Contempler un paysage, c’est réagir contre une culture GPS qui serait celle des injonctions orales de notre voiture. Il n’y a pas de direction dans un paysage, pas de destination. Celui-ci fait barrage à une esthétique de survol autant qu’utilitariste, typiquement occidentale et touristique, qui prétend faire le tour de la terre à coup d’informations, de flux économiques ou de tractations géopolitiques… Si une culture hors-sol accompagne notre époque de mondialisation, le paysage en revanche nous ramène sur Terre ; il casse ce staccato fébrile qui nous harcèle quotidiennement pour proposer une plus juste appréhension de ce qui nous porte et nous constitue, un certain foncier ou fonds. Le fonds avec un S c’est le fundus, l’humus nourricier, comme la ressource d’une bibliothèque ou le fonds d’un musée. Généralement refoulé dans les sous-sols, il y demeure avec les graines et les bestioles qui le peuplent. Le parcourir, y revenir constitue une ressource intellectuelle autant qu’esthétique, peut-être même un enjeu de santé et d’hygiène. Daniel Bougnoux