Les dériveurs Entretien croisé avec Évelyne Lonchampt, Aline Maclet, Corinne Pontier et Gilles Guégan, quelques-uns des artistes associés du groupe Ici-Même [Gr.]
Tombe la neige
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Performance Ici-Même [Gr.] Centre d’entretien routier du Bourg-d’Oisans > 19 et 20 janvier 2018
Corinne > Comment échapper aux « enclavements » de pensée et de territoire ? Pour raconter l’hiver en Oisans, après avoir échangé de manière intuitive avec plusieurs de nos interlocuteurs et une série d’arpentages en juillet 2017, le centre départemental d’entretien routier s’est imposé, car sans cette activité, sans ces hommes qui déneigent les routes nuit après nuit, il n’y a tout simplement plus de voies de communication (ni de sports d’hiver d’ailleurs). Gilles > Ce centre est un nœud de redistribution, et nous affectionnons particulièrement ces plateformes de travail en horaires continus – plateforme de tri du courrier, hôpital, gare, marché de gros – qui sont essentielles pour la communauté, mais qui demeurent pourtant largement invisibles. Aline > Cet espace de travail définit bien ce territoire de l’Oisans, en donne une lecture singulière. Il symbolise parfaitement l’hiver, mais un hiver de fond de vallée, un hiver de travail et non pas de loisirs. Évelyne > Et ce centre n’est pas un espace public, mais possède une fonction publique, et notre propos est de le révéler publiquement. Corinne > Intervenir dans une entreprise en activité nécessite de construire un espace-temps côte à côte de deux collectifs au travail : l’équipe du centre d’entretien et les artistes d’Ici-Même, et ce cheminement parallèle, ce frottement, favorisent l’émergence d’un récit nouveau, d’une convergence de propos. Évelyne > On se fait adopter. On se fait comprendre. Ils aiment leur métier et nous aussi, ils ont le sens du commun, sont au service des autres et cela nous rassemble. Le fait que des artistes, dont des femmes, soient présents avec eux à 3 heures du matin à bord des saleuses et des engins a été pour beaucoup dans la réussite de l’expérience, dans la légitimité de notre présence. Aline > Nous dormions sur place, dans les chambres réservées aux saisonniers, et cela nous a permis d’épouser le rythme de la plateforme, de comprendre son fonctionnement et de nous faire comprendre. Corinne > Nous faisons peu d’images depuis des années, mais nous travaillons en revanche toujours sur l’environnement sonore ; cette approche plus discrète permet que, petit à petit, la confiance s’installe. Nous n’arrivons pas en prédateurs avec une caméra et des projecteurs, et cette discrétion explique sans doute que l’expérience soit acceptée, puis partagée avec eux. Gilles > Nos promenades laissent une grande place à l’improvisation. Elles n’ont jamais de but prédéfini. Ce que nous recherchons, c’est la rencontre et l’expérience partagée. Elles nécessitent de la lenteur, de la retenue, de l’écoute. Corinne > La plupart de nos enregistrements ont été réalisés dans les chasse-neige alors que les voix