tiens, il y en a une autre là-bas, juste un peu plus loin, qui souffle. On va aller la prendre en photo.
En croisant leurs clichés, les photographes cherchent à identifier un même spécimen à deux endroits différents. Cette méthode permet de mieux connaître les déplacements des baleines à bosse. Lyne Morissette, biologiste marine, professeure à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, au Canada :
– Les baleines à bosse qui sont dans le Saint-Laurent, au Québec, par exemple à Tadoussac pendant l’été, elles vont passer par Saint-Pierre, puis par la côte est des États-Unis et elles vont aller dans la Caraïbe : Guadeloupe, Martinique, République dominicaine... La baleine à bosse est, parmi les baleines, probablement celle qui a le comportement le plus exubérant. Elle est facile à voir. Quiconque a eu la chance de voir une baleine à bosse une fois dans sa vie va s’en souvenir pour le restant de ses jours. Donc si on veut avoir la prétention de faire une différence pour cette espèce-là, et bien, il faut travailler ensemble.
Travailler pour que les migrations des baleines soient plus sûres, c’est aussi le souhait de Roger Etcheberry, écologue basé à Saint-Pierre-et-Miquelon.
– Les baleines à bosse, dans le sud, ne mangent pratiquement pas pendant plusieurs mois. Elles sont occupées à s’accoupler, à mettre bas, etc. Comme ce sont des mammifères, elles allaitent les jeunes. Elles ont encore assez d’énergie pour remonter vers nos eaux pour se nourrir. Quand elles remontent par ici, ce sont des machines à manger ! Là, elles ont besoin de se refaire de la graisse pour passer l’hiver suivant. Par contre, le plus gros problème, je crois, est celui des collisions. Des baleines sont massacrées : traces d’hélices sur le dos, la moitié de la queue coupée...
Collisions avec les bateaux, pollution, empêtrement dans les engins de pêche : les menaces qui pèsent sur les cétacés s’avèrent nombreuses, d’où l’intérêt d’établir des aires marines protégées dédiées à la préservation des mammifères marins. Aux Antilles, le sanctuaire Agoa est un début de réponse.